Chroniques de l’Abécédaire, épisode 7, deuxième partie : Turbulence urbaine des lèvres d'un mexicain esclave de Notre Dame des Fluides Entre Amis

Publié le par Le Marquis

D'après l'affiche du film LEVRES DE SANG.

Suite et fin du début, qui n’était que le commencement, et l’on attaque très fort avec un très beau film fantastique français qui a coûté moins cher que le budget promo de PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS, comme quoi, finalement, on est bien peu de chose.
 
L comme… LÈVRES DE SANG, de Jean Rollin (France, 1975)
C’est peut-être la première fois sur Matière Focale que le cinéaste Jean Rollin a droit à un petit article, même s’il est fréquemment fait allusion à son cinéma étrange et très personnel, comme c’était le cas il y a quelques jours dans cet article du Dr Devo. Je saisis l’occasion pour dire tout le bien que je pense de ce réalisateur atypique, dont la filmographie passe trop souvent pour un amas de séries Z sur lesquelles il est de bon ton d’ironiser, et que l’on compare, pas vraiment à juste titre, à Jess Franco, dont la carrière compte bien quelques titres intéressants (LA COMTESSE NOIRE et L’HORRIBLE Dr ORLOFF ont été traités dans ces pages, comme le sera très prochainement le film EUGÉNIE DE SADE), mais qui est également l’auteur de films exécrables comme L’ABÎME DES MORTS-VIVANTS ou MONDO CANNIBALE. L’œuvre de Jean Rollin m’a toujours paru plus égale et plus cohérente, et certains de ces films (notamment LA ROSE DE FER et LA NUIT DES TRAQUÉES) sont à mes yeux assez remarquables. Bien sûr, comme je le dis souvent dans ce genre de comparaisons, il n’existe pas d’entité suprême exigeant de nous que nous choisissions l’un ou l’autre, et préférer Rollin ne me prive pas d’apprécier à sa juste valeur un beau film comme UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS (oui, je sais, le titre est idiot, Jess Franco voulait l’appeler LA NUIT DES ÉTOILES FILANTES !).
LÈVRES DE SANG est une très belle réussite, et nous prend par la main pour nous emmener, à pas mesurés dans un premier temps, dans un univers qui peut paraître banal (ou ridicule aux yeux des railleurs), mais le quotidien chez Jean Rollin est toujours d’un détachement irréaliste assez surprenant, où les intérieurs sont encombrés d’objets insolites, et où les êtres humains paraissent totalement désincarnés, réduits à des instincts primaires, sexuels notamment, un peu tristes – inanité des dialogues (atonaux, qui sonnent comme des enregistrements datés, usés, répétés à l’infini jusqu’à en perdre leur sens même), fréquente nudité, froide et peu engageante. Absents d’eux-mêmes en somme, à l’exception de ceux qui savent voir au-delà des apparences et ont conscience de l’existence des « Parallèles », ces créatures de la nuit qui peuplent l’imaginaire de Jean Rollin, que ce soit pour chercher à les rejoindre ou pour tenter de les cacher encore davantage, d’essayer de les exterminer.
C’est l’enjeu frontal de ce film, où un homme est hanté par le souvenir d’une jeune fille rencontrée dans les ruines d’un château alors qu’il était enfant, souvenir que sa mère cherche en vain à lui faire oublier, lui dissimulant la vérité : « le vampirisme est une terrible maladie » dit-elle, réplique qui pourra faire sourire – et pourquoi pas, rien ne l’interdit – mais qui montre bien à quel point le fantastique chez Jean Rollin n’est pas lié à un événement extraordinaire venant bousculer l’ordre du monde, mais cohabite dans une harmonie aux contours surréalistes avec une réalité d’emblée extrêmement fragile et illusoire. Un univers hybride et très personnel donc, qu’il serait inexact de qualifier d’onirisme, et qui culmine dans le point de basculement de LÈVRES DE SANG via la superbe séquence où le personnage principal se réfugie dans la salle d’un cinéma de quartier projetant LA VAMPIRE NUE de Jean Rollin. Loin de n’être qu’un clin d’œil facile et nombriliste, cette scène où l’étrangeté du film projeté déborde peu à peu sur la salle de cinéma illustre un thème récurrent chez Rollin, celui de la frontière sensible entre fiction et réalité – et c’est d’ailleurs dans LA VAMPIRE NUE que l’on découvre, avec pour ma part une certaine stupéfaction, un concept de pièce isolée du récit et de la fiction, sorte de salle d’attente, de carrefour au sol marqué de rayures noires et blanches et aux murs couverts par des rideaux de velours, qui constitue l’intersection entre les inventions de Cocteau et celles de David Lynch pour TWIN PEAKS.
À cette séquence de franchissement succède une plongée dans le cœur du fantastique de Jean Rollin, bien plus sombre et mélancolique que kitsch, une randonnée nocturne fantasmagorique qui se distingue par un soin maniaque porté sur les repérages et sur la photographie, et là encore, loin de sa réputation de faiseur fauché et ringard, Jean Rollin nous plonge dans un monde très composé et admirablement bien cadré, soutenu par une assez belle musique, ponctué d’idées un peu folles et mystérieuses – voir la rencontre de l’homme avec une vieille femme qui prétend être la jeune fille de son souvenir, sans qu’il soit réellement possible à ce stade du récit de savoir s’il s’agit d’imposture, d’ubiquité ou d’une cruelle désillusion.
Pour le coup, les quelques défauts du film, et plus généralement du cinéma de Jean Rollin (liés au manque de moyens et à une interprétation incertaine dont le décalage manque parfois de mesure, ou tout simplement de charisme), paraissent bien négligeables au regard de la forte personnalité qui s’en dégage, de ses réelles qualités plastiques, de son inépuisable originalité, de précieuses qualités hélas souvent balayées d’un revers dédaigneux de la main dans un pays où l’on peine pourtant à accoucher d’œuvres fantastiques le plus souvent poussives, américanisées jusqu’à la caricature. Quoi qu’il en soit, très beau film.
Deux mots pour conclure pour signaler l’édition de la quasi-totalité de la filmographie de Jean Rollin en DVD : service un peu minimum, avec une poignée de bandes-annonces, une galerie de photos et d’affiches et une seule et unique interview de Rollin, intéressante, mais commune hélas à l’ensemble des titres de la collection. Un gros reproche : la laideur des jaquettes, identiques à celles des DVD anglo-saxons, qui préfèrent illustrer, à l’exception de ce LÈVRES DE SANG, chaque film par une photographie vulgaire, d’un érotisme kitscho-morbide un peu débile : où sont les magnifiques affiches conçues pour le cinéaste, par Druillet notamment ???
 
