AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE de Stuart Rosenberg (USA-1979): Par où t'es entré, on t'as pas vu sortir?

Publié le par Le Marquis

(photo: "Show me your Avant-Garde, and I'll Show you my Detress" par Dr Devo)

 

 

Un an après qu’un jeune homme ait assassiné son père, sa mère, ses frères et ses sœurs (wo-wooooh), la famille Lutz s’installe dans la maison maudite, tout contents d’en avoir trouvé une à si bas prix, parce que vous comprenez, ma pauvre dame, les prix de l’immobilier en ce moment... Malheureusement, la maison comporte quelques vices cachés (courants d’air, possessions sataniques, puits de l’enfer, fantômes à tête de cochon, et j’en passe).

Comment ça, mon article n’est pas d’actualité ? Allons, allons : le remake va nous arriver sur le coin de la gueule qu’on ne l’aura même pas vu venir. Je cherche encore l’intérêt de faire un remake d’un film aussi pauvrement inspiré, le seul véritable suspense résidant dans la question « arriveront-ils à faire pire ? ». J’en doute. Remettons les pendules à l’heure. AMITYVILLE n’a rien d’un « classique » du cinéma fantastique, c’est un film qui a obtenu un succès commercial lors de sa sortie en salles, et c’est vraiment tout. Parce que, pour le reste, c’est moins réussi que LA MALEDICTION, qui était moins réussi que L’EXORCISTE, qui était moins réussi que ROSEMARY’S BABY - mais dans la foulée, le film de Stuart Rosenberg a engrangé quelques paquets de dollars, ce qui suffit à le faire passer pour un incontournable chez Télé Z.

