(Photo : "How bionic, Man !" par Dr Devo, d'après une photo de Martin Starr dans la série FREAKS AND GEEKS)

 

Chers Focaliens,
 
Un petit retour à la série A, ça vous dit ?
 
En ce qui me concerne, je ne cracherais pas dessus, d'autant plus qu'à la faveur de sa parution en DVD dans une collection actuellement soldée, et donc économique, je vais enfin pouvoir voir un film que je veux voir depuis un petit moment, mais que j'avais loupé en salles : AMOUR ET AMNÉSIE de Peter Segal. Le Marquis ayant la galette, nous nous sommes précipités sur la chose, ou, pour être honnête, j'ai fortement insisté auprès du Marquis et de notre ami Tchoulkatourine (également présent... forte présence focalienne, donc) afin de regarder la chose, ce que mes deux collègues de blog n'ont pas su me refuser. [Je dois dire que c'est Tchoulkatourine qui choisit le film suivant, à savoir un classique des bacs à soldes généralement vendu entre 1 et 2 € (neuf, bien sûr) : MANIAC TRASHER, DVD à la jaquette immonde mais tout à fait regardable ; j'essaierai d'en reparler !].
 
Adam Sandler... Je lisais dans un magazine de cinéma pour salles d'attente que le garçon en était à son 6ème film d'affilée à ne pas avoir fait moins de 100 millions de dollars de bénéfices. AMOUR ET AMNÉSIE fait donc partie de la liste. Ceci dit, on s'en fout. Ce que je veux dire, c'est que ce type est sûrement l’un des 5 ou 6 acteurs américains les plus populaires ! Pourtant, en France, la sortie de ses films est non pas confidentielle, mais très discrète, et les distributeurs ne savent pas trop comment les vendre (comme MI-TEMPS AU MITARD (titre débile) cette année, du même Peter Segal, d'ailleurs). Les confrères de la presse écrite l'ont bien compris, et le rappellent à chaque occasion. Pourquoi je raconte ça ?
Ce que je voulais dire, c'est qu’Adam Sandler est vétérinaire dans un parc d'attraction aquatique dans une station balnéaire de Hawaï. Plutôt marrant et volubile, le garçon, entre le nettoyage des dents de son morse favori et le frottage de museau de Flipper, passe son temps à dragouiller toutes les touristes qui lui passent sous la main. Et ça marche ! Le garçon emballe les filles comme d'autres respirent ! Sandler est en effet un compulsif, et tout ce qui est, sur l'île, un peu joli et avec des seins finit dans son lit. Par voie de conséquence, c'est aussi le plus grand largueur de l'Etat ! Car le Casanova en short fluo a un principe : aussitôt consommée, aussitôt jetée ! Voilà qui demande aplomb, inventivité et sens de l'organisation.
Jusqu'au jour où... l'affreux briseur de cœurs ("au moins !", aurait ajouté malicieusement Mr Mort !) tombe sur Drew Barrymore, fille un peu excentrique à la cool, dans un petit restaurant. Aussitôt repérée, aussi draguée ! Et comme Sandler sait y faire, il charme la demoiselle en un tour de main. Les deux passent l'après-midi ensemble. Très impressionné par la pétulante jeune femme, Sandler décide dès le lendemain de revenir dans le restaurant pour conclure avec la demoiselle. Et il va vite déchanter ! En effet, Drew Barrymore est malade : suite à un accident, elle a une mémoire plus que capricieuse. Elle est effectivement incapable de se rappeler ce qu'elle a fait la veille ! Pour dire les choses concrètement, elle a une étrange maladie.  Elle n'a pas de mémoire à court terme. Et tous les matins, elle vient dans ce restaurant, commande la même chose, fait les mêmes réflexions, commande le même plat, etc. En un mot comme en cent : elle est bloquée "psychologiquement" dans la même journée depuis plus d'un an ! Évidemment, et par voie de conséquence, elle ne se souvient absolument pas d’Adam Sandler ! Dépité, le garçon est condamné à ce que chaque jour, leur rencontre soit la première !
 
