RETURN TO SLEEPAWAY CAMP de Robert Hiltzik (USA-2008): Le soir, il aime manger de la sardine...

Publié le par LJ Ghost







[Photo: "What a Night That was" par Dr Devo.]

 

 

Vingt ans sont passés depuis les sanglants évènements du camp Arawak, mais ses portes sont rouvertes, même s'il a changé de nom. Michael Gibney vient y passer l'été, en compagnie d'une vingtaine d'autres adolescents. Il est un peu étrange ce Michael, trop grand, trop gros, un peu lent sur les bords, bref, il ne s'intègre pas et devient le souffre-douleur de ses charmants petits camarades. Mais un lieu maudit est un lieu maudit : les tueries recommencent, et les premières victimes sont les tortionnaires les plus virulents du pauvre Michael...


Ce film est la cinquième suite de la franchise des SLEEPAWAY CAMP, dont la genèse (dont j'avais parlé sous son titre français MASSACRE AU CAMP D'ETE) est devenue culte grâce à son extraordinaire séquence finale. Le générique rappelle donc les faits causés par le tueur, grâce à des extraits de journaux entachés de sang, et qui divulguent l'identité du meurtrier d'entrée (je ne vous conseille donc pas de commencer par celui-ci, mais de toute façon vous devez voir le premier !), ce qui peut être un sympathique clin d'oeil mais qui handicape fortement les spectateurs n'ayant pas visionné SLEEPAWAY CAMP. Le film s'adresse donc tout d'abord aux aficionados de la série, ce qui n'est pas forcément un très bon calcul. Autre clin d'oeil, le retour de certains membres du casting originel (dont l'abominable responsable du camp, qui est toujours aussi hypnotiquement mauvais) et l'apparition de ce bon vieux Isaac Hayes, dans son dernier rôle au cinéma, dans le rôle de, tenez-vous bien, le chef cuistot du camp ! Toute ressemblance avec une célèbre (et superbe) série animée américaine n'est que fortuite, bien sûr. Tout cela pour dire qu'on est comme qui dirait en terrain connu, on est entre amis, on fume le cigare, on porte des espadrilles, et on va se remémorer le temps béni où nous avions du succès.

 

Et finalement, rien n'a changé. Que ce soit au niveau du scénario, ou de la mise en scène, ou du choix des acteurs, on est à la maison, et que l'on regarde SLEEPAWAY CAMP premier ou cinquième du nom, c'est quasiment la même chose. Mais en plus poussé, en plus approfondi, en plus assumé peut-être. Le film est toujours un slasher, mais en fait pas du tout, et finalement on s'en fout. Ce n'est visiblement pas ça qui intéresse Hiltzik, et il nous le fait comprendre dans les cinq premières minutes en nous donnant quasiment d'entrée l'identité du tueur. Ce n'est un secret pour personne dès le départ, sauf pour les personnages, dont on se demande si leurs parents ne les ont pas fait tomber sur la tête quand ils étaient petits. La façon dont il filme les meurtres, autrefois distante, est ici traitée sur un mode complètement humoristique ; les tueries sont drôles, ludiques, volontairement absurdes (ils sont quasiment aussi « sophistiqués » que dans n'importe que SAW, l'humour en plus) et ont recours au numérique, ostensiblement moche ; on est ici assez proche du cartoon, un peu à la Itchy et Scratchy (le dessin animé sanglant dans LES SIMPSONS), et c'est plutôt plaisant. En faisant cela, Hiltzik reporte la violence qu'auraient dû contenir ces scènes ailleurs, dans les séquences d'humiliation de Michael Gibney. Et là, ça fait vraiment froid dans le dos, et ça ressemble à de la torture pure et simple (en témoigne cette incroyable et douloureuse séquence de "réunion dans les bois " (je code), où les bourreaux de Gibney le mettent littéralement à mort ! C'est abominable). Sa marginalité, avant tout physique, lui vaudra toutes les tortures (pardonnez-moi, c'est le seul mot auquel je peux penser) possibles, de la psychologique à la physique, en passant par l'accusation (à tort ou à raison, ce n'est pas vraiment le propos ; il est bizarre, il est différent, donc il est coupable). Ces outrages se passent devant les yeux de l'autorité, représentée notamment par Paul DeAngelo (le rescapé du premier film), qui s'émeut de la situation mais ne fait rien, ou s'il fait quelque chose, n'est pas écouté ! On n'a finalement aucun pouvoir contre le groupe, il domine et aliène, et l'individu n'a aucune chance ! Le choix du casting des adolescents est plutôt cohérent : en choisissant des gamins de 17 à 20 ans pour jouer des personnages qui semblent être au collège, on a beaucoup de mal à distinguer les élèves des surveillants (qui exercent également leur cruauté contre Gibney) ; ce sont tous les mêmes, le groupe avance comme une seule entité identique, et toute volonté de s'écarter du choix du groupe est tuée dans l'oeuf par la pression des pairs. Le métrage penche donc plutôt vers la critique sociétale que sur le vrai film de genre.

 

Mais qu'Hiltzik nous parle de cela, s'il veut, c'est très bien, mais aussi efficace que ce soit pendant la projection, il assène tellement son message qu'il finit par bouffer tout le film, qui devient pour le coup assez didactique et serait laborieux s'il n'était pas salutairement court. Le problème est que son scénario vampirise toute velléité de mise en scène, qui n'était pas le point fort de MASSACRE AU CAMP D'ETE, et qui ne se bonifie pas vraiment. La lumière vient toujours de face et d'en haut, les cadrages sont toujours indigents et le montage suit cette vague de mollesse qui englue le film. C'est du quelconque, du passe-partout, et il faut une fois de plus attendre les cinq dernières minutes pour que quelque chose se passe ; rien de transcendant, mais on peut signaler un joli jeu sur l'échelle de plans dans le gymnase plutôt asphyxiant et ludique, ce qui est toujours bon à prendre. A part ça, pas grand chose, si ce n'est qu'il nous ressort pratiquement la même fin que dans le premier film, quasiment au plan et à la ligne de dialogue près ; c'est amusant, et en même temps assez flippant ; la magie opère, mais bien moins que pour l'original.

 

Si je puis donc vous donner un conseil, si vous désirez voir ce film : procurez-vous MASSACRE AU CAMP D'ETE d'abord. Premièrement, vous ne serez pas spoilé ; deuxièmement, vous verrez une des fins les plus terrifiantes du cinéma ; troisièmement, vous vous amuserez aussi des clins d'oeil de ce RETURN TO SLEEPAWAY CAMP. Mais si vous ne voulez pas voir ce film, je vous comprends, et vous ne raterez finalement pas grand-chose.

LJ Ghost.




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Publié dans Corpus Analogia

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