HELL RIDE de Larry Bishop (USA-2008): Le Dernier Coup de Carradine

Publié le par Norman Bates






[Photo: "La Dernière Tentation du Christ" par Norman Bates.]




Une goutte de sueur coule le long d'un pantalon en cuir avant de s'écraser dans le sable aride, nichons. Le soleil à son zénith traverse même les Ray-Ban les plus opaques, nichons. Ici et là quelques serpents négocient une durée de vie supplémentaire sur cette planète, nichons. Cinq Harley creusent un sillon dans le désert vierge de la Somme et Loire : chevauchant le métal, Larry Bishop, Michael Madsen, Dennis Hopper, nichons, Eric Balfour et David Carradine. Ce sont les Victors, ils cherchent à venger depuis plus de 30 ans l'assassinat de la femme du Boss par les 666 de Vinnie Jones et à avoir des places pour la dernière tournée de Johnny, nichons.

 

Pour resituer un peu la chose, Larry Bishop c'est le barman de KILL BILL 2 qui emploie Madsen, c'est aussi un grand nom de la Série Z fauchée, et le réalisateur de MAD DOGS. Personnage plutôt sympathique donc, et en plus de ça qui a de bons amis dans le milieu. Il a profité de la vague "Grindhouse" pour se lancer dans un hommage à la Série Z de motards, et le tout finit en Direct-To-DVD. On raconte dans les milieux bien informés que le tournage s'est plutôt mal passé. Tarantino devait jouer dans le film mais a abandonné au dernier moment, les frères Weinstein ont un peu mis le hola sur le budget, et la bière avait un goût de pisse. Au final, c'est de la Série Z pure et dure, fauchée, avec des plans cul toutes les cinq minutes (MYSOGINIE !). Scalpel, je vous prie.

 

D'un point de vue purement extérieur, ca sent très fort le Tarantino faisandé. J'entends déjà les mauvaises langues parler de Rodriguez en ricanant, mais rassurez-vous l'odeur est très différente. Procédons à l'ouverture. Le premier plan très pieux rappelle la Vierge Marie, suit une intro en noir et blanc plutôt bien foutue, avec un petit mouvement de caméra sexy qui dévoile petit à petit ses charmes. La suite est un peu plus classique avec un flash back introduisant le contexte et enfin la traditionnelle présentation des motards, très iconoclaste avec les ralentis et la musique qui va bien et une mise au point sur chaque personnage. Classique, mais avec déjà un petit goût crade qui va être la marque de fabrique du film : si la photo est très correcte, voire très jolie, quasiment tout le film est légèrement surexposé. Bizarrement, alors que je n'aime pas trop ça d'habitude, ici ca passe très bien. Bon, on comprend très vite pourquoi, c'est pour coller au cahier des charges Grindhouse, il faut abîmer la forme du film. Pourtant on est très loin de Tarantino : il n'y a pas vraiment de jeu autour du médium, ce qui était quand même une des grandes forces de BOULEVARD DE LA MORT. Ce goût un peu crade dont je parlais va vite se transformer en vulgarité assumée. Bishop va très vite lâcher les chiens, en l'occurrence les chiennes (MYSOGINIE !), en surenchérissant dans le vulgos : plans cul en veux-tu en voilà, violence graphique assumée, le tout filmé et monté un peu à l'arrache. Enfin, ça, c'est ce que dirait le critique lambda qui en a un peu marre de ces Séries B de petits cons, et qui voudrait voir des films qui sauvent la planète où qui parlent de sujet sérieux genre les relations père/fils ou de l'immigration dans le Cantal. Chez nous, à Matiere Focale ©, on donne sa chance au produit.

 

Parce que, figurez-vous, j'ai trouvé quelque chose de beau dans les entrailles. Au premier abord, c'est extrêmement déroutant, on ne saisit pas tout de suite les tenants et les aboutissants de la narration, très éclatée. En plus de cela, c'est très référentiel, beaucoup de plans semblent sortir d'autres films. Rien de bien neuf à première vue donc, mais déjà l'intérêt pointe, et on ne sait pas très bien où le film nous emmène. Au niveau du cœur, ce qui fait un film, l'élément le plus important, c'est le montage. Or, ici, le montage est utilisé d'une manière assez belle, en déstructurant totalement l'archétype du vigilant movie. Jouer avec cela est très beau, car le film ne montre plus vraiment une vengeance classique, mais une quête sentimentale (le fils et l'amant), sans trop suivre le scénario à la lettre. Bishop ne se laisse pas dicter son montage par son script, mais bien par un tourbillon émotionnel, par le fantôme de la femme aimée. La cerise sur le gâteau, c'est qu'il fait ca en alignant des plans d'une vulgarité incroyable, ou au contraire d'un conformisme navrant. La solitude et la figure de l'être aimé reviennent au milieu de scènes d'action ou de fesse, du début à la fin. On est bien loin de la misogynie, en fait les femmes ne servent pas uniquement de faire-valoir pornographique comme on pourrait le croire, mais elles sont en quelque sorte "sacralisées" via la mise en scène et le montage : c'est le point fixe autour duquel tout le film tourne. Les filles faciles aux seins refaits paraissent du coup assez glauques, et ne sont plus le faire-valoir de la virilité. Autre chose marrante, le fameux trésor, faux prétexte très bien utilisé, dont je ne vais pas trop parler pour ne pas vous gâcher la surprise. En plus de cela le découpage des scènes d'action est très correct, on comprend assez bien ce qui se passe. C'est toujours agréable de retrouver ses petits.

 

Je m'emporte un peu là, parce qu'on ne tient quand même pas le film du siècle. Le tout tient grâce à la sincérité de Bishop, qui fait vraiment le film dont il a envie. Il ne soucie pas trop du détail, s'arrange avec les moyens du bord, et joue un peu de son casting comme faire-valoir. Madsen fait du Madsen sans trop se forcer, Carradine vient toucher son chèque, les bimbos viennent rembourser leurs faux seins, et Hopper ne sait pas très bien sur quel pied danser.  Comme je l'ai dit plus haut la photo est plutôt jolie mais a tendance à lorgner vers la surexposition, et certains effets sont assez laids (les scènes d'hallucinations font très "After Effects" alors que la référence évidente c'est TUEURS NES de Stone). Les cadrages sont dans l'ensemble sympathiques, mais il ne se foule pas non plus, c'est très fonctionnel. Il y a pas mal de mouvements de caméras, mais ils n'apportent pas grand'chose au film, on est là encore dans la "référence". Les virées en moto sont propices à du grand n'importe quoi, avec des mises au point un peu scabreuses, des travellings avant / arrière à n'en plus finir et des tressautements de caméra un peu pénibles. Le son est la musique sont des plus attendus, pas vraiment originaux.

 

Au final, en refermant le cadavre, c'est quand même la déception qui l'emporte. Le film ne va pas plaire à tout le monde, c'est certain, on a l'impression de s'en prendre plein la gueule. D'une approche très vulgaire, le seul élément vraiment intéressant du film c'est sa narration, et les quelques surprises que révèle la mise en scène. Il faut quand même aimer le jambon, et les plaisirs coupables. On peut voir le film comme un des derniers de Carradine, surtout qu'il a l'extrême bon goût de mourir étranglé, brillante démonstration que le réel ne s'inscrit pas dans le réalisme.

 

 Norman Bates.




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Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

sigismund 15/06/2009 17:11

Vous en connaissez des critiques cinéma intéressés par le taux d'immigration dans le cantal ?