FLIGHT OF THE CONCHORDS, Saison 1 : Songs about buildings and food

Publié le par Norman Bates










Rien à voir au cinéma ? Dans mon infinie bonté je vais me pencher sur le cas d'une série TV grave tendance qui fait un carton dans les milieux bien éduqués new-yorkais, entre deux biscottes au caviar  et du Champomy rehaussé avec de l'alcool à 90° (c'est la crise). Ces braves gens sont comme vous et moi : une fois la journée de golf terminée ils aiment se jeter dans leur canapé, prendre une bière et une pizza et regarder de la merde - mais néanmoins hype - à la TV. On appelle ça le "prédéterminisme social", ou aussi "glander". 

 

Jemaine et Bret sont deux jeunes chanteurs compositeurs guitaristes intermittents néo-zélandais qui débarquent aux ziouesses pour accomplir le rêve américain et devenir des stars internationales de la pop music. Pour arriver à leurs fins, ils sont aidés par Murray, leur manager, également consul de la Nouvelle-Zélande, qui est persuadé que la clé de la réussite réside dans une gestion rationnelle  de tous les instants de la vie du groupe. Chaque journée est divisée de façon à laisser le moins possible place au hasard...

 

Voilà pour le piche de la série. Pourtant en résumant de telle manière cette série américaine produite par HBO, on est complètement à coté de l'enjeu réel de FLIGHTS OF THE CONCHORDS. En s'attendant à un faux biopic rock'n'roll branchouille comme on pourrait le croire à la vue de la jaquette du DVD (ne jamais croire les jaquettes), le spectateur se retrouve dans un premier temps désarçonné par l'humour douteux de Bret et Jemaine, par les silences gênés et les scènes un peu trop longues (pour une série TV). Les chansons, elles aussi, arrivent comme un cheveu sur la soupe,  parce que oui FLIGHT... est aussi une sorte de comédie musicale sur la vie quotidienne de deux immigrants étrangers, mettant en musique leurs désarrois amoureux, sociologiques ou artistiques. Ce à quoi s'intéresse la série, c'est en fait aux collisions imprévues entre les lieux et les choses, vecteurs d'accidents poétiques qui engendrent l'art. L'humour naît de la même manière, via les incidents quotidiens le plus souvent absurdes. On n'est pas vraiment dans la parodie (même si il y a un peu de moquerie), tout est très sérieusement drôle, décalé. Même la musique qui consiste en une sorte de pop minimaliste vaut très largement ce qui se fait sur le marché (certaines sont même très bien, rappelant un peu les Talkings Heads). Les douze épisodes  qui constituent la première saison sont assez inégaux, mais le rythme global ainsi que l'absence de cliffhanger (fins d'épisodes en suspend) est assez agréable : comme je le dis toujours à la machine a café, c'est désagréable d'avoir un fil à la patte (j'en ai trop souvent l'impression avec les séries américaines).

 

La mise en scène est assez fonctionnelle, c'est malheureusement le fléau de la majorité des séries TV  qui cherchent à brosser le spectateur dans le sens du poil, cerveau disponible, etc... Agréable sans être renversante, elle arrive néanmoins parfois à surprendre le spectateur par un jeu sur l'échelle de plan, ou un cadrage qui sort un peu de l'ordinaire. En fait, ça ressemble pas mal à du Gondry, notamment dans les décors et les habits qui jouent un grand rôle dans l'ambiance décalée de la série : Bret par exemple est toujours vêtu avec des t-shirts d'animaux, les murs du consulat sont remplis de posters splendouillets évoquant la Nouvelle-Zélande, les déguisements en carton et certains passages clippesques font très SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ, j'en passe et des points de suspension. Les séquences musicales sont souvent un peu plus folles que le reste des épisodes, parfois un peu trop clippesques à mon goût. La photo a un peu de personnalité, c'est toujours ça de pris. Personnellement, je ne suis pas très Gondry, et cette ambiance un peu kitsch a fini par me lasser au bout des douze épisodes. Au final, on a un peu l'impression que l'humour se base un peu trop sur l'amoncellement d'objets hétéroclites.

 

Les deux acteurs principaux, les Flight..., campent un duo parfait de jeunes adultes perdus et un peu tristes. Ils sont même carrément déprimants dans leur constance à tout rater, que ce soit sentimentalement ou musicalement. Parfois l'humour laisse place à une sorte de spleen, à une tristesse sous-jacente assez émouvante chez ces deux loosers-nés, bons à rien et égoïstes, timides mais cruels dans leurs relations aux autres. Les personnages secondaires ont bien du mal à exister à l'écran, un peu trop caricaturaux à mon goût (la seule fan du groupe par exemple est vraiment la groupie de service, assez pénible à la longue). Murray (que l'on a pu voir dans l'horrible GOOD MORNING ENGLAND) est intéressant mais lui aussi donne un peu l'impression de tourner en rond à la longue.

 

Tous ces défauts peuvent paraître rédhibitoires, mais si vous aimez un tant soit peu l'humour très spécial du duo, ce qui est mon cas, ces douze épisodes devraient vous combler. Si en plus vous aimez les T-Shirts avec des loups sur fond de pleine lune, vous devriez kiffer votre mère. Par contre, il vaut mieux éviter d'enchaîner les épisodes à la suite, ça devient un peu écœurant.

Norman Bates.







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Publié dans Lucarnus Magica

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