Chroniques de l’Abécédaire, épisode 8, première partie : Culte des gnomes pour l’alligator en chocolat dans le rêve de l’inspecteur embrassé par une gargouille pour la bonne cause.

Publié le par Le Marquis

Photo : "L'horreur est un luxe trop cher pour les désespérés" (Le Marquis)

Alors que je cavale pour rattraper mon retard dans la rédaction des Abécédaires, les visionnages se poursuivent avec entrain, complétés en cette période de vacances estivales par de plus fréquents à-côtés. Petite excursion en salles tout d’abord pour aller juger sur pièce, en compagnie focalienne de Tchoulkatourine, des très belles qualités de BUBBLE, le dernier film de Steven Soderbergh : épuré, sec, émouvant sans une once de sensiblerie et d’une redoutable acuité. Les visites ensuite. Celles notamment du Dr Devo et de Tchoulkatourine donc, qui viennent briser le rythme de l’Abécédaire pour la bonne cause et permettent de découvrir de redoutables navets comme AMOUR ET AMNÉSIE, quelques gourmandises assez faisandées comme LA FORCE D’AIMER, extrait de la collection Harlequin, mais aussi, l’honneur est sauf, de beaux morceaux de cinéma comme le singulier PREY de Norman J. Warren ou le FORBIDDEN ZONE de Richard Elfman. Une mention spéciale pour ma part et dans ce contexte pour le film KILLER COP, inédit fauché présenté dans une copie recadrée mais en VOST, qui aurait pu être un thriller social très sombre si le scénariste n’avait pas lâché les chiens en orientant incessamment le propos, et de manière parfois très inattendue, vers la comédie la plus absconse, en roue libre, cet aspect du métrage étant porté à bout de bras par l’acteur Wade Williams, qui livre ici une des performances les plus spectaculairement absurdes qu’il m’ait été donné de voir récemment. Mauvais film, peut-être, mais sur un versant hautement atypique qui en fait un objet assez hors-norme. À part ça, je viens enfin de recevoir le coffret « 50 Chilling Classics », qui me promet, sinon de belles découvertes, au moins de vraies perspectives de prospection, de quoi éveiller ma plus vive curiosité. Je souligne au profit de ceux qui peuvent être intéressés par l’objet que tous les films proposés sont en VO non sous-titrée, que le format est exclusivement en 1.33 y compris pour les films tournés en cinémascope, et que les copies accusent la rareté de métrages manifestement issus de vieilles VHS usées jusqu’à la corde. Il est donc déconseillé d’en faire l’acquisition si c’est pour s’offrir des copies de GOTHIC, des FRISSONS DE L’ANGOISSE ou du SPECTRE DU PROFESSEUR HITCHCOCK (elles sont recadrées et très laides), dites-vous bien que le rapport qualité-prix est explicite, et que c’est la grande rareté des titres qui doit vous motiver. Je précise enfin que l’éditeur a rectifié le tir concernant la bourde de THE BLOODY BROOD, thriller des années 50 avec Peter Falk qui avait été remplacé sur le disque par GOD TOLD ME TO de Larry Cohen ; et que l’éditeur en a profité pour supprimer trois films (problèmes de droits ?), à savoir THE CAPTURE OF BIGFOOT, CHRISTMAS EVIL et THE MILPITAS MONSTER, remplacés par THE LEGEND OF BIGFOOT (pour le coup, un documentaire !), WEREWOLF IN A GIRL’S DORMITORY (mieux inconnu sous le titre LYCANTHROPUS) et DEVIL TIMES FIVE, film jadis distribué en VHS sous le titre CINQ FOIS LA MORT. Vous voilà informés. Me voilà bien loti. Et si nous parlions de cinéma ? Disons, un film en A comme…

 

 

 

ALLIGATOR, de Sergio Martino (Italie, 1979)

Les sauriens sont décidément de vraies saloperies, toujours prêtes à venir dévorer les nôtres, et dans le cadre du film d’agression animale, où, il faut bien le dire, on croise plus rarement des hamsters, ils sont si nombreux qu’ils finiraient presque par former à eux seuls un sous-sous-genre. On aura ainsi évoqué sur ce site les exactions du CROCODILE DE LA MORT, et celles, nettement plus Z, d’un mémorable KILLER CROCODILE II.

Le film ALLIGATOR de Sergio Martino était une Arlésienne : j’en entendais beaucoup parler sans jamais avoir l’occasion de juger sur pièce. C’est chose faite avec la sortie d’un DVD de facture moyenne et en VF, laquelle nous annonce pour sa part que nous avons affaire en réalité à un caïman géant – mon oncle Hubert me souffle d’écrire que c’est caïman la même chose, mais je refuse de l’encourager.

Il est ici question du développement en pleine jungle d’une sorte de parc d’attractions à thème (le bien nommé pont du crocodile, ou un « radeau de Tarzan » qui va tenir le premier rôle dans la dernière partie du film). Bien sûr, cette construction implique une déforestation sauvage à visée touristique, qui se fait naturellement au détriment des indigènes locaux, les Kuma, dont l’histoire ne nous dit pas s’ils détiennent le totem symbole de leur immunité – et même si certains d’entre eux ont trouvé un emploi dans le parc. Alors qu’arrive le premier flot de touristes, ainsi qu’une équipe de photographes de mode parmi lesquels nos scénaristes vont piocher des héros pour l’intrigue (dont la jolie Barbara Bach), les tam-tams d’inquiétude et de contrariété résonnent perpétuellement en fond sonore : les Kuma sont mécontents de voir leur territoire ancestral souillé par l’homme blanc porteur de bob et mangeur de glace, et surtout ils craignent que cet affront à la nature suscite la colère de leur redoutable dieu-alligator, Kruna – et d’ailleurs, le moindre tronc d’arbre flottant provoque la panique chez les employés Kuma. Ces employés, payés avec des jeans, quelle condescendance, ont pourtant raison de se faire du mouron, et Thena, superbe mannequin noire, et son amant d’un soir, partis faire trempette en pleine nuit, sont les premières victimes de l’alligaïman.

