L'ATTAQUE DU METRO 123 de Tony Scott (USA-2009): D'abord on prend la berline, après on prend Manhattan !

Publié le par Dr Devo







[Photo: "Une Seconde Avant L'impact" par dr Devo.]




Chers Focaliens,

 

Cet article a été rédigé dans une langue claire et distincte afin de faciliter non seulement la compréhension du texte lui-même, mais aussi pour transmettre de manière subtile et accessible à tous les messages qui y sont contenus. Merci.

[Pour une plus grande compréhension, les passages contenant des jeux de mots ou des traits d'humour ont été marqués en vert, comme ceci.]

 

Nouille. Orque. De nos Jours. Hier matin. Bretzel Wasington est Bretzel Wasington est un mec comme les autres, bien que n’étant pas grec, jeu de mots, sauras-tu le trouver ? Bretzel est agent de maîtrise à la RATP. Il est dans la régie du réseau et régule le trafic. Ce matin-là, Bretzel met deux chaussettes en tweed. Il prend un bon café, et met une chemise jaune avec une cravate marron. Il va au travail comme d’habitude. A 11h52, il renverse son café sur son pull sans manches. A 12h07, il essuie ses lunettes.
John Travolta. John Travolta est. John Travolta est là. John Travolta est là, sur le quai. Sur le quai. [T-SHIRT+BOUTEILLE DE LAIT]. John Travolta est là sur le quai du métro. Il est là, et en même temps, il n'est pas las ! [MON CHIEN EST UN MEC FORMIDABLE…]
Philippe Colin est animateur à France Bleu Breizh Izel. Le week-end, il chante dans des bars ou dans les mariages.

Est-ce le début d’un autre jour normal au paradis ? [JEU DE MOTS]. Pour Philippe Colin, certainement. Pour les deux autres, pas sûr.

Johnny, be bouc ! il a un book, en bon français. Plus encore, il a un pistolet. Gisement épuisé, l’air de rien, il grimpe dans le métro. Là, et en même temps pas encore las, il retrouve des potes à lui qui font semblant de lire l’horoscope de 20 MINUTES. En moins de quatre-vingt-huit secondes, la petite troupe s’empare du métro, décroche un wouagon, et prend la loco et ses passagers en otages.

Bretzel, lui, s’apprête à commander une boîte de nouilles à Maï-Breizh, la Chinoise du take-away juste au-dessus de la régie de la RATP. Quand soudain, le drame, en plein été. John, révoltant, abat le chauffeur de la loco. Il appuie sur l’interphone et là, il tombe. Il tombe. Presque muet. Il tombe sur Bretzel. Il lui explique.

Tu vas dire à tes chefs que j’ai abba en cd, que j’ai abbatu le chauffeur. J’ai des otages. Je veux dix billions de dollars en petites coupures. Dans soixante minutes. Sinon j’abba un otage par minute de retard. Je les abba. Tu sues ? Ca aide !

"Une course folle contre la montre s’engage". Rideau.

 


Bon. Building Matière Focale. Mon bureau. 14h18. J’affûte un crayon-bois dans le taille-crayon électrique, puis allume mon pc pour écrire mon article. Je bois du café. Pas une seule goutte ne vient tâcher mon bureau, ni même ma Doc Marten’s droite. Je suis comme ça. Laure rit ! Du riz, c’est déjà ça. Mais je dois me cantonner à mon article.

 

Tony se cotise pour faire un film. Il arrête pas, ça enchaîne. Un par an. Quand je pense à L’ATTAQUE DU METRO  123, je pense bleu, vert et jaune. Un bon plan quand on y pense. Scott, calcule tout. Il se dit que les copies cinéma des films sont de plus en plus mal tirées. Il sait que dans les grands cinés, le film sera projeté en numérique. Mais il bosse pour les autres, les petites salles, et se dit : "Ma photo, je vais la faire comme ça, toute verdâtre, comme ça, si la copie est mal tirée, elle rend hommage au film." Et là je dis, Scott, c’est un malin.

