LA FEMME D'A COTE de François Truffaut (France-1981): La Ménagère Apprivoisée.

Publié le par Norman Bates







[Photo: "Fanny Ardant, Gérard Depardieu, Henri Garcin" par Dr Devo.]








Lundi matin, réunion hebdomadaire à la rédac' de Matière Focale. Tout le monde arrive plus ou moins vers neuf heures, certains ont eu une nuit difficile, d'autres ne se sont pas encore couchés. Il faut décider du contenu éditorial de la semaine, quels films aborder, par qui, etc... Aujourd'hui, c'est un peu spécial, il s'agit de préparer la semaine KKKK, et pour cela toute la rédaction est venue en costume blanc à chapeau pointu. Nous attendons avec une impatience teintée d'angoisse que l'Ultime Saut Quantique distribue les films que nous devrons voir (car c'est là, le principe de la semaine KKKK: un seul décide de tous ceux que les autres voient et critiquent pendant la semaine: NdDR). Après quelques réglages pour accéder aux satellites nous permettant d'entrer en contact avec cette entité cosmique, les résultats tombent, effrayants. Le Dr Devo s'étouffe avec son pain au lait, LJ Ghost recrache son café, Invisible devient transparent et votre serviteur tente de se défenestrer via la baie vitrée de la Salle de Réunion située au vingtième étage de la Tour "Matiere Focale Imperium Societas In Victus Ad Eternam" du Quartier de la Défense. L'ambiance est à la panique, cette semaine promet de longues séances difficiles dans les salles de projection privées et malgré la climatisation parfaitement réglée, certains regardent le monde extérieur avec envie. Que diable, la mission focalienne passe avant tout, chaque film a droit de cité.


François Truffaut est un des rares cinéastes dont je déteste tous les films sans exception. J'ai commencé par voir les 400 COUPS, puis FAHRENHEIT 451 et puis ce fut tout, je décidai d'arrêter de me battre et d'accepter le Destin : ces films n'étaient pas pour moi. Malheureusement, le Sort nous rattrape toujours, et voilà qu'un engrenage diabolique enclenché par le Dr Devo, avec sans doute la complicité malveillante de l'Ultime Saut Quantique, me condamne à ressusciter mes vieux démons et à faire face de nouveau à mes craintes profondes.



Années 80. Une vieille dans un camping (chatons émasculés) nous raconte face caméra l'histoire très triste d'une passion amoureuse. Gérard Depardieu (pandémie de grippe porcine) dans un complet grisâtre s'installe avec sa meuf à Grenoble. Un fondu au noir plus tard, les voisins emménagent : Phillipe Beauchard et sa meuf Fanny Ardant (crash aérien) ont l'air d'avoir à foise de thunes, mais pourtant ils choisissent la maison d'à côté, en vis-à-vis. La meuf de Depardieu invite Philipe et Fanny à venir boire l'apéro. Champ: Gérard croise le regard de contrechamp Fanny Ardant (grenade dans jardin d'enfant) et les violons partent explorer des cimes vertigineuses dans la bande-son. Le spectateur, loin d'être con, se dit que quelque chose de pas net se trame entre les deux. En effet, Gérard et Fanny se sont déjà connus de manière intime (pédophile dans cour de récréation) et Gérard en a chié pour oublier Fanny en tweed, Fanny en short et Fanny à Capri. Il ne veut plus la voir et préfère conduire des chalutiers (à Grenoble !). Gros problème, quand Gérard ouvre ses volets le matin en pyjama, ça donne direct sur la chambre à coucher de Fanny qui n'en met pas ! Fondu au noir et Fanny en pull Lacoste, ils s'embrassent comme des ados et la passion renaît comme en Quarante (hiver nucléaire). Ils louent une chambre d'hôtel où ils se retrouvent souvent pour s'encanailler (famine africaine) et jouer au scrabbleubleu. Fondu au noir et Fanny en robe de soirée se met à chialer, elle déteste vivre dans le mensonge ! Elle décide de tout arrêter avec Gérard mais Gérard en short n'en peut plus et Gérard chemise en lin non plus. La vieille du camping se barre en Australie à cause d'un amant qui lui a cassé la jambe et Gérard craque pendant un barbecue et tente de violer en soie Fanny qui partait en lune de miel avec un mec, son mari en Yves Saint Laurent (goulag en Laponie). Fanny au tennis porte un bandana (inondations à Saint Louis) et raconte tout à tailleur bleu marine. Fanny Ardant dit que plus les chansons sont bêtes, plus elles disent la vérité (sic !). De son côté, Gérard promet qu'il arrête définitivement et se consacre aux chalutiers. Fondu au noir et musique lancinante. Fanny s'ennuie et va voir un psy : la dépression s'installe, elle est vraiment trop amoureuse de Gérard qui n'en a plus rien à foutre. Fondu au noir, "Et si on déménageait ?", premier dialogue sensé du film, tout le monde plie les gaules et Gérard, sa femme, ses péniches, et son costard vivent des jours heureux, fondu au noir. Un soir tard, la porte des chiottes claque dans la nuit lugubre grenobloise. Cette porte tue le silence, pense Gérard, il faut y remédier : il sort en pyjama dans la nuit, la nuit qui le bouffe et l'excite. Il est seul, en pyjama, mais des bruits et des lumières l'amènent chez les anciens voisins : coup de théâtre Fanny Ardant lui roule une pelle et Gérard pense "Je suis Gérard Depardieu et j'aime cette fille.".



