4 AVENTURES DE REINETTE ET MIRABELLE, d'Eric Rohmer (France, 1987) : L'éthique, c'est chic !

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Une Equitation Sentimentale" par Dr Devo)



Chers Focaliens,

Voilà que nous vous avions mis en vacances focaliennes forcées ! C’est que la maîtrise du temps est une affaire compliquée, et il nous a donc été impossible de nourrir la bête pendant quelques jours de manière convenable ! Mais tout devrait rentrer dans l'ordre. Et nous revoilà de nouveau aux affaires.

Et pas n'importe comment. Nous avions déjà parlé il y a peu de temps de Rohmer et de L'ARBRE, LE MAIRE ET LA MÉDIATHÈQUE, un peu poussés par notre ami Tchoulkatourine, grand fan du Monsieur. Nous ne l'avions pas regretté une seule seconde, bien entendu.

Mirabelle, jeune fille dans la très petite vingtaine, fait du vélo sur une petite route de campagne. Son pneu est dégonflé. Reinette, fille du cru et du même âge, passe par là et finit par apprendre à Mirabelle la parisienne comment on répare un vélo avec une bassine, de la colle et une rustine. Pendant que la chambre à air sèche, les deux filles visitent la campagne environnante et décident finalement de passer quelques jours ensemble. Quatre histoires s'ensuivent. La première, que je viens de commencer, où il s'agira de se présenter l'une à l'autre, et où Reinette essaiera de montrer à sa nouvelle camarade "l'heure bleue", c'est-à-dire cette heure où la nuit est terminée mais où le jour n'a pas commencé. Ensuite, on retrouve nos deux copines à Paris pendant l'année scolaire, en colocation. Mirabelle continue ses études d'ethnologie (mouais !) tandis que Reinette fait les beaux arts, car elle peint splendouillettement, de manière intéressante (et symboliste, en quelque sorte), mais de manière autodidacte. La deuxième histoire commence, avec un garçon de café qui refuse que Reinette paie son petit café avec un gros billet. La troisième nous montre Mirabelle qui essaie de venir au secours d'une kleptomane dans un supermarché, ce qui nous vaudra in fine une belle dispute éthique entre les deux filles. Enfin, la dernière histoire nous montrera comment Reinette est obligée, pour payer le loyer, d'essayer de vendre un tableau à un galeriste (Fabrice Luchini, petite cerise délicieusement insupportable), tout en honorant un pari débile (entre elle et Mirabelle, bien sûr). Voilà.

Et bien, dites donc, décidément, on risque, j'ai l'impression, de se faire la réflexion à chaque fois qu'on va en voir un, de Rohmer : quel drôle de film. C'est quoi, Rohmer, vu de loin ? Un type qui raconte des histoires anodines de jeunes filles (surtout) avec une mise en scène sous le signe du minimum, voire du délicieusement suranné, le tout saupoudré à la salière atomique de dialogues délicieusement (aussi) empreints de littérature. Ça ne donne pas envie, n'est-ce pas ? Un vieux papy gâteux qui déblatère à n'en plus finir dans son univers anodin petit-bourgeois et, osons le mot familier, prout-prout. L'adaptateur officiel de la série des MARTINE, en quelque sorte. [Ici, MARTINE MONTE À PARIS.]

