[Photo: "Ajouter Comme Amie ?" par Dr Devo, d'après une photo d'Amanda Knox.]





 

"On est quand même pas des sauvages" devait être quelques heures plus tard la première phrase que j'entendais en entrant dans le bar, sur ma droite, presque derrière la porte, dans le petit repli d'angle du zinc, où traînait Lulu La Fine, hommage à soin poids plume, toujours en tenue "pump-up-the-jam"  un peu surannée, toujours au même endroit.

 

 

Plus tôt. J'abaisse consciencieusement l'abattant de mon e-book, et contemple l'angle formé par celui-ci, d'un noir impeccable qui reflète un peu la lumière des lustres imitation bar américain au plafond de la salle de repos, avec la table marron-bordeaux, simple mais élégante qui dépareille quelque peu. Je profite de ces quelques secondes de repos pour me repaître de l'incongruité de ce contraste. J'enfile ensuite ma Smalto, et me tourne vers la sortie de la salle. Les canapés envoient des signaux de détresse (des pulls, des sweat-shirts ici et là, comme des balises), comme s'ils n'en pouvaient plus de recevoir les fesses alourdies de fatigue des critiques focaliens collègues, épuisés par une semaine de visionnage mettant les nerfs à rude épreuve. Puisque je décide à l'instant, sur un coup de tête, qu'une coupe en carton recyclé serait le chiquissime de l'été pour aller au cinéma, je mets presque sans m'arrêter une pièce dans le distributeur du fond de la salle, pour un café latte BodyStrong équitable. 15h58. C'est parfait, in petté-je.

 

Le meilleur moment, ce n'est pas dans l'escalier, mais dans les deux rues qui séparent le placide building focalien du cinéma art-et-essai le plus proche. Avec un soin méthodique, je porte mon mug équitable à mes lèvres tranquilles tous les treize pas, dans l'unique but d'impressionner les habitants du quartier, essentiellement des commerçants qui, à cette heure, commencent à comprendre que la fin du tunnel est proche. C'est là que j'entre en scène. L'élégant froufrou de mes ourlets, noirs bien sûr, me mettent en confiance, tandis que je franchis la porte vitrée du cinéma pour poser tranquillement mais fermement un billet trop gros par rapport au prix de la place. J'attends que la caissière demande le titre du film pour lever mon regard vers elle. Pendant un très bref instant, je crois lire sur la tourelle de l'ordinateur qui lui sert de caisse, le logo de la marque DALE. Je range la monnaie dans ma poche, comme si de rien n'était.

 

Je m'assieds dans les nouveaux fauteuils de la salle sans remarquer la moindre différence avec ceux d'auparavant, quand je remarque, au sol, l'étrange nouvelle moquette de rayures bicolores bleues ! Je n'ai pas le temps de m'interpeller moi-même, car le film démarre.  La xénon hurle tranquillement dans le lointain, tel le coyote.

 

 

GIRLFRIEND EXPERIENCE de  Steven Soderbergh, USA, 2009. Avec Sasha Grey.

 


Plus tard, en poussant la porte du bistrot où souvent nous trouvons refuge, à ce moment précis où on peut répondre à la question "Où aller boire une verre après le film? ", la phrase prophétique de Lulu La Fine résonne curieusement pour la deuxième fois à mes oreilles. Invisible est à l'autre bout du zinc, et cogne avec tendresse, bien qu'il soit déjà plus de dix-sept heures, un œuf dur, sans doute l'héritage des Audiard et autres jonques de la génération précédente. Je sais qu'il décante, que le cerveau carbure à plein régime, qu'il écrit déjà quasiment. Je le laisse tranquille...

 

 

Quel drôle de zigue finalement, ce Soderbergh... Il a commencé en faisant dans le prophétique, en quelque sorte, vraiment navré - et c'est bien le seul dans l'Histoire - de recevoir sa Palme qui arrive trop tôt, et qui le laisse avec sa question métaphysique : "Et maintenant, que faire ?". Il a bien géré la barque longtemps, Mr 10-volts, et la jeune génération ignore peut-être la série des KING OF THE HILL, A FLEUR DE PEAU, le superbe KAFKA, L'ANGLAIS, etc... Depuis quelques temps, la position est plutôt celle du faux martyr. Un coup, un gros machin insignifiant, LE CHE 1, au hasard, et un coup un petit bidule gourmand et beau, tel BUBBLE, le tout en hurlant que la pêche au gros poisson lui permet d'investir dans son bel aquarium de salon. Mouais... Pourquoi pas faire de beaux films à chaque fois, dis-je immédiatement, ce à quoi Lulu répond, sans hésitation : "Bah ouais !". Soderbergh, c'est pas le genre d'aminche à faire dans la totale generous-attitude, il le cultive en pot sur le balcon, son statut d'outsider libre. Et dans un geste baroque, j'enlève ma veste de designer, pour un tee-shirt même pas imprimé de chez Monoprix et une surchemise à carreau...

