
Soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE #3: Soirée 2 films, présentée par Dr Devo, spécial théma "APPELEZ LA DDASS !", le vendredi 5 février à partir de 19h15, avec les films LEOLO de Jean-Claude Lauzon et
EMPRISE de Bill Paxton, + en bonus, le court-métrage L'HEURE DE POINTE de Antonin Peretjatko. Voir ci-dessous...
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Elèves dans un collège breton, Vincent Lacoste et Anthony Sonigo, qui ne sont pas franchement dans les canons de la beauté, n'ont qu'une seule idée en tête. Non, ce ne sont pas les cours de maths, mais bien de se trouver une petite copine pour pouvoir faire plein de bisous mouillés derrière le terrain de sport, et éventuellement aller plus loin. Mais le parcours est semé d'embûches, et il est difficile pour les physiques particuliers de trouver qui que ce soit dans cette jungle inhumaine qu'est le collège...
Un film de collège, encore ! Et au sens propre cette fois, puisque l'action se passe dans un collège ! Les Américains nous ont habitués aux teen-movies racés et plus profonds qu'ils n'y
paraissent, offrant une véritable justesse sociale sous le vernis des blagues de potaches et/ou scatologiques. Ici, la tentative est française. Très bien. Et puis pourquoi pas après tout, dans
nos collèges, nos lycées, nos universités, il se passe également des choses intéressantes, ou plutôt des choses intéressantes peuvent s'y passer. Il y a tellement peu de films de "college"
français qu'on pourrait y faire à peu près n'importe quoi, ce qui est d'ores et déjà prometteur. Riad Sattouf, quant à lui, fait un choix étrange (mais qui, en fait, ne l'est pas vraiment, j'y
reviens plus bas) : son film se situe dans une espèce de faille temporelle, disons plutôt dans un mélange générationnel. En gros, pendant un bon moment, on ne sait pas quand le film se déroule.
On se pose des questions, on cherche des indices. Il y en a bien, mais ils sont plutôt sources de confusion, tant les éléments quelque peu anachroniques s'enchaînent (enfin, pas tant que ça
non plus, mais j'y reviens également plus bas). On pourrait être entre les années 70 et 2009, voire même en 2430. On ne sait pas trop où se placer, on est perdus, et le look général du film n'est
pas fait pour baliser cette recherche : le métrage a un espèce de grain, quelque chose d'un peu vintage, marronné, comme si la pelloche avait été gardée pendant trente ou quarante ans et qu'on
venait juste de la retrouver (je voudrais dire quelque chose de plus personnel concernant le contexte de la projection : c'était désastreux, l'image scintillait, et ce depuis les pubs et les
bandes-annonces ; les sous-titres et les blancs bavaient allègrement, s'étalant sur quelques centimètres autour des lettres. Au départ je pensais que c'était volontaire, pour les bandes-annonces
en tout cas. Mais je me suis rapidement rendu à l'évidence, dès que le film a commencé, c'était un souci de projection, qui dura tout le long de la séance. Et s'il y avait ce problème, quelles
autres dégradations le film a-t-il pu subir ? Je ne sais pas mais en tout cas, vous verrez peut-être, je l'espère, le film dans de meilleures conditions, donc il y a des chances que je dise des
choses qui ne soient pas tout à fait exactes. Veuillez donc m'en excuser). S'ajoutent à cela les looks dantesques des deux personnages principaux. Anthony Sonigo, notamment, avec son joli petit
mulet, semble effectivement sortir d'une faille temporelle. Mais ! Il y a un téléphone portable, un ordinateur portable, de bien jolis bus, bref, tout est fait pour tenter de perdre le
spectateur. Et ça marche, un moment. Ca marche jusqu'à ce que l'on comprenne ce que M. Sattouf essaie de faire, et qu'il déploie ostensiblement tout au long du film : il veut toucher à
l'universalité. Il veut que les jeunes de l'an 1970 jusqu'à 2009 se reconnaissent dans ce portrait, que les uns disent à leurs copains "Oah c tro toa sa !" et que les autres se disent "Ah, oui,
on était quand même bien ridicules à l'époque...". Et c'est tout. C'est la seule ambition de Riad Sattouf. Et pour que ce processus d'identification passe, le metteur en scène n'y va pas avec le
dos de la cuillère, et convoque absolument TOUS (oui, en majuscules) les clichés de la vie des ados et pré-ados : les boutons, les vêtements pourris, les appareils dentaires, les branlettes dans
les chaussettes en feuilletant un catalogue de La Redoute, la maman qui accompagne son fiston à sa première boum, les cours chiants, les professeurs nuls, et j'en passe. Tout est là, catalogué
