SUPERNOVA [EXPERIENCE #1] et UN ANGE PASSE, deux films de Pierre Vinour (France, 2003 et 2009): Passez L'Amour du Son...

Publié le par L'Ultime Saut Quantique







[Photo: "Epiphanie" par Dr Devo.]




 

Sachez-le, chers lecteurs, les agents focaliens s'immiscent discrètement, mais sûrement, dans les hautes sphères cinéphiliques. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de se gaver de petits fours en veux-tu, en voilà (de toute façon, le focalien sait répondre à ses besoins nutritifs en concoctant des mets succulentissimes qui feraient brake-dancer ta grand-mère dégénérescente des papilles gustatives). Il ne s'agit pas non plus de toiser son monde à coup de "Moi, je suis dans la place et pas vous, bande de nazes". Non, le seul et unique but recherché est de vous satisfaire, chers audio-vidéo spectateurs et, tant que faire se peut, de vous proposer autre chose et faire découvrir de l'audio-vision digne d'intérêt cinématographique. C'est ainsi que je me suis retrouvé à m'introduire dans l'organisation d'un Festival, dont nous reparlerons peut-être, dans lequel on m'a chargé d'organiser la programmation des courts-métrages. Grand masochiste que je suis, j'acceptais le challenge sans trop me faire prier. Masochiste, il faut l'être un peu, en effet, pour s'enfiler un nombre conséquent de courts-métrages, et ce n'est pas Norman Bates, qui fut envoyé spécial au Festival de Clermont-Ferrand cette année, qui nous dira le contraire. Depuis la création du cinématographe, le court-métrage est devenu un véritable (mol)art en soi. Beaucoup de professionnels du cinéma s'y adonnent avec joie et très souvent, c'est catastrophique. Le court-métrage ne repose que trop souvent sur une, voire deux idées de scénario. Mais justement parce qu'il est court et n'a pas le temps de se poser, le film court se doit de nous saisir dès les premières secondes, ne jamais relâcher les chiens et ne doit en aucun cas se dispenser de mise en scène.

 

Alors, me voilà en train de regarder un tas de petites choses qui se ressemblent toutes... quand soudain UN ANGE PASSE (pourtant le titre n'augurait pas franchement le meilleur, c'est important le titre aussi !) par lequel j'ai en fait été saisi assez vite. Nous sommes au beau milieu d'une fiesta d'appartement bourgeois pour adolescents, ça boit, ça se bécote gentiment, ça hume des cigarettes rigolotes et plus encore. Au milieu de cette orgie douce, une belle jeune fille, qui semble être la maîtresse de maison, met un peu d'ordre en ramassant les cadavres de canettes et en en distribuant des pleines. Dans la cuisine, où elle officie, des garçons l'observent. Veulent-ils eux aussi tâter de la petite binouze, ou veulent-ils carrément se prendre la demoiselle en tournante (growth !)... Who knows ? La fête se poursuit, tous ces jeunes s'observent, se toisent, rigolent, dansent, bref vaquent à leurs occupations festives, jusqu'à l'issue de la soirée que nous ne dévoilerons pas of course. Si le scénario pèche par son côté too much dramaticus seriusus à mon goût et aussi un peu clichetonneux sur la tranche d'âge traité, la mise en scène est, elle, plus réjouissante. Ça cadre pas trop mal, on aère les choses, la photo est plutôt soignée mais c'est surtout par le son que Vinour nous réveille les sens ! En effet, l'humeur du film et la plupart des "émotions" des différents protagonistes passent par le son et il n'y a aucun dialogue ! Y'a bon, voilà qui change un peu, d'autant que la partition sonore est assez délicieuse. Les sons de différente nature (musique, bruits, chuchotements, rires) s'entremêlent, se chevauchent, "se coupent la parole". Il en résulte quelque chose d'assez sensuel et d'un peu dérangeant aussi. Par le biais de cette création sonore complexe, les intentions des personnages sont toujours assez floues, ce qui est somme toute appréciable. Bref, le contrat cinématographique est rempli dans les grandes lignes, la chose est assez dense et fait plaisir à audio-voir. Donc une plutôt bonne surprise même si la trame m'a parue un peu "bof". Ça vaut quand même mieux que Mlle X qui se demande si elle doit dénoncer ou pas un black qui travaille au black alors qu'il palpe des alloc', tout en champs/contre-champs, gros plans, décors banals, mise en scène que dalle, dialogues chiants, le tout pendant une demi-heure... Intérêt : Triple Zéro. UN ANGE PASSE se termine, le générique de fin défile et je vois apparaître le nom du réalisateur, soit Pierre Vinour. Sapristi, cela me disait quelque chose. Et en effet, je possède un copie magnétoscopé de son seul et unique long-métrage pour le moment : SUPERNOVA [EXPERIENCE#1]

