(Photo : "Dites-le avec des fleurs" par Dr Devo)



Chers Focaliens,

On va continuer notre tour des retards, et recommencer à alimenter la Bête Sublime qu'est ce site. Une bête affamée qui réclame sans cesse de nouveaux articles. Cela en est presque épuisant. Mais c'est le jeu. Aujourd'hui donc, allons faire un tour du côté du cinéma des non-cinéastes, un territoire qui nous réserve quelquefois d'hallucinantes surprises.

Au lieu d'écouter du Franz Ferdinand, le Jeune devrait plutôt écouter du Talking Heads ! Une fois cela fait, il ira peut-être jeter un œil sur TRUE STORIES, l'excellent film de David Byrne (ex-chanteur de Talking Heads). Que constate-t-il, notre ami juvénile ? Bon, d'abord, il a pris soin de ne pas acheter les DVD américain ou anglais publiés chez Warner, car le film y est recadré, et donc on n'apprécie pas. Par contre, il préférera la VHS d'époque (anglaise) qui est dans le format. Et là, c'est le choc ! TRUE STORIES, seul film du chanteur, est une chose magnifique. Le jeune tremble, tombe à genoux, pleure et remercie le Docteur !

Il faudra faire un de ces quatre un festival du cinéma fait par des gens qui ne viennent pas du cinéma. [On prendra soin d'exclure les comiques issus de la TV, qui, eux, inondent le marché toute l'année.] On verrait alors pas mal de rock-n'-rollers débarquer, et on serait surpris par beaucoup de choses. [Ce festival de cinéma des non-cinéastes est une merveilleuse idée... Vous inviteriez qui, vous ?]
Bah, on pourrait inviter Rob Zombie, le célèbre hard-rocker !

Une précision : ne connaissant pas suffisamment les différentes micro-chapelles de la galaxie Métal Lourd, pour moi, tous les gens qui travaillent dans ce milieu font du hard-rock. Hard, heavy, industriel, fusion, musette-métal, néo-métal, hardcore machin et autres petits surnoms me sont étrangers. Je m'excuse donc auprès des spécialistes. Pour moi, si vous vous appelez Alice Cooper, Kiss (héhéhé !), Iron Maiden, Marilyn Manson, KMFDM ou autre, vous faites du hard-rock. Une large galaxie, mais bon, nous, néophytes, regrouperons ça sous le terme hard-rock.
 
J'en étais où ? Oui... Il y a deux ans ou un peu moins, je découvrais le premier film de l'animal, à savoir HOUSE OF 1000 CORPSES, film que beaucoup de monde avait envie de voir et que bien sûr personne n'a jugé bon de distribuer sur le territoire français. [Comme BUBBA HO-TEP, qui lui a quand même fini par sortir après que tout le monde l'ait téléchargé !] La copie pirate est un crime (passible de la peine de mort, ou qui, du moins, est passible du visionnage de AMOUR ET AMNÉSIE deux fois de suite, attaché à un poteau et sans aller aux toilettes !) dont je ne me permettrai pas de faire l'apologie, bien entendu. Cependant, il y a chez les distributeurs français une nette propension à louper les bonnes occasions de se faire de l'argent à peu de frais. C'est plutôt rigolo.
En tout cas, c'est avec un grand sourire aux lèvres du coup qu'on va voir THE DEVIL'S REJECTS, et cette fois-ci, en salles s'il vous plait...


THE DEVIL'S REJECTS raconte les "nouvelles aventures" de la famille de freaks qui animait déjà le bal des horreurs dans HOUSE OF 1000 CORPSES. Ils vont tous bien. Comme d'habitude, ils attirent dans leurs sales pattes des gens de passage, les capturent, les torturent, les violent, les encagent, etc. La cave est pleine de nouvelles victimes qui ne sont plus que pantins humains dont le seul vocabulaire semble "Pitié, pitié !". La routine, quoi. Malheureusement, la police débarque dans la maisonnée, et l'affrontement est musclé. À la suite de la fusillade, Baby (la fille de la famille) doit s'enfuir avec Otis (son mec, je crois mais je suis plus sûr...). Ils sont vite rejoints par le Capitaine Spaulding, père de Baby et clown macabre, dans une espèce d'hôtel où, bien entendu, ils finissent par prendre une famille en otage. La police, elle, découvre la maison où gisent les restes de plus de 75 corps ! Pendant ce temps-là, un shérif local, obsédé par cette famille maléfique, interroge Mamma Luciole (en VF !) qui elle s'est faite arrêter pendant l'assaut de la maison familiale. Et ce shérif parait prêt à tout pour remettre la main sur les autre membres de la famille en fuite. Et la cavale sera particulièrement sanglante...

