VANITY FAIR de Mira Nair (UK-USA 2005) et KINGDOM OF HEAVEN de Ridley Scott (USA-2005): Maman, j'ai perdu ma Foi !

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Ce Nez Romain" par Dr Devo)

Chers Confrères,
 
Après une escapade dans la musique la plus bruitiste et sauvage (mais pas seulement !), me voilà de retour parmi vous, après que vous ayez été soignés avec moult égards par Le Marquis qui vous a grandement gâtés. Mais bon, la série B, ça va un temps, et aujourd'hui, retournons au cinéma voir des gros films.
 
Ah ! ben oui, quand il y a un film en VO dans mon pathugmont local (où j'ai une carte illimitée, ce qui explique sans doute certains de mes choix), j'y vais par principe pour faire augmenter les entrées ! Enfin, des fois, je passe quand même mon tour, comme MAN TO MAN, le dernier Régis Wargnier, avec les pygmées qui sont des humains comme nous, et Kristin Scott Thomas, bientôt mûre pour remplacer Andy McDowell chez l'Oréal. Oui, quand même, pour ma propre santé mentale, et pour ne pas dire que des horreurs sur ce blog, quelquefois je passe mon tour, et je laisse filer la VO.
 
Mais pas cette fois. VANITY FAIR passe en VO, certes, mais c'est aussi un film en costumes, et c'est rédhibitoire. A l'instar des films de maladie, les films à costumes sont assez invariablement mauvais. J'en parle dans un vieil article, "Si J'étais Président de la République", ici, où je propose d'améliorer la qualité du cinéma mondial par quelques mesures très simples. Parmi elles donc, l'interdiction de faire des films en costumes. Mais je surmonte courageusement mon dégoût, au nom de mes affinités pour l'actrice Reese Witherspoon. Ah ! Reese ! Pas mauvaise, la bougresse que nous découvrions dans une petite série B il y a quelques années (FREEWAY), et dont je vous conseille également le très beau SEXE INTENTIONS (quel titre idiot ! Le titre original est CRUEL INTENTIONS. Les distributeurs ne savent pas bosser !), relecture triste et iconoclaste des « Liaisons dangereuses ». Deux rôles aux extrêmes qui montrent qu'elle peut tout faire, la petite Reese, et j'irai même jusqu'à dire qu'elle peut assez largement illuminer des films très mineurs. Elle fait donc partie de ces actrices qu'on aime, franche du collier et complètement BDS (pour la notion d'artistes BDS, voir ici). Comme une Selma Blair ou une Fairuza Balk, on l'a croisée, on l'a appréciée et on essaie de ne pas la quitter des yeux. La particularité de Reese étant un physique très particulier, assez loin des canons hollywoodiens actuels. C’est, avec Ron Perlman (HELLBOY), une des rares actrices prognathes d'Hollywood. Respect, donc.
Me voici embarqué dans ce film en costumes, pour les beaux yeux de Reese. Ça se passe au tout début du XIXe en Angleterre. On suit l'évolution de Reese, fille d'artiste sans le sou, qui va gravir les échelons de la société pour devenir appréciée des plus grands, et ce en utilisant son sens de la répartie et une certaine forme de franchise. Mouais, pas de quoi en faire un fromage, à priori du moins. Je crois avoir une syncope au générique, en m'apercevant que c'est Mira Nair qui réalise le film. L'indienne responsable de l'impossible SALAAM BOMBAY est depuis longtemps passée à l'ennemi. Elle a fait un film très con, jusqu'à en devenir Z, et très drôle à regarder : KAMA SUTRA ! Si vous croyiez que l'Inde était le pays de la sensualité, ce film vous prouvera que non. Mira Nair est plus proche d'une grosse choucroute industrielle que d'une fine tranche de foie gras avec son verre de vieux vin. Bref, il a fallu surmonter d'entrée de jeu ce sentiment de m'être fait arnaquer et de me retrouver avec l'ancienne tiers-mondiste aux commandes.