ALLIGATOR dément rapidement sa réputation très Z en imposant un rythme étrange, de beaux efforts de montage, des cadrages soignés. Bien qu’il souffre parfois d’effets spéciaux un peu limites (rarement montré dans le détail et souvent sagement dissimulé par l’obscurité, Kruna l’alligator est assez grotesque en plein jour), le film tire moins vers le Z que vers la série B de bonne facture, et s’avère au final être un assez bon film d’aventures, preste et soigné. Quelques stock-shots animaliers tendance snuff, très à la mode dans le cinéma bis italien de l’époque (voir LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE du même Sergio Martino, ou CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato), semblent ici avoir été écourtés au montage (scène du singe jeté aux crocodiles), ce qui, pour être tout à fait honnête, ne me semble pas dommage. Le film connaît un petit tassement en cours de route lorsqu’il se prend les pieds dans les poncifs du film catastrophe, mais relance astucieusement l’intérêt en nous montrant la troupe de touristes partir en mini-croisière sur le lagon à bord du « radeau de Tarzan », bien vite pris d’assaut par le vilain caïgator : lorsqu’ils tentent de rejoindre la berge, ils réalisent que les Kuma, excédés, ont décidé de mettre le holà, ont massacré le personnel de l’hôtel et exécutent à vue tous ceux qui tentent de quitter le radeau – autant vous dire que la croisière ne s’amuse guère, et que cette portion du film est particulièrement réjouissante. ALLIGATOR se regarde plus qu’agréablement, et bénéficie autant de la présence de Barbara Bach, très sexy lorsqu’elle est entravée sur un radeau en offrande à l’alliman, que de celle de ce personnage de fillette mal embouchée, interprétée par Silvia Collatina (LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE), répondant au prénom de Minou, et passablement salasse quand elle mate les mensurations du héros avant de faire un clin d’œil appuyé à Barbara Bach. Aux innocents les mains pleines…

 

 

 

 

B comme… BLOODGNOME, de John Lechago (USA, 2004)

Nous restons dans le domaine du scabreux avec ce tout petit film tourné pour le marché de la vidéo, se déroulant dans les milieux sado-masochistes, comme l’annoncent ouvertement un générique bondage et une première séquence nous montrant les ébats d’un couple cuirs et chaînes, soudain lacéré par des créatures invisibles – ils étaient branchés scarifications, ils sont servis ! Et ces meurtres se multiplient dans les milieux SM. La police est perplexe, mais pas autant que le journaliste chargé de filmer les investigations : après une vilaine chute, son caméscope parvient à capter sur les lieux l’image de gnomes invisibles et voraces. Doutant de sa fragile santé mentale, le journaliste contacte une adepte SM qui va l’assister dans son enquête – non sans l’initier à des pratiques diverses et variées. Ils vont découvrir qu’une maîtresse SM très en vue et accessoirement dealeuse d’une drogue étrange (Julie Strain, grrrr miaou) détient dans son arrière-boutique une créature monstrueuse, sorte d’énorme vagin denté crachant des bébés gnomes lorsqu’il a été nourri de chair humaine et répondant au nom de « Maman », et que la drogue qu’elle distribue dans le milieu est secrétée par Maman, rendant la chair des sado-masos consommable pour ses gnomes.

Oui, c’est un peu compliqué et un rien tordu. Les gnomes en question ne risquent pas de rivaliser avec le Golum de Peter Jackson (bien qu’il soit un peu trop cabotin pour mon goût – j’ai un peu regretté que sa conception ait changé en cours de route, sa première apparition reste la meilleure, fermons la parenthèse), mais leur animation, effectuée sur le plateau, est correcte dans les limites de cette petite production, du reste plutôt mal réalisée mais emballée avec enthousiasme, et nettement plus érotique que la moyenne. Dommage que l’éditeur, Antartic Video, dont le catalogue est assez varié, ne propose pas plus souvent de la VO.

 

 

 

 

C comme… CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, de Tim Burton (USA, 2005)

Alors que les adaptations de contes, qu’ils soient littéraires ou de tradition orale, laissent le plus souvent franchement à désirer (les relectures par Disney sont à vomir), il est intéressant de constater que l’œuvre passionnante de Roald Dahl est globalement plutôt bien servie par le cinéma : sans être parfaits, JAMES ET LA PÊCHE GÉANTE de Henry Selick (malgré une musique pas fameuse), MATILDA de Danny DeVito (malgré la pénible petite Mara Wilson qui en fait des caisses) ou le remarquable et malchanceux LES SORCIÈRES de Nicolas Roeg (et son happy-end stupide imposé par la production – ce qui n’a pour autant pas aidé le film à être distribué !) restent des adaptations fidèles à l’esprit généreux, sardonique et impertinent de l’auteur, et des films plus qu’estimables. Pour faire plus court, je n’ai encore pas vu d’adaptation de Roald Dahl piétinant le matériau pour n’en extirper que la guimauve, comme c’est si souvent le cas pour un Hans Christian Andersen bien maltraité par le 7e Art – si les petites fans d’Ariel, la sirène qui chante avec des crabes, passent par là : mes petites chéries, en vrai, votre héroïne se suicide à la fin ; bonne journée.

