L'ECUREUIL ROUGE de Julio Medem (Espagne-1993): You're the dream operator !

Publié le par Dr Devo








[Photo: "You Dreamt Me a Face" par Dr Devo, d'après une photo de Emma Suarez dans le film L'ECUREUIL ROUGE.]





Chers Bobs, Chères Sardines,

C'est l'été, quasiment, déjà. Chez vous, il fait chaud et beau, voire inversement. Ici, il pleut cinq jours sur sept, et on n'ose acheter un bermuda aux Dames de France, car on se dit que sera peut-être ça, la platée amère pour juillet-août...


Que la climatologie et la météorologie soient aimables ou pas avec vous, avant les vacances, je dis : "Un esprit sain !". Dans cette perspective, je mange des légumes, je ne pousse pas trop sur le vinaigre dans mes salades, et quand, avec un geste assuré, je remets mes Ray-Ban sur ma truffe, les yeux fixés sur l'horizon, c'est fièrement que je me tiens, sûr d'un corps que je dirai pas solide mais sain. Mr Reilly prend sa guitare.




Nancho Novo. Espagne, de nos jours, il y a quinze ans. Nancho Novo en a ras-la-casquette. Alors qu'il s'apprête à commettre l'irréparable et à se jeter du haut de cette petite falaise, comme un imbécile, près de cette petite plage, il est témoin d'un étrange accident : une moto loupe son virage, prend la rambarde et s'écrase sur le sable. Il se précipite, relève la visière du casque du conducteur et commence à lui parler. C'est une femme. Emma Suarez. La vache, c'est Emma Suarez. La jeune fille est un peu dans le cirage et Nancho essaie de la maintenir à la surface de la conscience. L'ambulance arrive. A l'évidence, Emma est sous le choc, car si son corps est intact, elle ne se souvient de rien précédant l'accident. Le personnel hospitalier demande à Nancho de remplir les formulaires d'entrée pour Emma, et quand celle-ci se réveille, il annonce à la jeune femme qu'il est son petit ami, ce qui est bien sûr complètement faux. Les docteurs conseillent à Nancho de ne pas la brusquer et de laisser sa mémoire remonter petit à petit, sans trop lui poser de questions. Nancho décide alors de l'emmener en vacances, et plus exactement dans un camping sublime au bord d'un lac : l'Ecureuil Rouge. Le nouveau vieux couple s'embarque alors dans une étrange aventure : la leur, mais en trompe-l'œil. Emma apprend à "redécouvrir" cet inconnu de petit ami, et Nancho compose en inventant la vie qui va avec, comme on dit chez Auchan. Petit à petit, la vie au camping s'enfonce dans quelque chose de surréaliste et de complètement banal, ce qui ne sera pas le plus gros paradoxe de ce que Emma et Nancho vont vivre... Au fur et à mesure, pas mal de grains de sable vont se glisser dans la sandalette...


 

En quatre ans et demie à écrire des critiques, évidemment, on finit par pas mal se définir, même si ce cliché est plus complexe qu'il n'y paraît, et, dans le mouvement, puisque l'intérêt de la critique, si tant est qu'elle en ait un, est de faire des liens entre des choses résolument hétérogènes et définir ainsi un paysage singulier et subjectif du cinéma, on déploie une cartographie plus qu'étrange de nos galaxies poétiques. Dans la foulée, comme on l'a vu notamment sur ce site, en commentaires, ces derniers jours, on désigne aussi certaines options définies généreusement comme pertinentes... Il m'arrive souvent, dans cette perspective, de citer mes champions. Un nom revient seulement de temps en temps, mais n'en a pas moins d'importance, et c'est celui du réalisateur espagnol Julio Medem. Un peu disparu de la circulation (malgré son travail toujours actif !) après une petite période où il fut promptement observé par quelques aficionados (dans les années 90), puis après un bref épisode de gloire avec son film LUCIA Y EL SEXO (qui nous valu une belle polémique), film très bien distribué pour une fois. Et puis, plus rien. Medem n'a jamais convaincu qu'un petit groupe. Et bien, ce ne sera pas ni le premier ni le dernier ! Plutôt que de pleurer sur notre triste sort, je ressors de mon chapeau cet ECUREUIL ROUGE.