On prend les mêmes et on recommence. Sans vergogne, la famille de freaks, toujours très unie, tue les innocents qui passent à sa portée sans vergogne, les torture et les humilie physiquement et psychologiquement, dans une joyeuse ambiance très malpolie, où les insultes et les tensions cohabitent avec le rire et une forme de "tendresse" ou d'amour filial déjanté. Les Rebuts du Diable sont en effet une famille américaine inversée. Ils sont affreux, sales et méchants (et sexy, en ce qui concerne les dames !), violents et hors-normes, certes, mais c'est une cellule familiale unie dont les actes, plus horribles les uns que les autres, sont complètement gratuits et injustifiables. De fait, il y avait dans le premier opus, HOUSE OF 1000 CORPSES, une assez surprenante ambiance. Pour grossir le trait, on se retrouvait dans une famille un peu à la John Waters, et donc nettement underground et loufoque, mais complètement habitée par le Mal. Le premier film de Rob Zombie était donc un mélange d'horreur, d'humour décalé, de situations absurdes et hautes en couleurs, où l'ironie, l'esprit un peu "camp" (bien que totalement redneck, ces gens-là sont des ploucs) venaient aussi compléter la fête sanglante. Ça faisait peur, c'était intelligent, drôle et surprenant.
On est donc bien content de retrouver tout le monde, d'autant plus que du point de vue de la mise en scène, Rob Zombie surprenait également. Malgré un budget sans doute modeste, la chose était photographiée avec soin et précision. La direction artistique, assez originale, entre bricolage iconoclaste et éléments plus classiques du genre, fonctionnait bien, dans un ensemble assez loufoque et déroutant qui distillait sa part de peur. Ajoutez à cela un cadrage intéressant et un montage alerte et malicieux. On avait là, en fait, tous les éléments d'une série B très originale, et dont la principale motivation était vraiment de faire du cinéma, et au final, Zombie arrivait haut la main à pleinement utiliser le langage cinématographique. Ça avait de la personnalité en plus d'être ludique et passionné. Du bel ouvrage, original et sortant enfin des sentiers battus, notamment grâce à un son très beau qui mêlait les compositions de Monsieur Zombie, la musique originale additionnelle, et surtout plein de petites perturbations audio vraiment gourmandes. Loin d'être un gadget ou un joujou de luxe pour rocker désœuvré, HOUSE OF 1000 CORPSES faisait vraiment preuve d’une démarche de cinéma réfléchie et passionnée, et Rob Zombie envoyait gentiment une claque au milieu des réalisateurs de fantastique si prompts à toujours re-balancer les mêmes histoires, les mêmes clichés, dans une course de petits malins incessante et fatigante. En voilà un qui avait quelque chose à dire, et qui avait des idées de mise en scène. Bien.

Alors, oui, évidemment, on se félicite que la suite de ce premier film sorte enfin en salles. Les distributeurs ont toujours un temps de retard, et après le succès U.S. du premier épisode, ils sortent courageusement ce DEVIL'S REJECTS !
Après une longue introduction à travers la scène de fusillade, qui permet de commencer le film sur les chapeaux de roue, on comprend très vite à quelle sauce on va être mangé. Cette fusillade, d'ailleurs, a un étrange statut très rentre-dedans. En quelques plans, de jour (HOUSE OF 1000... se passait majoritairement de nuit, premier contraste...), on retrouve la crasse, la plouquerie extrême, mais aussi l'intelligence bizarre de cette famille inversée. En quelques dialogues, entre Baby et Maman Luciole, on retrouve les étranges liens d'amour filial. Mais dès le départ, on comprend aussi que cette fois-ci, la famille infernale ne joue pas sur son terrain, et que de dominatrice, elle devient largement traquée, mais sans jamais se rendre, d'une part, et en soumettant encore son petit monde à sa logique perverse. La photo a changé ; plus uniforme que dans le premier épisode, elle consiste ici à s’habiller de couleurs jaunasses (avec un peu de vert), délavées, qui sont censées nous rappeler la photographie des années 70. Zombie enfonce même le clou en incluant dans la fusillade d'ouverture des ralentis louchant, de loin mais l'intention est assez nette, vers une déconstruction du rythme à la Sam Peckinpah. Les dés sont jetés, le ton est donné.