 

GIRLFRIEND EXPERIENCE s'inscrit dans la logique du réalisateur, côté impair, et ça tombe bien pour le lecteur en mal de métaphore (Tu en veux ? Je t'en donne !) car il s'agit de prostitution. Ouvrez la colonne "petit machin".




Sasha Grey est jeune, bon sang, à peine la moitié de la vingtaine. Elle est canon dan son petit genre. Son métier, c'est d'aller boire des verres dans les bars chics du Lower West Side, de fréquenter le cinéma, tiens, j'avais pas remarqué, de manger de la nouvelle cuisine dans des assiettes à quarante dollars. Et puis, de faire les magasins de vêtements à la recherche du plus chic, dans ces boutiques où l'on n'expose qu'un exemplaire par modèle. Et puis, surtout, elle fait la conversation, et elle rencontre des hommes qu'elle a soigneusement choisis sur internet. Elle vit dans un loft sublime. Et elle couche. Son petit ami, lui, est coach, est ultra beau-gosse, méga-sculpté. Ils discutent pendant le repas, au retour de leur travail, de l'évolution du bizness, en se reversant un verre, juste un, de ce petit Chardonnay 1988. Mais dans le moment, Sasha prospecte. Si sa petite affaire d'escort-girl freelance marche bien, elle veut encore conquérir des parts de marché, et passer au stade supérieur. Faut-il améliorer son site internet ? Prendre un contrat avec Google ? Faut-il placer ou investir ? Comment passer d'une image de marque élevée à une activité de plus haut standing ? Comment passer de la boutique chic et branchée à la Haute Couture ?

 

S'il a vendu son film comme d'habitude, en petite section donc, comme je disais plus haut, en arguant du fait que ses deux acteurs principaux étaient issus des productions pornographiques, Soderbergh a bien verrouillé les toilettes de l'intérieur. Une fois en salle, l'argument auteur et marketing bon genre change quelque peu de visage. Loin des 97,55% de la production actuelle, Soderbergh ne signe ni une chronique familiale douce-amère, ni un film "dossier de l'écran", malgré l'ambiguïté qui règne sur ce dernier point. Après le côté prolo et policier de BUBBLE, forcément plus séduisant, le fait d'investir ici la haute-bourgeoisie d'affaires change bien la donne, et coince le spectateur cinéphile dans une pièce à néons, très élégante, mais osons le dire, froidasse, et donc, pour le coup, beaucoup moins séduisante que le film précité.

 

 

Et on peut même dire qu'il pousse le bouchon.  Plastiquement, et j'insiste, même si le décorum et les situations sont à l'opposé de la bulle (métaphore dans le filet, et hop !), on est dans le même modousse opérandaille que les autres films de la section "Hauteur" de l'auteur, hahaha. Soderbergh soigne tout. Une photo ultra-léchouillée mais utilisant énormément les éclairages naturels, un beau cadre scope. Il y a toujours un truc intéressant : jeux de profondeur de champs, décalage des objets et des personnages jusqu'à plus soif dans la composition du cadre, jeu point/flou, mixage élégant et riche en textures, surcadre, jeux des lignes dans le plan, jeu d'axe. C'est du gourmand.



Côté montage et narration, ça assure plutôt bien également. Le montage est juste alerte et privilégie curieusement un rythme sans achoppement, coulant, qui fonctionne essentiellement parce qu'il est couplé justement à une narration qui, elle, est très découpée. Si on a l'impression que ces personnages vivent dans une série de lieux cloisonnés où la foule est proscrite, on remarque qu'il y a grosso/modo trois ou quatre gros blocs temporels et quelquefois spatiaux. Les scènes sont courtes, même quand elles contiennent plusieurs plans, et en général, Soderbergh les mélange sans ménagement, et surtout mélange les temporalités. Sur ce dernier point, une construction impressionniste de la chronologie en quelque sorte, il met la gomme, notre réalisateur, et fait même mieux que ça : c'est la base de son film, ses fondations.

