MASSACRE AU CAMP D'ETE de Robert Hiltzik (USA-1983): faîtes du sleep!

Publié le par LJ Ghost






[Photo: "The Big Slip" par Dr Devo.]



Une bien jolie bourgade près d'un lac des Etats-Unis d'Amérique. Un père et ses deux enfants, un garçon et une fille, jouent sur un bateau ; celui-ci se renverse et la petite famille finit à l'eau. Ils n'ont pas vu qu'un petit bateau à moteur se dirige accidentellement droit sur eux, et les percute. Le père meurt, les enfants sont blessés. Dans un autre lieu, dans un autre temps, dans une nouvelle famille, une mère envoie son fils et sa nièce, qui ont tout deux sensiblement le même âge, dans une jolie colonie de vacances ("merci maman, merci papa"). La petite fille, Felissa Rose, semble mal s'accommoder de ce lieu et ni ne parle ni ne mange. Son cousin, Jonathan Tiersten, prend sur lui de la protéger contre les railleries de leurs camarades et des employés patibulaires de la colo. Les choses se compliquent un peu quand plusieurs morts inexpliquées frappent soudainement le camp...

 

 

Ce n'est pas la peine de vous faire un dessin, il s'agit ici d'un slasher dans la plus pure tradition du début des années 80, c'est à dire avec jouvencelles, beaux garçons, policiers moustachus, et un impitoyable tueur qui trucide à peu près tout le monde avec force  et violence. Mais ce film-là a quelque chose en plus, quelque chose qui le distingue très nettement des autres métrages du même genre, quelque chose qui le rend unique et indispensable.

 

MASSACRE AU CAMP D'ETE (SLEEPAWAY CAMP en V.O.) est, quelque part, un film purement dans l'esprit focalien, ou en tout cas dans l'esprit dans lequel ce site a été créé. Matière Focale a pour but (entre autres) de fouiller dans les tréfonds du Cinématographe pour trouver des films dont au moins une scène serait à sauver, dont au moins une scène serait du cinéma, et qui vaudrait à elle seule la vision du film en question. C'est bien de cela dont il s'agit ici. La fin du film est une des choses les plus hallucinantes que vous puissiez voir dans votre vie de cinéphile. Vous n'avez jamais rien vu de tel. Je ne vais évidemment pas vous dire de quoi il s'agit, vous devrez donc me croire sur parole. Tout ce que je peux dire, c'est que dans les trois dernières minutes, le film prend un virage complètement loufoque, et même plus que ça, carrément grotesque, absurde et gratuit. Et c'est à ce moment-là que le film prend son envol, si j'ose dire ; la photo, auparavant vraiment quelconque (et encore, je suis gentil, les acteurs sont uniquement éclairés de face ou d'en haut sans aucune espèce de poésie ni aucune volonté de faire quelque chose d'un peu beau - sauf pour deux ou trois plans, dont de biens jolies ombres chinoises) devient ici précise et effrayante. Le son, affreusement mal mixé tout au long du film (il arrive régulièrement qu'on ne comprenne même pas ce que les acteurs disent, tellement la musique est forte) se transforme en une entité mouvante, suffocante, vos cheveux se hisseront et vous en aurez des frissons. Le montage révèle aussi quelques surprises, et le rythme imposé par la révélation des informations va également dans le sens de cette terreur recherchée. Finalement, le réalisateur ne cherche pas tellement à faire peur durant le déroulement de son film, mais il semble qu'il réserve ce traitement uniquement à son grand final. Cependant, il ne délaisse pas vraiment le reste, en tout cas au niveau du maquillage, plutôt réussi, et certains décadrages sont assez beaux et pour le coup vecteurs de saillies (le reste du film étant plutôt paresseux sur ce point-là). Les morts successives utilisent un procédé vieux comme John Carpenter, mais avec une certaine efficacité. Si le metteur en scène semble un peu se moquer de ces morts (encore une fois, pour se réserver sur le final), cette atmosphère de meurtres assez froide est dérangeante, et les décès n'en sont que plus secs, plus douloureux et plus signifiants.

 

Une chose est sûre, le film porte formidablement bien son nom, et pas qu'à cause des multiples meurtres qui l'émaillent (un petit mot là-dessus : c'est un véritable carnage, qui n'est jamais gratuit - enfin, façon de parler - sauf une seule fois, un peu avant la fin, et qui est en totale contradiction avec le film dans son ensemble, comme si c'était une parenthèse grotesque, un signe que le film décolle vers quelque chose d'Autre, en faisant quelque chose d'inexplicable et d'inexpliqué, à contre-courant du reste. C'est plutôt beau, là aussi), mais aussi à cause des acteurs : vous n'en avez jamais vu d'aussi mauvais, c'est assez surprenant et complètement hypnotique, parce qu'ils pédalent dans les descentes avec entrain, et en sachant exactement ce qu'ils font (le pompon revient à la mère, qui est soit la plus grande actrice de l'histoire du cinéma, soit juste bonne à éviscérer), en ne se donnant aucune limite dans le ridicule. Je n'ai pas envie de croire qu'ils sont juste mauvais comme des cochons (même si, soyons lucides, ils le sont), je préfère penser qu'ils font exprès et que ce sont des génies, c'est beaucoup plus drôle comme ça. Cela dit, plus le film avance, et moins on y fait attention, parce que mine de rien Robert Hiltzik nous entraîne dans son film, nous emporte avec lui et, malgré la laideur totale du métrage, on le regarde jusqu'au bout. Il me semble également important de signaler que les très rares séquences de flashback sont plutôt soignées et, ceci expliquant peut-être cela, sont également sur un mode assez absurde.

 

En conclusion, que dire ? MASSACRE AU CAMP D'ETE n'est pas un bon film, il est même plutôt, allez, moche, médiocre, avec quelques sursauts par-ci par-là mais rien qui ne mériterait une attention particulière si ce n'est cette fin, vraiment belle, vraiment terrifiante, et qui va véritablement vous faire faire des cauchemars. En tout cas, s'il ne faut voir qu'un seul slasher des 80s, c'est celui-là.


LJ Ghost.





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Publié dans Corpus Analogia

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Dr+Devo 09/06/2009 19:45

J'avais un doute lors de son premier com'... La prochaine fois, je lui dis : "Next!"Dr Devo

Bertrand 09/06/2009 19:18

Supprimez Soubrie, il écrit pareil partout, c'est du spam.

Abraham Soubrie 09/06/2009 18:53

Bonjour ,Merci pour votre article , j'aime bien la photo en illustration ...Les Mots , les Photos forment un Journal Et ce Journal peut publier un Film d' Idées ...A+ de vous relire , Sincère salutations .. A.S  PhotOGraphiC