Venons-en maintenant à cette nouvelle adaptation de « Charlie et la Chocolaterie » par Tim Burton (avant d’aborder prochainement celle de Mel Stuart). Deux mots sur Tim Burton pour commencer. L’impact de son très beau ED WOOD semble plutôt lui avoir joué des tours, suscitant par la suite des déceptions chez ceux qui attendaient de lui qu’il enchaîne sur une carrière d’auteur (quoi que ça puisse bien vouloir dire). Les déçus de MARS ATTACKS, SLEEPY HOLLOW ou BIG FISH, leur reprochant souvent leur maniérisme, semblent oublier qu’avant ED WOOD, Burton avait aussi réalisé BEETLEJUICE ou PEE WEE’S BIG ADVENTURE : Tim Burton a toujours travaillé avant tout sur la forme, faisant naître l’émotion de figures graphiques et très épurées (VINCENT), teintées d’une amertume plus ou moins accentuée, mais toujours sur un plan formel, qu’il soit esthétique ou narratif. Les faveurs tendent plutôt vers ses œuvres les plus noires (ED WOOD, BATMAN RETURNS), œuvres admirables et fortes qui sont pourtant minoritaires dans sa carrière, plus portée vers un divertissement dissipé, vif et par dessus tout graphique. MARS ATTACKS ne me paraît absolument pas plus creux que BEETLEJUICE, SLEEPY HOLLOW ne me semble pas plus artificiel qu’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT – mais je n’ai personnellement jamais trouvé le cinéma de Tim Burton creux ou artificiel, même dans ses productions les plus récentes, déplorant simplement qu’il se soit perdu à deux reprises (BATMAN, LA PLANÈTE DES SINGES) dans de grosses productions dont la maîtrise lui a échappé. Je ne comprends donc pas vraiment en quoi son cinéma, qui a toujours été inégal, tant dans son inspiration que dans ses aboutissements, aurait régressé ou patiné dans la semoule ces dernières années, et je pense qu’il a sans doute été trop intellectualisé au début des années 90, ce qui le dessert aujourd’hui.

Mais puisqu’on parle de dessert, concentrons-nous maintenant sur l’adaptation en question. Tout d’abord, et contrairement au Dr Devo (voir son article), je ne suis pas convaincu par l’idée qu’il ait voulu « casser son jouet » en poussant jusqu’à ses dernières extrémités la laideur, le mauvais goût, l’artificialité, pour la simple et bonne raison que ces éléments sont en amont constitutifs de l’univers imaginé par Roald Dahl. Je pense au contraire qu’en jouant sur une esthétique saturée, bariolée et totalement irréaliste, Tim Burton est parvenu à transposer à l’écran les inventions totalement surréalistes du roman, abordant la direction artistique et la photographie comme de pures extensions des confiseries aux couleurs vives et aux saveurs fabriquées qui emplissent l’écran – qui est sucré quand on le lèche, j’en suis certain, même si je n’ai pas vérifié. En comparaison avec le développement de cet univers visuel improbable et constamment inventif, le générique d’ouverture en images de synthèse fait un peu triste figure – en contresens plastique avec ce qui s’ensuit.

La saturation jusqu’à l’écœurement oppose un contraste extraordinairement violent à la longue introduction, fondée sur une imagerie et une esthétique plus classiques, et bien entendu sur l’attente de la découverte du ticket d’or, sur laquelle Burton joue à merveille avec la déception et un suspense malheureux particulièrement efficace. Cette saturation visuelle a le grand mérite de ne pas se contenter de transposer fidèlement à l’écran l’intégralité des descriptions de Roald Dahl, Tim Burton faisant particulièrement preuve d’invention dans sa version très personnelle des oompas-loompas (qui a fait râler les intégristes du roman original) ; elle marque aussi le pas de la lassitude du personnage de Willy Wonka, dont Tim Burton a parfaitement bien compris la nature, et que Johnny Depp interprète à la perfection, sur un registre corrosif, profondément décalé et ostensiblement inspiré par la personnalité de Michael Jackson, option surprenante mais, il faut bien le reconnaître, franchement efficace.

Le traitement de ce personnage est sans doute ce qu’il y avait de plus difficile à développer, et c’est la plus grande qualité de cette excellente adaptation, qui parvient à conserver son ambiguïté (ses répliques cinglantes sont bien celles du roman) en la poussant complaisamment dans une direction cauchemardesque et hilarante, bizarrement pathétique et attachante. C’est aussi avec ce personnage que Tim Burton s’approprie véritablement le matériau d’origine : démarquant Edward aux Mains d’Argent dans sa première apparition en flash-back, Willy Wonka est l’objet d’un prolongement de l’intrigue imaginé par Tim Burton (son enfance auprès du sévère Christopher Lee, puis ses retrouvailles avec celui-ci), qui rejoint les thèmes déjà abordés dans BIG FISH et apporte au film un traitement et une résolution décentrées, moins focalisées sur Charlie lui-même, qui semble moins intéresser Burton. Cette relecture du personnage était un pari fort risqué, qui risquait de dénaturer le personnage et de faire sombrer le film en fin de course dans la guimauve qui, heureusement, ne s’étale que sur l’écran : par un savant dosage (voir la séquence assez brutale au cours de laquelle Charlie refuse le marché proposé par Wonka), Tim Burton et Johnny Depp ont su renforcer subtilement l’étrangeté un peu dérangeante du personnage, et plus encore la maintenir solidement dans la prolongation du récit qu’un autre cinéaste (ou un autre interprète) aurait tirée vers une émotion sucrée et moralisatrice. C’est assez prodigieux de voir le cinéaste insérer le personnage dans son propre univers sans jamais l’altérer ou le dénaturer, ce qui fait de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE un excellent film et une adaptation qui, une fois n’est pas coutume, donne véritablement le sentiment d’une rencontre artistique, harmonieuse et intelligente.