M comme… LE MEXICAIN, de Gore Verbinski (USA/Mexique, 2001)
Retour aux Etats-Unis pour ce film réalisé par Gore Verbinski, cinéaste totalement impersonnel, mais au savoir-faire tout de même estimable, à qui l’on doit une SOURIS franchement sympathique et un remake de RING, LE CERCLE, qui n’est pas indigne de son modèle (malgré quelques défauts vraiment pesants, le psychologisme à deux balles et l’interprétation un peu maladroite de Naomi Watts qui en découle), est superbement photographié et fait même preuve parfois d’une belle inventivité – et vaut donc mieux, semble-t-il, que le CERCLE II réalisé par Hideo Nakata lui-même.
Des qualités que l’on retrouve dans ce MEXICAIN, dont l’affiche peut faire peur (comédie romantique avec Brad Pitt et Julia Roberts, le café et l’addition, merci), mais qui bénéficie pourtant d’un bon scénario, absolument pas centré sur la romance (si je veux) fleur bleue d’ailleurs. Les enjeux tournent autour d’un pistolet ancien dont la valeur inestimable est liée à l’histoire de sa création, histoire disséminée au cours du récit par des flash-back d’un lyrisme de western exacerbé, naturellement soutenu par une musique pastichant les compositions d’Ennio Morricone. Brad Pitt, qui rend régulièrement, contraint et forcé, des services pas tout à fait légaux à un malfrat, doit se rendre au Mexique et le récupérer pour lui ; c’est la goutte d’eau de trop pour Julia Roberts (en pleine imitation de Sandra Bullock), qui le plaque et fait ses valises, mais est enlevée par un tueur à gages à la solde d’un autre malfrat convoitant le même pistolet.
Le film est plutôt agréable, fort bien rythmé, et fait parfois un peu penser aux AVENTURES DE JACK BURTON de John Carpenter dans la manière dont Brad Pitt, anti-héros maladroit et un peu demeuré, se heurte à un univers un peu irréaliste où les clichés sud-américains sont systématiquement tournés en dérision. Vif, spirituel et assez enlevé, LE MEXICAIN n’est de plus pas si engoncé qu’il n’y paraît dans un moule conformiste américain, et surprend même beaucoup, avant une dernière demi-heure moins réussie, notamment dans le développement du personnage du kidnappeur de Julia Bullock, solidement campé par James Gandolfini, Verbinski prenant notamment le risque de profondément déplaire au grand public dans l’aboutissement inattendu du parcours de ce personnage : toute petite audace, mais qui, dans le contexte de ce film principalement structuré par des ressorts comiques, fait son petit effet.
Pas un grand film, loin de là, mais LE MEXICAIN vaut mieux que sa tiède réputation, et s’avère, dans les limites de ses ambitions et malgré une longueur excessive, aimablement visible.
 
