SUNSHINE CLEANING de Christine Jeffs (USA-2008): J'aime Bien tes Moutons...

Publié le par Dr Devo






[Photo: "Le Syndrôme Zatapatik" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Mary Lynn Rajskub.]




Chères Bonniches, Chers Smicards,

 

Les dividis, c'est bien joli, mais de temps en temps, histoire de garder la main, il faut s'en retourner vers l'Ecran d'Argent et bouger ses petites fesses musclées par le travail, pour se mélanger au public.

 

[Cette introduction vous est offerte par le Syndicat des Critiques Faux-Modestes Condescendants Du Michigan, dont je suis membre honorifique...]

  

Amy Adams, récemment aperçue dans DOUTE, un machin avec Meryl Streep qui n'était pas du tout transcendant, mais assez bien écrit (et qui à quelques secondes près, enfin de trop, nous offrait le meilleur plan de fin de l'année) est femme de ménage. La vie n'est pas marrante-marrante... Elle élève seule un enfant de la race des Petits-Kévinous (au moins, ils sont propres !), doit payer les traites de la maison, et s'occuper de temps en temps de sa sœur, Emily Blunt dont je vous parlais il y a peu à propos du formidable WIND CHILL, qui, elle, vivote en travaillant dans un fast-food ! La petite banlieue ouvrière, quoi ! Au fond du tableau, on trouve Alan Arkin qui a pris un sacré coup de vieux en une paire d'années (et dont on ne voit pas le visage pendant la première demi-heure du film, curieusement) et qui est le papa des deux. D'ailleurs, comme dirait Mr Zatapatik "Où sont les bagages ? Où sont les voyageurs ?", ce à quoi j'ajoute : "Où elle est la maman ?". Suspense, teasing, je passe comme si de rien n'était...

Amy en a ras-la-casquette : le job est dur et ne paie pas d'une part, et la vie semble tourner en rond d'autre part. Pour couronner le tout, Emily, sa sœur, vient de se faire virer de son fast-food ! La poisse. Le seul moment de plaisir d'Amy est quand elle voit son amant, un flic déjà marié. C'est quand même pas grand'chose. Mais c'est ce dernier qui lui met le pied à l'étrier. Plutôt que de nettoyer de grandes maisons bourgeoises, pourquoi ne pas nettoyer des scènes de crime ? Car laver du sang et de la tripaille, bah ça paie sa mère ! Amy et Emily montent leur boîte et, comme dirait la poète, "Et c'est parti !".

 

 

Christine Jeffs, réalisatrice néo-zélandaise apparemment exilée aux US de A est une habituée semble-t-il - car moi je n'en savais rien - au Baille-oh-des-chocaPICS et aux films à costioumz comme on dit par chez eux. Ici, c'est donc un changement de fusil d'épaule assez net, Margaret. Ce à quoi je réponds oui, tout à fait, car il s'agit d'une chronique douce-amère familiale, avec des rires, des sourires, des joies simples, et des peines en forme de slow de l'été. Là, vous vous dîtes...

 

 

SUNDANCE !

 

 

Et je dis oui, mon petit poussin, c'est du Sundance. Grand Prix du Jury même ! En même temps, c'est un peu injuste de reprocher ça à SUNSHINE CLEANING, et je vous dirai pourquoi, mais pas maintenant. D'ailleurs, si je perds du temps en divagations, je ne le finirai jamais, ce bleeding artikeul, et comme la rédaction de Matière Focale est désormais organisée comme un camp militaire, je risque de recevoir de sérieux coups de torchon-savon, et je vous assure, ça fait mal. Alors, plutôt que de faire des plaisanteries à deux balles sur une page qui, de toute manière, ne nous sortira pas de la Crise (Oh, un cerf sur la colline !) et ne redressera pas la France, je dis : "Au travail !".

 

 

Il paraît que SUNSHINE CLEANING a été produit par l'équipe de LITTLE MISS SUNSHINE, et ça tombe bien, car cela va me permettre de faire un parallèle qui pourrait me faire embaucher dans une revue de cinéma normale, telle que Télérama ou StudioCinéPositif. Je dirai donc, profitant de cet opportunité que SUNSHINE... a à peu près les mêmes défauts que LITTLE MISS SUSHI, avec lequel j'avais été assez généreux à l'époque, mais que voulez-vous, être critique c'est être spectateur, et c'est être un être (oh, joli, ça !) humain comme les autres, et pour moi aussi, la vie c'est, comme l'a dit ce grand critique de cinéma qui est pour moi quasiment un Dieu, je cite, "des rires, des sourires, des joies simples, et des peines en forme de slow de l'été », fin de citation.