Au final, le film est le parangon du film à costumes : cher, pédant, soi-disant cultivé mais nous prenant pour des débiles profonds, et syntaxiquement inaudible ! Ici, l'histoire a déjà été expliquée mille fois, ne présente aucun intérêt, et est traitée sur un mode irréaliste et révisionniste, un peu comme si Hollywood essayait de nous vendre une comédie musicale dans les camps en Sibérie sous le régime de Staline ! VANITY FAIR est aussi crédible que ça. Techniquement, c'est d'une horreur tout à fait classique : lumière ignoble (et copie mal tirée tirant sur le verdâtre), musique à se pendre, costumes très laids, et aussi, comme d'habitude, pas de montage signifiant (celui qui parle est à l'écran, point barre), cadrage infiniment médiocre, soit avec des mouvements d'appareil coûteux, moches et inutiles, soit en caméra portée, ce qui est plus surprenant, mais absolument indigent ! Il faut presque, dans ces moments-là, que les acteurs viennent se mettre dans le cadre pour ne pas avoir la tête coupée ! Evidemment, l'objectif grand-angle devait être utilisé sur un autre plateau pour un autre film, parce que tout cela n'est fait qu'en plan rapproché ou en gros plan. Je crois que Hollywood devrait se racheter un jeu de grands angles. Bref, il faut en avaler des couleuvres, pour voir Reese Witherspoon, ni bonne ni mauvaise, absolument fade. On croise aussi Rhys Ifans, l'homme sauvage de HUMAN NATURE, ici bizarrement à contre-emploi, ce qui a du charme. Dans la deuxième partie du film, ce personnage fin et attentionné devient subitement con et arrogant, ce qui finit par rendre VANITY FAIR complètement épouvantable. Ça dure 140 minutes, et c'est une vraie torture. Et puis, quelqu'un peut m'expliquer pourquoi les dialogues de ces films sont toujours alambiqués ? "Marquis, votre sens de l'ironie n'a d'égale que la beauté de ces élégantes." La palme du meilleur dialogue allant à un sous-titre encore plus zélé que la réalisatrice. A l'écran, Reese disait : "He gave me this exotic bird", qui fut traduit par "Il m'a fait présent de cette exotique oiselet" ! Hey, arrêtez de nous prendre pour des tarés !
En tout cas, on constate que, de plus en plus, les cinéastes art et essai n'ont qu'une ambition : se faire une carte de visite bien tiers-mondiste, misérabiliste (la banlieue, les usines qui ferment...), et surtout bien humaniste. Quelques films plus tard, on retrouve les mêmes réalisateurs qui mettent en scène le dernier Bruce Willis. Et là, ils s'en foutent plein les poches en exécutant les pires commandes ! Belle intégrité que je salue. Mira Nair, elle, est encore plus drôle, car elle inclut dans son film plein d'allusion à l'Inde, qui est le pays du « Livre de la Jungle » dans ce film, c'est-à-dire un pays merveilleux et sublime aux milles et une saveurs... Bien loin donc de la misère tout aussi hollywoodienne de SALAAM BOMBAY. Le mieux étant que de toute façon, ces films à costumes n'expriment que des sentiments absolument royalistes qu'on donne à manger aux spectateurs du peuple (vous et moi), comme autant d'exemples à suivre ou comme autant de choses merveilleuses. Ainsi, on peut vanter sans aucune vergogne l'ordre le plus socialement injuste, le cloisonnement le plus sévère des différentes populations, et bien sûr le colonialisme, le royalisme, et le capitalisme qui maintiennent le pauvre dans la pauvreté. Évidemment, le pauvre va voir ça au cinéma (c'est-à-dire qu'il paye !) et trouve ça merveilleux, encourageant ainsi ce qui le maintient dans l'esclavage ! J’adore. C'est effectivement très drôle, même si c'est machiavélique. De l'autre côté de la caméra, Mira Nair, en bonne indienne soumise, sans doute bourgeoise dans son pays, qui a fait des films "dignes" dans son pays (comprenez : des merdes misérabilistes), vient présenter ça devant les pays qui ont maintenu son pays en esclavage (Angleterre, France)..., se fait acclamer par eux, et ensuite réalise les pires films d'exploitation. Elle reste donc sous le joug occidental, et avec le sourire en plus ! Elle joue le rôle de "l'exotique oiselet", et s'en met plein les poches en jouant la "Negwesse" de service. Bah, si les esclaves sont d'accord pour l'être, que puis-je dire ? Rien. En tout cas, évitez VANITY FAIR, et surtout évitez de nourrir ce cinéma-là.
[Un grand moment de cinéma Z dans VANITY FAIR : le remake de MOULIN ROUGE dans 12 mètres carrés de décor, à la bougie et sur fond de musique de Bollywood !]
 