Mais voyons ça dans le détail, ça sera l’occasion de constater que le fantastique ne se porte pas forcément plus mal aujourd’hui qu’à l’époque. Le film est réalisé par Stuart Rosenberg… Casting de stars (pour l’époque), qualité hollywoodienne (pour un film des années 70, c’est dire à quel point il a mal vieilli), et surtout cette envie de faire passer des vessies pour des lanternes en laissant courir la rumeur que le film est basé sur des faits réels - le genre de gimmick dont sont très friands les américains (avec cet intellectuel, John Travolta, qui ne s’installe pas dans une maison sans la faire préalablement exorciser). En réalité, le film s’inspire d’un roman de Jay Anson, lui-même issu d’un fait divers de tabloïdes à peu près aussi authentique que le contenu des livres de la collection mauve de chez J’ai Lu. Mais pour ce qui est de la vraisemblance, on repassera. La famille Lutz est la Famille Américaine avec un grand F. Une Vierge Marie pare le tableau de bord de la voiture familiale. Un crucifix est l’objet d’un échange du couple : où le placer dans la maison pour mieux le mettre en valeur ? Un prêtre ami de la famille débarque au début du film pour exorciser la maison (ben oui, vous ne faîtes pas ça quand vous emménagez, vous ?), mais le démon le met à la porte illico presto. Idem pour la tante, mais il faut dire qu’elle est nonne : la maison hantée la fait vomir. Quant à l’amie du couple qui leur rend visite, elle est médium et réalise tout de suite qu’il y a anguille sous roche. A ce stade, on s’attend à ce que le père soit en réalité un extra-terrestre venu féconder une Terrienne, mais non. Les événements s’enchaînent tranquillement, respectant bien le cahier des charges du film de maison hantée. Chaque nuit, à 03h15 (heure à laquelle le précédent occupant avait tué les siens), papa (James Brolin) se réveille et va faire un feu dans la cheminée, de plus en plus perturbé par l’influence maaaaaaaléééfiiique de la maison - mais il faut dire qu’il est le sosie de l’assassin en question, je suppose que ça n’aide pas. La petite Amy discute avec Jody, une amie invisible qui n’aime pas son papa (de toute façon, c’est même pas son vrai papa, ah, ces foyers recomposés je vous jure…). Le chien de la maison est très malheureux parce que lui, il sait que tout va mal et que ça vient de la cave où il n’arrête pas de gratter. L’ami prêtre essaie de leur venir en aide depuis sa paroisse, ce qui n’est pas facile avec ses supérieurs qui ne veulent rien entendre au danger - et comme on est très finauds, on donne le rôle à Murray Hamilton (le maire vénal et inconscient des DENTS DE LA MER) qui nous ressert sans y changer d’un ton le rôle dans lequel il a été enfermé. Mais le démon veille et finit par rendre l’ami prêtre aveugle. Le flic chargé de l’enquête sur le massacre qui a eu lieu un an plus tôt dans la maison est circonspect et surveille la maison depuis sa voiture pendant tout le film, avant d’aller rencontrer un prêtre pour savoir ce qui se passe - toutes ces scènes avec le flic n’ont aucune utilité scénaristique (puisqu’il n’interviendra jamais en quoi que ce soit dans le récit), sinon celle de pomper lamentablement le personnage interprété par Lee J.Cobb dans L’EXORCISTE. Pour ce qui est de récupérer les miettes de L’EXORCISTE, d’ailleurs, la production n’est pas bégueule et reprend la partition de Lalo Schifrin refusée en 1973 par William Friedkin. Les faits étranges se succèdent de plus en plus fort pendant ce temps-là, mais mollement (le film est beaucoup trop long), malgré la tentative du couple pour exorciser la maison eux-mêmes en se servant de leur bible et de leur crucifix. La maison cherche à pousser papa Brolin à assassiner sa famille, ce qu’il finira par essayer pendant, oh, allez, deux minutes à la fin avant de reprendre ses esprits (la scène où il essaie de tuer son épouse est assez déplorable, avec un effet de vieillissement sur le visage de Margot Kidder d’une ringardise totale - Dick Smith, qui avait vieilli Max von Sydow dans L’EXORCISTE, a décliné le job car il n’aimait pas le scénario). A ce stade, on commence à comprendre pourquoi cette maison est si maaaaaléééfiiique : non seulement elle a été le lieu d’une tuerie, mais en plus elle a appartenu à un sorcier chassé de Salem, et par là-dessus elle a été construite sur un cimetière indien - comme tout ça est plausible ! Les fenêtres volent en éclat, les murs saignent, il y a du vent partout dans la maison, la copine médium est possédée par l’ami prêtre qui dit à la petite famille qu’il faut obstruer le puits caché derrière le mur de la cave (le chien avait raison) car ce puits est une porte vers l’enfer, et là, James Brolin n’y tient plus, tout le monde dehors, ils vont m’entendre au syndic, les enfants, montez dans la voiture, on se barre. Whoops ! Papa Brolin a sottement oublié le chien dans la cave. Il y retourne et manque bien de se noyer dans le puits de l’enfer, mais c’est compter sans Médor qui, ni une ni deux, sauve son maître d’une mort atroce (mon chien, ce héros au regard si doux), et le film se conclut (à un carton bien fataliste comme il faut près) sur ce plan cocasse du héros sortant de la maison en portant dans ses bras sa dulcinée (oh pardon : son chien-chien) dans les bras. Misère, quelle purge !

