LAST NIGHT THE D.J KILLED MY WIFE: le Retour de la Cinémort!

Publié le par Mr Mort







[photo: "Sexual Healing" par dr Devo, d'après une photo du comédien David Carradine.]




Chers Focaliens,

 

La cadence a beau s'accélérer sur Matière Focale, comme vous l'avez remarqué sans doute, il n'empêche que le temps ne passe que plus vite, et que les grains de sable, comme les films, passent entre nos doigts, entérinant ainsi notre long chemin vers la délivrance...

 

[Introduction soutenue par Le Syndicat des Ouvertures Lyriques...]

 

 

GOOD MORNING ENGLAND de Richard Curtis (UK/USA, 2009)

Ça pouvait tomber plus mal, me dis-je,  du genre "tomber sur un film afghan ou français" quand je découvris que le Sort me plaçait dans les eaux anglaises. GOOD MORNING ENGLAND, petit film anglais à sensation, tout le monde me massait les moules avec, mais de toute façon j'étais prêt à tout tenter en échange d'un bouteille de mauvais whiskey en compagnie de cette belle brune à l'Atomic Bar (mode de rémunération focalien connu).

 

C'est les sex-toys, période bénie, mais pas rigolotes des masses. Tout le monde passe des radios, le transit tort, mais peu de rock et de roll sur les ondes. Dans "ondes", il y a comme une idée d'eau, et c'est ce que va faire une joyeuse troupe de melo-men: émettre depuis un bateau pour passer la musique du diable... Très vite, Ken et Brannagh, les Dupond et Dupont du ministère de la Culture en glisse, ne l'entendent pas de cette oreille et vont tout faire pour briser le rêve marin de ces pirates de la culture. Peut-on briser les rêves, la liberté, et le glas ? Oui !

 

On lit souvent dans ces pages que les distributeurs français ne savent pas lancer les films, et là je dois dire que c'est tout le contraire. GOOD MORNING ENGLAND, titre franco-béret-basque-splendouille (qui se rappelle encore de Robin Williams ?), mise et excite, et promet du bon vieil indé Britney Spear (Shut up, BritNose !, comme disait feu le poéte). Avec un bon vieux casting des family stones. Il y a effectivement Seymour Hoffman en tête de gondole(très à l'aise), Bill Nighy en suivant qui joue son propre rôle une fois de plus, et le génie pur de Rhys Ifans, ici complètement fadasse dans un rôle très attendu. Arriver à minimiser Einstein et provoquer en un seul film le rétrécissement de l'Univers, il faut le faire.


Et bien, ça m'étonne pas du tout que le métrage, long, très long, cartonne ! C'est le syndrome LITTLE MISS SUNSHINE appliqué au cinéma des hauteurs européen. Y a du flouze, j'y reviens, c'est en scope, très éclairé. Y'a du décor en veux-tu, en voilà. Y a du classieux petit travelling à la steadycam. Une  belle gueule jeune, et zou, klaxonne Simone, c'est pesé, c'est emballé. Il reste du mou bien sûr, et je vous le mets (pour ne pas être grossier). Car que se passe-t-il en fait ? Rien. Pas de mise en scène, des clichés rock-attitude (l'attitude étant le cancer du rock) à la pelle. C'est très illustratif. La seule forme de montage est celle du montage alterné, et je vous assure qu'un montage alterné de 140 minutes, c'est fort long. A la fin, on lâche le maximoume d'effets spéciaux. Il ne s'est rien passé : pas de jeux d'échelle, pas de montage, des séquences d'intermèdes musicaux à n'en plus finir (30 ou 40), du Elvisme (le peuple ne peut pas avoir tort), bref, ça racole au maximum. Bien entendu, le final se vautrera dans le mélo le plus abject : à chacun sa chacune, on est tous frères, etc. L'overdose de vomi sur la tartelette d'ennui. L'enfilage d'anecdotes et de sketches dure quand même 2h20. Quand c'est fini, il reste encore une goutte, et comme toutes les dernières gouttes, c'est la plus dégoûtante, de celles qui achèvent le taureau innocent qui vient de se faire torturer pendant 140 minutes. Car le générique est didactissime : il s'agit de vous montrer, et c'est totalement véridique, que les Kinks sont les grands-pères de Annie Lennox et U2 ! Je vous jure ! C'est dégoûtant !

 

Ha oui, j'allais oublier ! C'est produit par Working Title et distribué par Universal ! Il a une drôle de tronche, le film indépendant. GOOD MORNIND ENGLAND est l'exemple parfait du cinéma en marche actuellement. C'est le genre de clou qui ferme le cercueil du cinéma en salle. Bientôt on n'aura plus que ça. Les publics "art et essai" et dit "grand" sont réunis, enfin, au grand réconfort du bizness-plan. C'est rebelle comme du Drucker, c'est mélo comme PLUS BELLE LA VIE, mais les gens ont l'impression de se cultiver et d'acquérir une culture alternative. Finalement, entre ce film et ceux de Britney Spears, il n'y a aucune différence, et la masse laborieuse qui dépense là ses 9 euros, est la même que celle qui achète des disques de Mika ou de Henri Salvador. Lire Télérama, Le Monde ou Voici, c'est la même chose, dans le fond. Que les cinémas art et essai passent ce film en dit long... 

