LA SPIRALE DU MENSONGE de David Burton Morris (USA-2008): Stop Et Encore !

Publié le par LJ Ghost






(Photo:"A;gruhm" par Dr Devo.)



 

 

 

 

Alors que je flânais dans l'étage dévédéthèque du bâtiment de Matière Focale (563 026 films au dernier décompte) en quête d'une oeuvre dont je pourrais vous parler, je fus soudainement pris d'une hésitation. Que choisir ? C'est à ce moment que le Dr Devo apparaît à côté de moi, me faisant sursauter. Il vient replacer le DVD de SUPERSTAR : THE KAREN CARPENTER STORY et voit le désarroi sur mon visage. Il sourit. "Pourquoi ne pas laisser faire la Roulette Focalienne?" La quoi ?, je réponds. "Je vais te révéler le secret le mieux gardé de toute la focalie. Tu vois ce synthétiseur là-bas ? Si tu joues les notes du thème de TWIN PEAKS, une plateforme va s'élever au milieu de la salle. Une roue va apparaître, et tu n'auras qu'à la faire tourner pour qu'elle choisisse pour toi le film que tu vas voir. Après tout, le hasard est la meilleure façon de tomber sur des choses sublimes !". Il sourit toujours et je prends congé pour me diriger vers le synthé. Je joue les notes merveilleuses. La roue, terrible, immense, luxuriante et lumineuse apparaît, et la peur au ventre, la lance. Elle tourne, elle tourne, elle tourne, ne semblant jamais vouloir s'arrêter. Finalement elle stoppe, délivrant un boîtier noir, et retourne dans les profondeurs du bâtiment. Je ne sais pas ce qu'il y a à l'intérieur, mais me dirige vers une des salles de projection. Générique.



Ann Danville, la veuve de l'ancien gouverneur de Californie (non, pas Schwartzy) se porte plutôt bien, merci pour elle. Son fils Nathan est bien beau, a une mâchoire carrée, une petite amie, Heather, et il est un excellent avocat commis d'office. Elle vit dans un immense ranch avec chevaux et domestiques, et s'est remariée avec un type quand même pas mal riche. Cet homme a une fille, Hayley, qui se trouve internée dans un hôpital psychiatrique. Tout se passe formidablement bien jusqu'à cette nuit fatidique où quelqu'un tire un coup (de feu !) dans le lit nuptial de la veuve, la blessant et tuant son nouveau mari. Choc dans la famille, le fiston vient à la rescousse et en profite pour présenter sa fiancée à sa mère, qui semble surprise et surtout ne pas très bien prendre la chose. Il faut dire qu'elle est étrange cette Ann, son mari meurt atrocement et elle a une cicatrice sur le cou, mais elle ne semble pas très triste, c'est même plutôt le contraire. Non seulement ça, mais en plus elle commence à outrageusement mentir et à tenter de manipuler tout le monde, à commencer par le directeur de l'hôpital psychiatrique où est internée sa belle-fille...



Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça commence très fort. Après un petit travelling droite-gauche sur des verres de champagne avec une mise au point approximative (ce qui n'aura absolument aucune importance pour la suite, donc d'une gratuité totale, donc sublime), quelques plans s'enchaînent mollement, censés présenter le meurtre du mari d'Ann Danville : un revolver qui tire, Ann en sang, une jeune blonde qui pleure et qui court dans les bois, et Nathan qui vient au secours de sa mère. Je préfère le dire tout de suite, comme ça c'est fait, et en plus ça aura une importance capitale pour la suite : il y a quelques ralentis dans le film (le générique, une mini scène d'action, quelques plans de la fin) et il est tout à fait évident qu'ils n'ont pas été filmés au ralenti lors de la prise de vue, mais rajoutés au montage. Et c'est vraiment, mais alors vraiment très moche, parce que l'image devient complètement floue et saccadée, on ne comprend rien à ce qui se passe, et puis l'action est tellement anémique qu'au final le ralenti est vraiment inutile. C'est un luxe, une idée de mise en scène, on dirait du Lars von Trier, c'est sublime.



Autre chose. Très souvent, facilement une dizaine de fois, revient un plan de coupe tout à fait surprenant et agaçant : on peut le qualifier de plan d'identification géographique. En fait, la majorité de l'action se passe dans la maison d'Ann Danville et de son (ses ?) défunt(s) mari(s), mais il arrive également que la caméra nous entraîne ailleurs, par exemple dans une écurie. Bien. Et quasiment à chaque fois que l'on revient dans la maison, juste avant d'y revenir donc, vient le plan de coupe de l'entrée de la maison, histoire qu'on sache bien où on est. Plan de coupe répétitif, absurde, aliénant, gratuit : on dirait du Greenaway, c'est sublime. Sur deux plans au début du film (un plan rapproché d'une journaliste, je ne me souviens plus de l'autre), il y a du flare que j'imagine involontaire sur l'image. C'est gratuit, baroque, sensuel : c'est sublime. Le métrage est composé uniquement de plans à hauteur d'homme (j'exagère, il y a au moins un changement d'axe, au début, dans la maison, la caméra est en haut des escaliers et les personnages en bas. C'est très signifiant, mais je ne sais pas de quoi, et le réalisateur non plus, d'ailleurs), on dirait du Ford, c'est sublime. Les cadres sont hideux, la valeur de plan la plus large est le plan rapproché taille, on dirait INLAND EMPIRE, c'est sublime. La photographie est naturaliste et l'image est toujours parfaitement exposée, sans contraste, c'est du bon vieil éclairage en trois points avec ombre unique et floue, mais on peut quand même deviner où est la key-light, et des fois il y a plus de trois projecteurs, mais le surplus est accroché au plafond, comme dans tout bon vieux soap qui se respecte mais qui cache un monstre sous son masque de cire : on dirait SOCIETY, c'est sublime.



Le scénario est complètement abscons, il n'est même pas incohérent, il n'a littéralement aucun sens, et les explications que l'on nous donne sont d'une vulgarité assez exemplaire. Cette histoire de mère complètement sur-protectrice, castratrice, qui veut garder son fifils rien que pour elle, on dirait PSYCHOSE et TWISTED NERVE, c'est sublime. Les acteurs patatent à qui mieux mieux, ils sont mauvais comme des cochons, et la VF obligatoire du DVD proposé par la Roulette Focalienne ne les arrange vraiment pas. On dirait du Raoul Ruiz, c'est sublime.



Je crois que vous l'aurez compris, LA SPIRALE DU MENSONGE est sublime, c'est un chef-d'oeuvre. Ou pas.



La Roulette Focalienne est joueuse, mais elle a trouvé à qui parler ! I'll be back !

 
LJ Ghost.
 

Publié dans Corpus Analogia

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