LE PRESIDENT ET MISS WADE de Rob Reiner (USA-1995): We want to live in Americaaaa!

Publié le par LJ Ghost







(Photo: "Le groupe péruvien LOS HUARACHES donnant sa célèbre conférence sur les nouveaux espoirs de la Mécanique Quantique" par Dr Devo.)




 

 

 

Michael Douglas est le leader du monde libre. Nous sommes 72 jours avant le discours crucial de l'état de l'Union (discours que chaque président américain doit donner une fois par an à la Chambre des Représentants), et Douglas et son staff veulent faire passer deux lois : une contre la criminalité, et une pour l'écologie, afin de combattre le phénomène de l'effet de serre (non, pas Yann-Arthus Bertrand ! Au secours !). Dans la loi d'origine, le président veut diminuer l'utilisation des combustibles fossiles de 10%, pensant que seul ce pourcentage passera auprès des députés ; cependant, un lobby écologiste (mais dont aucun des membres ne portent de moustache) veut augmenter à 20%. Le lobby est organisé par Annette Benning, qui se rend à la Maison Blanche pour entamer les négociations. Lors de la réunion, elle insulte le président, qui entre dans la salle au même moment. Embarras de Benning, et bons gros violons bien gras pour Douglas, qui regarde la jeune femme avec ses yeux de biche. Il est sous le charme, et va tout faire pour la revoir et vivre une histoire avec elle. Il faut dire que le bougre est veuf et élève une petite fille tout seul, et cette petite aventure ne plait pas tellement au candidat républicain à la présidence, qui attaque Douglas sur les valeurs familiales et sur sa relation avec Benning...



Dit comme ça, c'est sûr, ça fait un peu peur. Ou rire, c'est selon. Il n'empêche que oui, ça existe, et même que ça dure 1h45, et même que plein de gens ont été payés pour faire ça. Aaron Sorkin, le scénariste, a touché des droits d'auteur, Rob Reiner a perçu son salaire de réalisateur, et Michael Douglas a eu son probablement mirobolant cachet. Le film est sorti en salles, grâce à l'inconditionnel appui des distributeurs et des maisons de production, surtout lorsqu'il s'agit de faire des films hollywoodiens à l'eau de rose. Et des gens fringants, élancés, beaux peut-être, sont allés le voir. Matière Focale aussi.



Que dire, alors ? C'est bien ce que je craignais, et ce que vous craigniez aussi, depuis deux paragraphes : LE PRESIDENT ET MISS WADE est un film tout à fait gluant, qui pédale dans la mélasse de la romance tirée directement de la collection Harlequin, le tout doublé d'un espèce de culte du chef et de sincère révérence devant la fonction de président des US of A, en témoigne le générique de début qui, tout en fondus enchaînés, nous montre tour à tour le drapeau national, le bureau ovale, et les portraits des anciens présidents, le tout emphasé par une ribambelle de pianos, de violons, de lyrisme à deux balles pour bien montrer l'importance et l'influence de ces quelques hommes qui ont vécu dans un grand bâtiment blanc ; également, le chef du cabinet *insérer une blague scatologique*, Martin Sheen, qui semble connaître Douglas depuis très longtemps, refuse de l'appeler par son prénom en dehors des heures de bureau. La seule qui bouscule les conventions, c'est bien sûr cette chère Annette Benning, qui n'hésite pas à rentrer dans le lard et à mettre un peu de rock 'n roll dans cette administration, et qui finalement aura les faveurs du président. Ce n'est pas que ce respect me dérange particulièrement, ils font ce qu'ils veulent après tout, simplement tout cela me semble quelque peu exacerbé (Douglas est un président juste, bon, gentil, beau, intelligent, cultivé, il a les dents blanches et des yeux comme un lagon dans le Pacifique, et tout le monde l'aime), surtout qu'ici le charisme du patron ne saute pas forcément aux yeux, au contraire même ! Le manichéisme est aussi de rigueur : démocrates bien, républicains pas bien (ils sont moches, cons, conservateurs, insultants, lâches, veulent distribuer des armes à tous les coins de rue, bref, tout l'inverse du sémillant Michael Douglas). C'est un peu dégueulasse, voire puant, et en plus, cerise sur le gâteau, le président français ne parle même pas français !



Ca ne commençait pourtant pas trop mal, à part ce générique de début, avec dix premières minutes très denses et un peu hypnotiques, et qui seront la marque de fabrique d'Aaron Sorkin plus tard (j'en parle un peu plus bas) : dialogues politiques très précis et compliqués, récités rapidement, le tout en marchant. C'est assez violent, parce qu'on ne comprend pas grand-chose tant tout s'enchaîne sans même qu'on s'en aperçoive, et la perte est plutôt agréable, jusqu'à ce que Hollywood ne reprenne ses droits et embourbe le film les deux pieds dans la confiture dont je parlais plus haut. A partir de là, donc assez rapidement, le film n'a plus franchement d'intérêt, surtout que du côté de la mise en scène Rob Reiner ne rattrape absolument rien : cadres hideux, lumière itou, tunnels, avalanches, torrents, pluie de météorites, déflagration nucléaire de plans rapprochés, montés n'importe comment, ou plutôt de la façon la plus conventionnelle qui soit, c'est bien simple, celui qui parle est à l'écran, et comme ça parle tout le temps, je ne vous raconte pas le carnage. Un truc amusant et en même temps complètement désespérant à propos du son : outre le fait que Reiner ne joue jamais, mais alors jamais avec (rendez-vous compte : des sons d'ambiance de criquets pour les extérieurs nuit, des bruits d'assiettes et de discussions à voix basse pendant les dîners officiels, et j'en passe), il arrive que parfois, entre deux plans, pendant une coupe (que ce soit pendant un des bons demi-milliards de champ / contre-champ ou entre deux séquences), le son s'arrête complètement pendant une demi-seconde. Reiner a à ce point négligé son film qu'il n'a même pas daigné coller ses deux prises de son ensemble, pour qu'elles s'enchaînent : il y a clairement des silences non-intentionnels dans son film ! S'ils étaient intentionnels, pas de problème, mais là, au vu du machin, c'est impossible que ça le soit. Ce n'est pas un parti-pris, c'est un oubli, une négligence, c'est du je-m'en-foutisme le plus total ! En plus de cela, les acteurs sont tous calamiteux (à part peut-être Michael J. Fox, qui est bien plus impliqué et qui s'en sort bien mieux que ses petits copains).



Depuis LE PRESIDENT ET MISS WADE et avant Barack Obama, le bureau ovale a eu un nouvel occupant, Josiah Bartlet, alias Martin Sheen, dans la série télé créée par Aaron Sorkin (qui a bien balisé le terrain avec ce film, comme s'il s'en était servi comme d'un galop d'essai), A LA MAISON BLANCHE, oeuvre mieux écrite, plus intelligente, un poil mieux mise en scène (et encore - la photo est plus belle et les acteurs sont meilleurs), mais qui se sert aussi du mélodrame avec les gros sabots que porterait un trente-trois tonnes sur l'autoroute avec les freins coupés. Bref, tout cela pour dire que LE PRESIDENT ET MISS WADE n'est pas un très bon film. Et encore, je pèse mes mots.
LJ Ghost 
 




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Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 13/07/2009 11:08

Cet article, quand même, c'est le 900éme du site! voilà, c'est dit!Dr Devo.