THE CALLING de Richard Caesar (USA-2000): Eglise, ça glisse, au pays des horreurs !

Publié le par LJ Ghost






[Photo: "Pour une Critique Désinvolte" Par Dr Devo.]



 

Laura Harris est une jeune Américaine un peu niaise, un peu bêta, partie vivre en Angleterre. Là-bas, sa vie est merveilleusement merveilleuse et sans la moindre part d'ombre. Elle est mariée à un jeune, beau, riche et célèbre animateur de télévision, elle a une grande maison, un fort joli jardin et un bien bel enfant blond qui, au fur et à mesure, devient de plus en plus étrange. Laura Harris ne se pose pas de questions et savoure son bonheur jusqu'à ce que son fils tue violemment un cochon d'Inde. Son mari non plus n'est pas tout à fait clair, son comportement étant parfois des plus étranges. Les morts violentes et rituelles s'accumulent. L'enfant s'avère être l'Antéchrist ! Laura Harris va essayer de l'arrêter, avec la complicité de Francis Magee, chauffeur de taxi trouble qui semble tout connaître de Harris et vouloir l'aider à arrêter son fils maléfique...

 

 

C'était un hasard total, mais voir ce film tandis que dans les commentaires de l'ANTICHRIST de Lars von Trier se déroule un débat beau et passionnant, dont les tenants et aboutissants représentent un miroir étonnamment réfléchissant, est plutôt amusant. THE CALLING peut être vu comme le négatif quasi-parfait du film du facétieux danois. Tout est plus ou moins à l'envers, et si l'oeuvre dont je vous parle présentement rend neuf ans au métrage primé à Cannes, Richard (avé) Caesar peut pratiquement être vu comme un mage, un prophète, un voyant, comme s'il avait vu ANTICHRIST avant même que von Trier ne l'ait fait et avait décidé de faire tout l'inverse. En prenant THE CALLING dans ce sens-là, le film est donc très beau. Mais en le regardant...

 

Ca commence particulièrement mal avec, dès le départ, une citation biblique qui non seulement vend tout le film, mais en plus est particulièrement ridicule. Il faudrait interdire les cartons de citations en début de film pendant quelques années pour que les metteurs en scène médiocres arrêtent de faire passer leurs films également médiocres pour plus cools ou plus profonds qu'ils ne le sont vraiment. S'ils ont quelque chose à dire, ça devrait être dans le film, et non pas pioché au hasard pour se faire mousser ! [J'ajoute que je n'ai rien contre les cartons à l'intérieur du film, comme levier de mise en scène ; juste qu'ouvrir par la Bible, ça commence à bien faire.] Richard Caesar (morituri te salutant) déroule ensuite son film de la manière la plus molle et la plus impersonnelle possible, en enchaînant les plans comme d'autres font des colliers de nouilles, rigide, sans saveur et suranné. La photographie ne vous fera même pas lever un sourcil et le torrent discontinu de plans rapprochés finira de vous endormir. Evidemment, les scènes d'action sont filmées à l'épaule, avec tremblement et confusion, et les scènes de transition en caméra fixe, quelques fois en panoramique, et quelques plans de grue pour découvrir les lieux, avant de revenir en gros plans sur les visages. Aucune espèce d'émotion ni le moindre ressenti n'est à attendre de la mise en scène, qui se contente de mettre en image le scénario et le jeu des acteurs, les deux étant proches de la calamité la plus totale. La seule chose qui vous empêchera de vous arracher un bras avec les dents et à le lancer sur votre téléviseur pour arrêter ce massacre est un fort joli plan de coupe à l'arrière d'une balançoire, bien cadré, bien éclairé, triste et émouvant. Ca ne dure que trois secondes, ce n'est pas un plan magnifique ni exceptionnel, mais c'est en tout cas bien plus beau que le film dans son ensemble.

 

Taxer ANTICHRIST de misogynie est impossible après avoir vu THE CALLING. Il suffit de voir ce surprenant montage alterné, qui montre d'un côté l'accouchement de Laura Harris et de l'autre le meurtre rituel d'un enfant. Le sang coule à flot de l'utérus de la jeune femme, Richard (veni vedi vici) Caesar coupe, puis insère un plan sur du sang (probablement celui de l'enfant sacrifié) qui s'écoule dans les encoches d'un symbole diabolique. Ensuite la femme donne naissance à, comme je l'ai dit au début de mon article, l'antéchrist. Si si, rien que ça. La fin est également plutôt explicite à ce sujet. Disons que le souci principal du film est son sérieux à toute épreuve, et la véracité totale voulue par le réalisateur, qui ne s'offre même pas la possibilité de la métaphore. Tout est vrai, tout se passe réellement, ce qui rend le film encore plus stupide. Avec un peu d'humour, avec un peu d'absurde, et surtout avec l'ouverture au doute, au questionnement, il me paraît clair que le film aurait eu un autre intérêt. Ici, rien de tout cela, et Richard (alea jacta est) Caesar traite son oeuvre avec un sérieux papal qui ne serait pas si ridicule s'il avait accordé une quelconque importance à la mise en scène, et donc aux aspérités. THE CALLING est une série B sans intérêt sauf celui de donner envie de revoir ANTICHRIST encore une fois, pour que nous saute une fois de plus aux yeux la différence qu'il y a entre faire un film et faire du cinéma.

LJ Ghost.




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Publié dans Corpus Analogia

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