(Tiens, comme dans La Redoute ! Hihi !), dans un amoncellement de saynètes qui n'ont d'autre but que de provoquer soit le souvenir (ou la nostalgie. D'ailleurs, dans le film, la mère de Vincent
Lacoste - Noémie Lvovsky, assez précise - dit que la nostalgie est un symptôme de la dépression ! Que faut-il donc en conclure ?), soit l'identification immédiate. Alors, évidemment, ça
fonctionne un peu, mais c'est quand même très léger pour rendre le film beau et attachant. C'est trop peu, et il n'y malheureusement rien d'autre à se mettre sous la dent. Il n'y a qu'à voir la
façon dont M. Sattouf développe ses personnages : ce sont des caricatures. C'est finalement une galerie de personnages, mais qui ne jouent que sur un mode : les geeks sont des geeks, les brutes
sont des brutes, les filles belles et inaccessibles sont belles et inaccessibles (sauf une, certes, mais elle l'est finalement !). Regardez également le professeur de français, qui est lui
au-delà la caricature, au-delà des mots mêmes, et c'est le cas de tous les professeurs. Il n'y a aucune véritable recherche sur les personnages, aucune volonté de faire quelque chose de beau et
d'original, avec des caractères particuliers et un peu plus fouillés. C'est mieux d'aller dans le générique, pour plaire à tout le monde ! Disons qu'en voulant toucher à l'Universel, il touche la
cible, mais pas au milieu. Il manque de précision, et peut-être qu'un point de vue plus subjectif aurait mieux servi ses intentions. Ici, il se contente de recracher toutes les histoires qui lui
sont arrivées, ou qu'on lui a racontées, ou qu'il a entendues ici et là ! Vous ne trouverez aucune action révolutionnaire dans le comportement de ces jeunes personnages, aucune chose personnelle,
disons. Tout est calibré pour toucher le plus de gens possible, et donc ne va pas dans des idées particulières. LES BEAUX GOSSES peut être vu comme le film générique sur l'adolescence. C'est très
bien, peut-être, je ne sais pas, mais ce n'est pas assez ! Ah, c'est sûr, ça fonctionne au box-office, mais ce n'est pas assez marqué pour être marquant, finalement.
Mais attention, il y a quelques bonnes idées, dont certaines vues subjectives plutôt amusantes (qui ne sont pas renversantes et qui manquent, elles aussi, de personnalité. Elles sont plutôt utilisées comme un procédé que comme une vraie volonté de mise en scène - je pense à cette caméra subjective pénienne, qui oui, fait sourire, mais sans plus, et n'apporte rien du tout à part montrer que l'action qui se déroule est ridicule, tout en gardant le côté mignon pour que les spectateurs puissent sourire et faire "Ooooh..."). Je crois qu'il est inutile de mentionner que ce film est en réalité un tunnel de plans rapprochés, et les aérations sont rares et plutôt inconséquentes. Oui, il y a un travelling dans la cour de récré, c'est cool les travellings, surtout quand on ne filme pas un personnage qui marche de profil en plan taille. J'ai dit que j'y revenais donc j'y reviens, les éléments anachroniques s'enchaînent, mais pas véritablement : le metteur en scène donne finalement assez peu d'importance aux décors, qui auraient pu être, eux, vecteurs de la perte de repères temporels du spectateur. Au lieu de ça, il filme d'un côté un ordinateur et de l'autre les coupes de cheveux improbables de la bande de héros, ce qui ne suffit pas. La photo me semble paresseuse, elle est le plus souvent diffuse, rarement ponctuelle, et uniquement illustrative (c'est très parlant dans la séquence du jeu de rôle, forcément fantastique et qui a une lumière un poil fantastique - et encore, c'est orange avec de la fumée ; tout ce qu'on attend de ce genre de scènes, donc). Même chose pour le montage, qui se contente de mettre bout à bout le scénario sans autre forme d'étude ou de sensualité.
En fait, LES BEAUX GOSSES, c'est une chronique tendre et drôle (parce que oui, le film fait rire, mais encore une fois ça fonctionne sur le mode de la nostalgie et
du souvenir) de l'adolescence. "Tendre" est le mot à retenir dans cette phrase, parce que le problème vient de là. En essayant de faire le film le plus gentil possible (il aurait pu être très
méchant et malpoli, s'il n'y avait pas cette séquence finale "humaniste", ou encore ces conclusions provisoires aux séquences de l'annonce de la mort ou de l'accident dans la salle de gym, qui
elles aussi sont traitées sur le mode du "feel good". Dommage.), en essayant d'être universel, il devient générique et rapidement oublié. Ce n'est encore pas cette fois que l'on aura, en France,
le film de college ultime.
LJ Ghost.
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