TOY BOY de David Mackenzie (USA-2009): Cleaniquement Mort.

Publié le par Invisible







[Photo: "Charity Reigns" par Invisible.]





En ressortant de TOY BOY, je pensais à une scène du roman MELMOTH de Maturin, un chef d'œuvre gothique, à la construction vertigineuse (dispo chez Bouquins, le must de la plage). Le passage où le Diable relativise la passion amoureuse : enfermez les deux tourtereaux les plus fondus l'un de l'autre dans une pièce close pendant trois jours, dit le diable, laissez-les gazer, pisser, chier, mourir d'eau et de soif, et vous verrez ce qu'il reste de la passion avec un grand pet.

 

Le scénariste de TOY BOY partage le dépit du diable de Maturin, pour lui les choses sont simples : le monde se divise en trois catégories, les riches, les putes et les geeks. Le réalisateur embraye, sans se poser la question qui eût fait un bon film : je suis riche, dois-je faire ma pute pour plaire aux geeks ?



Ashton Kurter est un beau gosse qui débarque à Los Angeles afin de faire viande fraîche dans la vie, il séduit des femmes riches mais seules, s'incruste chez elles et bouffe alternativement du caviar et de la chatte (je suis cru, mais le film l'est aussi). Devenu homme-paillasson pour Anne Heche (NIP/TUCK), il profite des voyages d'affaires de la dame pour organiser des parties et se taper de la jeune cuisse. Un jour, il croise une jolie serveuse qui le rejette, ce dont il n'a pas l'habitude, voilà notre play-boy ferré, et amoureux. Mais l'amour est-il possible entre minet et minette, à Los Angeles, alors que le moindre donut est à neuf dollars ?

 

TOY BOY se laisse voir, mais ne se laissera sûrement pas revoir. Le réalisateur semble avoir été présent au tournage de quatre séquences, qui sont les plans-séquences. La meilleur, c'est la troisième : Ashton retrouve Anne à l'anneau central de l'hôpital, une nappe troublante précède le sentiment du héros, et la nausée viendrait ainsi presque au spectateur en apprenant le motif de l'opération. Hormis cette nappe, bah rien de bien costaud ni d'étrange. La musique illustre systématiquement le propos, mais une fois que le propos est déjà saisi (aparté, la musique semble un catalogue de reprises des illustrations sonores de LOST HIGHWAY, mais à la façon dont chez Quick ou Mac Do, on entend des reprises de Madonna joués par des sous-marques), la musique comme la photographie ou le cadre tirent vers le rock FM, ce n'est pas désagréable, même loin d'être indigent, y a quand même un savoir-faire et le spectateur n'est pas étouffé par des cadres irrespirables, mais la fleur de peau n'éclôt jamais.

 

Après avoir pensé à MELMOTH, je songe à ce que me disait un ami qui travaille actuellement comme assistant-réalisateur sur une série télé, et qui observe donc comment ça passe sur ces plateaux : on tourne à plusieurs caméras, dans toutes les valeurs de plan, il n'y a pas de décideur. Ensuite, au montage, il n'y en a pas non plus, du coup, on garde tout et y a pas de perdant. Ici, on sent davantage de mise en scène, de volonté, mais tout ça pour quoi ? Au fond, c'est kif-kif, du bon ciné, comme on pourrait dire de la bonne télé. Exemple exsangue : le gigolo Ashton plonge dans la piscine maousse de madame Heche, un coup de louma nous éloigne de la piscine, vlatipas qu'on retrouve notre gars Ashton (et ce, sans coupe) à l'autre bout du bassin sortant de l'eau pour engloutir un gros club sandouiche délicieusement posé sur le pourtour en pierre. So what ? Certes, le plan est rigolo, mais bon... où est la chair ? Mes pauv'z'amis, je ne vois dans ce film-club sandouiche bourré de plans cul, que crudités.

 

Le scénario, et le personnage trouble de la jeune fille, offraient pourtant place à un déploiement tout à fait personnel de la mise en scène, las, le gars MacKenzie fait le job, son film n'est ni bon ni mauvais, ça se regarde groggy dans l'avion en comptant les épouses d'Eddie Barclay pour trouver le sommeil. MacKenzie illustre le texte au lieu de l'excéder, de le chauffer, comme si le texte allait faire le taf, alors que sans créer de déséquilibres (sauf dans ces plans-séquences, donc six minutes de film, et encore, pas du nanan), sans jouer avec des sentiments (par le montage ou le mixage), on n'allait pas ressentir tripette. Sa seule arme pour faire mordre le spectateur aux tourments de son héros : le torse nu d'Ashton exhibé pendant un tiers de film, dommage, c'est pourtant beau un pull qui bouloche.

Invisible.







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Publié dans Corpus Filmi

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