 

 

J'en vois déjà beaucoup qui commencent à gouleyer seuls dans leur coin, la bave aux lèvres. GIRLFRIEND EXPERIENCE serait-il le nouveau L'ANGLAIS, film de montage absolu et du coup admirable ? Paradoxalement, pas vraiment. Désolé. L'ANGLAIS est un film tout à fait beau et important, en ce sens que la temporalité était ambiguë et même bien souvent indescriptible. Quoi que l'histoire fût simple, sur le papier, l'incapacité à lire correctement la grille temporelle déployait et décuplait merveilleusement le sens et la sensualité du film, certains plans, par exemple pouvant se lire dans différentes nuances et surtout dans différents temps. Très gourmand. Ici, les évènements du film, sans parler de temporalité, sont très lisibles, peu ou prou. Le rythme est totalement différent, car comme je le disais. Soderbergh cherche un effet de monotonie apparente plus que des ruptures incessantes. Mais il découpe sa narration tout en ruptures. Il y a donc un paradoxe et une opposition, dans le fait que d'un plan au suivant, on peut changer brutalement de temps et de lieux (avec même des retours en arrière), mais que dans le même temps, le rythme est coulant comme un vieux camembert. Donc, sur ce point, on est loin de L'ANGLAIS. C'est toujours amusant de découvrir une scène au bout de vingt minutes de films et de s'apercevoir une heure plus tard que c'est la fin de la scène qu'on est train de regarder en fin de film ! Par contre, mes sensations de spectateur m'amènent à introduire un paradoxe qui, là aussi, va nous éloigner des côtes anglaises. Cette narration kaleïdoscopique n'est pas si cubiste que ça, bizarrement. On a l'impression que le dévoilement des deux ou trois nœuds de l'intrigue, et donc des enjeux cruciaux du film se font de manière assez logique, de manière linéaire presque ! Et ça, c'est du gros paradoxe, Simone ! Ce dévoilement est progressif, et si on rassemble mentalement les différents moments-clés du film, on a une construction assez commune, pas du tout fofolle. Malgré les allers-retours et les autres petites gourmandises, le récit, malgré cette volonté narratrice plus iconoclaste donc, n'est ni choquante, ni renversante.

 

 

Alors voilà un double paradoxe (montage osé/ dévoilement du récit plus classique, ruptures des plans/rythme homogène) assez troublant, surtout qu'en salle, contrairement à ce qui se passe dans cette critique, c'est le rythme calme et tranquilou qui saute à la figure. Pour autant le film est assez peu aimable et fait à peu près le contraire de ce qu'on pouvait supposer a priori. Que les acteurs soient issus du porno n'a aucune importance : il n'y a pas de scène de sexe (il y a un baiser qui arrive assez loin dans le début du film et qui est le premier plan à visage semi-humain du film d'ailleurs), aucun érotisme, aucune sensualité. Malgré le sujet, rien de scandaleux ne se passe ! Le tout est largement froid. Et en fait, ça, pour le coup, c'est vraiment étonnant, et ça mérite donc un nouveau paragraphe.

 

 