 

Plus sérieusement, SUNSHINE CLEANING démarre tranquilou, avec une intro et un générique un peu convenus, mais se suit gentiment, et ce sera la marque de la première partie du film d'ailleurs. Alors, on reste en éveil. En plus le film est tourné au format Scope (2.35), et Jeffs ne fait pas que des gros plans, c'est toujours ça de gagné. Il y a quelques petits effets de stylisation (des ralentis à la Wes Anderson, mais en plans rapprochés) ici et là, mais rien de renversant. Mais, comme je le disais, on garde l'œil ouvert. Les ricains qui nous ont quand même délivré de l'emprise nazie, sont assez fortiches pour faire des comédies tristes ou un peu noires, ou encore pour les chroniques des gens banals... Un bel exemple de film bien troussé et pertinent : THE GOOD GIRL, par exemple. Et ces histoires, ça se joue à peu quelquefois. Donc, cette première partie, on la suit, on la suit, on la suit, et hop hop hop. Bon, Blunt (qui, paraît-il, est la sœur de l'horrible James Blunt !) ne joue pas trop mal, et même si le rôle est un peu convenu,  elle se débrouille assez bien et offre un jeu relativement sobre, toujours aussi précis que possible. Amy Davis Jr, elle, pousse un peu plus, mais ça reste convenable. John-John Rockfeller dans le rôle de Kevinou est moins crispant que beaucoup d'enfants-acteurs, mais rend la vision du film un tout petit peu plus difficile. Faisons donc comme s'il n'existait pas. Ca continue comme ça, sur un rythme de jogging du dimanche (après mon squash, le même jour, à 6h30, car pour être critique de cinéma, faut être dans une forme physique irréprochable), pendant un bon quarante minutes. Bon, ça tire un peu dans les coins, ça et là, où on trouve de choses plus écrites, plus maladroites, comme Alan Arkin en commis-voyageur à la petite semaine, ces horribles petits inserts d'un flashback que l'on attend de pied ferme. Quelques scènes sont même un poil en-dessous, et sentent un peu l'huile de coude et l'effort, comme celle avec l'ex-copine de lycée, et encore moins bien, celle de l'engueulade avec la femme enceinte dans la station service, moins bien découpée que le reste d'ailleurs.

 

 


On devine que tout ça, ça sent le célèbre best-seller "How To Write An Fake-Independant Blockbuster" d'Aristote, et que les trois actes se mettent en place en essayant de marcher sur la pointe des pieds. Bon, moi je m'en fous, c'est mon boulot de voir des films, ça paye bien en plus, et donc contrairement à vous, chers lecteurs, qui devez payer votre place neuf euros, je suis plutôt à la bonne place. En plus, je suis d'excellente humeur... Et puis, assez rapidement, débarque en second rôle, une petite chouchou à moi  Mary Lynn Rajskub, que vous avez pu voir dans des films tels que MYSTERIOUS SKIN où elle était formidable d'ailleurs. Ici, encoooooooore une fois (ne faites pas ça si vous postulez aux Cahiers du Cinéma), elle est tout à fait excellente, et très souvent ses scènes marchent d'autant plus qu'elle se trimballe tout le temps avec Emily Blunt. La scène de la prise de sang est très chouette. La scène de la découverte du poteau rose (si je veux !) est casse-gueule mais reste étonnamment sobre, et même une scène trop évidente comme celle du collier passe, sauvée in extremis par Blunt d'ailleurs. Rajskub, c'est du précis. C'est une bonne actrice. Elle fait partie des gens que je préfère à Hollywood. Elle appartient à cette famille d'actrices que j'adore et dont l'expérience du jeu est remarquable : Jennifer Jason Leigh, Martha Plympton, Clea DuVall, Fairuza Balk, etc. Rajskub, même si elle a connu le succès, en quelque sorte, puisqu'elle fut un des piliers de la série 24 HEURES CHRONO, n'a malheureusement jamais eu un rôle décisif et majeur, et trop souvent, hélaaaaaas, on lui donne du menu fretin pour faire mousser la galerie cinéphile, et moi, je dis : "Ca, c'est bien dommage !".