 

 

 

 

D comme… DAYDREAM BELIEVERS, de Neill Fearnley (Canana/USA, 2000)

Passons maintenant à cette biographie télévisuelle des Monkeys. Pour ceux qui ne les connaissent pas, les Monkeys est un groupe monté de toute pièce pour le développement d’une série TV mongoloïde (diffusée il y a quelques années sur Arte), dans une tentative de réponse américaine au phénomène des Beatles. Le film essaie d’ailleurs de temps à autres de faire aussi débile que la série en question (gags crétins à base de déguisements, accélérés à la Benny Hill), ce qui est humainement impossible. Le projet évoque irrésistiblement DANS LA GROTTE DE BATMAN, qui imaginait à la fois une aventure saugrenue mettant en action Adam West et Burt Ward à la recherche de la Batmobile dérobée dans une exposition, en parallèle avec la genèse de leur vieille série TV. Le résultat est loin d’être aussi sympathique.

On note quelques tentatives de mise en scène (l’introduction contemporaine glissant sans changement de plan dans le flash-back), et même une vague ébauche de propos social (Jimmy Hendrix sifflé, image des affiches des concerts collées par-dessus celles des militants de l’intégration), une poignée de scènes perdues dans un océan de stupidité – passe encore, et surtout d’ennui (interminables atermoiements des membres du groupe, en quête de reconnaissance artistique et de respectabilité). Superficiel, atrocement mal interprété (mention particulière pour le pauvre acteur chargé d’incarner Jack Nicholson, à pleurer de rire), le film ne se pose jamais les bonnes questions et s’embourbe peu à peu dans le « biopic » terne, linéaire, décérébré. Lassant, laid, pénible, le film ne nous prépare pourtant pas à l’ignominie de sa conclusion, nous montrant les Monkeys, amers, déçus, parachutés dans une visite d’enfants malades dans un hôpital qui les amène à relativiser très fort leurs propres déconvenues. C’est à vomir.

 

 

 

 

E comme… EVIL CULT, de Wong Jing (Hong-Kong, 1993)

Retour au cinéma hong-kongais après un VAMPIRE HUNTERS de sinistre mémoire. Ce n’est pas forcément la panacée, mais ça va déjà beaucoup mieux. Par contre (mais ça, c’est une composante de la production locale), ça va très, très vite, et il faut vite accepter de se laisser porter sans forcément chercher à comprendre les différentes implications d’un récit trop touffu, sans chercher non plus à mémoriser les noms des très nombreux personnages, au risque dans le cas contraire de vite baisser les bras et d’attraper une aspirine. Mais contrairement au mauvais film de Wellson Chin, EVIL CULT sait calmer le jeu et structurer, au sein de son chaos esthétique et narratif, de superbes séquences d’action ou de comédie.

Le film nous plonge dans l’univers des contes chinois, dans une intrigue construite autour d’une épée légendaire, objet de toutes les convoitises, et d’un orphelin (Jet Li) blessé à la mort de sa mère qui va suivre un parcours initiatique pour trouver la guérison et rompre enfin le vœu qui lui interdit de se battre. Pas toujours très maîtrisé, le film va puiser son inspiration dans le fameux ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE de Tsui Hark, parfois un peu complaisamment (il lui vole notamment le personnage de ce vieillard enchaîné à un rocher au fond d’un gouffre hanté). Il bénéficie par contre d’un sous-texte érotique malicieux qui permet de beaux passages de comédie, et de quelques morceaux de bravoure et de spectacle pur : les effets spéciaux, réalisés sur le plateau (pas d’affreuses images de synthèse comme dans VAMPIRE HUNTERS), sont parfois hallucinants, et quelques séquences superbes sortent vraiment du lot – dont une nous montrant Jet Li agressé par les cordes du luth d’une très belle renarde. Il faut probablement mieux être un peu client de ce type de cinéma pour pouvoir vraiment apprécier, d’autant plus qu’EVIL CULT n’est pas forcément ce qui s’est fait de mieux dans le genre, mais malgré une fin à l’emporte-pièce (après l’insuccès du film, la suite programmée n’a jamais été tournée), le spectacle est d’assez bonne tenue dans l’ensemble.

 

 

 

 

F comme… FOR THE CAUSE, de David & Tim Douglas (USA, 2000)

Retour à la série B avec ce FOR THE CAUSE qui ne paye pas de mine, mais s’avère de plutôt bonne facture, malgré un récit sans doute un peu trop inspiré par le scénario de l’intéressant PLANÈTE HURLANTE. Dans un futur indéterminé, notre monde est en guerre depuis près d’un siècle. Deux cités s’affrontent, très éloignées l’une de l’autre. L’ennemi est invisible et omniprésent, et l’une des deux cités livre le combat en envoyant des soldats au front et en utilisant la technologie des « sorcières », femmes livrant le combat à distance via des espèces de consoles générant à distance des créatures virtuelles et des barrières de protection – mais virtuelles ou pas, leurs armes peuvent aussi leur coûter la vie. Un groupe de soldats et de sorcières est chargé de traverser des contrées désertiques en direction de la cité adverse. En chemin, les traîtrises vont se dévoiler, et les enjeux, la cause en question, vont s’avérer de plus en plus dérisoires, ne servant que des intérêts d’état.