GIRLFRIEND EXPERIENCE est froid. L'héroïne est une fille très canon en quelque sorte. Elle mène une existence qui la place dans la haute bourgeoisie d'affaires. Elle gagne énormément d'argent. Loin d'une naïveté quelconque, ou d'un certain "romantisme", c'est une femme d'affaires attentive, assez calme et posée, qui connaît très bien les tenants et aboutissants de son affaire, et là je ne parle pas de sexe ou d'habileté au travail (puisqu'on ne le voit pas, enfin si... j'en reparlerai). Sa force, et c'est pour ça qu'elle réussit dans la vie, c'est de connaître extrêmement bien sa clientèle. La chose n'est d'ailleurs pas si étonnante que ça : c'est en choisissant rigoureusement ses clients (la scène au téléphone qui commencera à craquer le vernis du film d'ailleurs) qu'elle a imposé et monté sa boîte. Elle fréquente des gens qui vivent dans le même milieu qu'elle. [C'est d'ailleurs le seul point ironique de la chose : avoir pris des acteurs pornos, c'est-à-dire le bas de l'échelle sociale de l'actoriat (et le plus bas maillon dans la chaîne de l'anonymat), pour faire le portrait d'une femme qui dans son domaine, le sexe, a réussi à monter une boutique de luxe qui est le top de l'exception et qui gagne bien plus qu'une vulgaire actrice porno !]. Ce qu'on voit dans le film, finalement, ce sont des gens en train de s'offrir un moment de vie sociale. Les clients ne discutent que d'une chose : les affaires. Et ça tombe bien en quelque sorte, car Sasha Grey est avant tout une femme d'affaires elle-même. Avant même que les incidents ne se déclenchent (en gros le voyage à Las Vegas opposé au week-end bizarre de Grey), et ça aussi c'est plutôt étonnant, on est dérangé sur un point. C'est que cette affaire froide de bizness ressemble fort à une communauté sociale et humaine qui vit d'ailleurs en vase clos. Et en quelque sorte, le film de Soderbergh est aussi un film sur l'ère internet, c'est-à-dire sur la construction d'un réseau social, mêlant privé et public, travail et lien social, et où les personnages, enfin l'héroïne qui rappelons-le est jeune, construit un tissu d'amis, comme on dirait sur Facebook. Et je dirai même plus, un réseau logique d'amis. En construisant au fil des années sa clientèle, Grey a construit également sa vie. Ca fait froid dans le dos. C'est l'Art dans la Vie (sans jeu de mot graveleux) et la Vie dans son Art en quelque sorte. Toutes les conversations dans les périodes "escort" ne tournent qu'autour de la vie de famille et encore plus sur l'évolution du marché et des affaires. C'est un monde "d'amis Facebook", c'est-à-dire un réseau de connaissances. Et ces gens sont extrêmement bien éduqués, cultivés peut-être (enfin, ils ont de la culture chez eux, comme le montrent les plans d'ouverture). Ils sont d'une courtoisie à toute épreuve. On est dans une politesse, au sens anglo-saxon du terme, à toute épreuve. Le conflit n'existe quasiment pas. Et quand il apparaît (grossièrement on peut dire que ça arrive une fois dans le film), la réaction de Grey est nette : TU ME RESPECTES !! Et c'est un ordre. Le seul conflit du film amène un geste d'autodéfense. Prise la main dans le sac à paradoxe, Grey défend son territoire, c'est-à-dire sa propre personne, et là, tout le tableau prend une coloration différente : il tient à peu ce réseau social. Il y a donc une superposition ambiguë d'un certain libéralisme bicéphale (au sens large, le film n'est ni anticapitaliste ni le contraire) car à la fois relevant du bizness et du social. Pas de place pour les sentiments. Enfin, peu. Et le tout baigne dans une sorte d'hédonisme d'affaires, un peu mou. La phrase inversée de David Byrne, si américaine, qu'on retrouve dans le merveilleux film du chanteur TRUE STORIES, cette phrase si drôle est totalement incarnée ici : « Be sexy at your office, be sucessfull at home. »

 

 

Il y a une scène de sexe dans le film, une seule et c'est la dernière. Je ne dis rien. Mais il n'est pas étonnant qu'on finisse là-dessus. Et d'ailleurs, dans cette scène, parfaitement réaliste, c'est du sexe frontal, on ne cache rien. Le film, et là je lâche ma bombinette (oui, ok, je ne suis pas un génie, car c'est dit dans le film) est en fait, et c'est assez curieux, le prolongement d'un livre et d'un film bien connus ! GIRLFRIEND EXPERIENCE est la suite, la variation moderne, et aussi l'antinomie complète de AMERICAN PSYCHO. Et c'est ça le plus important. Dans les années 80/90, le psychopathe est un trader, et l'ambiguïté se focalise sur une question: est-ce un séminole-killeuh qui a pour couverture trader, ou le contraire ? En 2000, les choses ont évolué. Le héros est une femme bien sûr. Et surtout, le monde est bien plus policé. Tout ici se joue dans le respect des règles et dans la courtoisie. Politesse est bien le mot. La sauvagerie a muté du grand-guignolesque totalement épouvantable que le film AMERICAN PSYCHO avait si bien su transposer, à une propreté et une régularisation des échanges absolument civilisées. Tout est négociable, tout se passe en dehors de toute violence. Tout est objet d'affaire, le bizness, le réseau amical, et le sentimental (ici presque, mais seulement presque, absent). Mais le rapport social est le même: les gens sont plus que jamais interchangeable. GIRLFRIEND EXPERIENCE est donc bien la suite de AMERICAN PSYCHO et commence là où se terminait l'œuvre de Ellis. Quand Bateman se dénonce et veut mettre fin à toute sa série de meurtres abominables de manière surréaliste, IL NE SE PASSE ABSOLUMENT RIEN. Cet évènement, et c'est bien le seul, s'annule et n'existe pas. C'est le trou noir ultime. Le film de Soderbergh se passe dans cette société nouvelle. Il ne se passe plus rien. Le fait d'avoir choisi une héroïne à peine belle, mais certainement jolie, sûrement bête, est finalement assez logique.

