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Chien-Malade, Danny Boyle, Tarsem Singh, Wes Anderson et la pub Schweppes sont autant de tentatives de nous faire croire que l'Inde n'est plus le pays des bisous chastes dans des champs de fleurs où quelques abeilles innocentes se complaisent le dard à l'air dans de pulpeux végétaux. Il semble qu'au final l'apesanteur ait eu raison des emphases poétiques sirupeuses et autres pas de danse compliqués symbolisant la fin de la pureté et l'heure du poulet Tandoori. Pardonnez mon extase mais fesse-bouc vient de m'apprendre, au grand dam de mes parents, que je suis d'origine indienne, ce qui explique certaines choses mais d'autres moins. Les Tigres Tamouls se refusent à tout commentaire. Ca tombe bien, le film qui nous intéresse aujourd'hui est réalisé par un Indien, mais fortement occidentalisé puisque produit par Fincher et Jonze. Il met en scène une Inde fantasmagorique, rêvée, pleine de poéééésie comme dirait Fréderic Mitterrand.
En attendant, à Los Angeles, il se passait des choses en 1920 : la petite Alexandria flâne dans un hôpital en attendant la cicatrisation complète de son bras, et tombe par hasard sur un
patient paraplégique qui lui raconte des histoires merveilleuses. Alexandre le Grand et Charles Darwin deviennent les héros d'histoires rocambolesques à l'autre bout du monde, au pays des
éléphants sacrés et des enfants acteurs en vente libre. Ces histoires de Princesses à sauver, de méchants Seigneurs et de papillons merveilleux enchantent au plus haut point la petite Alexandria
qui n'a pas du tout envie de retourner dans la rue avec sa mère pour mendier de quoi s'acheter un cheeseburger chez McDo. Alexandria, les papillons et la jeunesse, on ne pouvait rêver mieux
pour un hommage à Claude Francois : peine perdue, il n'en sera rien !
Difficile de placer ce film dans une case : il tient autant de Jodorowski que du LABYRINTHE DE PAN de Del Toro, ou encore de PRINCESS BRIDE. C'est un mélange entre l'imagination, l'Histoire, la
réalité et le cinéma, le tout sous morphine dans un hôpital catholique. D'emblée, ce qui frappe c'est la beauté plastique du film, le très grand luxe de la mise en scène, enfin bref on voit qu'il
y a du pognon dans les bobines. Ce qui marque, aussi, c'est que le film commence comme ANTICHRIST de
Lars Von Trier, c'est-à-dire par des plans lave-vaisselle en noir et blanc au ralenti, à la différence qu'il est question d'un cheval qui se noie et que les cinq premières minutes sont
absolument muettes, sans aucune musique ni aucun son. C'est très très beau et on est complètement pris au dépourvu. De l'audace, encore !
Vous allez être ravi, ça continue. La photo, comme je le disais, est de toute beauté, les couleurs sont éclatantes, Tarsem joue sur les contrastes chromatiques de manière fort jolie, bien qu'il
ne soit pas le premier à montrer l'Inde de cette façon, c'est même tout le temps le cas en fait (quelle phrase bizarre). Et les belles idées continuent, le plan du cheval qui se
reflète à l'envers sur le mur par l'intermédiaire de la serrure est génial, c'est un clin d'œil au cinéma, qui est en fait le thème du film, mais on ne le sait pas encore. C'est un bel indice en
tout cas qui va mettre très rapidement la puce à l'oreille du spectateur attentif. Et le film continue dans la splendeur de décors naturels (le film a été entièrement tourné dans des décors
naturels, dans plus de dix-huit pays au total !) avec des plans de fort jolie composition. L'alternance histoire/réalité est assez bien faite, on se rend doucement compte du procédé
qu'emploie Tarsem. Et Deus Ex Machina, c'est là que le bât blesse !
[Suspense, je me ressers un gaspacho.]
Désillusion ! Au fur et à mesure que l'on avance dans le film, une fois que l'on a compris le procédé, paf, il n'y a plus rien. Ben oui, on a de belles images, mais à force on a plutôt
l'impression de se retrouver dans un film carte postale, dans une pub pour du parfum, dans le dernier Yann Arthus-Bertrand : on sent que cette mécanique magnifique roule complètement à vide.
D'autant plus que c'est excessivement louche : certains plans de LA MONTAGNE SACREE de Jodorowski ont été repris tels quels ! Alors je sais pas si c'est un hommage, mais toujours est-il que je
n'ai vu nulle part mention de son travail dans le générique. On se rend compte en plus que le film n'est plus aussi original que ça, que finalement cette narration qui imbrique le réel et
l'imaginaire est complètement bancale à cause de la mise en scène : tout ce qui se passe dans l'hôpital est d'un classicisme ennuyeux, avec plein de gros plans et de champs/contre-champs, en
opposition totale avec les scènes du conte, qui sont très riches. Mais le plus grave n'est pas là, ces quelques défauts auraient pu passer aisément vu l'ampleur du projet. Non, après enquête
approfondie, il s'avère que le gros défaut du film porte sur un des piliers les plus importants du cinéma : le rythme. Ehhhhh oui mes petits amis, il faut bien le reconnaître parfois,
qu'est-ce qu'on s'emmerde ! Pour reprendre l'expression très juste de Bertrand, pour faire un film de plus d'une heure et demie, il faut une bonne raison ! Or, ici, le film dure deux heures, mais
entre le début et la fin, il y aurait pu en avoir quatre que ce serait passé pareil. Le montage est complètement monotone, il n'y a aucune saillie, on se retrouve avec un enchaînement de scènes
d'hôpital/scène de compte/scène d'hopital, etc. Il y a un énorme ventre mou au milieu du film, on sent bien qu'en fait le patient raconte une histoire qu'il imagine en même temps qu'on nous la
montre, et qui par-dessus le marché n'a ni queue ni tête. Et on assiste impuissant au basculement du film vers la monotonie la plus complète, tendance film de maladie, avec un prêche pour
l'imaginaire comme échappatoire à la souffrance. Qu'est-ce que c'est banal ! On s'attendait à dix fois mieux avec le début mystérieux du métrage : au bout d'une heure, que dalle. Si, il y a un
moment un peu plus intéressant, c'est l'accident de la gamine, avec un rythme qui, là, est vraiment plus dynamique et avec des idées intéressantes (l'animation). Enfin, on se rendort au bout de
cinq minutes. Ouais, parce que la fin ne fait qu'appuyer le pathos déroulé depuis une heure quarante, et se met à expliquer consciencieusement ce qui était juste suggéré dans la mise en
scène au début : le parallèle avec le cinéma façon CINE PARADISIO, du style bien appuyé et très naïvement. Dans l'interprétation, ça coince un peu aussi, les acteurs ne sont vraiment pas
terribles, c'est le moins que l'on puisse dire ! La petite Indienne (qui est jouée par une gamine roumaine !) est plutôt juste mais alors les autres, c'est assez gratiné. Le fameux paraplégique
n'a aucun charisme et on a vraiment l'impression qu'il fait du pédalo dans les rapides. La galerie de personnages est quand même très convenue, ce sont des archétypes, mythologiques certes, mais
ils n'arrivent pas tellement à s'exprimer dans ce montage si peu intéressant.
Tout ça pour ça, j'ai envie de dire ! C'est bien dommage, il y a quand même de beaux cadres qui valent le coup, mais au niveau de la mer c'est le calme plat. En fait je me disais in
petto que le film aurait très bien pu être réalisé par un ingénieur en cinéma, tellement chaque élément du film semble remplir le cahier des charges du film exotique dépaysant et
"pouétique".
Norman Bates.
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