Tout ça est réalisé sans le moindre talent, Rosenberg met le paquet dans les effets, il joue avec des astuces de mise en scène déjà éculées en 1979 (avec chat qui surgit dans le plan pour faire peur) et dépouille son métrage de tout soupçon de poésie. Seuls aspects à sauver dans ce magma télévisuel : la première visite de la maison, avec une tentative de montage insérant des flashes back du massacre au fusil (« ici, c’est la chambre d’ami / bang ! bang ! »), qui aurait pu être efficace si on ne nous avait pas servi l’intégralité du flash-back cinq minutes plus tôt ; la séquence du rêve de Margot Kidder à la rigueur ; et l’interprétation solide de Rod Steiger  (le prêtre ami de la famille, vu dans AMERICAN GOTHIC et dans MARS ATTACKS), le seul à vraiment s’investir dans l’entreprise. A part ça, ça m’a fait une petite madeleine de revoir le film (que j’avais vu quand j’étais môme à la télé) et de retrouver quelques scènes que j’avais oubliées (les yeux brillants à la fenêtre, la baby-sitter enfermée dans le placard, la fenêtre qui se referme sur la main d’un petit garçon…). Tu parles d’un classique… AMITYVILLE est une petite flaque de banalité, de médiocrité, de poncifs et d’ennui. Rappelons qu’à la même époque sortait LE CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine avec Mia Farrow, un film splendide, obsédant et o-ri-gi-nal, totalement oublié aujourd’hui, à qui AMITYVILLE a vraiment volé sa réputation. Et que si vous souhaitez voir un vrai bon film de maison hantée, plutôt que d’aller déterrer ce métrage laid et assommant, donnez plutôt leur chance (si vous n’avez pas celle de les avoir déjà vus) à des films aussi remarquables que LA MAISON DU DIABLE de Robert Wise ou plus encore LES INNOCENTS de Jack Clayton. Mais à ce stade, même LA MAISON DE L’HORREUR de William Malone (que j’aime bien avec quelques réserves) vaut mieux que cet AMITYVILLE pesant et prévisible de A à Z.

Le Marquis.

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Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 28/05/2006 14:27

Petite anecdote de cuisine, mais ça m'amuse beaucoup : au lendemain de la diffusion sur TF1 d'une émission consacrée aux "30 Histoires les Plus Mystérieuses" ou quelque chose dans ce goût-là (et que je n'ai pas regardée), les statistiques de fréquentation pour cet article ont littéralement crevé le plafond, et de façon spectaculaire, j'ai rarement vu ça. Alors, amis visiteurs, vous ne trouverez peut-être pas ici ce que vous êtes venus chercher, mais il y a de la polémique et plein de liens fascinants dans les commentaires : amusez-vous bien !

Le Marquis 28/04/2006 13:20

On ne voit même pas du tout le bébé de Rosemary, qui ne nous est jamais montré contrairement à ce que beaucoup de spectateurs du film semblent se souvenir. Mais c'est précisément dans l'absence d'effets démonstratifs (à l'exception notable des splendides séquences oniriques) que le film puise sa force. De là à dire qu'il n'y a pas de suspense ou d'oppression... La scène dans l'ascenseur et plus généralement la progression galopante de la paranoïa de Mia Farrow m'impressionnent davantage à chaque vision, et me font mille fois plus peur que des coulées de sang sur les murs ou un crucifix renversé. L'apparition des yeux à la fenêtre est un plan mémorable (puisqu'il faisait partie de ce dont je me souvenais pour l'avoir vu enfant, sans doute à la même époque que toi), mais on retrouve une idée similaire mise en scène avec bien plus de talent et d'intensité dans SUSPIRIA en 1976. Au rayon des maisons hantées, je te recommande vivement LA MAISON DU DIABLE, TRAUMA (de Dan Curtis), LE CERCLE INFERNAL ou même, sur un registre plus "Pradel", L'EMPRISE : tu verras qu'il est ensuite difficile de revenir à la vision primaire et terne d'AMITYVILLE - l'original, je n'ai pas encore vu le remake (même si j'avoue être assez sceptique !).

Dr Devo 28/04/2006 10:30

Le Locataire aussi est encore plus effrayant que ROSEMARY4S BABY quasiment, c'est un film à hurler! Brrrr..... Ca frisonne sur Matiere Focale!Dr D.