Il y a pas mal de choses assez étonnantes dans L'ECUREUIL ROUGE, qu'on apprécie ou pas le travail de Medem d'ailleurs. Comme on voit, l'histoire est gentiment loufoque et plutôt originale, et s'oriente a priori vers une forme assez étrange et légère de comédie. S'il commence sur un moment en arrêt relativement long, puisque le personnage de Nancho hésite à se suicider dans les premiers plans, L'ECUREUIL ROUGE démarre plutôt vivement et impose vite sa marque, celle d'un quotidien inattendu. Un simple grain de sable, le mensonge de Nancho, va très vite faire déraper la mécanique d'un film normal. Mais là où Medem surprend c'est dans cette direction plutôt étrange qu'il impose d'entrée de jeu dans les premières minutes du film : L'ECUREUIL ROUGE n'est pas vraiment une comédie de quiproquos, paradoxalement. Le film se place plutôt sous le signe d'une incongruité certaine. L'ambiance plutôt réaliste contraste avec une situation complètement hors-norme, et par l'intrusion de plusieurs thèmes ou  nuances qui vont bousculer énormément le cours d'un film "classique". Si le scénario s'oriente vers une linéarité certaine, le principal attrait du film de Medem vient du fait de ces mélanges étranges de nuances et de faire cohabiter plusieurs facteurs, assez simples pris les uns indépendamment des autres, mais qui combinés entre eux vont rendre le film prenant et limpide, certes, mais aussi bizarrement complexe, avec une générosité un peu kamikaze dans le sens où le film donne ses pistes ouvertement. On est très loin du cinéma d'intention actuel qui inondent le circuit Art et Essai, où les formes sont très pauvres, en général, et où les thématiques, strictement mélodramatiques n'effleurent que dans des dialogues bêtas ou dans le dossier de presse. Ici, rien de tout cela, au contraire : L'ECUREUIL ROUGE, sans en avoir l'air, ne perd pas de temps, se donne avec la générosité d'un amoureux transi, sans compter, sans calcul, sans réserver (au sens culinaire du terme) ses passages de bravoure ou de plus haute importance pour la suite ou pour la fin. Chaque espace est utilisé au maximoume. Mais je vois que tout cela est très obscur, alors il est temps d'ouvrir le capot.

 


Tourné dans le beau format 1.66 (quasiment disparu malheureusement), le film de Medem offre d'abord une qualité plastique qui est à l'image de la mise en scène que je vais décrire, et aussi à l'image du modousse opérandaille que je décrivais dans le paragraphe précédent. La photo est franche, sans doute un peu héritière de certaines photographies de la fin des années 80/début 90, avec des éclairages plus réalistes qu'en 2000 mais léchés, d'une part, et sachant naviguer entre mise en valeur des décors et stylisation légère mais incessante. Pour le dire autrement, la photo paraît naturelle, sans chichis, mais elle se révèle aussi précise et arrive, à beaucoup d'endroits, à créer des ambiances singulières, c'est bien, et qui servent bien les efforts globaux de la mise en scène, et ça c'est mieux ! Le cadrage prend le relais de la même manière. Curieusement, il y a quand même pas mal de gros plans, mais pas tout le temps, et en général, ils sont courts et posés à des endroits stratégiques, encore une fois dictés par la réalisation globale plus que par la volonté "d'émouvoir par le jeu d'acteurs" (ce qui n'empêche pas d'arriver d'ailleurs !) ou de se rapprocher "de la psychologie des personnages", ce gros mensonge durable. Sinon, on peut dire, concernant le cadre, qu'il est composé de deux manières qui vont jouer ensemble comme des petits chatons foufous : d'abord des plans soignés mais assez anodins, ensuite des choses légèrement plus composées, mais qui prennent une ampleur terrible. L'alternance et le mélange des deux rendent le film extrêmement dynamique, et ce d'autant plus que le montage précis et ludique vitalise l'ensemble d'une manière peu commune et permet les fantaisies suivantes...