AMOUR ET AMNÉSIE est donc une espèce de variation sur le thème du film UN JOUR SANS FIN de Harold Ramis (avec Bill Murray !). Et si je voulais voir le film, c'est que je trouve le sujet absolument superbe. J'imaginais un film similaire à celui de Ramis peut-être, mais je dois avouer que déplacer la chose sur le terrain de la comédie sentimentale matinée de film de (post) college me réjouissait à l'avance. Le principe d’UN JOUR SANS FIN (un type bloqué dans la même journée) est assez riche pour être décliné. Une comédie douce-amère, me dis-je, avec un fond un peu dramatique ou un peu incisif, voilà qui tombe très bien pour moi, qui suis en ce moment en train de regarder la série FREAKS AND GEEKS, produite par Spielberg et co-écrite par Judd Apatow (réalisateur de 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU). [FREAKS AND GEEKS, auquel je consacrerai un article très bientôt et qui ne dura qu'une saison, est une série "de college" absolument sublime : c'est formidablement écrit, et l'interprétation est tout bonnement extraordinaire ! Procurez-vous la chose d'urgence !]
 
Bref, pour résumer, ça faisait un moment que je voulais voir ce film. La présence de Drew Barrymore, souvent sympathique, et d’Adam Sandler (très bon dans l'excellent PUNCH-DRUNK LOVE, film vraiment réussi, même s'il n'est pas exempt de défauts) me faisait pressentir le bon petit film, tout malin et bien ficelé. Quel beau sujet, quand même ! Les amis, on appelle ce sentiment (pressentir avec force qu'on va avoir affaire à quelque chose de bougrement bon) l'instinct ! Le sentiment fut renforcé par l'excellente réputation du film auprès de la presse qui défend de mieux en mieux Sandler.
Et je n'ai pas été déçu du voyage, si j'ose dire !
 
Première surprise, le contexte. Je ne savais pas du tout que le film se déroulait entièrement à Hawaï, et je ne savais pas du tout que le personnage de Sandler était vétérinaire et dragueur compulsif. Bon. Le film s'ouvre manifestement sur le comique, et non pas sur le sentimental, chose que j'ignorais également. C'est donc assez loufoque. Pourquoi pas ? Je m'installe tranquillement et mets mes charentaises. Car ils sont forts pour ça, les ricains ! Ce sont des cracks pour les comédies originales, bien écrites et décalées.
 
On ne va pas tourner autour du pot pendant 107 ans ! AMOUR ET AMNÉSIE est une horreur ! La mise en scène d'abord, absolument désagréable. Le film est richement doté, et ça se voit. Lumière hollywoodienne travaillée, décors nombreux et stylisés, des plans (d'ensemble notamment) à la grue, des décors naturels impressionnants, une direction artistique monomaniaque (dans les couleurs de la photo et des objets), etc. Il y a de la maille, comme dirait Bernard RAPP. Tournée en scope, la chose semble d'abord souffrir d'un montage un peu rapide qui privilégie l'insert narratif. Les séquences et les scènes sont construites sans fantaisie, et surtout quasiment au plan par plan, ce qui est la norme dans le cinéma hollywoodien (notamment). Bref, les coupes sont nombreuses, et sans qu'elles soient épileptiques, on aimerait bien que Segal fasse durer les plans un peu plus, et surtout qu’il construise un peu plus son découpage au niveau des axes. Car voir un film si richement doté, avec un si grand nombre de plans, pour si peu de mise en scène, c'est un peu "gâcher" la marchandise. Bah !, me dis-je, le type est un petit faiseur, ce ne sera pas PUNCH-DRUNK LOVE ou LA VIE AQUATIQUE, ça arrive...
Au fur et à mesure cependant, on sent la déception pointer son nez de manière plus marquée. La charactérisation des personnages (ceux de Sandler et de son entourage) est bougrement tournée vers le loufoque attendu et le comique bizarrement plus gras, avec notamment le collègue-ami plouc, feignant et bourré de gosses, la "lesbienne" de l'Est moche comme un cageot, le frère de Barrymore complètement débile, les scènes comiques avec les animaux (Mon Dieu ! Notamment un affreux morse !), etc. Ben dites-donc, mon garçon, ce n'est pas du surfin, c'est du gros qui tache, me dis-je. Et déjà, non seulement la déception pointe (ça arrive), mais surtout un peu de fatigue, car la facture de l'ensemble, malgré le sujet (et encore une fois les moyens !), me semble quand même bien indigente.