Et puis, courageux comme jamais, j'enchaînais avec KINGDOM OF HEAVEN de Ridley Scott, re-film à costumes, mais historique cette fois, qui retrace les croisades à travers le destin d'un forgeron (Orlando Bloom, l'elfe du SEIGNEUR DES ANNEAUX, ici hétérosexualisé en brun) qui se trouve être le fils d'un noble (Liam Neeson, qu’on préférera dans Dr KINSEY). Il deviendra chevalier et ira à la découverte de Jérusalem, terre de culture et de relatif respect entre religions musulmane et chrétienne. Qui dit film à costumes dit film interminable. On doit, ici comme pour VANITY FAIR, THE AVIATOR ou ALEXANDRE, souffrir plus de 2h20 ! Le petit avantage de KINGDOM OF HEAVEN par rapport à ses récents homologues est l'utilisation un peu moins systématique des affreuses images numériques qui émaillent les films de ce genre. Contrairement au film d'Oliver Stone, la moindre scène de dialogue n'est pas envahie ici d'immondes images de synthèse. C'est déjà ça. Sans être vraiment un grand fan de Ridley Scott, je peux quand même dire que celui-ci n'est plus que l'ombre de lui-même. Le film n'a absolument aucun rythme, file à une vitesse de 10 kilomètres/heure.
Tous les éléments du scénario sont expliqués dix fois avant qu'ils n'arrivent. Bref, tout cela ne brille pas, c'est terne. Le pari de Scott étant d'éviter toute fulgurance. La seule surprise étant la disparition précoce de Liam Neeson. Se débarrasser de la plus grande vedette du film dès la deuxième bobine est quelque chose de relativement gonflé ! Pour le reste, c'est la roue libre, entre film à costumes et faux documentaire historique, dans le genre « Connaissance du Monde » ou « La 5e présente »...
Le but du film est éminemment politique. Il s'agit de faire passer le message au monde arabe que l'Occident n'est pas seulement fait de colonisateurs, et que l'entente entre les peuples est possible. Il s'agit aussi de montrer que dans les peuples occidentaux, il y a des brebis galeuses qui ne pensent qu'à tuer l'autochtone et à ripailler ensuite mais que, non, on n'est pas tous comme ça... Et ainsi de suite. Pour ce faire, on utilise les clichés les plus éhontés : le prince arabe à la logique différente mais au sens de l'honneur chevaleresque, la culture arabe très belle mais limitée (la séquence de la construction des puits montre bien que l'Occident permet quand même la civilisation), le roi arabe violent mais noble qui réclame une main coupée pour un fruit volé, etc. Que du cliché, de A à Z. Et surtout, que de la condescendance. Les méchants sont gros et mangent salement, les gentils sont fins, mignons et pètent dans la soie. Et évidemment, tous les méchants sont blancs. Il ne s'agirait pas non plus de montrer un traître dans la population que le film cherche à séduire. Sous ses aspects humanistes maladroits (ça sent un peu la colonie quand même, et tous les chevaliers "gentils" du film ne viennent là que pour trouver le salut, et jamais pour exploiter la région, ce qui est, vous en conviendrez, peu réaliste), se cache exactement le contraire, et le naturel revient au galop. Le film se base uniquement sur la culture du Leader, du chef, forcément bon et éclairé, le sens de la loyauté à la patrie, la noblesse du guerrier, l'apologie du droit du plus fort, et la suprématie du Christ-Roi, et ce malgré justement des critiques textuelles de la religion qui aveugle. Le film dit ainsi quelque chose dans ses dialogues, et prouve par les faits le contraire. [On remarquera la putasserie du personnage de l'Archevêque, qui est un type pleutre et bête. Ainsi, si le Christianisme est mauvais, c'est à cause de ce mouton noir. C'est un message très conservateur, et qui conforte l'idée de culte du leader !] Bref, on est en plein Triomphe de la Volonté, comme on disait en 1933, et je serais curieux de voir comment le film, qui se veut subtil, sera reçu au Moyen Orient. On peut gager que tant de condescendance et de naïveté les fera rire énormément, à juste titre, surtout quand on sait tout ce que l'Occident doit aux cultures moyennes-orientales !