 


Car, et peut-être aurais-je dû commencer par là, pour vous donner une idée claire dès le départ de ce qu'est le film, ce qui est scotchant ici, c'est l'incroyable mélange des scènes et des tonalités. L'ECUREUIL ROUGE n'est pas une comédie de quiproquos, je le disais. D'une part, le contexte et le point de départ sont juste un peu loufoques, mais il s'en dégage une grande impression de quotidienneté. D'autre part, paradoxalement, la tonalité principale serait peut-être le fantastique ! Etonnant, non ? Alors, il n'y a pas de fantômes, pas de paradoxe temporel, pas de revenant, ni de voyage dans l'espace, bien sûr. Le sujet du film n'est rien d'autre que ce que j'ai dit plus haut. Mais je disais aussi que le film était globalement linéaire, et c'est vrai, mais c'est faux. Sans aller jusqu'à pousser le film dans une construction "poly-temporelle" (si je veux) à la Robbe-Grillet, bien sûr, Medem construit quand même son film avec soin, et n'hésite pas dans une même scène ou une même séquence à mélanger des points de vue subjectifs qui se télescopent, ou alors il mélange carrément les périodes temporelles. Ca ne donne pas du tout un patchwork à la Nicholas Roeg (où un plan il y a dix ans dialogue avec le suivant qui se passe dans le présent, de manière incessante et plus fragmentée qu'ici). Ici, la disnarration vient de deux facteurs. Il y a une partie de mélange temporelle mais très peu. De temps en temps, il y a des déconstructions géographiques mais encore moins nombreuses (j'entends par là qu'on passe entre deux plans d'un endroit à un autre complètement différent). Mais ce qui fait la moëlle de cette construction, c'est d'une part que les plans "fantastiques" quasiment oniriques ou divagatoires (là aussi, si je veux), peuvent venir chambouler une scène descriptive classique, voire, encore plus fort, l'arrêter en arrivant comme un cheveu dans la soupe. D'autre part, plus discrètement, et c'est un sacré travail de sape qui vous procurera beaucoup de joie à la vision, Medem place énormément de plans en caméra subjective, et les plus efficaces sont souvent ceux qui se voient le moins, ou les plus anodins si vous préférez.  Respirez, digérez, prenez votre temps. Ok ? C'est bon ? Alors, je continue... Pour corser un peu le jeu, ces plans subjectifs, dans une même scène peuvent ne pas appartenir au même personnage ! La scène du repas, où Emma et Nancho sont invités par leurs voisins de tente (un couple de ploucs avec enfants) est un bon exemple. C'est le passage avec le bout de calamar et l'écureuil. Là, c'est un festival. Un coup, c'est Nancho qui regarde, un coup Emma, puis Nancho intrigué par ce que Emma remarque (ce qui déporte son attention), pendant que le reste de la scène (le repas quoi) continue de se dérouler avec son propre découpage !  Alors, si le champ/contrechamp c'est ça, bah je prends ! Que c'est riche ! Dans cette scène, on change de points de vue sans arrêt et, surtout, ils s'influencent entre eux, ou pas du tout d'ailleurs, selon les moments ! La séquence est du coup sacrément bondissante.


 