 

Maintenant que l’analyse technique est terminée, place à l’analyse sémantique, soit le fond. Un tissu de symboles dans le filet s’impose. A peine le mot "loco" est-il lâché que Scott balance la scène des toilettes. Une prise d’otage c’est bien beau, mais qu’arrive-t-il quand l'un d'eux a envie de faire pipi ? Et ça, d’entrée de jeu, c’est la quatrième séquence. Un petit youpi, et hop, un otage demande à faire pipi. Loco, pipi, otage. Scott, dans toute sa liberté poétique, rend hommage au regretté Gérard De Suresnes. Toute la question de cette séquence sera : où sont les chiottes de la loco ? La grande histoire (terrorisme, prise d’otages, sang sur le dance-floor, et dix putains de millions de dollars) rejoint la petite, celle des braves gens, vous. Et presque moi. Scott, je l’ai dit, bosse pour les autres, les petits, les anonymes. Respect.

 

Plus loin, John, mais pas le même. John Turturro arrive. C’est un négociateur. Mmmmmm, comme par hasard, il a un bouc aussi. Bouc chez Travolta côté méchant, et ici bouc chez Turturro côté gentil. Effet de miroir et de correspondance. Les ennemis sont liés. Ils sont mêmes. Il sont, même ! Un s’appelle John, tandis que l’autre s’appelle John. John T. Et ça c’est pas un hasard. Il est fort ce Tony Scott. En quelque sorte, le réalisateur montre ici que l’important n’est peut-être pas la prise d’otage dans la loco, mais ce qui se passe en régie. Et dans la régie de la RATP, principalement, il y a des gens normaux comme vous et moi, et comme Bretzel. Un petit technicien de rien du tout. Comme vous. L’ATTAQUE DU METRO 123, c’est d’abord une histoire intime, pour vous les gens d’en-bas.

 

Travolta porte un cuir. Bretzel porte un chandail. Sans manche. Cuir Vs Laine, Histoire contre histoire, Extraordinaire contre Quotidien. Et tenez-vous, tenez-vous bien, Scott Vs Scott. Nouveau paragraphe. Explications. Et sans doute plus loin, applaudissements du lectorat, vous. J’écris pour vous.

 

Il en est où, Scott, au fond ? Il sait qu’il est, en lui-même, un petit gars du Northumberland en Angleterre. Il sait qu’il a soixante-cinq ans et qu’il a émigré aux USA où il est devenu un gros réalisateur talentueux. Hollywood. Northumberland. Le Grand. Le petit. L’ATTAQUE DU TRAVELO 123 (j’y reviens), c’est clairement le film-testament de Tony Scott. Derrière cette trame de thriller effrayant, on devine autre chose, comme un genre de fragrance personnelle, et osons, François, outils de jardin, le mot, quelque chose comme la politique des auteurs. Le petit Tony, devenu le grand Scott, s’entarte lui-même, s’entarte, hic et nunc, fait le bilan. Il y au fond de lui ce petit garçon timide qui rentrait chez sa maman, après l’école, avec des bleus aux genous. C’était hier, pour lui aussi. Misons, misons sur le fait que le gros Tony (comme le personnage des SOPRANOS, et d’ailleurs ici dans le rôle du maire, le boss quoi, est tenu par James Gandolfini, l’interprète de la fameuse série, auquel donc Tony s’identifie) se souvient qu’il a été ce petit garçon qui sommeille en lui, et que vous, chers ,vous êtes encore, chaque matin quand vous allez au travail. Tony se dit, j’étais Bretzel, petit friand, et maintenant je suis Travolta. C’est le moment de réfléchir. Je note d’ailleurs que toute une séquence décisive d’ailleurs tourne autour de l’idée de catholicisme et de confessionnal. Et là, je demande au jury d'examiner la preuve No69: "Ca me rappelle le confessionnal", dit Travolta dans le film. Tony, Scott, et Dieu sont dans un métro. Le wagon s’immobilise, et Scott aussi, en quelque sorte. Vous n’avez pas remarqué ? Ce film, dans la filmo de l’auteur, c’est quand même quelque chose qui se rapproche du STROMBOLI de Rosselini. C’est un peu du Tarko. C’est très simple et très épuré. Bien sûr, il y a ces petits travellings en gros plan, ces petits arrêts sur image, ces effets d’obturation, ce gros rap en générique, ces plans au ralenti en "hélicopté" à la Bébel, ces effets de lettres disparaissant dans le générique. Bien sûr. Mais, ce n’est rien. Queston: que raconte ce film ? Réponse: un homme fait chuter le quotidien d’un autre homme (semblable) dans l’Inconnu. C’est un hommage très clair à DOMINO. Et L’ATTAQUE DU TRAVELO 123, à côté du DOMINO, c’est de l’épure, et même, c’est de l’austère. Dans mon  article de l’époque, je disais que je n’avais jamais vu un film autant surchargé d’effets de mise en scène et d’effets tout courts. Scott sait, il sait que plus jamais, il ne pourra faire ça. Son apogée est derrière lui. Là, ici, il descend déjà la pente. La fin est proche. Il aimerait bien tout arrêter et revenir au passé, refaire une partie de domino, mais il sait, au plus profond que c’est chose impossible. Soixante-cinq ans, Los Angeles. C’est fini le Cheschire ! Scott rend hommage alors à lui-même et à celui qu’il a été, à Tony quoi. D’où l’identification à Turturro, ici négociateur en prises d’otages. Scott aimerait revenir à son là-haut, à son climax, mais c’est un Travolta maintenant. Pour faire un film maintenant, faut arrêter un métro, prendre des otages, établir un plan de fuite compliqué comme la mort. Une histoire simple comme DOMINO, c’est plus possible. Turturro/Tony n’y pourra rien. Il assistera au processus sans pouvoir rien n'y faire, tel ce wagon, rempli de spectateurs/passagers roulant à toute berzingue et menaçant de dérailler à tout moment dans le troisième acte de ce film. C’est là toute la force du film. Cette confession, ce dialogue entre lui et soi de Tony Scott, ce bilan, voila le sel de ce film touchant. Le réalisateur ne nous avait pas habitué à quelque chose d’aussi intime, c’est émouvant.