Le générique, inclus dans la séquence de fusillade d'ailleurs, est assez beau, avec ses plans qui se gèlent et son dispositif de transition (les plans qui changent comme dans un diaporama) qu'on retrouvera régulièrement par la suite. Le plus beau plan du film étant pour moi celui où on voit le titre qui cache quasiment toute l'image (un visage en train de crier qu'on croirait sorti du ZOMBIE de Romero !).
On est vite mis au parfum, donc. Et malheureusement, dès cette séquence d'ouverture, les choses ne s'annoncent pas bien du tout. J'étais en salle avec Mr Plonévez (habitué de ce site) qui n'avait pas vu le premier. Et j'étais en train de me dire au bout de cinq minutes : "est-ce vraiment Rob Zombie qui a réalisé ça ?". Le changement de style est total, d'un point de vue cinématographique bien sûr. Et je me suis retrouvé là un peu dans le cas de A BITTERSWEET LIFE, film assez médiocre et en tout cas contredisant sur tous les points les efforts du film précédent de son réalisateur, à savoir 2 SŒURS.

Le gros problème de THE DEVIL'S REJECTS, c'est sa mise en scène. C'est le point le plus triste. La photo années 70 que je décrivais est quasiment uniforme, loin de celle, plus sautillante et inventive, de HOUSE OF... C'est un choix, et ce n'est pas rédhibitoire, mais déjà, Zombie se prive d'un sacré levier. [Je constate que les scènes en extérieur nuit sont très impersonnelles du point de vue de la photographie...]
Mais là où notre ami hard-rocker (dans l'acception focalienne du terme, donc !) semble souffrir de schizophrénie, c'est sur les autres leviers de mise en scène, justement. Les jeux d'échelle de plans et d'axes, très sympathiques dans le premier opus, ont complètement disparu. On passe d'un type de plan à un autre dans le plus grand désordre. Très surprenante également, l'absence de spatialisation absolument flagrante dans tout le métrage. [Une minuscule exception : lorsque Baby se retrouve seule dans la chambre d'hôtel avec la femme et la fille, et leur tentative d'évasion. Là, ça découpe un peu plus, au moins en ce qui concerne les axes, et encore, c'est assez léger...] La scène de la fusillade n'est, au final, qu'une suite de vignettes sans progression ni construction, qui est sauvée in extremis après l'arrivée du générique. Mais malgré le joli décor de la maison, rien ne ressort de cette scène d'action, dont la spatialisation est tout bonnement affreuse.
Puis on s'aperçoit très vite que la messe est dite. Zombie renverse complètement la machine, et petit à petit, finit par contredire absolument tous les principes de son premier film. Entendons-nous bien, je n'aurais pas voulu qu'il nous resserve absolument la même soupe que son précédent film. Par contre, consciemment ou non, Zombie va détruire absolument tout son savoir-faire et va finir par accoucher d'un petit monstre.
Tout d'abord, mais tout cela est forcément lié (le cadrage, c'est déjà du montage), le cadre est d'une laideur absolument cosmique. C’est bien simple, je me suis demandé si le film était projeté dans le bon format, ou si le tirage de la copie ne révélait pas un sauvage recadrage. Certes, il est évident que l'on voit l'intention du réalisateur. Là où HOUSE OF... était assez léchouillé, THE DEVIL'S REJECTS, tourné en 16 mm apparemment, puis gonflé, se veut plus brut de décoffrage et cherche à obtenir une esthétique plus sauvage, plus malpolie.
Mais que dire du cadrage, dans ce cas ? C'est une horreur complète. Je n'ai rien contre les tournages "à l'arrache" et les prises de vue sauvages (ce que fait de manière sublime Lars Von Trier, par exemple), mais ici, quand même, c'est assez infernal. C'est très simple, il y a un nombre de gros plans dans ce film complètement hallucinant. C’est déjà une faute de goût, mais ces gros plans sont en plus tous ratés ou presque (têtes coupées, corps mutilés par le bord-cadre, etc.). Comme le reste des plans n'a aucune logique, ni dans le cadre, ni dans les axes, on assiste à un déluge de petits plans panouillés de partout et collés sans aucune espèce de point de vue ni de logique. Du coup, bien loin d'un faux "je-m’en-foutisme" comme dans LES IDIOTS de Trier (par exemple), on est ici face à un festival de recadrages sauvages, de têtes coupées par l'image, et bien sûr, la grande mode du moment, aussi bien dans la série A que B, de petits gigotis incessants. Le tout avec 90% de gros plans. C’est d'une laideur plastique étonnante, et du coup, ainsi privé de mise en scène, le film n'est plus qu'un suivi direct du scénario, un déroulé narratif dont on est complètement exclu : on reste en dehors. On finit très vite par n'assister qu'au déroulé des dialogues. Finis les mystères, les surprises, les ambiances ambiguës. Et bonjour le rouleau compresseur des choses assénées 1000 fois, à chaque ligne de dialogue. La belle tenue de HOUSE OF..., il faut en faire largement son deuil.