Alors, on pourrait se dire que cette mise en scène iconoclaste est dûe au scénario, bien foutu et déjà très découpé. Bah en fait, pas vraiment. Et ce sera là un des deux ou trois points les plus importants de cet article. Ce qui est absolument subjuguant dans cet ECUREUIL ROUGE, c'est l'équilibre (ou le déséquilibre) et l'intéraction entre tous les postes. Il y a, je viens le dire, des points de vue qui s'entrechoquent et s'influencent en une spirale subjective et sensuelle impressionnante. Le fantastique (hilarants apartés pendant le tournage du clip par exemple) vient se fracasser au Réel, et les deux s'interrompent fréquemment. Ajoutons à cela quelques collisions temporelles, un scénario d'une précision ludique extrême et saupoudrez de ce qui est le sujet du film : une épopée du faux-semblant. Je vous vois déjà saliver comme des petits sagouins, et vous avez totalement raison. Arrêtez-vous. Prenez une cigarette. Ou un petit verre de Merlot. Allez aux toilettes. Versez-vous un peu de thé. Respirez. Ok ? Je continue... Et bien, chers amis c'est encore mieux que ça ! Là où Medem marque le plus de points, c'est dans l'équilibrage du tout. Car si on prend le film sous l'angle unique du scénario, c'est bien, et sans doute dix fois supérieur avec ce qu'on nous propose en salle. Si on le prend sous l'angle du montage, c'est chouette. Si on le prend au niveau du découpage narratif ou sonore (merveilleux : interruption des musiques au plan, densité du bruit ou alors au contraire du silence, etc.), c'est cool. Bref, si on s'occupe d'un poste, le film est sympa. Mais l'équilibre global du film et son identité, car il ne ressemble pas à beaucoup de choses, se joue dans l'équilibrage ou le déséquilibrage de TOUS les postes et de TOUS les leviers de la mise en scène et/ou de la narration, en même temps, constamment. C'est pour cela que ce film est dur à décrire dans le cadre d'une critique. Et c'est pour cela que le film est d'une richesse phénoménale. Un poste ou un levier créatif n'est jamais privilégié et comme dans la scène du calamar, tous jouent ensemble, un peu comme une danse folle. C'est ahurissant et d'un dynamisme remarquable. Les éléments pris séparément sont très signifiants et beaux et émouvants. Certes. Mais leur puissance est quintuplée quand ils intéragissent, et ça tombe bien, car ça n'arrête pas, c'est un festival, ça se croise tout le temps ! N'imaginez pas un film complètement hystérique. Un des leviers, c'est le montage, et le rythme du film sait aussi jouer des achoppements et des ruptures.

 

De manière encore plus impressionnante, le film finit par faire muter sa propre structure. Le scénario et la narration sont parfois fort alambiqués et jouent sur le symbole et les coïncidences. Et là, je vais me rappeler de la polémique sur LUCIA Y EL SEXO, et la fameuse symbolique du phare dans ce film. Beaucoup ont reproché la balourdise de ce phare, symbole phallique qui ramène son nez pendant tout le film. Le Marquis avait bien défendu le film. Il disait, en substance, que contrairement à beaucoup de réalisateurs, les éléments signifiants dans les films de Medem ne sont pas fixes et immuables. Ce phare peut avoir une signification dans un plan, puis une autre dans une séquence vingt minutes plus tard. Loin d'être des machines de guerre symboliques, les films de Medem se caractérisent beaucoup plus  par une subjectivité en mouvement, avec errance, fulgurance, retours en arrière, évolution ou dévolution. Ici, c'est pareil. Et je dois dire que la dernière séquence du film m'a scotché, bien qu'ayant vu (certes, il y a pas mal d'années) le film plusieurs fois. L'architecture alambiquée formée par les personnages secondaires (à l'hôpital, la station service, et l'ex, bien sûr) semble ancrer le film dans une structure scénaristique définie, gravée dans le marbre, ou rigide si vous préférez. Quand on voit la conclusion du film pointer le bout de son nez, on se dit qu'on le voit arriver, le Medem, avec ses gros sabots du Destin. Eh bien, non ! Jusqu'à la dernière séquence, dans la scène conclusive même, la symbolique change et se précise pour sortir du jeu classique et attendu des écritures fixes, et pour se retrouver dans le tourbillon de la vie, comme disait la vieille, c'est-à-dire dans le retournement du point de vue. C'est tout sauf du scénario immuable et bétonné. Cette scène, elle mute sous nos yeux et avec des flashbacks basiques qui fonctionnent, en plus, comme une espèce d'anti-twist, comme dirait Lars Von Trier ! Plus qu'une scène sur le Destin, avec son romantisme à trois francs, sur le mode chevaleresque, Nancho au contraire conclue sa quête des sens. C'est son ultime vue subjective. C'est très beau, et c'est la totale liberté (du personnage, du film, de Medem et de la mise en scène) qui s'exprime là. Je code et n'en dirai pas plus, vous verrez ça par vous-même. Mais, en faisant cela, en dégageant son scénario de l'Immuable, Medem contredit beaucoup de réalisateurs pour lesquels les réseaux de métaphores sont fixes, le point de vue est objectif, à la troisième personne et omnipotent. Chez les autres, un symbole en début de film (ou un détail signifiant) sera répété à la fin comme une espèce de procès-verbal ou de preuve de construction signifiante. C'est une histoire d'homogénéité classique, en quelque sorte. Pas ici. Dans cette jungle baroque, sans en avoir l'air, Medem, je le disais, prend tout son espace, s'étale de tout son long dans chaque plan de son film, dans chaque mouvement dans les leviers de mise en scène. Et loin de figer son film, au contraire, il le libère. Il y a une forme d'épure chez lui, paradoxale mais étonnante.