N comme… NOTRE DAME DE PARIS, de Wallace Worsley (USA, 1923)
Attention, je vous enlève les couleurs et le son, gare aux syncopes et aux crises de rage de ceux pour qui le cinéma antérieur aux années 90 n’existe pas, nous allons faire un petit tour du côté du cinéma muet, rarement visité sur Matière Focale, pas par manque d’intérêt mais bien plus par manque de matière. Bon, le film en question ne sera pas pour moi l’occasion de vous rappeler à quel point le cinéma a régressé avec l’apparition du parlant en termes d’expressivité, dans la mesure où cette adaptation du roman de Victor Hugo est bien académique et décevante à plus d’un titre, tant sur le plan de la mise en scène que sur celui du scénario.
Par contre, je peux vous toucher un mot de ce que ce genre de projection peut avoir d’agréable, à cause de l’absence (rare) ou de la franche nullité (c’est beaucoup plus fréquent) de l’accompagnement musical proposé. Si la musique de classiques comme les Fritz Lang (METROPOLIS ou LES TROIS LUMIÈRES) bénéficient de compositions remarquables, la plupart des films muets se voient affligés sur ce plan de choix historiques rigoristes, ou tout simplement de choix aléatoires, aux effets désastreux – petites ritournelles hyper répétitives et profondément irritantes, mélodies naïves et désuètes censées souligner le grand âge des images qu’elles écrasent lourdement dans un élan pseudo nostalgique écœurant, tentatives ponctuelles et exécrables de sonorisation maison (avec ici l’emploi de cloches pour faire ding-dong en chœur avec Quasimodo). Bref, c’est l’occasion rêvée pour, tout simplement, couper le son et faire taire les besogneux anonymes, et sélectionner soi-même un accompagnement musical qui, de fait, a de fortes chances d’être bien plus adapté au film visionné (à moins que votre côté pervers ne vous pousse au décalage forcené, du genre NAISSANCE D’UNE NATION sur fond de Jean-Michel Jarre), et évitera surtout le synchronisme niais consistant à employer le thème pleurnichard (je dis bien « le » car en général il n’y en a qu’un seul, bien sûr) quand les images sont tristes, le thème guilleret quand les acteurs ont l’air content, etc. Croyez-moi sur parole, en considérant l’alternative avec la bande-son disponible dans les éditions proposées, il n’y a pas photo. Mon choix s’est donc porté, pour NOTRE-DAME DE PARIS, sur un disque d’Arvo Part aux tonalités abstraites et lyriques à la fois, qui a magnifié ce qu’il était possible de sauver dans cet assez mauvais film.
Car le film de Wallace Worlsey est mauvais. Empêtré dans une reconstitution historique luxueuse aux décors pharaoniques et assez impressionnants, le film fait (déjà !) preuve d’un académisme pachydermique. Certes, et dans le cadre du cinéma muet, il est appréciable de trouver des qualités de mise en scène, principalement de montage, dont la plupart des cinéastes contemporains seraient bien inspirés de s’inspirer puisqu’elles sont quasiment absentes d’une grande partie des métrages distribués en salles : multiplicité des cadrages et des plans dans quelques séquences, utilisation pondérée et toujours justifiée des gros plans. C’est tout, malheureusement, et c’est un peu court, le film, sans relever du théâtre filmé, mettant tout de même complaisamment en avant ses décors et ses costumes dans des séquences trop souvent filmées platement, en plan fixe et frontal, ce qui est vite lassant.
Pour ce qui est de l’adaptation elle-même, elle déçoit franchement. Hugo n’est pourtant pas le Marquis de Sade, mais rien n’y fait, les scénaristes ont décidé de dépouiller le film de tout élément susceptible de contrarier les sensibilités les plus conservatrices. Le prêtre Frollo devient ainsi un aimable paroissien qui ne regarde pas Esmeralda autrement que comme une créature du Bon Dieu, c’est un homme d’église tout de même, que diable ! C’est donc son frère Jehan qui devient le méchant identifié du récit, complotant fielleusement pour se mettre la gitane dans la poche, et d’ailleurs, indice, ce monstre a rompu ses vœux lorsque le film démarre, ce salaud. Quasimodo intervient logiquement pour la sauver des bras de cet impur, et y trouve la mort sous les yeux de l’éplorée confortablement calée au creux des bras de son Phoebus adoré, alors que le brave Frollo bénit sa dépouille dans un élan de gratitude post-mortem fort attendrissant. « Ben oui, c’est pas comme ça que ça finit, normalement Quasimodo y’ meurt pas ! », déclare le petit Jean-Benoît, 12 ans, Villeneuve-d’ascq, intimement persuadé que le roman de Victor Hugo s’intitule « Le Bossu de Notre-Dame », et qui ferait mieux de se taire et d’ouvrir un bouquin avant que je me fâche. Non, pas Harry Potter, je te les ai confisqués, petit morveux.
Bien plus que l’ampleur imposante de la production ou la neutralité piètre du récit, c’est bien évidemment la performance de l’acteur Lon Chaney qui retient l’attention et fait aujourd’hui le seul intérêt de ce film. La star, c’est lui, et il est d’ailleurs le seul acteur dont la première apparition s’accompagne dans le film d’un carton associant le nom de Quasimodo à celui, souligné, de son interprète. Du coup, le bossu nous est montré très tôt – trop tôt probablement, mais inutile de continuer à torpiller un aussi médiocre scénario. Et il faut bien reconnaître qu’en plus d’un maquillage saisissant comme Lon Chaney en avait le secret, sa performance d’acteur est vraiment admirable. Et ça vaut le coup d’œil, même si, très honnêtement, il est sans doute préférable de le voir évoluer dans un film digne de ce nom – au hasard, THE UNKNOWN de Tod Browning, par exemple.
 
O comme… OXYGEN, de Richard Shepard (USA, 1999)
Le thème de l’enterré vivant est toujours au moins un peu payant, comme on le constate dans ce petit thriller remarqué à sa sortie, principalement pour l’interprétation d’Adrien Brody (correcte mais pas vraiment renversante), dont le sujet, sur un versant nettement plus classique de film de serial killer dérivé du SILENCE DES AGNEAUX (agents du FBI, interrogatoires serrés, course contre la montre pour retrouver la prochaine victime et psychologisme forcené des dialogues), évoque le bien meilleur L’HOMME QUI VOULAIT SAVOIR de Georges Sluizer (ou son remake américain ripoliné avec Sandra Bullock et un happy end, LA DISPARUE).
Ceci dit, OXYGEN me paraît assez terne, plutôt mal écrit et pas très bien réalisé. La façon qu’a Richard Shepard de développer le personnage de la femme flic me semble par exemple assez tiré par les cheveux : après une longue séquence de poursuite urbaine au cours de laquelle elle procède à l’arrestation musclée d’une brute épaisse (je suis une femme forte), nous la découvrons totalement et honteusement soumise à un amant dans une séquence sado-masochiste soft (je cache en moi une fragilité), et l’instrumentalisation de ces deux séquences dans la progression du récit, notamment dans les échanges mi-pervers mi-intimistes avec le serial killer appréhendé, me semble pour le coup très artificielle, mécanique et dénuée d’une vraie finesse d’écriture – de ce point de vue, OXYGEN est vraiment un film de scénariste, pour le meilleur et pour le pire. La réalisation est d’une franche platitude, souffrant en son milieu d’un manque d’imagination désolant dans la mise en scène des séquences d’interrogatoire (interminables tunnels de champs/contrechamps), avec des choix esthétiques pour le moins curieux – la photographie aux teintes grisâtres et blafardes échoue totalement à suggérer la canicule, l’atmosphère de chaleur moite constamment évoquée dans les dialogues, qui reste donc lettre morte à l’écran.
Certains se laisseront peut-être porter par une dernière partie plus mouvementée au cours de laquelle Richard Shepard a soudain l’idée d’utiliser le montage à bon escient, mais le suspense fonctionne sans doute surtout grâce à ce que l’idée d’être enterré vivant peut avoir de dérangeant. On fermera les yeux sur la façon qu’a le film de détourner à son profit, mais sans aucun talent, le final ambigu du BLUE STEEL de Kathryn Bigelow, car au fond, OXYGEN, fonctionnel et fade, est surtout voué à l’oubli.
 