Clicky 28/04/2006 01:42

Grand pardon pour mes erreurs, ma mémoire est défaillante (- C'est pas une raison, t'avais qu'à le revoir avant d'affirmer ces choses ! - Oui c'est vrai, c'est ma faute, ma très grande faute, j'irais me flageller Ô Maître... - N'en fais pas trop non plus. - Oui d'accord. - Ça va, relève toi.)
Au temps pour moi donc,
"Pour l'époque naninana", c'est pas faux en effet, mais quand même, je connais des gens qui même encore maintenant n'osent pas regarder ce genre de film parce qu'ils sont encore plus sensibles que moi apparemment.. Je viens de le revoir, m'ayant fichu moins la trouille, vu que je m'attendais aux scènes, les connaissant déjà.. (j'étais ado quand je l'ai vu la première fois dans les années 80) et puis peut-être aussi qu'en comparaison avec la version 2005, je l'ai sans doute vu d'un autre oeil... Ça faisait 1 an je crois que je ne l'avais pas revu, j'avais oublié des trucs et c'est vrai qu'au fur et à mesure que la bande avançait, (je ne l'ai qu'en VHS, avec un son pourri d'ailleurs) je me disais qu'il fallait que je mette un erratum pour la cécité soudaine du prêtre et le "vieillissement" prématuré de Katie enfin vieillissement.. je n'ai effectivement pas vu les "grosses ampoules" mais je vois toujours pas ça comme un vieillissement non plus ni qu'il soit très foiré.. Je dirais plutôt une déformation épidermique très accentuée manifestant l'hystérie et la peur extrême dans la scène en fin de film, quand il s'apprête à lui fendre la tête à coup de hache mais y a aussi cette autre scène où elle se regarde dans le miroir de leur chambre et où il semblerait qu'elle ait comme des défauts de peau qu'on voit, qu'on voit plus, on voit, on voit un peu, on voit plus, on voit.... (pardon) IL FAUT FERMER LE PUIIIIIT ! oué ferme la donc Clicky..
Le prince des ténèbres de Carpenter, Poltergeist 1 et 2, Les langoliers, certaines scènes de L'exorciste, Alien 1er du nom, Le village et j'en oublie sans doute, m'ont bien fichu la trouille, et même l'ancienne version de la guerre des mondes je l'ai trouvé mieux que celle de Spielberg où ils passent presque tout leur temps à fuir, ça fatigue la tête... (j'exagère un peu) par contre niveau effet spéciaux, j'ai adoré, (de toutes façons, j'adore les effets 3D) c'est autre chose que ceux de l'ancienne version j'en conviens, y avait pas les mêmes technologies que maintenant en même temps mais ça faisait pas rire à l'époque. Il paraît que l'effet sonore des "météorites" qui s'ouvrent ait été enregistré en dévissant un couvercle de boîte en métal dans une cuvette de chiotte, et il ne m'étonnerait pas que la méthode soit toujours utilisée de nos jours.
Par contre, sans plus pour Rosemary's baby... y a de l'intrigue certes mais pas de suspens ni de moments oppressants, il m'a pas fait peur du tout, et on voit quasiment pas le gamin dans son berceau à la fin.. Ah jsuis déçue-déçue-déçue. J'préfère mes X-Files et mes Millénium tiens... :-þ
Ok j'arrête, tcho à plus :-)

Le Marquis 27/04/2006 23:07

"Pour l'époque", et même bien avant cela, la mise en scène existait déjà, et faisait de films comme ROSEMARY'S BABY, LES INNOCENTS ou LES TROIS VISAGES DE LA PEUR des oeuvres véritablement effrayantes. Je pense que c'est un peu se leurrer de croire que, "pour l'époque", ce degré zéro de la mise en scène était satisfaisant, comme si le cinéma avait attendu les années 90 pour commencer à exister. Je suis par contre tout à fait prêt à croire "qu'à l'époque" le film ait pu te faire peur (j'étais moi-même pétrifié devant le générique de L'INCROYABLE HULK, et les rares films d'épouvante diffusés dans mon enfance, celui-ci inclus, me faisaient toujours de l'effet, qu'ils soient bons ou mauvais). Mais peut-être te faudrait-il revoir AMITYVILLE, ne serait-ce que pour te rendre compte que c'est bien dans ce film que le prêtre perd la vue, et non pas dans L'EXORCISTE ; de même qu'un rapide coup d'oeil te confirmera qu'il s'agit bien d'un effet (foiré) de vieillissement dont Katie Lutz est l'objet aux yeux de monsieur son mari. A part ça, je ne casse rien du tout, d'autant plus que j'aime passionnément le cinéma fantastique ; mais ce titre en particulier me semble, en toute sincérité, redoutablement nul. Allons, cherche bien, je suis certain que tu vas mettre la main sur un film autrement plus impressionnant que cette purge.