La surprise n'est donc plus au rendez-vous. Le premier film de Zombie ne se tenait pas seulement parce qu'on suivait, avec un certain attachement, une famille violente et inacceptable. Il se tenait aussi par sa mise en scène, finalement assez rigoureuse, et n'ayant jamais le mauvais goût de se poser la question de ce qui est ridicule ou pas. Une fois DEVIL'S REJECTS débarrassé de tout effort de mise en scène, il ne reste que le propos dialogué lui-même. Et sans mise en scène (car mettre en scène, c'est aussi donner du relief, c'est aussi raconter, c'est aussi modérer ou faire dévier le propos), on se retrouve avec des dialogues. C’est tout. Des dialogues que rien ne vient compenser ou soutenir. Ceux qui ont vu le premier Zombie vont être surpris, et vont avoir l'impression d'un film assez petit-bourgeois finalement, qui n'a d'autre but, justement, que de le choquer, le bourgeois, d'une manière bêtement potache, et surtout répétitive. Les séquences d'humiliation se suivent dans la plus grande monotonie, les séquences d'action (de sévices, notamment) n'ont plus aucune saveur. Zombie ressemble à un petit garçon qui dit des gros mots à une grande personne. Ça peut distraire trois minutes, mais pas plus. Son premier film était nettement plus dérangeant, notamment parce que, mine de rien, son ton échappait complètement aux classements et qu'il jouait sur des ambiances parfois antinomiques.

Peut-être la production a bien senti qu'elle tenait là le film parfait dans le contexte actuel du cinéma d'horreur : retour aux années 70 (ce que se veut aussi le remake de LA COLLINE A DES YEUX), prises de vue basées sur le gigotis, et scènes de torture, grosse mode actuelle qui devient un poncif de plus. On évitera, par pudeur et tristesse, de se poser la question. Il y avait bien quelques intentions dans THE DEVIL'S REJECTS d'exprimer une certaine tendresse en porte à faux, de montrer ce que l'Amérique (du cinéma s'entend, pas géographique) ne veut pas voir : une famille pauvre, plouc et injustifiable. Cette volonté se voit par exemple en filigrane dans l'une des rares séquences originales, celle du barrage, malheureusement d’une laideur hallucinante, et aussi mal montée que le reste. Hélas, le film est bien trop uniforme et d'un rythme trop monotone pour soulever un quelconque point de vue de mise en scène. Zombie semble avoir renoncé à ses velléités artistiques, revoyant tout à la baisse (le son notamment, moins riche et incroyablement attendu), toutes ses intentions esthétiques, pour ne plus faire que de l'illustration de scénario... ce que n'était jamais, dans mon souvenir du moins, HOUSE OF 1000 CORPSES, justement. Outre la laideur globale de ce film, le sentiment le plus présent est celui de la tristesse : celle de voir un réalisateur un peu hors norme se ranger des voitures et accoucher d'un film absolument banal, qui remplit absolument tous les canons de la mode qui régissent actuellement le cinéma fantastique. Dès le deuxième film, Rob Zombie, l'indépendant, est complètement rentré dans le rang. C’est quand même un peu triste.

Complètement Vôtre,

Dr Devo
 
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Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /Juil /2006 12:04

Publié dans : Corpus Filmi
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