 

 

Derrière la machine bureaucratique (banque, réserve fédérale, Wall Street, RATP), Tony Scott règle aussi ses comptes avec Hollywoood. L’ATTAQUE DU METRO  123, film commercial et d’auteur, démontre que Scoot n’est pas dupe. Les exécutifs du studio le lui ont bien dit : "Ton histoire, Toto, elle manque de femmes". Alors Tony Scott, chanceux, met des femmes. N’est-ce pas le rêve  de tout le monde ? Il obéit, comme Turturro (Tutu rose pour ainsi dire), mais il n’est pas dupe.  Et Scott, en vieux briscard va se venger sur le dos de la bête. Une maman potiche qui mène un innocent à l’abattoir. Une petite donzelle qui exige une preuve d’amour, et un "Mais moi aussi, bébé, je t’aime" en pleine fusillade. Et une épouse, à fond dans le girl power le plus "spicien" et en pleine crise de petit-bourgeoisisme qui exige que son homme prenne du Régilait en bouteille de 75 cl et non pas un Yop en bouteille de 25 ! Scott poignarde Hollywood. Je vous l’avais dit, c’est l’heure des comptes.

 

Bélier (tous les décans) : aujourd’hui, une tension dans le gros orteil vous rappelle qu’il faut prendre soin de sa santé et que la flébite n’est pas loin. Côté cœur, les cadrans sont tous au vert, mais cela ne veut pas dire qu’il faille relâcher les efforts. Finances : Mercure ne soigne rien, mais vous avez besoin de partir en vacances. Météo : il pleut sur vous.

 

Tony Scott, moi Dr Devo, humble critique, je te mets un pouce.

 

Ma note : */*****. Ou **/**********, à la limite.

 

 

Dr Devo.

 

 

PS : taille de l’article 10169 caractères.





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Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Tietie007 02/08/2009 10:08

J'ai revu dernièrement, à la TV, Les pirates du métro, avec le toujours très inquiétant Robert Shaw, le bonhomme Walter Matthau et un Martin Balsam qu'on retrouve avec plaisir. Une brochette de vieux grognards, un métro, et New-York in vivo, acteur à part entière de ce film.Quant à Tony Scott, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé.

Lenonox 31/07/2009 15:29

excellente paraphrase de Léonard Cohen, cher Doc !

sigismund 30/07/2009 17:39

...euh merci mais je n'en ferais rien. Vous donnez déjà tellement.

Jeanne 30/07/2009 10:02

"Johnny, be bouc !" 

Mifune 30/07/2009 04:00

Bravo Dr Devo, j'applaudis à tout rompre. A côté de cela, une salve d'applaudissements à la bolchévique lors du 11ème congrès du PCUS, c'est un gentil gazouillis enregistré en mono anémié sur un 78 tours.Un bien bel hommage à Jean Méran, chanteur engagé (oxymoron de cuir !!)