CUBE de Vincenzo Natali (Canada-1997): le cube a péri ?

Publié le par Le Marquis

(photo: "Déclaration du Palmarès Matière Focale des Meilleurs Films 2004" par Dr Devo)

 

Une poignée de personnes qui ne se connaissent pas se réveillent enfermées dans un labyrinthe gigantesque. Stupéfaits et angoissés, ils partent à la recherche d'une issue. Leur parcours va être difficile : certaines pièces sont équipées de pièges mortels.

Petit rappel pour la postérité : Télérama (prononcer Téléramaaaaaa) qualifie le film de « Fort Boyard high-tech». Fin de la parenthèse, no comment. CUBE est un film important, un peu surgi de nulle part, une des œuvres les plus ambitieuses et les plus originales du fantastique des années 90. En porte-à-faux avec l’esprit du cinéma de genre moderne (cet esprit qui a fait passer X-FILES pour une révolution du genre et MATRIX pour un chef-d’œuvre de complexité narrative - hum…), Natali n’explique rien, ne donne pas d’autre piste à son dispositif que les hypothèses invérifiées des personnages qu’il enferme dans un labyrinthe de métal truffé de pièges mortels. On ne saura donc jamais si le Cube est d’origine extra-terrestre, s’il s’agit d’un projet gouvernemental, d’un rêve, d’une parabole, le scénariste refusant d’orienter son propos vers un trip paranoïaque à la 1984 ou vers un énoncé de science-fiction pure. Un choix audacieux, assumé jusqu’au plan final mystérieux et pessimiste. Le film n'évite pas toujours une certaine forme de symbolisme, mais parvient à se trouver sa personnalité propre, à la fois parce que les acteurs font un très bon travail et parce que les personnages qu’ils interprètent nous sortent un peu des stéréotypes du genre - une seule adolescente dans le lot, pas d’amorce de romance, pas d’écarts vers la parodie ou le discours social, juste une poignée de personnes face à une situation cauchemardesque et incompréhensible : les masques tombent, pas le réalisme et l’intelligence du propos. La plus grande qualité du film de Natali, c’est qu’il parvient à mettre en scène un film consistant, logique (à plus d’un titre), rythmé, équilibré et passionnant à partir d’un sujet typique de court-métrage. Et sans la chute. Chapeau. Faut-il rajouter que le spectacle est esthétiquement abouti, que les effets spéciaux de cette modeste production canadienne sont parfaits et inventifs, que l’intelligence de CUBE nous paye de dix ans de science-fiction pyrotechnique, puérile et vaine ? Remarquable.

 

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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le canard vexé 15/01/2008 09:28

chronique brève et efficace ... comme le filmpetite chronique passionnante et passionnée sur le site du "canard vexé" ... pour les intéressés   http://www.canardvexe.com/articles/382_cube_1.php

Le Marquis 27/09/2006 18:30

Je crois qu'il y a un problème de compréhension du projet : les compétences de chacun des personnages enfermés dans le cube ne sont en aucun cas des "coïncidences heureuses" utiles exclusivement à l'évolution de l'intrigue ou à l'écriture du scénario (comme ça peut être le cas par exemple avec la manie des verres d'eau de la petite fille de SIGNES). Il est clairement montré dans le film que leurs compétences respectives sont au contraire précisément les raisons pour lesquelles ils s'y retrouvent enfermés : ils pourraient peut-être même s'en sortir indemnes... s'ils apprenaient à coopérer et à s'entraider - et les finalités de cette expérience, quelle qu'elle soit, ne concernent pas tant les pièges que les comportement de ceux qui y sont confrontés. Et si la matheuse "utilise" le don du personnage autiste (je ne te suis pas du tout sur cette histoire de quotats... dans ce cas précis), c'est, elle le dit elle-même, parce qu'elle n'est pas en mesure d'effectuer des calculs aussi complexes de tête, je ne vois pas ce qu'il y a de louche là-dedans...CUBE peut certes paraître assez schématique, mais il ne cache pas ces penchants symbolistes, et ce qui peut s'assimiler à des hazards douteux ailleurs fait ici partie du coeur du projet, les personnages le comprennent eux-mêmes, et en parlent à quelques reprises. De ce point de vue, je ne comprends pas vraiment tes résistances ; en tous cas, je ne les partage pas !)PS : il n'est jamais trop tard !!!

just fontaine 27/09/2006 15:24

Bonjour à tous
Je pense arriver après la bataille mais bon...
Personellement, j'ai été frustré par ce film, CUBE, parce qu'il y avait vraiment matière à faire quelque chose d'original : la situation initiale n'est pas expliquée et au chiotte le pragmatisme ambiant...
Seulement, là ou je ne vous suit pas, c'est que je trouve que le film est gaché par un choix de personnages assez caricatural.
Par exemple, chaque salle est potentiellement dangeureuse. Et bien il se trouve que parmis notre petite clique il y a le champion du monde de capteur, celui-là même qui decele cette petite odeur d'electronique grace à son nez et sait aussitot qu'il y a danger.
Que penser alors du représentant COTOREP dont tout spectateur avisé se dit "après les quotats de noirs et de portoricains, hollywood s'attaque à la sous-représentation des infirmes dans les films". Mais que fait-il là, quelle est sa place ??? le champion du monde de capteur ok, on comprend mais lui... et on apprend que ce personnage est champion du monde de calcul mental.
Et je passe sous silence le champion du monde de maths qui utilise la calculette humaine.
Et c'est là ou c'est dommage : l'idée est très bien trouvée, les décors sont magnifiques et servent ce huit-clos, mais les personnages sont inhumains, trop campés dans ce qu'ils ont d'extraordinaires.
Mais je pense tout de même être arriver après la bataille.
Bien à vous

Le Marquis 09/05/2005 20:08

J'avoue que je n'avais pas envisagé le film sous cet angle... Au passage, ALIEN s'inspire énormément de DARK STAR de John Carpenter (co-écrit par Dan O'Bannon) et surtout de LA PLANETE DES VAMPIRES de Mario Bava. ALIEN a très bien veilli, tu verras.

Monsieur Cre 09/05/2005 14:32

Mettons que ALIEN reprend des thèmes souvent développés chez Dick : la Compagnie toute-puissante et manipulatrice de ses employés; l'androïde; la peur de l'étranger, de l'extra-terrestre, de l'Alien; l'équipage n'a rien d'héroïque (Ripley est l'héroïne par défaut du film, et est à des années-lumière de la Rambo des épisodes suivants). Manque plus que les drogues et les réalités altérées... Et puis, je crois que Dan O'Bannon a bossé ensuite sur la première version de Total Recall, donc on peut supposer qu'il est un peu familier de Dick.
Mais ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu, séance de rattrapage bientôt vu que j'ai acquis récemment le DVD.