 

 

 

Alors, oui tout ça, c'est très intéressant, et on aura compris que GIRLFRIEND EXPERIENCE est une construction maligne et relativement osée, d'autant plus que l'ambiance générale, sans être totalement glaciale est complètement froide. En photographiant, montant, et cadrant son film comme dans un magazine de luxe, dans sa caricature calme et posée, Soderbergh réussit en plus à s'amuser ici et là en filmant finalement plus les objets et les lieux que les personnages eux-mêmes. C'est la scène du catalogue Ikéa de FIGHT CLUB, sauf qu'ici ce n'est pas Ikea mais Gucci et Versace ! Le travail est incroyablement dématérialisé, et aussi la vie personnelle. C'est donc intéressant. La froideur globale de la chose joue totalement en contradiction avec ce qu'attend le public, mais en même temps, donne exactement ce que le public aisé, ce que le public culturellement éduqué adore : un film conçu comme les catalogues ou revues où sont détaillés les dernières tendances de mode, d'habitat et d'objets high-tech. Que le film ne marche pas est donc assez délicieux, et à mon avis, c'est parce que le film décrit de manière trop réaliste ce que vit le public art et essai ! Rires !

 

Non pas que je veuille flinguer le Soderbergh sur la ligne d'arrivée avec mon fusil à lunette, mais il faut quand même rajouter un bémol assez gros qui est tout à fait personnel. Pour ma part, même si ce n'est qu'un élément de la structure globale du film, la narration ne remplit pas totalement mon ventre gourmand. Le jeu sur la temporalité est bien sûr toujours plaisant. Mais d'un point de vue narratif, le dévoilement de l'intrigue me paraît moins moteur d'ambiguïté et donc de multiplication des sens que dans L'ANGLAIS. En un mot, c'est beaucoup moins malicieux, plus sage. On est beaucoup moins perdu, ce qui est toujours un peu dommage. Et il manque aussi certainement un bloc d'abstraction supplémentaire, dans le sens où je trouve qu'il n'y a pas de grains de sable poétiques. La machine se mord rarement la queue en quelque sorte. Dans un projet plutôt brillant, au propos bougrement intéressant, je trouve globalement que le compte n'y est pas tout à fait. L'option de rythme devrait pourtant me séduire, et sans devenir une pâtisserie baroque, le film aurait pu devenir un objet plus chahuté, plus surprenant. C'est bien écrit, ça tombe sous les doigts et soyons clairs, c'est à cent coudées des films que l'on nous a proposé cette année. Il ne faut jamais reprocher à un film ce qu'il aurait pu être ou ce qu'on aurait voulu qu'il soit. Ceci posé, le juge suprême est quand même le goût, et la critique est un métier de spectateur avant tout. Et ici, malgré la belle carrosserie et une architecture du moteur non moins intéressante, sensuellement, le film ne m'a pas complètement excité, et il reste au fond de moi cette petite voix qui me dit que Soderbergh en a encore sous le pied probablement. J'aurais bien pris un peu de monolithe noir en dessert. Même si ce film est un des rares qui mérite en cette année 2009 d'investir dans une place onéreuse, surtout que l'objet est vraiment joli, il manque peut-être d'un élément ou d'une petite couche d'insignifiable.

 

Je suis interrompu par Lulu La Fine, à brûle-pourpoint, avec un "Tiens, on dirait que ton collègue cherche à te causer". Je remets ma veste et rejoins effectivement Invisible, tout sourire, qui a déjà commandé un Picon bière pour moi, et qui en me serrant la main dépose astucieusement un œuf dur dans ma paume, ce à quoi je réponds par un salut marqué et un "Ca tombe bien, j'avais faim". Et d'un geste élégant, je réajuste ma veste.


Dr Devo.







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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 14:13

Publié dans : Corpus Filmi
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