AMERICAN PERFEKT de Paul Chart (USA-1997) et RETROACTION de Louis Morneau (USA-1997): vous les aimez frapper?

Publié le par Le Marquis

(photo: "Les déclarations du Marquis Déclenchent la Panique")

Dans AMERICAN PERFEKT, Sandra est une jeune femme un peu fantasque, un rien paumée, en route pour aller voir sa mère. Sur le chemin, elle doit récupérer sa jeune sœur Alice, une marginale inoffensive. Mais suite à un accident de voiture, sa route croise celle de Jack, un médecin psychiatre qui détermine chacune de ses décisions du quotidien en tirant à pile ou face. Sandra tombe sous le charme et repart avec lui. Pas de chance, Jack va bientôt s’avérer être un dangereux psychopathe.

Comment concevoir un point de départ plus prévisible, un sujet aussi galvaudé ? On pense très vite à ces thrillers en forme de road movies dans le style de HITCHER. Pourtant, le film fait vraiment envie, ne serait-ce que par son casting. Sandra, c’est Amanda Plummer, l’actrice excentrique à la voix de canard (excellente dans PULP FICTION ou dans FISHER KING ; les mecs, on la voit toute nue). Jack, c’est Robert Forster (JACKIE BROWN ; les filles, on le voit tout nu). Alice, c’est Fairuza Balk, actrice épatante qu’on ne connaît que trop peu, et qui mériterait bien un jour un vrai succès populaire - on a pu la voir dans RETURN TO OZ, DANGEREUSE ALLIANCE (elle était le seul intérêt du film), ou le très beau GAZ FOOD LODGING). Le reste du casting est complété notamment par David Thewlis (NAKED), Paul Sorvino (LES AFFRANCHIS) et Chris Sarandon (VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE).

Le film est réalisé par Paul Chart, illustre inconnu. C’est un film indépendant produit par Nu Image, ce qui est en soi assez déstabilisant, la boîte de production étant plus connue pour ses films de monstres à deux balles (dont certains sont très rigolos) - la série des SHARK ATTACK, SPIDERS, OCTOPUS, etc. Si vous vous attendez à un thriller sur papier glacé aux rouages soigneusement emboîtés, passez votre chemin. Le film n’est pas toujours très bien réalisé (on peut faire coucou au caméraman à peu près à chaque plan où le casting porte des lunettes de soleil, et c’est presque toujours le cas). Pourtant, pourtant, pourtant… Le moins qu’on puisse dire, c’est que le film a de la personnalité. Le scénario est extrêmement chargé et se soucie très peu de la cohérence ou des convenances du genre qu’il est supposé servir. Le suspense fonctionne assez bien, mais ne tire pas forcément les ficelles attendues, et Paul Chart signe un scénario constamment imprévisible, dans son déroulement comme dans sa tonalité. Le film développe ainsi des passages de comédie sans jamais sombrer dans la franche parodie, mais ménage dans le même mouvement des séquences plus malsaines et un ton totalement décalé, à l’image des deux policiers sur les traces du tueur. Paul Sorvino, en shérif bedonnant et bienveillant, est assisté par un adjoint (Chris Sarandon) taciturne, froussard et qui est sur le point de fondre en larmes quand il est contrarié par son supérieur. Ils n’auront jamais l’occasion de dégainer et de faire preuve d’héroïsme dans le film, le réalisateur semblant plus intéressé par le développement de personnages tous plus ou moins névrosés errant dans un récit chaotique mais entraînant et singulier. Loin d’être une réussite, AMERICAN PERFEKT (traduit dans le générique par un douteux AMERICAIN IMPEKABLE) a le mérite rare d’être atypique, drôle, glacial et déstabilisant.

Pour l’apprécier, il faudra par contre se contenter en DVD d’une unique version française malheureusement assez caricaturale, qui dessert trop souvent le jeu outré du casting.