Malgré le manque de moyens évidents d’un film qui souffre un peu de son aspect cheap, les deux réalisateurs issus des effets spéciaux mettent le paquet sur une direction artistique ambitieuse, de plus en plus étrange au fur et à mesure que progressent les protagonistes : lorsqu’ils doivent enfin traverser la montagne qui sert d’enceinte à la cité ennemie, les décors deviennent totalement improbables, grottes obscures éclairées par des rochers aux couleurs vives et fluorescentes. Si les effets infographiques ne sont pas très beaux, la mise en scène, quoique très impersonnelle, reste soignée, et le film aborde son sujet avec sérieux et non sans une certaine finesse, ce qui est rarement le cas dans ce type de petites productions. Des ambitions louables qui font de FOR THE CAUSE une estimable petite série B, ni plus ni moins, et c’est déjà pas si mal, ce qui fait regretter une fois de plus l’absence de VO.

 

 

 

 

G comme… GARGOYLES, de Jim Wynorski (USA, 2004)

Jim Wynorski poursuit vaillamment sa petite carrière insignifiante, et après un Z sympathique (RAPTOR et son hilarant dinosaure-marionnette) et une série B à dormir debout (PRÉDATEURS MUTANTS et ses hideux lézards en images de synthèse), il enchaîne sans grande originalité avec des gargouilles sévissant en Roumanie, encore des images de synthèse pourries malheureusement. Emprisonnées grâce à une arbalète sacrée au XVIe siècle, les créatures ressurgissent lors d’un tremblement de terre, venant semer la mort, et accessoirement le trouble sur une affaire de trafic impliquant des agents du FBI.

Jim Wynorski soigne de plus en plus sa mise en scène (séquence du zoo très composée – sur le papier du moins), et parvient à se hisser péniblement au stade de la médiocrité, ce qui est sans doute un mauvais calcul, car son film perd totalement en caractère et n’a même plus le mérite de faire rire. Son film est donc d’une grande banalité, et il est du reste totalement dépourvu de mystère, ses créatures, pas très convaincantes pourtant, étant d’emblée et complaisamment dévoilées. Prêtre comploteur travaillant à l’avènement des créatures démoniaques, visite du repère sous-terrain des créatures plagiant ALIENS à deux sous de l’heure et grosse explosion finale – avant que les héros du FBI apprennent l’apparition d’OVNI en Sibérie (gag), le film se regarde à peine pour une séquence cocasse en roumain non traduit sur une grande roue, et pour sa direction artistique passable ; il s’oublie aussitôt après nous avoir ennuyé. Ça peut soigneusement s’éviter.

 

 

 

 

H comme… HALLOWEEN IV, de Dwight Little (USA, 1988)

Le Dr Devo a récemment éclusé les trois premiers films de la série des PSYCHOSE et l’étrange remake de Gus Van Sant, les deux suites imaginées respectivement par Richard Franklin et Anthony Perkins étant tout ce qu’il y a de plus honorable, et s’est arrêté à l’opus trois, faute d’avoir vu un quatrième volet de piètre réputation, signé, si ma mémoire est bonne, par Mick Garris. À défaut, je me propose de revenir sur une série nettement moins intéressante, celle qui s’est construite – à grands renforts de contresens et de pannes d’inspiration – autour de l’admirable HALLOWEEN de John Carpenter.

Nous glisserons brièvement sur les deux premières suites. HALLOWEEN II, réalisé par le tâcheron Rick Rosenthal (également aux commandes des OISEAUX II !), initie d’emblée la grossière erreur d’interprétation assimilant le croque-mitaine sublimé de la conclusion du Carpenter à un tueur masqué à la VENDREDI 13 en reprenant le récit à l’exact instant où le premier film trouvait sa superbe conclusion. Non, Michael Myers n’a pas disparu, il s’est juste relevé pour aller tuer les voisins, comme ça, pour faire joli. S’ensuit une traque ensommeillée dans les couloirs de l’hôpital, Myers poursuivant encore et toujours la pauvre Jamie Lee Curtis (brièvement confinée dans les slashers type LE BAL DE L’HORREUR ou LE MONSTRE DU TRAIN, dont elle aura par la suite su s’extirper avec un immense talent). Comble du comble, le scénario, écrit du bout des doigts par un Carpenter peu convaincu qui en a refusé la réalisation, se pique soudain de faire de Jamie Lee Curtis la sœur de Michael Myers, idée un peu stupide qui contribue encore davantage à affadir un sujet déjà bien ténu, qui ne fonctionnait (à merveille) dans HALLOWEEN que par la grâce du style de Carpenter, qui aura rarement été aussi épuré et percutant, et par la force de conviction qu’il avait su conférer au personnage de ce psychopathe échappé d’un asile, simple tueur masqué au début du film, littéralement transcendé dans une dernière demi-heure soufflante pour devenir le « boogeyman » des terreurs enfantines, immatériel, indestructible, irrationnel, doué d’ubiquité. Piètre prolongement.

Consterné par le résultat, Carpenter ne cède aux pressions pour rallonger la sauce qu’à la condition d’abandonner le personnage de Michael Myers. Il propose donc de poursuivre la série en imaginant pour chaque nouvel épisode une intrigue différente, la fête d’Halloween devant servir de simple fil conducteur, et confie la réalisation de HALLOWEEN III à son ami Tommy Lee Wallace (accessoirement spécialisé dans les suites casse-gueule, puisqu’il a également réalisé VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE II et un VAMPIRES II sur lequel nous reviendrons dès la deuxième partie de cet article, les choses sont quand même bien faites). Le film doit probablement sa réputation désastreuse à l’absence du tueur masqué et à la vive déception des fans du personnage, manifestement pas dégoûtés par la franche médiocrité de l’opus 2. Maladroit mais très original, singulier, très estimable, HALLOWEEN III reçoit une volée de bois vert à sa sortie, c’est un échec commercial cuisant, et Carpenter décide sagement de passer à autre chose. Le producteur Moustapha Akkad, détenteur des droits de la série, l’entend d’une autre oreille et compte bien raffler quelques billets verts de plus en prolongeant une série qui a fini par concurrencer en longévité celle des VENDREDI 13, pour ne devenir qu’une franchise sous respiration artificielle de plus.