Pendant ce temps-là, comme on dit dans TINTIN AU CIVET : Raoul Ruiz sort son film avec 14 copies pour la France. Dans le cinéma où j'ai vu GOOD MORNING ENGLAND, le film de Curtis (qui n'est pas le père de Ian, en tout cas !), en cinquième ou sixième semaine, a encore 3 ou 4 séances. Le Ruiz, pourtant en sortie nationale n'en à que deux ! CQFD.

Tout le monde a du sang sur les mains. C'est tellement cool !  

Pas moi. Girlfriend is better !

[Quand on voit l'état des radios en France et ailleurs, on se dit quand même qu'il y a tromperie sur la marchandise non ?]

 

 

 

 

 

THE OTHER MAN de Richard Eyre (UK-2009)

 

Un coup de dés plus loin, je me retrouve sur des terres moins antipathiques mais tout aussi ennuyeuses...

THE OTHER MAN raconte un triangle amoureux lourdosse mais qui a le mérite de faire un peu, juste un peu, valdinguer la timeline en mélangeant les différentes époques de l'histoire. Liam Neeson, et Banderas se disputent Machin Chose, l'actrice insipide. Mmmmmm... Il y avait un peu de photo, pas toujours réaliste d'ailleurs, mais très répétitive (les plans de nuit dans la chambre d'hôtel de Neeson). Malgré un rythme monotone mais rapide, ce fut assez vite le détachement le plus complet qui m'envahit. Les intrigues sont trop littéraires dans la thématique, et le grotesque ne fonctionne jamais. Finalement, les parois temporelles sont bien étanches et n'éclairent rien : ce ne sont que de vulgaires flashbacks ! Encore du cinéma d'avant-garde. Bref, on s'ennuie, jusqu'à ce que Eyre, qui n'est pas le fils de Jane en tout cas, nous plante un petit canif en plastique dans le dos...  Ca ne fait pas mal, et ça ferait même rire, mais pour l'intention, je demande la peine de mort ! Car voilà Mr Propre qui nous fait un vieux twist à Saint-Tropez des familles ! Que c'est vilain.

Montage alterné (encore !), flashbacks, twist et pot de fleur final, et bien sûr le grand classique : une petite réconciliation finale ! Là aussi, c'est de l'expérimental et du rock 'n' roll ! Là encore, c'est du film classé art et essai !

Hahahahha ! Je me gausse !
Puis, après la séance, je fais descendre la lame de la guillotine à petit trot, quand je m'aperçois que le petit salaud essayait de se faire une place au soleil en pillant Nicholas Roeg ! Mais oui, c'est ça! Il essaye de nous refaire des trucs à la BAD TIMING (Art Garfunkel, Theresa Russel, Harvey Ketel pour deux euros, neuf, dans tous les bacs à solde, et en vostf !).

 

Non contents d'être médiocres, ces gens sont des voleurs... C'est vraiment la classe !

 

 


Mr Mort.






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Publié dans Cinémort

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Etienne 13/08/2014 21:03


Marrant, quand je l'avais vu à l'époque j'avais l'impression d'être le seul à avoir détesté, comme tu dis, ce pseudo hommage rocknroll bien dégoulinant de bons sentiments. Une critique qui fait
du bien.

vinche 31/05/2010 17:36



Si je peux me permettre, Chris,


Ce n'est pas parcequ'il marqué sur l'affiche "film rock'n roll" que ça l'est. C'est un film minable, attendu, pénible comme ce type au bureau qui sort une vanne, "pour détendre l'atmosphère"
(atmosphère atmosphère...)


Je ne mange pas de pop corn au cinoche ni ne bois de coca et c'est bien dommage car j'aurais bien tout balancé sur l'écran, avant de séquestrer la guichetière pour qu'on me rembourse ma place.


Sans spoiler outre-mesure, on peut dire que vers la fin il y a toute une série de mini-rebondissements sans intérêts. Un moment donné je me dis in peto "encore un et je me cassse" et ça
n'a pas loupé: le personnage avait oublié un puzzle ou je ne sais quoi....Je suis parti.


Pourquoi s'énerver sur un film qui n'a rien demandé, cependant? Et bien c'est parceque c'est de l'arnaque pure et simple.


Comme le dis MrMort, c'est une bouse de major de type "coup de foudre à Notting Hill" maquillé en "petit film" comme le souligne très justement l'article.


Il se passe rien, on sent bien l'écriture collégiale où toutes les propositions s'annulent, où aucune piste n'est vraiment exploité, et où le scénario n'est qu'une "moyenne" votée à l'unanimité.
Aucune singularité quoi.


Ils mettent un gros casting pour avoir une chance de retour sur investissement.


"Le jour d'après" par exemple c'est 100 fois mieux. Car dans tous les films de ce genre, la bombe nucléaire est désamorcée. Et là elle pète dès le début! Peur de rien, grandiose. Michael
Bay est 100 fois plus R'nR......


PS: je lis "BoxOffice" biographie de Don Simpson (producteur de TopGun etc....) Ca ne parle pas vraiment de cinema, mais c'est à recommander!


Je tartine, je tartine, et c'est déja l'heure du gouter!!



Chris 31/05/2010 15:29



C'est marrant car moi je n'ai pas essayé de voir un quelconque film indépendant là dedans. Juste un hommage à cette époque qui a vue évoluer la société britannique vers l'Angleterre (puis par
extension la Grande Bretagne) permissive. Un bon moment rock'n'roll, drôle et enjoué.