Dieu merci, l'image d'Épinal, une fois de plus, est complètement à côté de la plaque. Dieu soit loué même. Drôle de film donc, dont il est au final assez difficile de rendre compte de manière fidèle. Ce qui est déjà un indice : le film de Rohmer se place dans un espèce d'entre-deux, et fait partie de ces œuvres dont on peut dire qu’elles "mettent le doigt dessus", c'est-à-dire sur des choses précises mais fugaces, des choses peu exprimées mais qui sont constamment sous notre nez.
Reinette, finalement, c'est une fille assez brute de décoffrage. Gentille, plutôt prévenante, et, comme elle le dit elle-même, autodidacte dans tous les domaines. Fille de la campagne, mais pas Bécassine pour un sou (loin de là même, comme nous allons le voir), la Reinette est une franche, une fille qui finalement n'en fait qu'à sa tête. De l'extérieur, on dirait une sorte de godiche naïve et mal dégrossie. En fait, Reinette est plus simple et directe que plouc. Disons qu'elle ne fait aucun effort pour se mettre en valeur, et qu'elle a cette propension à considérer que son discours et ses actes se suffisent à eux-mêmes. Pas de chichis donc, aucune sophistication, et tant pis si elle parait "gentille" ou un peu con-con. Elle s'en fout.
Mirabelle est plus sophistiquée, plus "moderne" en quelque sorte. Jeune fille moins singulière que Reinette (elle, on a cassé le moule, comme on dit), elle est plus à l'image de son temps. Moins en demande que l'autre aussi (ou peut-être). Elle connaît bien son monde, la vie parisienne n'a aucun secret pour elle, et on sent bien qu'elle maîtrise complètement le jeu social. Elle possède notamment complètement la culture dont elle est issue. Une fille de son temps, quoi, ce que n'est pas, au premier abord, sa copine Reinette. Comme d'habitude (et le film étant réalisé en 1987, c'est quand même un de ses délices : le décalage temporel), Rohmer soigne sa direction artistique, on le verra, et notamment dans l'utilisation des vêtements. Reinette porte toujours une robe un peu empâtée, un peu ringarde. [Sur ses tableaux, la fille avec la robe, car elle en met partout, voit celle-ci soulevée par une brise invisible, dévoilant les fesses du personnage, les fesses étant pour Reinette "la plus belle partie du corps d'une femme" ! Imaginez ça dans la bouche de Reinette, telle que je viens de vous la décrire ! C'est délicieux ! Que c'est drôle !] De son côté, Mirabelle est beaucoup mieux habillée, à la mode même. Plus jolie et plus apprêtée en quelque sorte.

Deux personnages bien définis donc, mais assez subtils. Reinette ne cherche certes jamais à se mettre en valeur ou à apparaître sous des jours séduisants. Elle est de la campagne, mais ce n'est pas non plus une illettrée, et oui, merci, elle est déjà sortie de sa cambrousse, et semble d'ailleurs avoir beaucoup voyagé. Il y a des paradoxes chez cette fille. Mirabelle de son coté n'est pas non plus complètement hautaine et superficielle. C’est une fille normale et intégrée à son milieu.
Avec deux copines comme ça, pas forcément dans une ligne d'amitié "à la vie, à la mort", Rohmer montre bien ici et là ce que cette relation peut avoir de légèrement agressif ou de froid. On peut s'amuser sans fin. Ce que fait le réalisateur en mettant en scène, sur l'air de "mine de rien", des situations assez absurdes (voire complètement), mais qui révèlent toujours des enjeux aussi anodins que... moraux ! Ou éthiques, plus précisément ! Fichtre alors !

Et c'est là la force du projet. On le verra, la mise en scène, comme d'habitude, est spéciale. Tout ça n'a absolument l'air de rien, ça ne ressemble à rien, et pourtant c'est du précis. Petit à petit se dessine un monde incroyablement proche de notre quotidien, mais rendu complètement fantastique par un décalage surréaliste qui n'apparaît non pas d'un maniérisme destructeur, ce qui serait logique vu la force de la charge, mais comme légèrement déstabilisateur. Comme si on avait fait un petit pas de côté, imperceptible, et que la mise en perspective de notre quotidien le faisait devenir complètement fantastique, et diaboliquement réaliste. [Moralité : plus on s'éloigne du réalisme, plus on construit quelque chose de fidèle à la réalité, chose qu'on a toujours défendue ici. Le cinéma réaliste, c'est Rohmer ou Argento !] Le basculement vers le fantastique quotidien et vers l'éblouissante mise en perspective se fait, bien sûr, par Reinette. Car elle nous dévoile deux traits de caractère au fur et à mesure. C’est une vertueuse, une moraliste dans le noble sens du terme. Elle applique ses principes moraux, et pas qu'un peu ! Si elle pense que quelque chose est juste, elle refusera de le contredire, mais seulement si cette contradiction est sans conséquence sur la vie collective. [Ce que montre très bien la scène où il s'agit de manger la nourriture issue du vol de la kleptomane. La nourriture sera mangée ou jetée à la poubelle de toute façon.] De plus, inconsciemment, et par voie de conséquence, elle a compris qu'il fallait protéger les Forts des Faibles !