 

Mais revenons à nos moutons. Ces petites gaucheries d'écriture ici et là, ou ces moments qui sentent un peu fort l'effort de la plume Mont-Blanc sur le papier nervuré sont malheureusement un peu plus que de l'innocence maladroite (N'importe quoi ! Ne faites jamais ça, si vous voulez un jour ouvrir un blog sur le cinéma !). C'est la deuxième partie qui approche, avec la division Panzer qui va avec ! Et c'est là qu'arrive mon analogie avec LITTLE MISS SHOE-SHINE. Et c'est là qu'on voit qu'une critique, ça se construit, et rien que ça demande du savoir-faire. On est exactement dans le même syndrôme : ça part gentiment et relativement soigné, et ça se vautre dans l'écriture mal maîtrisée et même plus, quand il s'agit de faire quelque chose avec le background développé scolairement. Plus on va avancer dans la deuxième partie, plus on va manger des choses ultra-convenues. Et plus les ficelles vont avoir un goût amer, si vous permettez la subtile métaphore. Et là, elle se lâche la kiwi de Los angeles. A fond la randonnée même !

 


D'abord la scène du climax dramatique ; c'est sans doute le pire. La séquence s'enclenche à peine qu'on voit arriver à douze mille kilomètres l'incident. Bon moi, je croyais que Blunt allait se faire écraser par sa propre camionnette, et finalement, ce n'est pas ça qui arrive, mais bon, le principe est là. De toute manière, dès qu'Amy Adams veut aller à sa fête, on sent trèèèès bien ce qui va se passer. On est quand même pas né de la dernière pluie. D'ailleurs, dans cette séquence, la scène de la Fête à Bébé est un des passages les plus désagréables du film. Le casting des seconds rôles est affreux. Ca surjoue, ça n'est pas bien écrit, et le physique des comédiennes est tellement stéréotypé qu'on a l'impression de se retrouver dans la scène du bar du premier STAR WARS. Devant ces grosses dondons, on sent bien la volonté de critiquer une bourgeoisie aisée devenue gaga et puantissime, mais ce que révèle la scène c'est plutôt le bourgeoisisme méprisant de Jeffs ! Elle en dit plus sur elle que sur son film. Dans son échec à écrire et mettre en scène ce passage s'exprime un décalage social bien plus grand. A ce moment-là, elle ne sait pas de quoi elle parle. Jeffs dévoile alors sa propre bourgeoisie aisée qui est d'un autre type, sans doute, que celle des grosses dondons de cette scène. Alors, je n'ai pas vérifié sur Wikipédia les origines sociales de la réalisatrice, et d'ailleurs je m'en contrebalance, mais je parie mon slip que c'est le cas. En tout cas, c'est très mal calculé en plus de ne pas marcher. Ben voui ! Pour faire ce qu'elle veut faire, il fallait au contraire remplir la pièce de mannequins et de filles ultra-jolies ! Héhéhéhé ! Je sais ce que je dis quand même, lisez mes lèvres, JE-SUIS-DOC-TEUR !

 


Alors, comme toute la dernière partie se passe autour de cet incident, ça la fout mal. Et une fois que c'est fait, on lâche complètement la rampe, et on commence à penser à la liste de courses qu'on a oublié sur la table basse du salon. La triste destinée de la maman, au ralenti, avec gros plan sur l'enfant qui pleure. Mouais. Et annoncée comme une métaphore dans le filet, par la petite vieille dont curieusement le mari s'est suicidé en plus ! La scène du train, comme caution esthétique, et dont on sent qu'elle sert aussi à se débarrasser du personnage de Mary Lynn Rajskub (ce qui sera fait plus tard), c'est bof bof aussi. Le rôle sympa de Clifton Collins Jr (qui joue bien d'ailleurs), Jeffs n'en fait rien, mais alors rien du tout. Il est là pour le décor. La scène pré-finale, le passage avec la cibi (quand elle sort les poubelles, je me suis dit : "Non ??? Elle va pas oser quand même ?"). Les jumelles. La réconciliation dans les toilettes. Les dialogues d'Alan Arkin quand il est énervé. C'est bon, la coupe est pleine ! Stop, okay, understood, reçu 6/5, arrête, oki, c'est bon.