 

Retour à l'année 2003, qui en aura marqué plus d'un. Nous sommes en octobre et à cette heure de nombreuses papilles ne sont définitivement plus gustatives. Canicule, mon Amour. Le monde est en deuil, Charles Bronson n'est plus. C'est dans ce contexte mouvementé que sort dans nos salles hexagonales SUPERNOVA [EXPERIENCE#1]. C'est le premier long-métrage de Pierre Vinour. On y retrouve Philippe Nahon qui en 1999 avait bataillé SEUL CONTRE TOUS via le très bon film de Gaspard Noé, et le moins que l'on puisse supposer en voyant la très belle introduction de SUPERNOVA, c'est que Nahon n'est pas mieux entouré. Il a même l'air de "bader" un peu le bougre puisqu'il s'apprête à se tirer une balle dans la tête, c'est dire à quel point il peut être désespéré. Dans cette introduction splendouilette, on nous aura aussi savamment rappelé les caractéristiques de la supernova. Aussi nous dit-on qu'il s'agit d'une étoile en fin de vie qui essploze sa race en laissant s'échapper des ch'tites météorites toutes mignonnes qui peuvent tomber sur la terre (évidement tout cela à son importance). Les aléas de la vie (la vraie) et la faute à pas de chance font qu'un ch'tio bout eud' météorite vient percuter eul' tête d'Philippe Nahon qui n'avait franchement rien demandé, mais bon c'est le jeu ma pauvre Lucette. Nahon tombe alors dans un coma prolongé, voir éternel, peut-être même qu'il est mort.

 

SUPERNOVA, comme son petit frère UN ANGE PASSE, souffre d'un scénario un peu "simpliste" (même si il faut bien reconnaître que la mise en bouche est exquise !), mais ça passe quand même mieux ici. Et puis, de toute façon, le film de Vinour n'est pas tant régi par la trajectoire de l'histoire et du scénario que par la sensation suscitée par une chute inopinée de météorite sur l'individu joué par Nahon. Vous imaginez que ça doit faire un drôle d'effet, et c'est précisément ce qui va intéresser Vinour.

 

Précédemment j'ai cité Gaspard Noé, et la chose n'était pas tout à fait fortuite. Je ne veux pas à tout prix comparer les deux zigues, puisqu'ils nous livrent chacun des choses bien différentes, néanmoins gageons que Vinour fait un peu partie de la famille de ces cinéastes du nouveau millenium qui essaient de tirer autre chose du cinéma que de pénibles continuités dialoguées captées à l'aide d'un enregistreur vidéo et d'un microphone. Parmi eux, il y a notamment en France les Grandrieux, Hadzihalilovic, Dupieux et autres Dumont, garants d'un cinéma novateur et généreux dont nous avons déjà parlé sur Matière Focale et dont nous reparlerons assurément. Ainsi Vinour allie dans son cinéma une part de "tradition" cinématographique et une part d'expérimentation. Et au final, ces films ne sont ni tout à fait commerciaux, ni tout à fait expérimentaux et c'est très bien comme ça. De plus, il use de tous les leviers de la mise en scène et les étire plus que de raison, ce qui est rare aussi.