Et c'est là que Rohmer marque tous les points ! Dieu que c'est implacable et malin. Rohmer n'est pas le petit cinéaste des petits états d'âme de la petite bourgeoisie, bon sang ! C'est un type, comme me disait fort justement Tchoulkatourine, qui ne s'intéresse qu'à une chose : la violence dans les sociétés industrielles. Les films de Rohmer sont drôles (et non pas kitsch), mais ce sont, à leur manière, des films d'horreur. C'est un cinéma qui montre le sang en train de couler. Et toute la problématique se situe là, dans le balancement entre le chaos et la pressurisation de la Société par l'Ordre. Rohmer montre très clairement la lutte de la Société pour mettre au pas et dans le rang l'Individu. Reinette regarde le Chaos et il y injecte sa rectitude, sa justesse morale. C'est une forte. Mirabelle est intégrée, fille de son temps, et elle injecte dans l'ordre de la Société un relativisme moral s'adaptant des circonstances et ignorant les conséquences, surtout les plus symboliques. Entre les deux, évidemment, le tiraillement est incessant, jusqu'à pousser, pour ceux que ça intéresse, à voir dans les deux personnages les deux faces d'une même pièce. [Ce que personnellement je me refuserai de faire d'ailleurs !] L'histoire du garçon de café est carrément sublime de ce point de vue. Voilà un gars qui va faire un enfer à Reinette (jusqu'à l'enchaîner à la table de la terrasse, quasiment !) au nom de principes... qui s'appuient sur une logique spécieuse qui ne fait que faire remonter à la surface un ressenti tout personnel (celui du serveur, je veux dire), qui effectivement s'appuie sur une expérience malheureuse (les clients qui cherchent à esquiver la note ou à abuser du service rendu), mais finalement détournée dans un but d'autorité et d'ordre implacable. On est en plein "catch 22" comme diraient nos amis anglo-saxons : pile je gagne, et face tu perds ! Reinette accepte le chaos et se sert de sa Vertu comme guide. Là où les autres le refusent et veulent lui substituer un ordre se basant sur l'oppression sociale, un ordre terrible qui sera justifié par tous les arguments les plus individuels... et n’ayant donc aucune portée universelle ! L'ordre se justifie, du côté du faible, par des arguments personnels et changeants ! L'horreur ! Reinette est en fait l'exact opposé de la Grace du MANDERLAY de Lars Von Trier ! C'est magnifique ! Et comme disait l'autre, il n'y a de l'ordre que dans les cimetières !

[Je remarque que ces enjeux et ces oppositions ne sont pas du tout cyniques, cependant, et ils n'enlèvent rien, par exemple, à la beauté de l'heure bleue que les deux amies finiront par connaître en début de film. Il y a ça, et il y a aussi ce qui va suivre. Rohmer n'est pas dupe ! Par contre, c'est triste et c'est violent. Dieu merci, Rohmer a énormément d'humour. Deuxièmement, il trace aussi un sacré portrait de la culture, dans les deux sens du terme. La conclusion est terrible : la culture est évidemment une des armes d'oppression servant l'Ordre.]