 

 

Que cela est laborieux ! Amy Adams elle-même se perd en chemin, et logiquement, mais je ne lui jetterai pas la pierrepalmade : que faire pendant la prise avec des situations pareilles ? Blunt s'en sort mieux (même si elle est trahie par l'affreux maquillage dans la scène de la série télé). Et parlons-en de cette scène de série télé ! Elle est bien emblématique. D'ailleurs, n'en parlons pas, et délivrons tout de suite les conclusions du rapport interuptus. Tout cela sent l'écriture, l'écriture et l'écriture. Comme un musicien qui composerait pendant la moitié de son morceau des petites mélodies qui s'entremêlent, on sent que Jeffs ne vise que les accords finaux. Tout est utra-symbolique, très appuyé, sans aucun gramme de mystère. Les rouages énormes grincent encore plus. Tout est décortiqué, tout s'emboîte de la manière la plus classique qui soit. Et quand on sort de salle, on n'a pas vraiment l'impression d'avoir rencontré une personnalité.

Le paradoxe, c'est qu'on ne se mettra même pas en colère. J'ai peu parlé de mise en scène. Bon, il y a un peu de photo (correcte, avec un petit plus pour la scène du collier, et un gros moins pour celle du train qui est pourtant la caution esthétique de l'ensemble, comme je le disais), les décors sont soignés je suppose, et dans la première partie ça cadre plus aéré... SUNSHINE CLEANING n'est pas le pire film du siècle. Par contre, c'est très médiocre, au sens étymologique du terme. Et ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film dont l'écriture - car il est évident que Scénario m'a tuer, une fois de plus - est si bureaucratique et visible. C'est du travail de gratte-papier. Et peut-être, s'il n'y avait pas quelques acteurs là-dedans qui ont notre sympathie, bah on aurait été d'une humeur plus massacrante à la sortie. Toujours est-il que le film fonctionne du point de vue du box-office, et c'est ça le plus triste. Pourquoi la banalité paie ? Comment les spectateurs font pour ne pas voir les ficelles ? Et pourquoi ce film les touche plus qu'un autre ? Il y a là un mystère de la Dame Blanche plutôt étrange... En tout cas, je remarque deux choses qui concernent le cinéma art-et-essai ou cross-over (qui peut passer dans les deux circuits). Les gens adorent les films rassurants sur les relations familiales. Si vous enlevez les films de chronique familiale et les films "à thèse", façon Dossiers de l'Ecran, bah 94,28% des films disparaîtraient des salles, et certaines d'entre elles seraient vides. Une bonne distribution bien fichue (ici comme GOOD MORNING ENGLAND) et le film passe comme une lettre à la poste. Les gens sont contents. Ils ont mangé du carton, ils n'ont pas été surpris, et ils ont payé neuf euros. La vie est belle.

 

Pour moins cher, et beaucoup plus marquant, ce qu'on pouvait faire : acheter WIND CHILL avec Emily Blunt (entre trois et quatre euros dans les trocantes), aller à la pêche (gratuit), acheter et manger du saucisson avec des copains (c'est eux qui amènent le jaja !), faire du squash, fumer deux paquets de cigarettes, attendre la Fête du Cinéma pour ne payer ce film que trois euros et quand même acheter un saucisson, dormir deux heures de plus, attendre que ce film passe gratosse à la télé, acheter des fleurs à Madame, payer une bonne bière à Monsieur ou faire un don à l'Association des Bonnes Œuvres du Syndicat de la Critique !

Quant on y pense, dans la vie, il y a plein de trucs à faire...

Dr Devo.





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Publié dans Corpus Filmi

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Bertrand 19/06/2009 23:21

Elle joue la geek informaticienne de service... on ne se sert de sa délicieuse bizarrerie que dans un seul et même sens. Elle est apparue à la saison 3, bref quand ça commenca à devenir lourdingue sur les bords.

Dr Devo 19/06/2009 23:17

Merci bertrand pour cette précision! N'ayant vu que la première saison de 24, il me semble pas l'avoir vu. Elle apparait quand? En tout csa, je sais que tu es un exégéte de la chose, et don ccest avec tristesse que je constate grâce à toi qu'elle fait le lampadaire dan la série...Bah, merci Robert paris, et à bientôt, j'espère!Dr Devo.

robert-paris 19/06/2009 20:26

Il y a matière dans votre demeure et c'est un plaisir.A bientôt

Bertrand 19/06/2009 14:51

Oui sauf que la Rajskub est atrocement bridée dans 24H CHRONO, et son perso monolithique se résume à faire la grimace en fronçant les sourcils... à peu près tout le temps. Donc à éviter de ce côté-là. Sinon mon docteur vous avez beaucoup de courage, à vous enchaîner les perlouzes indé du moment, je ne sais où vous le puisez....