 

Q : Mais que fait Vinour ?

 

R : Il joue

 

...Sur la matière visuelle d'une part en multipliant les formats de prise de vue. On passe ainsi du Super 8 (si je ne m'abuse) à la Vidéo Numérique, ce qui donne à l'ensemble du métrage une texture changeante, presque "vivante" du plus bel effet et qui va, je pense, dans le sens de la perturbation subie par Nahon (et pourquoi pas). C'est comme si lors du télescopage entre Nahon et la météorite, il s'était produit une sorte de fusion entre ce qui entoure Nahon à ce moment-là (la nature, il se trouve sur une route de campagne) et Nahon lui-même, sa perception, sa mémoire. Dans son montage de l'image (et du son aussi, c'est très important, j'y reviens) Vinour semble rendre compte de cette fusion, et la chose est délicieusement dysnarrative. Pour finir sur l'image, la photo a aussi largement de quoi se défendre. C'est souvent très beau et cela nous prouve que l'on peut faire des choses merveilleuses en vidéo, il suffit d'en vouloir. On alterne ici entre des tonalités tantôt claires/obscures, tantôt réalistes, parfois surexposées et d'autre fois carrément expressionnistes comme lors des séquences d'hôpital de la fin. Là aussi, ça vit.

 

Le son, quant à lui, est moultement sollicité et ce de manière très intéressante puisqu'il se développe dans le film non pas à la remorque de l'image (comme c'est le cas dans 95% des films), mais de façon quasi-indépendante, en parallèle de l'image. Encore que, cette dernière remarque n'est pas tout à fait opportune, le son s'accorde parfois à ce que l'on voit, et parfois non, il fluctue et c'est ça qui est intéressant. Ainsi les différents sons et musiques sont tiraillés dans tous les sens, ils s'interpénètrent et forment une partition bruitiste en constante évolution, ce qui peut être assez déstabilisant mais qui a surtout pour effet de faire exploser le film, et je peux vous le dire, c'est très beau. Rien de gratuit ni de vain dans tout ça, rien que de la sensualité !

 

Comme j'ai pu l'effleurer plus haut, la Nature prend une place majeure dans le métrage de Pierre Vinour. Nahon, épuisé par son existence parisienne, veut revenir à la Nature, il est d'autant plus motivé après son choc. Back To The Primitive. C'est aussi ce à quoi semble nous inviter Vinour dans sa mise en scène, une sorte de retour aux émotions "primaires" - n'est-ce pas - (en ce sens nous ne sommes pas loin d'un Grandrieux, même si là aussi, c'est différent). Certes, la chose peut paraître un peu simplette et niaise dit comme ça, mais il n'en est rien. Nous ne sommes pas chez Vinour dans une admiration béate de la Nature à la Yann Artus Prépuce pas plus que dans le Hippisme (d'ailleurs Vinour préfère les vaches). La mise en scène et le montage sont suffisamment tortueux pour nous dévoiler le potentiel "hostile" de la Nature et, quoi qu'il en soit, on ne peut de toute façon pas résumer le film à cette seule idée d'un retour à la Nature. SUPERNOVA [EXPERIENCE#1] fait partie de ces œuvres encore trop rares que l'on peut qualifier d'ouvertes, interprétables de multiples façons et surtout que l'on ressent plus qu'on les réfléchit, ça fait quand même zizir. Dans peu de temps devrait sortir le prochain long-métrage de Vinour intitulé MAGMA. Je vous invite à guetter la chose et à en informer vos proches car l'objet ne risque malheureusement pas de s'attarder ad vitam. D'ici-là, tentez de vous procurer SUPERNOVA EXPERIENCE#1, c'est très beau.


L'Ultime Saut Quantique.








Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

Retrouvez Matiére Focale sur Facebook  

Publié dans Corpus Filmi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

... 26/07/2009 16:44

...y faut que tu arrêtes de déconner avec les Lucettes.