Restons sur les routes paumées des Etats-Unis pour évoquer un film au projet assez similaire, réalisé la même année, mais avec cette fois des éléments de SF. RETROACTION de Louis Morneau (réalisateur d’un BATS sans attraits mais très amusant) confronte une psychologue à un homme (James Belushi en roue libre) qui assassine sous ses yeux sa compagne adultère. Elle court très vite dans le désert, et se réfugie dans un laboratoire isolé où un scientifique travaille sur une machine qui permet au sujet qui y met les pieds de revenir dans le passé immédiat (10 à 20 mn en arrière). Notre héroïne va donc tenter le voyage à plusieurs reprises afin de changer le cours des événements, avec des résultats de plus en plus désastreux. Ici, sans parler de folle originalité, on a un peu le mouvement inverse. D’un sujet très prometteur, Morneau accouche d’une petite série B amusante, mais hélas très loin d’être convaincante, principalement à cause d’une avalanche d’incohérences et d’invraisemblances. C’est le film idéal pour qui a envie, pendant 1h30, de se sentir plus intelligent que la moyenne, en relevant les éléments impossibles ou improbables qui jalonnent le métrage. Je vous laisse le paradoxe temporel si ça vous amuse, en ce qui me concerne, j’ai très vite pris en grippe l’héroïne du film, pour la simple et bonne raison qu’elle s’acharne à mettre à terre le pauvre James Belushi, présenté par le résumé du film et par notre psychologuette comme un serial killer, ce qu’il n’est pas. Au vu de ce qui lui arrive, le malheureux, j’ai souvent eu plus de sympathie pour lui - et le film aurait gagné à en faire le personnage principal. C’est vrai quoi, il a la gentillesse de prendre en stop la psy qui vient d’avoir un accident de voiture, il est tranquillement installé au volant aux côtés de la femme qu’il aime, et la blondasse auto-stoppeuse qu’il a ramassée ne semble préoccupée que d’une chose, d’une séquence à l’autre : le braquer avec une arme, provoquer des accidents, entraîner la mort de sa compagne, le dénoncer à la police pour une petite arnaque inoffensive, le traiter pire qu’un Hannibal Lecter pour un meurtre qu’il n’a pas encore commis… Fichtre. Pour une psychologue, l’actrice principale n’y va pas de main morte avec le dos de la cuillère à pot dans un gant de velours. RETROACTION est généreux dans sa volonté « à la Joe Dante » d’exploiter son sujet sous toutes ses coutures, le film est plutôt rondement mené, assez bien photographié, mais échoue pour cause de scénario maladroit. Au bout de 30mn, difficile de ne pas décrocher : à ce moment se développe ce sentiment extraordinairement déplaisant pour le spectateur, cette frustration face à un scénario porteur qui s’enlise au fur et à mesure qu’il amorce des idées audacieuses, ce décalage entre le potentiel attendu et espéré et l’action peu concluante qui se déroule sous nos yeux. Mouaih. Bof. Tant pis pour la VF, donnez plutôt une chance à AMERICAN PERFEKT.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Commenter cet article

Peyo 08/05/2005 21:13

Ah oui, c'est vrai que pour la majorité des gens, Peyo = schtroumpf ^^

Mais moi c'est mon surnom, rapport aux fêtes de Bayonne et au Pays Basque

Emma Darcy 08/05/2005 17:02

Et bien je l'ai lu ton article : très bien, très bien.
Ben oui, on parle du village des Schtroumfphs, tu es bien Peyo ?

Peyo 08/05/2005 15:17

de mon village ?

ps: je ne faisais pas ma pub, c'est juste que moi aussi je critique un film de 97, ça complète

Emma Darcy 08/05/2005 14:38

Oh! Peyo, on parle de ton village dans les commentaires de l'article sur CUBE !

Emma Darcy 08/05/2005 14:37

Ouh, le vilain petit publicitaire!