 

Equilibrage, sensations, fulgurances et points de vue subjectifs entremêlés en patchwork, le tout sous la férule d'un jeu subtil et pointilliste d'une mise en scène riche et bondissante, voilà ce que je viens de vous expliquer. Je finirai par la cerise sur le gâteau. Evidemment, un critique normal aurait commencé par là, et en aurait fait la moëlle de son article. Moi, je vous laisse découvrir ce dont je m'apprête à vous parler. Et je n'insisterai pas plus que ça. Et si certains d'entre vous voient le film, ils auront une pensée pour cette attention délicate.



Toute l'énergie du film, telle que je viens de vous la décrire, va dans une seule direction finalement. D'une part, vers le travail des acteurs. Et là, les petits cocos, c'est de la dentelle, c'est de la porcelaine de Limoges. Nancho Novo est précis comme un scalpel, et c'est un plaisir sans fin. Et puis, il y a Emma Suarez ! Là, les mots me manquent, les amis !  C'est du précis, c'est du jeu constamment en mouvement, c'est la prise de risque maximum. Suarez, sans doute une des meilleures actrices que j'ai eu l'occasion de voir, femme magnifique irradiant de malice et d'émotion. Et je ne parviens pas à faire le deuil du fait de ne plus la voir ces dernières années. Le couple (qu'on retrouve dans trois films de Medem) fait beaucoup pour la gourmandise du film, et contribue à dynamiser jusqu'à la folie l'énergie déjà impressionnante du film.



Enfin, et là aussi, il y aurait beaucoup à dire, il y a le sujet du film. Et là aussi, c'est le bonheur absolu. C'est une comédie, certes, mais assez noire sans en avoir l'air. Le thème est passionnant puisqu'il s'agit du désir et de l'identité. Les faux-semblants s'enchaînent, prennent quelquefois une valeur tout-à-fait véritable. Les personnages se nourrissent ce qu'ils sont, certes, mais recréent aussi constamment leur vie, se la réapproprient, et finissent par inventer leur couple en empoignant leur liberté, souvent lourde, souvent douloureuse. C'est merveilleux. [Je glisse là quelques remarques. Les personnages secondaires (le couple bourgeois plouc et usé, leurs enfants qui inventent un rapport marital, etc...) sont merveilleux. Les idées subtiles abondent : le flashback/séquence onirique du clip, déjà magnifique, que se réapproprie un autre personnage; le film qui colle de force et fait se mélanger des séquences subjectives distinctes; la passionnante exploration de la virilité masculine (vue sous un angle ludique !); la scène d'hypnotisme qui résume très bien ce que je disais plus haut, déclarée tout de suite comme simulacre mais qui va faire jaillir la vérité; les incroyables jeux d'axe (avec la moto qui, trois minutes plus tard, grimpe sur l'arbre comme l'écureuil à la faveur d'un changement d'axe, de scène et de point de vue... Vous voyez quand je vous parlais d'équilibre entre tous  les postes ! Le cadrage c'est de la narration !), l'histoire des tee-shirts, etc. Ca n'arrête pas !]

 

L'ECUREUIL ROUGE est donc une film merveilleux. Je le glisse immédiatement dans ma dévédéthèque idéale. Medem est un des plus grands réalisateurs vivants. Bien sûr, il n'est jamais cité par personne. Mais, ça n'est pas grave. Pour les vacances, vous aussi, allez au camping de l'Ecureuil Rouge, faites-vous ce plaisir, et allez explorer les contrées injustement ignorées de la Planète Cinéma. L'ECUREUIL ROUGE est un film généreux, gourmand et populaire. Et bouleversant.