Bon tout ça devrait déjà vous mettre l'eau à la bouche. Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi la mise en scène, qui vaut également son pesant de cacahuètes ! Le cadre est moins rigoriste que dans L'ARBRE LE MAIRE ET LA MÉDIATHÈQUE. Ceci dit, ça reste très beau et précis. Les décors, comme d'habitude, n'ont l'air de rien, et semblent avoir été empruntés. On se croirait dans l'appartement de notre voisine Mme Michu. Rien d'exotique ni de dépaysant, donc. Rohmer a le chic pour placer ses films dans des décors apparemment pauvres, mais dont le repérage et l'utilisation sont d'une précision folle. Tout est cadré, l'espace est découpé, et les champs/contrechamps de ce cinéaste réputé pourtant bavard ne se font jamais sans mise en scène signifiante, ne sont jamais des tunnels sans fin "un coup à droite, un coup à gauche". Bref, il se passe toujours quelque chose. Le montage, lui, est très précis, très sensuel et même curieusement organique. C'est d'un rythme assez dingue, avec trois fois rien. Rohmer finit par accoucher de films qui ont l'air, de loin, banals à mourir, mais qui s’avèrent ne ressembler à rien, sinon à eux-mêmes. C’est grâce, sans doute, à un dispositif de tournage astucieux. Rohmer utilise très bien ses comédiennes, et le choix des prises est ciselé par le montage. Il récupère même les incidents, d'énonciation par exemple, ou les rajouts des deux comédiennes. Il les pousse finalement. Il repère et utilise les accidents (un peu comme le faisait Haneke dans ce fameux plan sur Binoche, chose magnifique dans CACHÉ; je vous en avais déjà parlé). Loin d'être de l'ordre de la ringardise absolue, la direction des comédiens est au contraire précise... mais décalée. [Chose qu'on retrouve aussi chez Lelouch, d'ailleurs, et je pèse mes mots). En fait, il m'est apparu quelque chose d'évident. Un raccourci auquel je n'avais pas pensé avant, et qui ici m'a été soufflé par les tableaux de Reinette (entre Delvaux à côté de la plaque et Clovis Trouille "naïf"). Eric Rohmer me semble énormément lié à Jean Rollin. C'est une analogie, bien sûr, les deux univers et leurs thématiques respectives n'étant pas comparables. Ces deux gars-là font non seulement un cinéma qui ne ressemble à personne, mais dont l'économie (dans tous les sens du terme), la direction des comédiens et le surréalisme fondateur sont semblables, malgré un jeu de nuances différent. On a souvent raillé Rollin comme étant le ringard du cinéma fantastique, le plus pauvre de la classe (en termes de moyens). Or, non. On a dit que Rollin était si pauvre qu'il ne pouvait pas se payer de travelling ! Mais était-ce le cas ? Lui et Rohmer ont-ils besoin de ces travellings ? Non. Bien au contraire, les deux hommes soignent les repérages, et arrivent à recréer, dans des atmosphères quotidiennes, des gouffres fantastiques. Et les deux essaient d'utiliser, à leur sauce, les outils simples mis à leur disposition. Et tout deux arrivent au final à ouvrir des univers vertigineux avec quasiment rien... Quasiment rien, certes, mais pas dans la mise en scène, où il se passe toujours quelque chose ! Le surréalisme et la malice relient les deux, sans aucun doute. Jean Rollin n'est pas le Ed Wood français, c'est le Eric Rohmer du fantastique ! [De la même manière, et bien qu'aimant les deux cinéastes (quoique je sois plus critique envers l'américain), je ne comprends absolument pas qu'on puisse comparer Rohmer et Woody Allen, comme je l'ai déjà entendu ! C'est complètement absurde, et même antinomique !).

[Remarques annexe : la qualité de la direction artistique se voit aussi dans l'incessant jeu avec les accessoires, souvent anti-naturels (voir l'utilisation de la couleur rouge). Un mot aussi sur l'utilisation du son, particulièrement rigolo et brillant dans la scène de rue (à propos des mendiants) et les deux formidables morceaux électroniques qui ressemblent à du Telex naïf ! Si j'ose dire ! C’est délicieux.]

Et bien, je ne sais pas pour vous, mais moi, les amis, j'ai très hâte de voir un nouveau Rohmer ! En tout cas, on peut se précipiter avec gourmandise sur ces 4 AVENTURES DE REINETTE ET MIRABELLE. C'est un grand film !

Malicieusement Vôtre,

Dr Devo.

PS : Les deux comédiennes sont sublimes. Joëlle Miquel (Reinette) semble être à l’origine du projet. Elle a réalisé un film en 2004. Tout comme Jessica Forde (Mirabelle), réalisatrice elle-aussi (dont un superbe titre : UNE EQUITATION SENTIMENTALE) et à la splendouillette filmographie, puisqu’on a pu la voir dans DOUBLE TEAM de Tsui Hark, aux côtés de Jean-Claude Van Damme (et aussi chez Raul Ruiz). Étonnant, non ?
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Burnwood 02/02/2012 09:50


Depuis ce film, Joelle Miquel a écrit plusieurs livres, qui ont été plutôt bien accueillis me semble-t-il...

