2001 MANIACS de Tim Sullivan (USA-2005): Enfin un bon film à costumes !

Publié le par LJ Ghost









[Photo: "Réunion de travail à Matière Focale" par Dr Devo.]




 

 

Dans une université des USA, Jay Gillespie, Dylan Edrington et Matthew Carey s'ennuient en classe. Il faut dire que leur professeur leur fait un cours magistral sur la Guerre de Sécession, avec des diapositives, tout ça en noir et blanc, rappelant l'ampleur du massacre, bref, rien de très réjouissant, surtout qu'après ce cours, c'est Springbreak ! C'est dire si les trois jeunes gens ont hâte que ça s'arrête ! Pour passer le temps, Dylan Edrington, qui projette les diapos, en insère quelques-unes montrant les prouesses alcoolisées des trois larrons en soirée. Le professeur s'en aperçoit, et à la fin du cours leur donne une punition : faire, pendant les vacances, une dissertation sur la Guerre de Sécession ! Le trio s'en moque et part quand même en Floride, cheveux au vent dans leur décapotable. Sur la route, ils croisent une voiture remplie de beaux jeunes gens au look californien, dont Marla Leigh Malcolm. Les deux filles dans la voiture allument outrageusement nos héros, puis s'en vont, leur promettant de les retrouver sur la plage - ils vont au même endroit. Plus loin sur leur chemin, ils tombent sur une étrange déviation. Ils s'enfoncent alors dans la forêt, et tombent sur un village complètement isolé, Pleasure Valley. La particularité de cet endroit : les gens vivent aux couleurs des Confédérés, et sont restés bloqués au XIXème siècle ! Pas d'eau, pas d'électricité, pas de téléphone, des drapeaux confédérés partout, et surtout une mentalité sudiste exacerbée. Ils en veulent encore à mort aux Nordistes ! Ils sont invités à rester pour la nuit, et à participer, le lendemain, au grand barbecue que donnera le maire du village, Robert Englund. Peu de temps après, la voiture de Marla Leigh Malcolm arrive en ville, suivie de près par un couple de motards composé d'un noir et d'une asiatique. Tous décident de rester pour profiter des repas à l'oeil. Mais la venue de ces salopards de Nordistes n'est pas très bien vue par les habitants sudistes du village...

 

 

Ca, c'est du sujet ! A partir de là, on est quand même en droit d'avoir peur : va-t'on avoir droit au discours social sur les manières sudistes, ces esclavagistes racistes qui parlent bizarrement et qui passent plus de temps dans leur ferme qu'à la bibliothèque ? Et bien que nenni, ou plutôt si, mais pas vraiment. Je m'explique. Si les différences culturelles sont bien présentes, elles sont montrées sous un jour complètement humoristique, et provoquent plus le sourire que l'indignation. On est alors complètement dans la comédie, et pas du tout dans une critique sociale, ou même historique ! La seule allusion à l'Histoire est le fait que le personnage principal ait comme patronyme Lee, le même que le célèbre général confédéré. Et c'est tout. Le reste, ce n'est que de l'amusement, et les préjugés sur les Sudistes sont traités comme une farce. On voit, à deux reprises, un jeune fermier courir après un cochon (Jézabel !) en reboutonnant son pantalon (je ne vais pas vous faire un dessin...). Les intrus du village ne s'en émeuvent que peu, et semblent plutôt s'en amuser, à l'instar du spectateur, qui ne pourra pas réprimer un sourire. Tout le film se déploie sur ce mode et c'est plutôt bien vu, parce que de suspense il n'y a pas. On sait dès le départ que tout le monde est étrange, et le titre même du film vend la mèche. C'est dire à quel point Sullivan fait peu de cas du genre auquel le film est associé. Parce que, malgré la comédie, le film est sanglant, et les morts violentes et ridicules pleuvront sur nos pauvres héros. Mais ces séquences sont elles aussi traitées sur ce mode-là, et les effets spéciaux faits main, les maquillages ne cherchent pas une seule seconde à être vraisemblables, de même que parfois le film dévie vers un côté plus fantastique, et même, vers la fin, complètement absurde et jamais, mais alors jamais, crédible !

 

Il est également amusant de constater que si les victimes meurent dans d'atroces souffrances, elles l'ont mérité, en tout cas aux yeux des sudistes ! En effet, tous ces nouveaux venus ont des moeurs assez particulières, disons plutôt complètement éloignées des valeurs sudistes. Tout cela est montré pendant une épique séquence de nuit, au coeur du film : sado-masochisme, triolisme, masturbation, homosexualité, sexe en dehors des liens maritaux, et j'en passe. Le groupe de nordistes s'en donne à coeur joie, et au sein même du village conservateur, en se moquant totalement des conséquences et du regard de leurs hôtes ! Mais précisons tout de même que la majorité de ces pratiques sont la cause des habitants même du village : tout le monde allume tout le monde, et les petites fermières blondes, girondes et pas farouches, font exactement la même chose que Marla Leigh Malcolm au début du film (mais avec un différent "happy ending") ! C'est peut-être là que se retrouvent les deux cultures, c'est peut-être leur seul point commun : le sexe. Même si les buts de chacun sont clairs dès le départ et que le spectateur connaît les intentions de chaque personnage, ils se retrouvent dans le sexe (même si "déviant" par rapport aux bonnes moeurs ! Ils sont tous pareils finalement).

 

C'est si on regarde dans le moteur que c'est le plus surprenant : les cadres ne sont pas trop mal composés, même si on peut parfois voir du laisser-aller, c'est tenu sans être renversant. La photo est elle très précise et même franchement belle à plusieurs reprises ; dans le discours de Robert Englund dans le bar, ce n'est pas le scénario qui fait basculer (définitivement) le film dans le fantastique et dans l'absurde, c'est la lumière, très ponctuelle et ouvertement expressionniste. On peut aussi voir à un moment un triple faux-raccord de lumière sur Jay Gillespie, trop gros pour être involontaire, et qui passe de la surexposition à de la faible sous-exposition ; là aussi, on est à un point central du film, et l'émotion et le ressenti viennent particulièrement de la photo. Même si à d'autres moments la photo est plus quelconque et moins soignée, il y a tout de même des pics de qualité qui méritent d'être soulignés. Là où le bât blesse, à mon sens, c'est au niveau du montage, assez paresseux et qui fait un peu s'éterniser le film (même si celui-ci fait un peu moins d'une heure trente), et l'ennui point quelque peu. Même si Tim Sullivan utilise des inserts complètement gratuits (le couteau dans le sol ?), il n'y a pas franchement de fulgurances dans le montage, et il se contente de dérouler l'histoire.

 

2001 MANIACS, un film pas vraiment merveilleux, mais une petite comédie horrifique tout à fait respectable et amusante. C'est déjà ça.


LJ Ghost.





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Publié dans Corpus Analogia

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Norman Bates 22/06/2009 18:42

Oui effectivement.

Dr Devo 22/06/2009 16:08

dans mous souvenir, 2000 maniacs, l'original donc a un intérêt plus que relatif....Dr Devo.

LJ Ghost 22/06/2009 15:13

Effectivement ! Je ne l'ai pas dit parce que je n'ai pas vu l'original.

Norman+Bates 22/06/2009 14:51

C'est un remake de 2000 Maniacs ?