Nous voilà donc arrivés à HALLOWEEN IV, qui marque naturellement le retour très dispensable de Michael Myers. Bon, bien sûr, c’est un peu difficile : il a tout de même fini dans les flammes, embrasé avec le brave Donald Pleasence dans l’incendie de l’hôpital. Qu’à cela ne tienne, sept ans ont passé à ne pas réfléchir, et les fans ont la mémoire courte. Michael Myers est donc bien vivant et interné, c’est comme ça, pas de questions, vous parlerez à mon avocat. À l’approche de la fête d’Halloween, comme c’est pratique, il doit être transféré dans un autre établissement. Dans l’ambulance, deux infirmiers évoquent l’existence d’une petite nièce du tueur fou vivant dans les environs, ce qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd : Myers sort tout à trac de sa somnolence, trucide les infirmiers et s’en va à la chasse à la nièce, à défaut de sœur, Jamie Lee Curtis ayant trouvé mieux à faire ailleurs, pas folle la guêpe. Entre donc en piste la petite Jamie (ha-ha), fille de Jamie Lee Curtis, elle-même balayée du récit d’un discret revers de la main gauche – on dirait qu’elle serait morte et que sa fille aurait été adoptée, d’accord ? (Bon, son grand retour dans le piètre HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS, désastreuse tentative de rénovation d’une franchise mourante par un des réalisateurs de la série VENDREDI 13, tiens, tiens, nous apprendra qu’en réalité, elle vit plus loin, heureuse avec un grand fils, et qu’elle a en conséquence juste abandonné sa première fille, parce qu’elle était trop moche et ne sentait pas très bon). Jamie est une petite fille très malheureuse, car elle n’arrête pas de faire des cauchemars où elle est poursuivie par un Michael Myers qu’elle n’a pourtant jamais rencontré et dont elle redoute le retour, tout cela est très logique. Quant à Donald Pleasence, et bien, on dirait qu’il n’est pas mort non plus, oh, il est juste un peu brûlé sur la joue, mais le personnage était si cool, pourquoi s’en priver, coco ? Et il revient donc derechef prévenir la ville de la menace qui la menace, d’un ton sentencieux appuyé par de grands roulements d’yeux effarés.

Les bases de l’intrigue se voyant solidement (hem) posées, l’interminable et répétitif jeu de cache-cache peut commencer, long tunnel de « fuyons, il est ici ! » qui se caractérise par l’imbécillité d’un procédé consistant à nous montrer les personnages claquer des portes sur le tueur et cavaler comme des dératés, ce qui n’empêche jamais Myers de venir leur taper sur l’épaule dès qu’ils s’arrêtent pour souffler un peu. Le summum de la bêtise est d’ailleurs atteint dans la dernière partie, lorsqu’un groupe de personnages s’enfuit à bord d’une camionnette sans réaliser que Myers est à bord, le film appliquant avec la dernière des facilités le procédé facile et déjà usé jusqu’à la corde du surgissement – « fuyons, il est ici ! » – qui, par sa proximité avec les procédés cartoonesques d’un Chuck Jones période Vile Coyote, risque bien plus de faire rire que de susciter l’effroi.

Le médiocre Dwight Little tente bien d’utiliser son joli cinémascope pour placer des ponts stylistiques avec la mise en scène de Carpenter, mais il oublie l’essentiel : jouer de la profondeur de champ ! Sa réalisation s’assèche en deux temps, trois mouvements, coquille vide pompant certaines séquences de l’original (bavardages entre filles dans une voiture filmés à travers le pare-brise) et s’efforçant pitoyablement de reproduire de timides scènes filmées en caméra subjective qui évoquent bien davantage les rives de Crystal Lake par leur manque d’à propos et d’inspiration. Et après un climax foireux, le film tente une conclusion spectaculaire mais très tirée par les cheveux, en forme de boucle avec l’introduction du film de Carpenter. C’est ravissant, mais cette image choc sera prestement occultée dès l’amorce d’un HALLOWEEN V sur lequel je reviendrai une fois prochaine. En bref, un slasher de plus, et pas du meilleur cru, loin de là.

 

 

 

 

I comme… L'INSPECTEUR GADGET, de David Kellogg (USA, 1999)

Retour sur un film cordialement détesté à la première vision. Pourquoi perdre ainsi son temps, me direz-vous ? Et bien, le fait est que le Dr Devo apprécie ce film, pour des raisons qui, même à la revoyure, m’échappent totalement.

Adapté du célèbre dessin animé, le film démarre en fanfare avec un générique assez ignoble : passe encore sur l’animation en images de synthèse, d’une franche banalité, mais la reprise de la célèbre chanson du générique ici utilisée fait partie de ces rares assemblages de sons et de voix capables de me donner envie de me pendre ou de faire du mal à un animal. Passons, donc. Dès l’introduction, le film se lance dans ce qui me semble être une cause perdue d’avance : la restitution live de gags issus du cartoon. À l’exception notable de Joe Dante, qui est souvent parvenu à en tirer le meilleur parti du fait d’une mise en scène élaborée et bien plus fine qu’elle n’en donne l’air (voir LES BANLIEUSARDS), je trouve en général le résultat poussif et à ce point dénué de drôlerie qu’il en devient sinistre. L’espace d’un instant, alors que la première séquence s’achève sur la révélation fracassante qu’il s’agissait d’un rêve, je me dis : bon, fausse alerte, le réalisateur a balancé la sauce, maintenant il va affiner et faire partir le film dans une direction plus cinématographique. Eh ben non, il a trouvé son sac de café, et il mouline, il mouline.