Dr Devo 07/08/2006 09:29

TRIO EN MI BEMOL!!!! Voila un titre splendouillet! Sinon oui, c'est tréas mal Tchoul, c'est trés mal!

Dr Devo

Tchoulkatourine 07/08/2006 02:45

Ah, tenez, vous dites entre parenthèses "mouais" sur le fait que Reinette fasse des études d'éthnologie.
En passant sur le site de Jessica Forde qui tient ce rôle (http://www.jessicaforde.com/), on peut lire qu'elle a bien fait ce cursus !
"Elle (...) s'inscrit à l'Institut des Langues et des Civilisations Orientales de Paris (INALCO) où elle étudie le Bambara, langue de l'Afrique de l'ouest, et l'ethnologie."
Bon, je sais, c'est très mal de confondre le comédien et le personnage...

Reinette et Mirabelle est jusqu'à présent leur seule collaboration au cinéma. Par contre elle a joué, avec Pascal Gregory, dans une pièce montée Rohmer en 1987, "TRIO EN MI BEMOL".
J'ai pu voir un très court extrait cela m'a l'air succulent...

Tchoulkatourine 13/07/2006 02:27

Comme il est bien, ce film !

Vous dites que Mirabelle est moins en demande que Reinette. Je ne sais pas, c'est peut-être oiseux, mais à force de l'avoir revu 10 fois, ce film, je me demande si Mirabelle, n'est pas en situation de fugue au début du film (en tous cas, elle quitte, comme un départ pour l'aventure, l'univers douillet de la maison de campagne de ses parents qu'elle semble peu enclin à retrouver). Ce personnage présente toujours le même masque (impassibilité, regard un peu en biais), on peut se demander, en écartant un mécanisme de pose sociale liés à son milieu comme diraient les chanteurs engagés un peu positivistes, s'il n'y à pas comme un renfermement sur soi, une détresse terrible. Reinnette est souvent une bouée pour elle.

L'opposition fort/faible, dans les grands traits, je suis d'accord avec vous. Restent les modalités ... Il faut protéger les forts des faibles. On a aussi besoin d'un plus petit que soi, comme l'indiquerait la toute dernière aventure ... Elles se complètent sans s'aliéner (j'adhère à votre remarque jugeant inepte la thèse d'un personnage hydre ou d'un miroir vandammien). L'une apporte le matériel, l'autre des principes et une pratique qui tendent à s'en abstraire (Mirabelle échoue dans le concret parfois dans le film / Reinnette essaie d'appliquer des principes de Mirabelle).

Tension, dynamique d'équilibre précaire : c'est là, que je trouve que c'est intéressant. Il y a souvent chez Rohmer, en fonction de critères économiques, sexuels et intellectuels, dans la bouche, les actes et les gestes des personnages un tropisme vers le tri, le classement, la sélection (avec comme climax, Conte d'Eté, pour cette phrase terrible : " Je suis infiniment supérieure à tous les mecs qui tournent autour de moi.") Ce que je trouve passionnant chez ce réalisateur, c'est que cette dynamique, un peu comme chez Waters, est poussée à bout comme pour être ramenée au néant, à sa vanité ou plus sobrement à la contingence susceptible de ronger cet ordre.

Détruire, dit-il, en composant avec des glacis où glissent les limites ...

Je suis d'accord avec votre analyse concernant la dynamique de mise en scène précise comme de la danse. Comme avec le Rayon Vert et la Marquise d'O., avec tous les effets de distance créés par les jeux de constructions (temps, cadre, couleurs) , à fleur de peau , il semblable que l'on effleure la sensibilité du réalisateur, un peu comme la manière dont Reinette voudrait que l'on perçoive ses toiles .

Enfin, comme elle est belle à pleurer cette scène de l'heure bleue !

Et la fin et la fin !

Et là, je dois me taire.