Mais le pire est à venir. AMOUR ET AMNÉSIE n'est pas seulement pas très bien mis en scène. Il n'est pas seulement non plus cette chose un peu syncrétiste qui essaie de combiner les différentes facettes de Sandler et de la comédie sentimentale en général (grosso modo : PUNCH DRUNK LOVE mixé avec BIG DADDY (film ignoble avec un gamin), mixé avec de la comédie qui tâche et un peu vulgaire, mixé avec du sentimental à la Julia Roberts, bref le Sandler "pipi-caca-trasho" mixé avec le Sandler "prince de la comédie intelligente et arty"). Le gros problème, dont toutes les nuances que je viens d'évoquer découlent, c'est le scénario ! Et là, les enfants, c'est sans appel.
 
Difficile de faire plus bête et plus putassier. Et loin de jouer avec l'ambivalence des sentiments et des situations, le gars Segal mise au contraire sur la grosse uniformisation dramatique et sentimentale. Adieu donc le sujet malin à la John Landis, le petit scénario sympatoche et touchant d’UN JOUR SANS FIN (si on veut être plus modeste !). Adieu le bon sujet original permettant les variations subtiles et inattendues comme les ricains savent le faire (dans tous les genres d'ailleurs : des scénarios à la Larry Cohen jusqu'aux comédies fort bien troussées et qui tapent juste comme, encore une fois, 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU, ou encore une fois, et j'insiste, la claque d'intelligence, de drôlerie et d'émotion de FREAKS AND GEEKS, qu'il faut décidément que vous voyiez très vite). Et puisque AMOUR ET AMNÉSIE joue aussi la carte du (gentiment) trash ou vulgaire, adieu aussi la comédie qui tache, un peu débile mais formidablement troussée à la "frères Farrelly", style DUMB AND DUMBER (chouette film d'ailleurs). Adieu l'écriture, donc. Et puisqu'on évoque Jim Carrey (qui joue sur les mêmes plates-bandes que Sandler), on peut dire qu'on est bien plus proche des horreurs du style MENTEUR MENTEUR ! Premier point.
 
Deuxième point, beaucoup plus étonnant, et qui, vous l'imaginez, m'a fait énormément souffrir : le film n'est au final pas vraiment une comédie ! C'est... tenez-vous bien ! Non, tenez-vous mieux... C'est un film de maladie !
Et oui ! Enfer et damnation, AMOUR ET AMNÉSIE est plus proche de LOVE STORY que d’UN JOUR SANS FIN, son modèle ! Je vois d'ici que certains fulminent devant cette accusation. Le film est ouvertement une comédie, disent-ils... Ben non. Ce qui intéresse Peter Segal, c'est justement le film de maladie. Et au fur que le film avance, AMOUR ET AMNÉSIE va se vautrer de plus en plus, et sans vergogne, dans le plus racoleur des mélodrames. Bien sûr, et au vu du sujet de départ, ce n'est pas du tire-larme noirissime à 100% Tout cela se veut mâtiné de comédie douce-amère. Mais au fond, ce qui intéresse la production, c'est de faire pleurer Margot.
 
Étonnant, non ? Très vite, donc, le sujet mute, et il s'agit non plus de faire une comédie en utilisant en toile de fond la maladie de Drew Barrymore, mais bien le contraire. Et plus on avance dans les scènes, plus on est envahi par des effets tire-larmes ou émouvants de la pire espèce. Comme vous le savez, on l'a assez répété dans ces pages, si vous voulez voir un film de maladie tout juste visible, il faudrait en voir une centaine d'autres, tous abominables, quel que soit le type de production. AMOUR ET AMNÉSIE ne fait pas partie des chanceux. Ce qui m'amène à vous parler, car tout ça est lié...