Résultat, le film, déjà pas bien finaud (allo, finaud ?) – voir la scène du gourou, copieusement débile – en plus d’être ultra prévisible et convenu (double maléfique, lutte d’arrache-pied pour accéder à la reconnaissance de la communauté), s’enferre dans l’exploitation systématique d’effets visuels prenant le relais d’une mise en scène aux abonnés absents pour mieux générer des gags à la THE MASK qui feraient passer les SCOOBY DOO pour du Tarkovski. Bon, je concède au Dr Devo la présence effective d’un très vague sous-texte sexuel, bien qu’il ne soit en réalité pas très drôle et bien peu assumé, production Disney oblige (mais je pourrais faire le même reproche à l’ironie de surface du scénario, absolument sans relief). Mais rien n’y fait. Je trouve toujours le film laid à vomir, bête à manger du foin, empesé par une bande originale consternante et respirant le bâclage à plein nez. Allez, je vais faire un petit effort et faire un compliment au film : il a le mérite d’être court, une heure et dix petites minutes douloureuses.

 

 

 

 

J comme… JUMPIN’ JACK FLASH, de Penny Marshall (USA, 1986)

Excellente comédienne aux choix de carrière souvent consternants, Whoopi Goldberg a aujourd’hui quelque chose d’assez faisandé. C’est dommage, car quand on revoit certains petits classiques de ses débuts de carrière, son talent, manifeste dans des films plus sombres comme VOYAGEURS SANS PERMIS, paraît indéniable, ce qu’il est parfois difficile de se rappeler quand on a en tête des titres comme BOGUS, T-REX ou SISTER ACT.

Petite comédie d’espionnage, JUMPIN’ JACK FLASH fait partie du dessus de panier. Whoopi y interprète Terry, employée de banque cinéphile, chargée des transactions internationales profitant de son poste informatique, au grand dam de son patron, pour « chater » familièrement avec les clients – les premiers balbutiements de l’Internet étant à l’époque de la sortie du film d’une relative nouveauté. Elle tombe un jour sur un interlocuteur extérieur au réseau, surnommé « Jumpin’ Jack Flash », espion bloqué en Russie dans un pétrin sans nom qui lui demande de prévenir l’Ambassade. Inutile de préciser que Terry va vite se retrouver embarquée dans une affaire dangereuse.

La réalisation de Penny Marshall est assez moyenne, en rien remarquable, mais le film bénéficie énormément d’un scénario vif et bien construit, d’un rythme solide et d’interprètes attachants (Carol Kane, Annie Potts, Jonathan Pryce, Tracey Ullman). Et Whoopi Goldberg fournit une interprétation d’une réelle fraîcheur, d’une énergie dont elle n’a plus fait preuve depuis des lustres : prisonnière d’une cabine téléphonique, soumise à un sérum de vérité, interprétant « Can’t hurry love » pour se glisser dans une soirée mondaine, armée d’une brosse à dent géante pour se défendre d’un cambrioleur, aux prises avec un broyeur à papier qui a entrepris de dévorer sa robe, elle porte le film à bout de bras, parvenant à faire de cette petite comédie policière anodine sur le papier un moment extrêmement agréable et franchement sympathique.

 

 

 

 

K comme… KISS KISS (BANG BANG), de Stewart Sugg (GB, 2000)

À ne pas confondre avec le KISS KISS BANG BANG de Shane Black, déjà chroniqué par le Dr Devo en ces pages (notez la subtilité de la typographie), le film de Stewart Sugg tente un sujet casse-gueule ouvert à toutes les opportunités. Et se casse la gueule, malheureusement.

Stellan Skarsgaard interprète un tueur à gages lassé de sa profession, qui décide donc de raccrocher et, privé de ressources, accepte de baby-sitter / bodyguarder le fils sur-protégé d’un riche homme d’affaires de ses relations pendant son absence. Problème, Skarsgaard réalise que le fils en question frôle la quarantaine (feu Chris Penn !), et que celui-ci, préservé du monde extérieur puisqu’il n’a jamais mis un pied à l’extérieur de la demeure familiale, a conservé l’esprit d’un enfant de dix ans. Il décide de lui faire voir le monde réel, sans se douter que son ancien employeur, contrarié par sa démission, a chargé ses anciens collègues de l’exécuter.

Le sujet est un peu tiré par les cheveux, mais le film semble vouloir aborder de front plusieurs directions à la fois, et le spectateur patient tente vaillamment de prendre le train en marche, ce que facilitent quelques idées décalées et sympathiques (la tueuse à gages noire en fauteuil roulant) et un soin porté à une mise en scène très composée. Le film se construit principalement, et de façon beaucoup trop appuyée, sur le thème de la paternité : Skarsgaard est à la fois confronté à un homme-enfant, à un père mourant, à une relation amoureuse en plein tremblement de terre (la maîtresse vient de découvrir qu’elle était enceinte) et à une jeune recrue, tueur à gages qu’il a formé lui-même et pris sous son aile. Stewart Sugg aurait difficilement pu faire plus chargé.

J’ai décroché du projet au fur et à mesure que progressait le récit. Beaucoup trop de musique, d’une part, et la succession incessante de tubes finit franchement par taper sur le système. Mais le gros problème provient en toute bonne logique de l’écriture. Le film balance constamment entre la poésie très fabriquée (Chris Penn est d’une légèreté qui doit beaucoup au Robin Williams de JACK), la farce (trop appuyée, ou pas assez), le thriller, le mélodrame, la comédie, sans jamais vraiment trouver un équilibre. Le résultat est donc forcément très inégal, et le sentimentalisme vient en bout de course achever le métrage dans une conclusion cruelle gâchée par une écriture trop démonstrative et par une mise en scène poseuse (ralentis à la DePalma d’un ridicule achevé), empruntée et dépourvue de style. Difficile de vraiment détester une œuvre aussi risquée (et non pas ambitieuse), mais il est impossible de ne pas admettre qu’elle est tout aussi ratée.