Dans la nuit, dans le silence, dans vingt ans, dans une péniche : Fanny aime Gérard.


Dans la rue, dans un hôtel, dans vingt ans, dans une soirée mondaine : Gérard aime Fanny.


Dans son camping la vieille pleure son amant brésilien qui lui a cassé la jambe.


Des rondes d'enfants lépreux dansent sur les rythmes infinis de tambours bon marché qu'ils ont eux-même fabriqués. L'Humanité contient sa propre fin.


Suicide. Peste. Choléra. SIDA.



A tout point de vue, le film est un calvaire. La photo horrible peine à masquer le manque flagrant d'idées de mise en scène. On baigne dans le téléfilm jusqu'au cou. Le couple Depardieu/Ardant relève du sabotage pur et simple. Le scénario à base de je t'aime moi non plus, qui a fait les beaux jours d'AB productions, se conclut par la fin la plus lâche du monde. Chez moi, mais c'est peut-être une question d'éducation, quand des gens renoncent à se battre parce que le monde ne correspond plus à leurs principes, on trouve cela pathétique. C'est ce qui nous conduit à poursuivre les Gothiques avec des barres de fer.


Par la fenêtre du vingtième étage de la tour Matière Focale, je regarde les lumières de la ville qui s'éteignent une à une. Le ciel s'emplit alors de marabouts et de flamands venus d'Afrique. D'Amérique vient le petit colibri, la colombe fraternise avec les aigles et les hiboux. Je marche dans la rue, les femmes sont ensanglantées. Vive la fête.


Norman Bates.







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Publié dans Corpus Analogia

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Dr Devo 25/07/2009 00:31

Cher Marcel,En tant que webmeistre et créateur de ce site, permettez-moi de noter la sublime beauté de votre pseudo. Je vous salue humblement.Dr Devo.

Marcel Kroutchev 24/07/2009 20:05






Tu es fou malheureux ! Je me suis souvent ennuyé devant un Truffaut (l’enfant sauvage que l’on vous inflige en classe de 3e pour vous faire relativiser votre handicap social ou moteur). La nuit américaine dont on sort difficilement ; perplexe parce que je n’y suis pas rentré complètement (comme le petit chat). Mais la femme d’à côté, c’est autre chose ! On a qu’une envie c’est de se rendre au village d’à côté en mobylette, et d’embrasser fougueusement la bouchère que l’on a toujours aimée secrètement.

Carxla Brunegeld 13/07/2009 21:49

Bravo, Norman, le fait de ne pas aimer avec tant de virulence vous rend très drôle...