THE FACULTY de Robert Rodriguez (USA-1998): Trou d'Occulte !

Publié le par LJ Ghost






[Photo: "Etudiantes attendant l'équipe de Matière Focale" par Dr Devo.]

 

 

 

Un lycée normal, dans une charmante petite bourgade de l'Ohio. Robert Patrick est un prof de sport désagréable et autoritaire qui, un jour, commence à faire des choses comme qui dirait étranges ; par exemple, il agresse violemment la principale du lycée (ce qui, vous l'avouerez, n'est pas très sympatoche). Le comportement bizarre de Robert Patrick semble s'étendre à toute l'école, que ce soit du côté des professeurs ou des élèves, ce qui étonne et émeut quelque peu une petite bande d'élèves plutôt marginaux qui, après enquête, en vient à la conclusion que les extraterrestres ont pris possession de toute âme qui vive dans l'école, et qu'ils sont la prochaine cible !




Il n'est pas forcément nécessaire de vous rappeler les vertus du teen-movie ; si vous connaissez ce site, vous savez que, bien loin d'être une grasse gaudriole à l'humour infantile, ce genre cinématographique peut receler des trésors de profondeur et de critique sociale. Si c'est la première fois que vous venez sur Matière Focale (bienvenue !), allez lire les sublimes articles du Dr Devo sur AMERICAN COLLEGE et LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER. Vous ne verrez plus les films de college de la même façon.


Nous sommes ici, avec THE FACULTY, dans la même volonté sociale que dans ...FERRIS BUELLER, mais peut-être de manière un peu plus ostentatoire. En utilisant le prétexte du teen-movie, couplé d'un sous-genre fantastico-horrifique, Robert Rodriguez nous livre in fine une critique sociale extrêmement violente et assez terrifiante. Dès le départ, les dés sont jetés si je puis dire, et tout est déjà foutu. Nous sommes dans une petite ville de l'Ohio, qui ne vit que pour les matches de football américain du vendredi soir. L'équipe du lycée est la star de la ville, ce qui met une terrible pression sur le coach et sur les joueurs, obligés de faire un résultat lors du prochain match (et qui conditionne l'accès à l'université de ces joueurs - j'y reviens), et surtout qui prive les professeurs des autres matières de matériel neuf, puisque toutes les (maigres) ressources de l'école sont réservées à l'équipe de foot, sous la pression de la communauté ! Les autres professeurs (et les élèves) n'auront ni nouveaux ordinateurs, ni voyage scolaire à New York, parce que les sportifs doivent avoir les tous derniers maillots de football. Les non-sportifs, les non-conformes aux envies de la communauté sont laissés sur le carreau. C'est le point de départ du film, et il ne va pas s'arrêter là. La petite bande d'élèves résistants à l'envahisseur extraterrestre est assez intéressante, quoique complètement archétypale : il y a le freak, le geek, la gothique, la nouvelle, et j'en passe. Plus intéressant : le sportif, capitaine de l'équipe de foot du lycée, qui veut arrêter la pratique du football juste avant le match le plus important de la saison, pour se consacrer à ses études ! Il pourrait continuer le sport et ainsi, grâce à cela, accéder plus facilement à une bonne université mais non, il choisit de jouer son avenir sur son intellect, ce qui d'abord le marginalise (et le fait entrer dans le groupe des marginaux résistants, donc), mais en plus se trouve humilié par sa petite amie (la chef des pom-pom girls) qui lui dit, en gros, qu'il est trop bête et qu'il n'a aucune chance de réussir. Il court au suicide social, et tout le monde lui fait bien comprendre ça et essaie de le ramener à la raison ! Quand, en plus, tout le monde devient infecté par cet espèce de virus extra-terrestre et se met à agir de manière complètement zombiesque, poursuivant notre petit groupe d'élèves pour les rendre zombies eux aussi, tout est clair, le message n'est même pas donné en filigrane, il saute littéralement aux yeux.


Pour vous parler plus clairement de la portée sociale de THE FACULTY, il faudrait que je vous dévoile des moments-clés de l'intrigue. C'est en tout cas très réussi, et quelques scènes sont assez terrifiantes sur ce mode-là. Par exemple, un tout petit plan de rien du tout mais qui en dit beaucoup : la bande essaie de sortir de l'école après un événement quelque peu dramatique ; on les suit de face, en plan rapproché ; plan de coupe, un minuscule travelling sur une salle de classe ouverte, remplie d'élèves qui lèvent le bras pour répondre à une question d'un professeur. Mais si on y regarde de plus près, on remarque que plutôt que de vouloir donner une réponse, la classe toute entière fait ce qui ressemble fort à un salut hitlérien ! L'idée n'est pas très subtile mais fonctionne très bien avec cette idée d'aveuglement communautaire, de lavage de cerveau, de conformisme à une seule et même idée, etc. Autre chose, je n'en dirai pas plus mais regardez l'ordre des contaminations des humains par les extraterrestres, et faites attention à ceux et ceusses qui en réchappent ; c'est très parlant, là aussi, d'un point de vue social : qui succombe en premier ? Qui reste définitivement sur le côté, pour qui la vie est d'ores et déjà fichue, et qui ne sera jamais accepté par la sacro-sainte société ? Faites aussi attention à la façon dont ils combattent les extraterrestres ; ce n'est tout à fait du subtil là non plus, mais c'est plutôt punk et assez amusant ! Enfin, la fin est vraiment violente de réalité sociale, mais je vous laisse la découvrir, j'en ai déjà beaucoup trop dit !


Si on regarde dans le moteur, on s'aperçoit que c'est du carré, du classique, pas vraiment d'aspérités dans tout le mécanisme. La photo est précise et soignée mais pas spécialement renversante (même si la lumière est vraiment très jolie au début de la séquence dans le gymnase), et c'est un peu pareil du côté du cadrage et du montage, tout est plutôt calme et sans vraiment de surprises. C'est tenu, sans être exceptionnel. Côté casting par contre, c'est très beau ; les professeurs patatent un peu mais sans se départir d'une certaine précision (Robert Patrick a de toute façon une tête à jouer les coaches de foot US, Piper Laurie reprend son rôle de TWIN PEAKS, Jon Stewart est plutôt bon, et Famke Janssen et Salma Hayek viennent faire coucou tout en étant très professionnelles) ; du côté des élèves, c'est aussi du très lourd : Elijah Wood, Josh Hartnett, Clea DuVall tiennent le haut du casting et sont très impliqués et très précis. Ce n'est en tout cas pas en France qu'on aurait des castings pareils, et surtout des acteurs qui sont entièrement dévoués à un postulat de départ aussi loufoque que des aliens qui prennent possession d'un lycée. Chapeau, en tout cas.


THE FACULTY est donc un film au final plutôt réussi, sans prétention mais tout à fait sérieux et juste dans son ambition de critique sociale. Il faut, une fois de plus, compter avec les films de college, et les sortir du ghetto de la mauvaise réputation qui continue de les entourer.

 

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

Publié dans Corpus Analogia

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Martin R 02/06/2009 16:28

L'un des teen-movie qui m'ai le plus marqué au cours de mes années collège ; ça me fait vraiment plaisir que vous y rendiez hommage même si je m'étonne de votre manque de précision sur certaines choses marquantes :Le scénario, une ligne droite concise, un monde clos dans l'espace et dans le temps d'une choérence impressionante, un rythme de dingue, la mèche d eJosh Harnett, la sensualité de Elijah Wood face à la chef des pompom girls dans le bus vers la fin, le sex appeal de Famke Jansen ; la musique, l'eau...Bon ok je suis surtout nostalgique là...

Bertrand 02/06/2009 14:55

Oui c'est bien le seul Rodriguez, avec partiellement Planète Terreur, que je puisse blairer.