De rien.

Dr Devo.

 

PS : Tiens, en préparant cet article, je m'aperçois que Medem, très actif en ce moment, prépare un film à sketches avec notamment Hal Hartley et Atom Egoyan ! CQFD.

Une anecdote, pour finir. Je me souviens qu'un distributeur français a acheté les droits du dernier film de Medem CAOTICA ANA, vu en festival, sur un coup de cœur en quelque sorte. Eh bien, il paraît qu'ils ne savent pas du tout comment le sortir. Ils n'ignorent pas que ça va être dur à vendre au public Art et Essai. Gageons qu'ils tenteront quand même l'expérience. En tout cas, voilà un indice supplémentaire prouvant que le marché se sclérose drôlement et qu'en dehors des mélodrames familiaux et des films à thèse, il n'y a plus de place pour les chose qui sortent des canons du genre, même dans le cas d'un réalisateur intrinsèquement populaire comme Medem.

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

Commenter cet article

sigismund 19/06/2009 11:29

Encore un article es-focalien miraculeux ( you bi-iitch ), effectivement un film aussi osmosé ça titille, et c'est surtout très très inspirant. Merci encore.J'ai vu 'Vacas' trop jeune et je me souviens tout juste de qqs scènes de 'Tierra' je n'ai pas vu les autres mais j'avais bcp aimé son univers, ainsi qu'Emma Suarez donc....d'ailleurs entre de bonnes mains, ça on ne sait pas.Medem a surtout eu la chance qu'à l'époque je ne détournais pas encore des boeings.

Dr Devo 18/06/2009 09:46

Bonjour Carxla!Vous faîtes bien de réagir et de souligner que le film est drôle et aussi poignant. Je ne me suis pas attardé plus que ça sur nancho Novo, et Emma Suarez, mais c'est vrai qu'ils sont exceptionnels, et que le casting est soigné même pour les petits rôles (comme les enfants par exemple).Booudou, j'imagine parfaitement que ce soit unde  vos films préferrés, et vous avez complétemebnt raison, ou plutôt je partage completement vote avis.: memdem fait partie de ces réalisateurs où "tout est bon dans le cochon", et on peut vraiment piocher au hasard. c'est comme pour Roeg, quand on me demande quoi regarder dans sa filmo, bah je repond: tout!

boudou333 18/06/2009 08:16

L'ÉCUREUIL ROUGE est tout simplement mon film préféré avec Meshes of the afternoon. Je vous le dis, jetez-vous sur la filmographie de Medem les yeux fermée, c'est du tout bon. Attendez-vous à des expériences sensuelles et boulversantes !

Carxla Brunegeld 17/06/2009 22:14

Mais un film espagnol sans Almodovar & Penelope Cruz (voire Javier Bardem, je suis généreuse !), ça existe ?? Non, it was just for fun, car L'Ecureuil Rouge, sous des abords bizarrement anodins et légers, est très fort, marquant. J'ai été très impressionnée par la distribution, le couple de protagonistes bien sûr, mais tous les acteurs - même secondaires - méritent qu'on soulève son chapeau avec moult respect. Et j'ai beaucoup aimé la scène de la douche, joliment troussée et rigolote.

Dr+Devo 17/06/2009 20:55

Rires! Mais j'ignorais totalement et vous me l'apprenez! Bastard!!! En même temps, on la devine entre de bonnes mains!ceci dit, le bougre Medem n'est pas inactif, loin s'en faut! Apres LES AMANTS DU CERCLE POLAIRE (très troublant film, fondé uniquement sur le syndrome dit "diu pot de fleur", et pourtant c'est superbe) et LUCIA Y EL SEXO, il a réalisé un documentaire sur la question basque qui a reussi à mettre tout le monde à dos! j'aimerais bien voir ça.Ca c'était en 2004 ou 2005, mais evidement ça a été distribué à deux coipes sur toute la France te personne n'en a parlé! Ensuite, il a fait CAOTICA ANA, et là, comme je le disais, ça n'a carrément pas été distribué! L'essentiel c'est qu'il bosse. On achétera ses dvds à l'étranger, c'est tout!Dr Devo.