 

 

 

 

Tiens, nous en sommes à la moitié de cet épisode 8 ! Je crois que vous avez largement de quoi lire pour le moment, nous allons donc faire une petite pause – la suite ne saurait tarder. D’ici là, voyez des films.

 

 

 

 

Le Marquis

 

 

 

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Photo : "C'est normal d'avoir peur" (Le Marquis)

Commenter cet article

Le Marquis 31/07/2006 02:11

Je conçois effectivement que l'on puisse ne pas être sensible à une esthétique aussi saturée, chacun ses limites, de même que je comprends qu'on puisse ne pas aimer l'étrange dernier film de Terry Gilliam (même si c'est très mal de partir avant la fin), TIDELAND, que, gulp, j'ai adoré.

Guillaume Massart 30/07/2006 23:52

Je crois, d'après les échos que j'ai eus autour de moi, que le rapport à ce film est de toute façon passionnel: soit on adore soit on vomi tout plein. Personnellement, je suis fâché avec l'ami Timmy depuis Big Fish, que je trouve juste nul et bête et régressif dans le pire sens du terme.

La bonne chose, c'est que je n'attends plus rien de lui que du coup, si bonne surprise il y a, meilleure encore sera-t-elle. Même combat d'ailleurs avec l'ami Gilliam, avec lequel je suis fâché depuis deux films, Les Frères Grimm, que je trouve semi-foireux, et surtout Tideland, auquel je n'ai trouvé que des défauts, et qui m'a même poussé à sortir de la salle, d'écoeurement, d'ennui et de mal de crâne dû à un abus de cadres tordus (oui, c'est mal de sortir, mais là j'en pouvais plus).

Mais je respectes quand même, hein, le docteur m'a par exemple confié sur l'oreil... heu, par mail, tout le bien qu'il pense dudit Tideland. Bon, c'est son choix, les êtres humains aussi ont leurs faiblesses, que voulez-vous.

Toute ma mansuétude à vot'dame.

Le Marquis 30/07/2006 18:12

Et bien, que te dire sinon que nous ne sommes résolument pas d'accord ? J'avais bien le roman en tête pour l'avoir relu peu de temps avant de voir le film, et je trouve le travail d'adaptation remarquable.
Quant à JAMES ET LA PÊCHE GEANTE, il ne doit rien à Tim Burton, qui l'a produit mais n'a touché ni à la mise en scène (Henry Selick) ni au scénario.
Mais peut-être est-ce avec le récit de Roald Dalh que tu as un problème ? Car les liens de famille, que le romancier aimait pourtant souvent briser (MATILDA), sont dans son roman à l'image de ce qui nous est montré dans le film, les dysfonctionnements étant curieusement des rajouts de Tim Burton ; et le grand-père y joue, ma foi, le même rôle qu'il tenait dans le livre.
Pour ma part, je maintiens mon attachement à ce film, et à l'implication esthétique et formelle qu'il suscite, bien plus qu'une implication émotionnelle à mon sens guère recherchée, ni par Burton, ni par Dalh, en dehors du parcours de Charlie et de sa famille, personnages assez attachants à mon sens. Entre les gagnants, leurs parents et Willy Wonka, les autres personnages sont d'autant plus étranges ou antipathiques que c'est l'effet recherché.

Guillaume Massart 30/07/2006 14:45

Brrrrr... souvenir écoeuré de Charlie...

Ce que j'en écrivis à l'époque:

Pourtant, ça commençait plutôt bien : la première demi-heure, la mise en place des événements, des personnages, des lieux, de l'univers, est très efficacement emballée. C'est classique, mais tout confort, assez enlevé, drôle...

Mais dès qu'on met un pied dans l'usine, là, pouf, tout l'intérêt s'envole. Je précise que je ne me souviens absolument plus du livre, que j'ai pourtant lu plusieurs fois quand j'étais tout môme. La faute à un scénario poussif et bavard, qui fait du film un espèce de train fantôme sans implication émotionnelle, sans surprise (le côté cyclique et ultra-prévisible de la narration, qui convient bien à la littérature enfantine, est extrêmement redondant à l'image), sans aucune exploitation ni aucun développement des personnages (ils n'évoluent pas, ne décollent pas de leur caricature du départ, sont tous antipathiques - à part Helena Bonham Carter, mais on la voit tellement peu - voire inutiles - à quoi sert le grand-père, dans l'usine ???)...

Enveloppez tout ça dans une hystérie souvent insupportable (autant Johnny Depp arrive à composer qqch d'étonnant, autant les oompa-loompas sont chiants et à baffer dès leur première chanson), un rythme invariant (c'est vraiment le train fantôme, et sûrement pas les montagnes russes) et ajoutez la touche du Burton coin-coin façon Big Fish (quel reniement depuis James et la pêche géante ! les valeurs ici prônées sont complètements opposées : James n'aurait jamais pu s'épanouir s'il n'avait été séparé de sa famille... et j'irais même jusqu'à dire que Malausa ne dit pas que des conneries - même s'il en dit pas mal quand même - dans son texte pour Chronic'Art, voyez où ça me mène) et vous obtenez un soufflé qui se dégonfle interminablement, jusqu'au détestable.

Ma crise de foie à vot'dame.