...de l'immense vacuité du scénario. Car non seulement le projet, insidieux, est plus que discutable, mais en plus, tout cela est incroyablement mal écrit. Et s'il y avait plus de séries Z comiques (en général, les séries Z ont plutôt des affinités avec le film d'action ou fantastique), on pourrait compter le long-métrage de Segal parmi elles, malgré le budget énorme. C'est une accumulation de mauvaises idées et surtout de développements débilissimes. La gestion des personnages secondaires, en plus d'être extrêmement antipathique (Sandler juste bête et méchant face à l'armée de cas sociaux qui l'entourent, tous moches et stupides), est notamment une catastrophe. Dans mon article sur le récent REEKER, je pointais la propension presque jamais démentie du cinéma américain à viser le "tout utilitariste". À savoir que chaque détail de scénario, de décors ou d'accessoires sera utilisé de manière utile dans le développement de l'histoire. C'est ici le cas, bien sûr, mais d'une manière tellement maladroite que ça en est risible – certains seconds rôles n'étant quasiment là que pour un dialogue ou une articulation du récit à l’image (dont souvent, Segal pourrait se passer d'ailleurs, sans qu'on ne remarque rien), voir l’exemple parmi tant d'autres de cet agent d'accueil dans l'hôpital psychiatrique (on le voit une première fois, puis on s'aperçoit, dans le deuxième passage, qu'il n'était là que pour permettre à Sandler de rentrer en courant dans l'hôpital pour rejoindre de toute urgence Barrymore ! C’est pas grand chose, quand même !). La plupart de ces personnages secondaires sont quasiment effaçables, pourtant, dans le sens où leur absence du montage final pourrait avoir lieu sans que cela n'affecte en rien le film. Ils sont bien sûr d'une bêtise crasse, et sans envergure : l'Hawaïen sale, marié à une conne (et obèse en plus), le frère de Barrymore (personnage incompréhensible), la fille moche venue de l'Est qui est complètement conne (et qui sera successivement couverte de vomi, puis fiancée avec le frère débile, comme par hasard !), la moche en manque de sexe (Missi Pyle, excellente comédienne vue récemment dans CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, ici enlaidie et bête), grosse serveuse au cœur immense, vieillard japonais ordurier, etc.
 
Deuxième point faible, la cohérence interne du scénario. Dans la deuxième partie du film, le personnage de Sandler va essayer d'enrayer le processus et de faire en sorte que Barrymore se souvienne de lui (alors bien sûr que le film criait sur tous les toits que la chose était impossible, et  ce point, pour être pertinent, aurait justement dû, pour révéler toute son amertume, être traité en contre-chant, et non pas en "quête principale" comme diraient nos amis scénaristes). De fait, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, Sandler fait une cassette vidéo que Barrymore regardera chaque matin, et qui lui explique la situation. [Je note sur ce point que le fait que Drew Barrymore doivent apprendre chaque matin que sa vie est un désastre irréversible n'est pas exploité ; mettez-vous à sa place : chaque matin, on vous annonce que non seulement vous avez perdu des années de votre vie, mais que celle-ci est tout bonnement impossible...] Bon, et bien, quand on voit le contenu de la cassette (un montage fait par le personnage de Sandler, d'une bêtise crasse, aussi crédible qu'un portrait d'invité dans l'émission de TF1 avec le rideau !), nous, spectateurs, savons ce qu'il représente. Dès la première image de la cassette, Barrymore pleure... Ça pose problème, non ? Ben oui ! Réfléchissons. Le personnage de Barrymore pleure... comme nous, spectateurs ! C'est-à-dire qu'elle ne découvre pas la cassette lui expliquant sa maladie comme elle le devrait. Elle la découvre comme le spectateur ! C’est-à-dire qu'elle n'apprend pas sa situation par ce montage vidéo de Sandler, mais comme si elle savait déjà qu'elle était amnésique ! Elle réagit aux premières images de la cassette comme seule le ferait une personne au courant de sa propre maladie (et donc avec une mémoire normale, comme vous, moi ou le personnage de Sandler) ! Le visionnage de la cassette prouve que le personnage de Barrymore sait déjà quelle est sa situation. Surréaliste, non ?