P comme… PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, de Danny Boyle (Angleterre, 1994)
Je n’ai personnellement découvert Danny Boyle que très tardivement, à l’occasion de 28 JOURS PLUS TARD, film remarquable et brillant. Mon entourage m’assurait que je n’avais rien perdu et qu’il s’agissait sans doute de son premier bon film, mais des films, j’en vois des tonnes, et j’ai eu envie de visiter ses débuts de carrière très populaires. J’ai donc visionné le film UNE VIE MOINS ORDINAIRE, audacieux mais plutôt raté, avant de découvrir PETITS MEURTRES ENTRE AMIS – reste encore à voir TRANSPOTTING, qui ne me motive pas des masses, et LA PLAGE, pour lequel il me faudra surmonter mon aversion viscérale pour l’acteur Guillaume Canet (la présence de Tilda Swinton devrait aider).
Comme UNE VIE MOINS ORDINAIRE, ce film me laisse sur un sentiment très mitigé, douloureusement amorcé par un générique d’ouverture technoïde et branchouille, pas du meilleur goût, qui n’est heureusement pas trop représentatif de la suite du programme, suspense cynique soigné et très sophistiqué, pas toujours très bien mis en scène, mais qui recèle quelques très belles idées – tout particulièrement un flash-back, souvenir d’un des personnages terré dans le grenier avec sa lampe torche : il la recouvre de sa main à travers laquelle filtre une lumière rougeoyante qui va déteindre sur la photographie du plan en flash-back. L’effet est aussi séduisant qu’il est cohérent.
Pour le reste, le film, relativement efficace et intéressant, se regarde sans déplaisir. L’interprétation très inégale est dominée par l’excellente Kerry Fox (dont je me dis toujours qu’elle formerait un très beau duo avec Toni Collette), les cadrages sont encore incertains, les éclats de violence sont véritablement douloureux (très beau travail sur le son), le montage est vif et agité (trop, la recherche des effets est ostentatoire et finit par sembler assez superficielle). Le résultat est loin d’être à la hauteur de sa réputation et débouche à mon sens sur une impasse dans la dernière partie, mais l’ensemble est soigné et plutôt plaisant, le scénario bénéficiant dans son développement d’idées étranges (dont celle du co-locataire cloîtré dans le grenier, qui perce des trous dans les plafonds pour observer ses complices) qui donnent au film une certaine singularité lui permettant de sortir du lot, sans pour autant être très abouti – mieux vaut revoir l’excellent UN PLAN SIMPLE de Sam Raimi.
 
R comme… ROLLERBOYS, de Rick King (USA/Japon, 1991)
Allez hop, retour à la série B fauchée avec ce PRAYER OF THE ROLLERBOYS (en VO) qui imagine une énième mouture d’univers post-apocalyptique où l’humanité (comprendre les Etats-Unis) a sombré dans le chaos, d’où surgit un nouvel ordre représenté par un gang d’adolescents montés sur patins à roulettes, lancés dans une campagne d’extermination des races impures, avec pour slogan : « L’ère du Surhomme est toute prochaine ! » Bref, on aurait parfaitement pu intituler ce film « Rollerskating Nazis Must Die ».
Le film, mou et un peu assommant, traîne de toute façon un boulet en confiant le rôle principal du jeune héros tenté par le prestige du gang, mais qui décidera « in extrémiste » de se rebeller et de rester dans le droit chemin, à l’un des acteurs les plus grotesques de la planète. J’ai nommé l’affreux Corey Haim, vedette ado des années 80 (GÉNÉRATION PERDUE, PEUR BLEUE) qui aura vaillamment tenté de poursuivre une carrière dans les années 90, malgré la nullité de son jeu et le ridicule achevé de ses spectaculaires coupes de cheveux – le voir ici rouler des mécaniques en séduisant la débutante Patricia Arquette dans une séquence de flirte poussé serait d’un comique irrésistible s’il n’y avait cet élan de compassion pour la pauvre Patricia, tripotée par ce gringalet arrogant avec un renoncement tout simplement admirable : son succès, elle ne l’aura pas volé…
Que vous dire d’autre ? Si vous avez lu mon résumé, vous êtes aussi capables que moi de tracer le fil des événements fort prévisibles de ce scénario à dormir debout – allez, je vous aide, il a aussi un petit frère. Petite curiosité (pas spécialement plaisante en ce qui me concerne), une séquence est bizarrement illustrée par le tube « King Kong Five » de la Mano Negra – visualisez une bande d’ados faire du roller-skate synchronisé à grands coups de bras balancés gracieusement de gauche à droite avec ce fond sonore, et dites-vous bien que c’est au moins aussi ridicule que ça en a l’air. Ceci dit, le film lui-même n’est pas vraiment ridicule (si seulement !), il est surtout morne, fauché et d’une banalité à pleurer.
 
S comme… SATAN’S SLAVE, de Norman J. Warren (Angleterre, 1976)
Distribué en France dans les années 70 sous le titre bidon « Diaboliques passions », ce film est l’un des premiers titres d’une collection de films du cinéaste méconnu Norman J. Warren, collection proposée par l’excellent éditeur Néo Publishing (allez, pour ne pas faire de jaloux avec la Petite Boutique du Cinéma, je vous mets le lien vers le site de l’éditeur – désolé, je n’ai par contre pas pu localiser celui de Prism Leisure, c’est très bizarre !). Belle occasion de mettre enfin, non pas un visage sur un nom, mais une appréciation sur des titres à la fois familiers et invisibles pour le fantasticophile de longue date que je suis, comme, prochainement dans l’Abécédaire, LE ZOMBIE VENU D’AILLEURS (plus sobrement intitulé PREY en VO, quels poètes, ces distributeurs français) ou INSEMINOÏD.
On entame donc cette découverte avec le curieux SATAN’S SLAVE, film étrange et savoureux où le fantastique gothique anglais de facture classique (secrets de famille, demeure familiale labyrinthique, messes noires) est fortement contaminé par l’influence du giallo italien (fétichisme, gants noirs, érotisme morbide, obsession du verre brisé, violence très graphique). Le parallèle avec Dario Argento s’impose naturellement, d’autant plus qu’une très belle séquence dans un ascenseur préfigure totalement une scène jumelle du futur INFERNO.
Le cocktail n’est pas désagréable, d’autant plus que le film est fort bien réalisé. Le trop grand classicisme du sujet (une jeune fille se découvre un oncle caché et décide de lui rendre visite, réalisant trop tard qu’elle est l’objet d’un complot à base de magie noire et de sacrifice humain) empêche sans doute le film d’aboutir à un résultat vraiment original, mais ce mélange curieux entre esthétique raffinée et scènes choc (vraiment choc, parfois) n’hésitant pas à faire preuve d’un mauvais goût tapageur, entre le moderne et le suranné (typique des productions fantastiques les plus originales des années 70, comme TRAUMA ou LA RÉSIDENCE), adjoint à un dénouement foncièrement illogique et pervers, confère au film un charme indéniable. Je suis du coup impatient de découvrir PREY, d’autant plus qu’il développe semble-t-il un sujet nettement plus atypique.
 
T comme… LA TURBULENCE DES FLUIDES, de Manon Briand (Canada/France, 2002)
Une sismologue (Pascale Bussières) exilée au Japon suite à une déception amoureuse est contrainte de retourner dans sa petite ville natale sur la côte est du Canada pour observer et chercher à comprendre un phénomène mystérieux : la marée s’est stoppée net. Malgré de laborieuses recherches (autopsie d’une moule, recueil de témoignages qui révèle surtout des comportements décales depuis l’interruption de la marée – querelles de voisinage, dialogue avec un four micro-ondes, soudaine attirance d’un ouvrier pour la gent masculine…), le phénomène reste inexpliqué, mais au fur et à mesure que ce récit étrange progresse, il semble de plus en plus lié à la disparition en mer de l’épouse d’un homme dont Pascale Bussières est tombée amoureuse, au grand dam de sa meilleure amie lesbienne. Fichtre.
Bon, ouvrons le capot, j’ai pas que ça à faire. Alors, le film est produit par Luc Besson ; je dis ça, je ne dis rien. La mise en scène très stylisée s’attaque, non sans humour, à l’élaboration d’un climat étrange, en suspens, et ça marche doucement dans la première partie du film, durant laquelle il est bien difficile de définir ce vers quoi tout ça nous emmène, même si certaines séquences oniriques le sont à peu près autant qu’une publicité pour téléphone portable. On y croise une Geneviève Bujold impénétrable siégeant derrière le comptoir de son bar de nuit, une fillette asiatique somnambule, des références appuyées à l’esthétique d’Edward Hopper, et bien sûr une immersion dans l’accent kébékué qui, je sais, c’est consternant, me fait toujours plaisir.
C’est bien joli, tout ça, mais reste à savoir quels en sont les enjeux. Et c’est là que le bât blesse, car la mise en scène poseuse, qui peut intriguer pendant une petite demi-heure, finit franchement par fatiguer, reposant sur un propos d’une insondable vacuité. On a très envie de rentrer dans ce sujet intriguant, de s’attacher à des personnages qui ont plus que le temps de prendre de l’épaisseur, de trouver aux prétentions esthétiques et atmosphériques de la mise en scène une raison d’être, qu’elle soit narrative ou cinématographique. C’est peine perdue. Les effets prennent peu à peu le dessus, n’existant que pour eux mêmes, pour entretenir une étrangeté de surface, artificielle, manquant cruellement de spontanéité, et surtout de mystère. Car c’est au fond à une énigme que nous avons affaire, et l’explication, d’un fantastique forcément intimiste, qui nous est proposée dans la dernière partie cherche à susciter une émotion sur la base d’une mise en scène creuse comme une poire en plâtre, s’appuyant sur des révélations d’une consternante mièvrerie, renforcée par des séquences aussi imbuvables que ce montage sur fond de « Ave Maria » où chaque protagoniste fond en larmes dans le décors qui lui a été attribué au cours du récit. Élaborer un échafaudage aussi inutilement complexe et apprêté pour aboutir à un tel néant artistique a quand même de quoi faire sourire. Une grosse tranche de fantastique pseudo-poétique et auteurisant, totalement insipide, mais ce n’est pas la première fois qu’un cinéaste vient se casser les dents sur une approche aussi laborieuse qu’elle est vaine.
 
U comme… URBAN CANNIBALS, de Chad Ferrin (USA, 2003)
URBAN CANNIBALS (THE GHOULS) nous fait opérer un spectaculaire virage à 180° qui, soit dit entre nous, est le bienvenu. À cette mise en scène stylisée sur papier glacé, URBAN CANNIBALS oppose son semi-amateurisme, son tournage en DV, son grain âpre, sa redoutable crudité. À ce fantastique noble et guindé, Chad Ferrin oppose un univers gore, sordide, passablement vulgaire et d’une rare noirceur. Voilà exposés en deux films successifs l’Alpha et l’Oméga inconciliables d’une perception du fantastique.
Alors que la série B se fait de plus en plus rare, on voit émerger depuis ces dernières années de plus en plus de petits films indépendants tournés avec les moyens du bord sur support DV, et c’est sans doute ce qui se rapproche le plus aujourd’hui des séries Z et du cinéma Bis tels qu’on les a connus et qui ne se produisent plus. C’est, mine de rien, une petite révolution qui nous arrive sur la pointe des pieds, guère médiatisée ou même remarquée puisqu’elle concerne, il faut bien le reconnaître, une majorité de très mauvais films conçus pour le marché de la vidéo, le contexte et la nature de ces petites productions étant totalement éclipsés par les productions plus officielles du type Dogme et autres films indépendants au sens « festival de Sundance » du terme – si vous voyez ce que je veux dire. Le changement de support s’accompagne d’une profonde modification de la texture, et donc de l’esthétique, de la mise en scène des nanars modernes – comparez donc un film aussi grotesque que HOUSE IV (1992) à un film comme le très improbable LA MAISON HANTÉE (THE HOUSE THAT SCREAMED, 2000), pour me référer à des titres disponibles en DVD pour le prix d’un timbre – ce double programme devrait de toute façon vous divertir, croyez-moi sur parole. Le cinéma Z n’est pas mort, il a juste changé de visage, mais le fond reste le même, quel bonheur.
Cet URBAN CANNIBALS est tout aussi Z, mais d’une façon bien différente, qui n’a rien à voir avec un film comme le cocasse UN WEEK-END EN ENFER, la minceur des moyens s’accompagnant ici d’une véritable liberté de ton. Le film suit les pas d’un caméraman spécialisé dans les reportages sordides et les sujets les plus morbides, lancé dans une enquête sur des créatures nocturnes et cannibales, à mi-chemin entre le clochard, le mutant et le mort-vivant, qui évoquent, pour les plus nostalgiques d’entre nous, le film C.H.U.D. des années 80. Contexte inhabituel nous confrontant à une frange marginale de clochards, de SDF, de désaxés, un univers nocturne, glauque, urbain, qui n’est pas sans faire penser aux premiers films de Frank Henenlotter, dont le célèbre BASKET CASE – d’autant plus qu’on devine un tournage pas toujours très légal et des images volées, sur lesquelles joue d’ailleurs le générique de fin, où les passants remarquent la caméra et reviennent même sur leurs pas pour voir ce qui se passe.
Quelles que soient les qualités effectives du métrage, sur lesquelles je vais revenir, il faut bien admettre que ce film nous plonge dans un univers non pas inédit, mais qui se fait bien rare de nos jours. Le qualifier de « politiquement incorrect » serait un doux euphémisme, et Chad Ferrin use de l’indépendance dont il dispose pour nous balancer des séquences et des idées qu’il serait probablement impossible de faire passer dans le cadre d’une production classique : les effets gore sont très complaisants, mais dérangent moins que de voir un bébé recevoir une balle (fût-il fils de mutant !) ; le voyeurisme autour duquel le récit est structuré est d’une noirceur froide qui met parfois vraiment mal à l’aise. Mais le pompon, c’est l’apparition de ce personnage interprété par un acteur trisomique, qui nous livre une performance hilarante sur la base d’une idée d’un culot monstrueux qu’il m’est impossible de vous révéler, ce serait trop idiot de vous gâcher cette scène qui devrait provoquer moult évanouissements et dénonciations outragées chez les fans du HUITIÈME JOUR (mais pas chez ceux de la série TV « Corky, un adolescent pas comme les autres » manifestement, puisque j’en fais partie !).
Nanar ? Je ne le vois pas comme tel. Il faut cependant admettre que le film est dans l’ensemble très mal cadré, malgré, ou peut-être à cause des efforts constants que déploie Chad Ferrin à imiter une mise en scène classique et stylisée avec les outils peu adaptés dont il dispose, ce qui donne le plus souvent des résultats poussifs et maladroits, renforcés par plusieurs scènes d’un pur amateurisme qui, paradoxalement, passent mieux : Chad Ferrin oserait-il un cinéma aussi dur et expérimental s’il disposait d’un budget confortable ? Pas si sûr. Cette volonté de courir après les mouvements de caméra inaccessibles dans une apparente volonté de « faire comme au cinéma » est d’ailleurs le principal défaut d’URBAN CANNIBALS, et le film aurait nettement gagné à être mis en scène de façon plus sèche, plus spontanée. Le cinéaste fait pourtant preuve d’une belle énergie, et l’on devine constamment à l’image des impossibles (plan du pare-brise brisé par le tir d’une arme à feu) contournés vaille que vaille par le système D et par un recours peu maîtrisé mais valeureux au montage et au cadrage. Ce manque de maîtrise est le plus souvent évident, et handicape une volonté manifeste de soigner un montage un tant soit peu inventif, la composition de plans étudiés sur un support mal apprivoisé laissant parfois transparaître des idées audacieuses un peu gâchées par une exécution malhabile – et par l’absence de VO, soit dit en passant, la VF étant vraiment médiocre et parfois superposée au son original.
Ceci dit, j’ai tout de même envie de dire que ce semi-amateurisme provocateur qui se cherche vaut mieux que bien des films distribués (et hop, citons encore une fois le lamentable SAW, ça ne mange pas de pain). Qu’URBAN CANNIBALS soit mauvais ou pas, l’idée du personnage trisomique à elle seule, drôle, iconoclaste et intelligente, me contraint à avoir pour le film une certaine considération.
 
V comme… VAMPIRE HUNTERS, de Wellson Chin (Chine/Japon/Pays-Bas, 2002)
Je risque fort de glisser plus rapidement sur cette production de Tsui Hark sortie directement en vidéo dans notre beau pays pas champion du monde, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas grand chose à en dire, sinon que VAMPIRE HUNTERS est bien loin de renouveler la surprise du séduisant HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS.
La direction artistique est certes très soignée, l’humour candide des productions hong-kongaises répond présent, ainsi que la narration joyeusement enlevée et bordélique, mais malgré mon attachement à ce cinéma hyper expressif et acrobatique jusque dans sa narration, je n’ai pourtant éprouvé aucune sympathie pour ce métrage spectaculaire, mais totalement dénué de poésie, à la mise en scène hystérique tout simplement éreintante, empesée par un mixage sonore désastreux (notamment en ce qui concerne la musique, plutôt médiocre au demeurant). Les effets restent souvent très étonnants, mais ils sont un peu noyés par un abus lassant et laid d’images de synthèse. Le film souffre, en somme, des défauts inhérents aux productions de Tsui Hark lorsqu’elles ne sont pas cadrées, contenues par un cinéaste de talent : c’est un foutoir agité et lassant dont l’esbroufe dissimule mal le manque radical de personnalité. Lorsque le film se termine enfin, il est presque impossible d’en conserver le moindre souvenir, la moindre impression favorable – c’est le blanc, le silence, et à la rigueur une petite migraine.
 
W comme… WITCHBOARD III, de Peter Svatek (Canada/USA, 1995)
Après la tempête hermétique et la folie furieuse du titre précédent, cet Abécédaire s’achève dans le calme d’une petite série B d’assez bonne facture, plutôt sympathique, bien qu’elle soit tout de même un peu longuette et sans grande originalité.
Il y est question de Brian, au chômage mais affectueusement soutenu par son épouse. Il rencontre le propriétaire de son immeuble quelques jours avant le décès de celui-ci, qui lui propose d’utiliser une planche ouija pour boursicoter sans risques. Sceptique mais curieux, Brian fait une tentative qui s’avère très fructueuse, et devient vite accroc au ouija. Mais quand le propriétaire décède, Brian est victime d’un accident par électrocution. Et lorsqu’il revient à lui, ma foi, il n’est plus tout à fait lui-même, et si vous voulez savoir ce que j’en pense, moi je dis qu’il est possédé, et que tout ça va mal finir.
Pas grand chose à signaler dans cette routine confortable : une photographie décorative aux teintes très chaudes et vivement colorées de rouge, de noir et d’orangé, quelques scènes gore divertissantes, une poignée d’effets visuels vraiment nuls et quelques idées curieuses, dont la seule séquence un peu mémorable nous montre un homme d’affaire agressé et tué par sa collection de papillons épinglés aux murs. Un petit programme très anodin à réserver pour les soirs de grande flemme.
 
 
Pas de révélation avec un grand R pour cet Abécédaire opus 7, mais tout de même pas mal de vrais plaisirs de cinéma. Le BLUE HOLOCAUST que je tenais pour être un très mauvais film est la meilleure surprise de cette sélection, en partie parce que je n’en attendais strictement rien, mais aussi parce que le film m’a pour le coup vraiment touché. Quant à Jean Rollin, c’est avec un très beau film qu’il met pour la première fois officiellement les pieds dans Matière Focale, et je pense que ce ne sera pas la dernière. Vous trouverez ci-dessous le traditionnel classement – sans oublier la bande-annonce du prochain épisode ; classement auquel je n’attache personnellement pas une grande importance, mais qui met la sélection en perspective à un instant T. Si l’envie vous prend de faire une découverte, je vous recommande tout particulièrement, en plus de Jean Rollin et de Joe d’Amato, URBAN CANNIBALS et L’ÉVENTREUR DE NEW YORK, deux œuvres qui ne sont certainement pas les plus abouties de la sélection, mais dont la bizarrerie devrait, d’une façon ou d’une autre, vous faire réagir. Quoi qu’il en soit : bons films, et à bientôt !
 
AMERICAN WAY
LÈVRES DE SANG
BLUE HOLOCAUST
FULL FRONTAL
IN THE CUT
DES MONSTRES ET DES HOMMES
SATAN’S SLAVE
LE MEXICAIN
CAPITAINE SKY ET LE MONDE DE DEMAIN
L’ÉVENTREUR DE NEW YORK
URBAN CANNIBALS
PETITS MEURTRES ENTRE AMIS
HEDWIG AND THE ANGRY INCH
JAWBREAKER
OXYGEN
LA TURBULENCE DES FLUIDES
NOTRE DAME DE PARIS
WITCHBOARD III
VAMPIRE HUNTERS
ROLLERBOYS
KOLOBOS
GOLDDIGGER
 
Bande-annonce de l’épisode 8 : une croisière qui ne s’amuse pas du tout, des gnomes lubriques s’invitant à une soirée SM, un océan de confiseries, la biographie d’un groupe de primates aux velléités artistiques douteuses, deux épées légendaires, des sorcières jouant à la Playstation, un vol de gargouilles, le retour d’un tueur masqué, une avalanche de gadgets idiots, une espionne à l’essai, un tueur à gages baby-sitter, Tolède comme vous ne l’avez jamais vue, un loft hanté par un serpent, des strip-teaseuses en péril, un homme poursuivi par lui-même, des robots terroristes, une montagne de purée, une tête dans un micro-ondes, un visiteur sexuellement peu farouche, une anglaise dépressive, une réincarnation dispensable.
 
Le Marquis
 
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Photo: "Agnès est une planche." (Le Marquis)

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Dr Devo 24/07/2006 20:21

CRONENBERGIEN! Voilà qui est mieux!

Dr Devo

Dr Devo 24/07/2006 20:10

Et le plus conenbergien si j'ose dire!

Dr Devo

Le Marquis 24/07/2006 15:37

Ah, c'est un de ceux que je préfère. Il se démarque pourtant énormément des thèmes habituels de Jean Rollin, et me fait beaucoup penser à une réinterprétation par Rollin du FRISSONS de David Cronenberg. La forme étrange d'amnésie dont souffrent les personnages permet des dialogues étonnants et parfois très troublants, et je trouve très dérangeante la façon dont ils basculent dans la folie (à la fois meurtrière et sexuelle) de façon presque imperceptible. Pas de créatures fantastiques ici, et les références classiques qui structurent le cinéma de Jean Rollin sont ici plus contenues - c'est peut-être la raison pour laquelle il ne l'aime pas beaucoup. Je trouve le film remarquablement bien interprété, la mise en scène (notamment dans les extérieurs) parfois très belle, et c'est à mes yeux l'un de ses films les plus sombres, les plus désespérés.

Dr Orlof 23/07/2006 17:13

Pour pousuivre cette discussion, je te suis encore une fois lorsqu'il s'agit des très beaux "la rose de fer" (c'est la première fois que je voyais un film inspiré d'un poème -de Tristan Corbière-) et "Fascination" (un titre qui me tient à coeur!). Par contre, je n'aime pas tellement "la nuit des traquées"...

Le Marquis 16/07/2006 14:19

Ah, tiens, je ne suis pas vraiment d'accord, Dr Orlof. Bon, j'admets que LES TROTTOIRS DE BANGKOK, vu avec le Dr Devo en VHS sous le titre "Bangkok interdit" je crois, était un polar médiocre - et purement alimentaire. Par contre, si LE LAC DES MORTS-VIVANTS est effectivement un navet (très drôle ceci dit, avec notamment ce plan où toute l'équipe technique passe devant un miroir), il faut savoir que Jean Rollin ne l'a réalisé que pour rendre service, bombardé sur le tournage en catastrophe, et se rendant compte sur place qu'il n'y avait pas de scénario. Il l'a d'ailleurs réalisé sous pseudonyme et a mis des années à admettre qu'il en était le coupable.
Quant à LA MORTE-VIVANTE... je trouve que c'est un très beau film !!! Pas son meilleur, loin s'en faut, mais j'adore tout particulièrement le plan où la morte-vivante dévore son amie d'enfance en pleurant et en hurlant : le montage juxtapose alors deux images très belles, celle du sang qui coule en descendant le long des marches et celle d'une chauve-souris escaladant un mur du château. Et même si le film est parfois très maladroit, il est une fois encore totalement en phase avec l'univers de Rollin - alors qu'il est bien difficile d'établir un rapport esthétique ou thématique entre le beau LA COMTESSE NOIRE et MONDO CANNIBALE, entre LES MAÎTRESSES DU Dr JEKYLL et LES PREDATEURS DE LA NUIT. [C'est par ailleurs assez cocasse de voir le désastreux L'ABÎME DES MORTS-VIVANTS et d'entendre ensuite Jess Franco décréter que son approche du thème des "morts-vivants" est bien plus intéressante et personnelle que celle du "médiocre" George Romero.]
Jean Rollin évoque ses films X, avec un pragmatisme assez désarmant, comme d'un travail plus routinier et là encore purement alimentaire, mais cette part de sa filmographie (dont je n'ai rien vu) lui a au moins permis de rencontrer Brigitte Lahaie, à qui il a par la suite offert des rôles étonnants dans la majeure partie de ses films.
N'y vois pas ceci dit une attaque détournée de Jess Franco, que j'aime bien - mais moins. Les deux réalisateurs ont en réalité chacun une culture (cinématographique, musicale, littéraire) très différente (ah, la carrière de jazz de Jess Franco !) et à mon sens indissociable, la seule qualité qu'ils aient en commun étant peut-être qu'il est presque impossible de ne pas reconnaître leurs styles respectifs lorsqu'on se retrouve face à l'un de leurs (bons) films - je ne pourrais sans doute jamais confondre Rollin et Franco. Dans ce que j'ai vu de meileur chez Franco (la proportion est d'environ un film pour cinq, mais il a tourné beaucoup et il m'en reste beaucoup à découvrir), je trouve de très belles saillies (il n'y a pas de jeu de mot) - la scène du pendu dans UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS par exemple - mais je n'ai pas encore vu de film aussi maîtrisé que le sont à mes yeux des films comme LA ROSE DE FER, LA NUIT DES TRAQUEES (que Rollin lui-même n'aime pas trop, curieusement) ou FASCINATION. A mes yeux, et si l'on s'arrête à leurs films fantastiques respectifs, je trouve qu'il y a bien plus de MONDO CANNIBALE chez Jess que de TROTTOIRS DE BANGKOK chez Rollin.
Ce qui ne m'empêche pas de toujours aborder un film de Jess Franco avec bienveillance et curiosité - je serais très curieux de voir son "Jack l'éventreur" avec Kinski.

PS : merci pour le lien, Tchoulkatourine, j'y cours de ce pas !