Côté mise en scène, c’est comme d’hab. Ridley Scott nous fait le maximum de plans rapprochés (et donc, il n’y a plus d’échelle de plan). Le cadrage est complètement anonyme. Et les scènes de batailles, très nombreuses, sont catastrophiques, réutilisant le très mauvais procédé de GLADIATOR, à savoir de petits effets d'obturation qui saccadent l’image de manière hideuse et qui, accessoirement, doivent servir à rajouter les giclées de sang en synthèse lors de la post-production ! Ces scènes de batailles sont d’ailleurs bien plus mal cadrées que le reste (n’importe comment en fait), et le but de Scott est alors de faire concurrence à Jean-Marie Poiré, en alignant dans un minimum de temps le maximum de plans. Que c’est laid.
Le rythme global est d’une lenteur assez phénoménale, et du strict point de vue de la narration, bien des scènes n’ont absolument aucune utilité et auraient pu passer à la trappe. Il y a seulement deux plans (sur 2h20 de film !) où Scott utilise le montage (lorsque le guerrier teuton voit le paysage en flou, et plan suivant en ellipse où il est déjà mort). Bref, c’est n’importe quoi, et à peu près aussi convaincant qu’ALEXANDRE ou THE AVIATOR. Les acteurs sont d’un anonymat complet. On retrouve avec surprise l’immense David Thewlis (le héros de NAKED de Mike Leigh, film formidable), qui se ballade ici avec nonchalance, mais sans éclat.  On est quand même contents de savoir qu’il n’est pas mort, et on adorerait le revoir dans un vrai film. [En fait, il a exactement la même fonction que Rhys Ifans dans VANITY FAIR, ce qui est assez troublant car les deux se ressemblent !] Le seul qui soit un peu lyrique est Jeremy Irons (encore un revenant !), plutôt impliqué, et qui essaie de mettre un peu de vie là-dedans. Eva Green est plutôt mignonne, surtout dans sa période Jeanne d’Arc. Mais est-ce parce qu’on s’ennuie ferme ? Sans doute. On attendra de la voir dans autre chose. [Signalons quand même que c’est la fille de Marlène Jaubert !].
Quelque chose me chiffonne quand même dans le scénario de ce film. Pourquoi Orlando Bloom refuse de se marier avec Eva Green, qui est déjà sa maîtresse, surtout que ce mariage pourrait empêcher le massacre final ?! Le personnage nous dit que c’est sa conscience qui l’ordonne, mais franchement, on ne voit pas très bien en quoi ! Et c’est un peu dommage, car c’est le nœud du film ! C’est le moment le plus important de l’histoire, et le personnage, quand on lui demande pourquoi il refuse ce mariage, dit : « parce que ! », ce qui est totalement incompréhensible. Peut-être aurait-il dû répondre : « Parce que c’est écrit dans le scénario ». Comme quoi, un film de 138 millions de dollars (somme colossale pour un film aussi laid) peut aussi faire des erreurs qu’un réalisateur de série Z aurait essayé d’éviter !
 
En tout cas, là aussi, on peut éviter d’engraisser le cochon et éviter ce gros téléfilm. Et la prochaine fois, c’est promis, on essaiera enfin de parler de cinéma !
 
 
Désespérément vôtre,
 
Dr Devo
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Bernard RAPP 03/05/2006 17:44

M. le Faseur, voudriez-vous avoir l'insigne courtoisie d'user d'une langue belle avec des mots superbes, reformulant ainsi pour tous votre sailie?

Roxanne 04/09/2005 01:08

Petit joueur,va!

Le Marquis 03/09/2005 23:27

Emma Scott n'est pas mal non plus...

Roxanne 03/09/2005 08:42

Pour revenir au quatrième commentaire...Moi,je préfère Lee Bee Scott...

Emma Darcy 16/05/2005 18:07

Mais non, Mickie, il n'y a pas que des hommes ! Ceci dit, je n'ai pas du tout aimé ces deux films (mais je ne te dirai pas avec quelle partie de mon corps je les ai regardés). Comme on dit ailleurs et sur d'autres pages : tout dépend de ce qu'on attend du cinéma.