On pourrait ainsi relever longuement les détails absurdes ou stupides du film, à l'infini ou presque. [Le Marquis et moi-même avons pensé, en même temps quasiment, à l'ignoble DOCTEUR PATCH, avec Robin Williams ! Les scènes avec les autres malades mentaux (et leurs bandeaux sur la tête !) sont particulièrement ridicules et splendouillettes. Notons aussi deux points essentiels du film, et monstrueux dans leur mise en place et leur utilisation. D'abord, la famille de Barrymore, qui s'acharne à lui faire revivre la même journée tout le temps. Ils cherchent en effet à faire en sorte qu'elle ne s'aperçoive pas qu'il s'est déjà passé un an depuis le début de la maladie. Chaque jour donc, ils lui donnent le journal d'il y a un an, etc. POURQUOI ? Quelle nécessité, puisque le lendemain, elle ne se souviendra pas de ce qui lui est arrivé, même si elle découvrait la vérité ? Et pourquoi bâtir un suspense sur la potentielle découverte de la supercherie paternelle ? (cf. scène de la contravention). Deuxièmement, le ridicule fini de la conclusion du film ! Comment les gens ont-il pu aimer ça ?!? Non seulement on se croirait dans un roman Harlequin, mais là aussi, voilà qui contredit quasiment toute l'histoire. Outre l'image de l'autarcie familiale (mouvement autiste d'ailleurs, en plus d'être débilissime), on s'aperçoit sur ce point précis que tous les points un peu ambigus ou un peu noirs ont été évacués. Tant pis pour la cohérence ou l’intérêt, faut pas démoraliser le consommateur de pop-corn. Nous avions envisagé plusieurs points dramatiques avec le Marquis et Tchoulkatourine. Rien n'est abordé frontalement, et à chaque fois, le réalisateur et son scénariste détournent la chose de manière à la vider de ses enjeux, et en même temps de sa noirceur potentielle. Ainsi, la question du sexe (qui aurait pu être drôle en plus, et sur laquelle le personnage de Sandler est théoriquement construit ENTIÈREMENT) n'est quasiment jamais abordée, ou alors par la petite bande. Le seul moment où l’on en parle frontalement, c'est dans la conclusion, à travers le problème de la maternité... Sur ce point, Tchoul' , Marquis et moi avions imaginé quelque chose de beaucoup plus noir et drôle ! Je vous laisse deviner... En fait, le film n'est pas un mauvais Jim Carrey (ce qui est déjà redoutable !) mais du Robin Williams ! C'est un film "Robin Williams", ce qui est bien pire !]
Bah, il y a les acteurs, dites-vous. Ben non. Là aussi, c'est la déception. Adam Sandler est tout bonnement mauvais comme un cochon. Coolitude éculée, sens du rythme et du timing désastreux, passant quasiment  tout son temps à faire des clins d’œil à la caméra. C’est mauvais. Là aussi, on est bien loin de sa prestation très acceptable dans PUNCH-DRUNK LOVE. Quand il est ému, il va même (je vous jure sur la tête de mes propres futurs enfants) jusqu'à mordre son poing comme dans un sketch des Robins Des Bois ! Une horreur ! Et sans aucune modestie. Du jeu de star, quoi.

