THE FALL de Tarsem Singh (USA/UK/Inde, 2006) : Sandwich au Bouddha !

Publié le par Norman Bates







[Photo: "Youngsta Wrap" par Dr Devo.]




Chien-Malade, Danny Boyle, Tarsem Singh, Wes Anderson et la pub Schweppes sont autant de tentatives de nous faire croire que l'Inde n'est plus le pays des bisous chastes dans des champs de fleurs où quelques abeilles innocentes se complaisent le dard à l'air dans de pulpeux végétaux. Il semble qu'au final l'apesanteur ait eu raison des emphases poétiques sirupeuses et autres pas de danse compliqués symbolisant la fin de la pureté et l'heure du poulet Tandoori. Pardonnez mon extase mais fesse-bouc vient de m'apprendre, au grand dam de mes parents, que je suis d'origine indienne, ce qui explique certaines choses mais d'autres moins. Les Tigres Tamouls se refusent à tout commentaire. Ca tombe bien, le film qui nous intéresse aujourd'hui est réalisé par un Indien, mais fortement occidentalisé puisque produit par Fincher et Jonze. Il met en scène une Inde fantasmagorique, rêvée, pleine de poéééésie comme dirait Fréderic Mitterrand.




En attendant, à Los Angeles, il se passait des choses en 1920 : la petite Alexandria flâne dans un hôpital en attendant la cicatrisation complète de son bras, et tombe par hasard sur un patient paraplégique qui lui raconte des histoires merveilleuses. Alexandre le Grand et Charles Darwin deviennent les héros d'histoires rocambolesques à l'autre bout du monde, au pays des éléphants sacrés et des enfants acteurs en vente libre. Ces histoires de Princesses à sauver, de méchants Seigneurs et de papillons merveilleux enchantent au plus haut point la petite Alexandria qui n'a pas du tout envie de retourner dans la rue avec sa mère pour mendier de quoi s'acheter un cheeseburger chez McDo. Alexandria, les papillons et la jeunesse, on ne pouvait rêver mieux pour un hommage à Claude Francois : peine perdue, il n'en sera rien !



Difficile de placer ce film dans une case : il tient autant de Jodorowski que du LABYRINTHE DE PAN de Del Toro, ou encore de PRINCESS BRIDE. C'est un mélange entre l'imagination, l'Histoire, la réalité et le cinéma, le tout sous morphine dans un hôpital catholique. D'emblée, ce qui frappe c'est la beauté plastique du film, le très grand luxe de la mise en scène, enfin bref on voit qu'il y a du pognon dans les bobines.  Ce qui marque, aussi, c'est que le film commence comme ANTICHRIST de Lars Von Trier, c'est-à-dire par des plans lave-vaisselle en noir et blanc au ralenti, à la différence qu'il est question d'un cheval qui se noie et que les cinq premières minutes sont absolument muettes, sans aucune musique ni aucun son. C'est très très beau et on est complètement pris au dépourvu. De l'audace, encore !



Vous allez être ravi, ça continue. La photo, comme je le disais, est de toute beauté, les couleurs sont éclatantes, Tarsem joue sur les contrastes chromatiques de manière fort jolie, bien qu'il ne soit pas le premier à montrer l'Inde de cette façon, c'est même tout le temps le cas en fait (quelle phrase bizarre). Et les belles idées continuent, le plan  du cheval qui se reflète à l'envers sur le mur par l'intermédiaire de la serrure est génial, c'est un clin d'œil au cinéma, qui est en fait le thème du film, mais on ne le sait pas encore. C'est un bel indice en tout cas qui va mettre très rapidement la puce à l'oreille du spectateur attentif. Et le film continue dans la splendeur de décors naturels (le film a été entièrement tourné dans des décors naturels, dans plus de dix-huit pays au total !) avec des plans de fort jolie composition.  L'alternance histoire/réalité est assez bien faite, on se rend doucement compte du procédé qu'emploie Tarsem. Et Deus Ex Machina, c'est là que le bât blesse !



[Suspense, je me ressers un gaspacho.]




Désillusion ! Au fur et à mesure que l'on avance dans le film, une fois que l'on a compris le procédé, paf, il n'y a plus rien. Ben oui, on a de belles images, mais à force on a plutôt l'impression de se retrouver dans un film carte postale, dans une pub pour du parfum, dans le dernier Yann Arthus-Bertrand : on sent que cette mécanique magnifique roule complètement à vide. D'autant plus que c'est excessivement louche : certains plans de LA MONTAGNE SACREE de Jodorowski ont été repris tels quels ! Alors je sais pas si c'est un hommage, mais toujours est-il que je n'ai vu nulle part mention de son travail dans le générique. On se rend compte en plus que le film n'est plus aussi original que ça, que finalement cette narration qui imbrique le réel et l'imaginaire est complètement bancale à cause de la mise en scène : tout ce qui se passe dans l'hôpital est d'un classicisme ennuyeux, avec plein de gros plans et de champs/contre-champs, en opposition totale avec les scènes du conte, qui sont très riches. Mais le plus grave n'est pas là, ces quelques défauts auraient pu passer aisément vu l'ampleur du projet. Non, après enquête approfondie, il s'avère que le gros défaut du film porte sur un des piliers les plus importants du cinéma : le rythme. Ehhhhh oui mes petits amis, il faut bien le reconnaître parfois, qu'est-ce qu'on s'emmerde ! Pour reprendre l'expression très juste de Bertrand, pour faire un film de plus d'une heure et demie, il faut une bonne raison ! Or, ici, le film dure deux heures, mais entre le début et la fin, il y aurait pu en avoir quatre que ce serait passé pareil. Le montage est complètement monotone, il n'y a aucune saillie, on se retrouve avec un enchaînement de scènes d'hôpital/scène de compte/scène d'hopital, etc. Il y a un énorme ventre mou au milieu du film, on sent bien qu'en fait le patient raconte une histoire qu'il imagine en même temps qu'on nous la montre, et qui par-dessus le marché n'a ni queue ni tête. Et on assiste impuissant au basculement du film vers la monotonie la plus complète, tendance film de maladie, avec un prêche pour l'imaginaire comme échappatoire à la souffrance. Qu'est-ce que c'est banal ! On s'attendait à dix fois mieux avec le début mystérieux du métrage : au bout d'une heure, que dalle. Si, il y a un moment un peu plus intéressant, c'est l'accident de la gamine, avec un rythme qui, là, est vraiment plus dynamique et avec des idées intéressantes (l'animation). Enfin, on se rendort au bout de cinq minutes. Ouais, parce que la fin ne fait qu'appuyer le pathos déroulé depuis une heure quarante, et se met à expliquer consciencieusement ce qui était juste suggéré dans la mise en scène au début : le parallèle avec le cinéma façon CINE PARADISIO, du style bien appuyé et très naïvement. Dans l'interprétation, ça coince un peu aussi, les acteurs ne sont vraiment pas terribles, c'est le moins que l'on puisse dire ! La petite Indienne (qui est jouée par une gamine roumaine !) est plutôt juste mais alors les autres, c'est assez gratiné. Le fameux paraplégique n'a aucun charisme et on a vraiment l'impression qu'il fait du pédalo dans les rapides. La galerie de personnages est quand même très convenue, ce sont des archétypes, mythologiques certes, mais ils n'arrivent pas tellement à s'exprimer dans ce montage si peu intéressant.

Tout ça pour ça, j'ai envie de dire ! C'est bien dommage, il y a quand même de beaux cadres qui valent le coup, mais au niveau de la mer c'est le calme plat. En fait je me disais in petto que le film aurait très bien pu être réalisé par un ingénieur en cinéma, tellement chaque élément du film semble remplir le cahier des charges du film exotique dépaysant et "pouétique".  


Norman Bates.







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Publié dans Corpus Analogia

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baron_samedi_soir 10/02/2010 21:40


J'oubliais.
Le film est un remake de Yo Ho Ho, film roumain quasi introuvable (à ce que j'ai lu) sorti en 1981.
Et qu'on reproche au film ses références trop appuyées, bizarrement, ça ne me choque vraiment pas. Hommage, hommage...


baron-samedi-soir 10/02/2010 21:36


J'arrive tardivement sur cet article. Plusieurs petites choses qui me chagrinent à la lecture. Bon, les plans, les cadrages etc. Oui tout est sublime. A regarder à ce propos la scène du mariage,
dans le bonus DVD du film, avec les derviches tourneurs: il dit que le blanc de leurs robes sur le blanc de la salle, pour la caméra, ça passera pas. Un petit truc qui dit quand même
qu'il a un oeil le Tarsem.

D'autre part, erreur, l'actrice Catinca Untaru dans le film n'est absolument pas indienne! Et justement, on joue sur ça. Alors qu'elle intègre l'histoire, on comprend bien à quel point le conte est
cruel, elle va subir l'histoire d'un mec qui pense plus suicide que merveille du monde. La scène avec Darwin et le singe est à ce titre terrible (bon, la musique y est
superbement dramatique, ça aide).

Bizarrement, je vois plus le film comme un hommage au cinéma plus qu'un appel à la mort. Le début du film est phénoménal, merci de l'avoir signalé. La fin aussi, c'est un joli rappel à une belle
idée: le cinéma, c'est quelque chose qui se casse la gueule, dans tous les sens possibles.

Je le remarque bien aujourd'hui parce que je voudrais bien savoir ce qui est passé par la tête des distributeurs de sortir ce film directement en dvd quand bien même il est supérieur à quand même
plus de la moitié des films! Merde à la fin! Et où sait que je le trouve, dans une Fnac au tout à dix euros. Monde de merde.

Bien à vous


Dr Devo 09/07/2009 22:35

hello les amis!Je viens vous apporter des batonnets de poisson et cette remarque...Bah moi THE CELL j'avais drôlement aimé et mêm été impressioné. Malgré le sujet (et le remontage si ma mémoire est bonne) , ça avait un sacré rythme, un fond très bon, et une propension au lyrsime et aux ambiguités très étonnante! Deuxio, pour une fois écouter le commentaire ausio du p'tit gars fut une experience très réjouissante: il est tres critique envers lui-même, et d'une et très critique sur son industrie. En plus, il est assez étonnant de voir ses intentions et ses infleunces... Pas langue de bois le monsieur, et en plus pas con.Dr Devo.

sigismund 09/07/2009 19:28

..et euh, désolé pour vos origines indiennes, c'est sans doute bien là une terrible nouvelle.

sigismund 09/07/2009 19:26

Je n'ai vu de Tarsem Singh que 'The cell', qui bien qu'assez surchargé et référentiel, possède bcp d'éléments précurseurs - peut-être le terme est un peu fort- en tout cas, d'éléments qu'on retrouvera certainement, je pense tout particulièrement à une adaptation du 'Paradis perdu' en cours de préparation par qq1 dont j'ai oublié le nom.Petit génie de la pub, Singh tente un cinéma assez immersif, peut-être un peu trop basé sur l'expérience visuelle, en tout cas c'est rarement 'laid', jamais complètement transcendant non plus, jamais complètement con encore moins. Aussi paradoxal que cela puisse sembler je pense que c'est qq1 qui cherche encore un peu ces marques, mais quand le fond et la forme arriveront à s'accomoder véritablement et harmonieusement chez lui, ce sera sûrement du joli.En tout cas le contre-point de Mr Ghost me motiverait assez pour me faire ma propre idée...