Drew Barrymore s'en sort mieux, bien sûr. Mais c'est encore une fois des nuances que l'on a déjà vues chez elle 2000 fois. Non pas que la fille soit mauvaise actrice, loin de là (elle est très bonne par exemple dans DONNIE DARKO, malgré la brièveté de son rôle). Par contre, elle est utilisée ici dans une caricature, soft mais caricature quand même, de son registre habituel, à savoir la fille sympa, un peu fofolle et excentrique. Donc, elle fait sa fofolle romantique comme on l'a déjà vue faire au moins dix fois (CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES, CONFESSIONS D'UN HOMME DANGEREUX, etc.). Elle n'est que l'ombre d'elle-même, sans saveur et tout en calcul, chose que, d'ailleurs, on ne saurait lui reprocher, son rôle étant de toute façon verrouillé de l’intérieur par notre ami Scénario. C'est un pastiche sobre, un florilège qui finit par écorner son capital sympathie. Loin d'apporter des nuances, elle finit par délivrer une copie fade, sans saveur, arrosée de Canada Dry. Elle mérite mieux.
 
Pas grand chose, sinon rien, à sauver donc, dans cet AMOUR ET AMNÉSIE. Le film est en fait un nanar, et rien de plus. Mais un homme n'est pas fait en acier, fut-il critique. Ce qui énerve ici, c'est l'extrême arrivisme du projet global, cherchant à taper à tous les râteliers, à piller tous les genres, tout en faisant bien attention à ne jamais sortir de l'ornière, à ne jamais aboutir à quelque chose d'original ou ayant un peu de relief. Le film ayant tous les atouts de son côté a priori (acteurs capables, sujet magnifique, budget énorme), je ne peux être que dégoûté par tant de cynisme et de manque de savoir-faire. La moindre petite série télé est mieux écrite que ça. Le film de Peter Segal impose, par son budget et ses deux stars, une sorte de respect obligé d'autant plus insupportable que la copie est à peine travaillée. On a souvent vanté ici, à juste titre, l'incroyable malice des films de college américains (par exemple) et de leurs dérivés. AMOUR ET AMNÉSIE fait tout le contraire en confondant eau de rose et sentiments, en substituant ambivalences et originalité par les recettes les plus éculées, et plus grave encore, en s'acharnant à passer au karcher tout ce qui pourrait être un peu riche, tout ce qui pourrait faire apparaître des sentiments hétérogènes. [40 ANS, TOUJOURS PUCEAU, l'excellent BLACK/WHITE ou AMERICAN COLLEGE par exemple, savent se révéler potaches, hénaurmes, mais savent aussi développer des trames très sentimentales ou des propos sociaux, politiques ou moraux ayant un gros impact.]
 
AMOUR ET AMNÉSIE est un film de banquier calculateur, là même où il cherche à nous vendre, justement, du sentiment et de l'intelligence. Quand un réalisateur fait INDEPENDANCE DAY, par exemple, on est bien prompt à en critiquer l'américanisme primaire ("occidentalisme primaire" conviendrait mieux d'ailleurs, l'Amérique étant aussi "chez nous"). Lorsque Bruce Willis sort une petite bouse, on lui tombe dessus en hurlant au nanar. Ici, la prouesse consiste à avoir réussi à faire passer pour intelligent, iconoclaste, sensible et drôle un film tout aussi dégoûtant que ses collègues blockbusters d'action. AMOUR ET AMNÉSIE est aussi pertinent que MOLLY, par exemple. Et comme le cinéma qu'aujourd'hui tout le public décrie (à tort, parfois), le film de Peter Segal ne cherche qu'une chose : nous faire les poches. [Cf. l'immonde dédicace qui interrompt le générique.] On peut le dire, plus qu'un le film raté (et il l'est !),  AMOUR ET AMNÉSIE est un film tout simplement dégueulasse.

Justement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Dimanche 23 juillet 2006 7 23 /07 /Juil /2006 15:07

Publié dans : Corpus Analogia
Retour à l'accueil

Ô Superfocale

BUREAU DES QUESTIONS

clique sur l'image

et pose!

 

Recherche

United + Stats


Fl banniere small





 
 





 

Il y a  15  personne(s) sur ce blog
 
visiteurs depuis le
26Août 2005



eXTReMe Tracker



Notez Matière Focale sur
Blogarama - The Blogs Directory

 


statistique

Matiere Focale TV



W3C

  • Flux RSS des articles

Recommander

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés