SEX ADDICT (BAD BIOLOGY) de Frank Henelotter (USA-2008): Henelotter est vivant, et il bande encore !

Publié le par Norman Bates








[Photo: "Cut Me I'm Famous" par Dr Devo.]




Jennifer a sept clitoris. Batz à un énorme sexe accro à la drogue. Elle a un féroce appétit sexuel qu’elle nourrit en couchant avec des hommes régulièrement. Lui a honte de sa difformité et comble l’appétit sexuel de son appendice en s’injectant de la drogue directement dans l’organe en question. Lorsque ces deux êtres mutants vont se rencontrer l’univers va prendre une nouvelle tournure, le monde va basculer dans une nouvelle dimension, une nouvelle religion va naître et le cosmos en sera bouleversé à jamais.



Ca faisait seize ans que l’on n’avait pas eu de nouvelles de ce vieux briscard de Frank Henenlotter. Réalisateur hors norme, dégouté par la tournure prise par l’industrie du cinéma ces dernières années, il avait abandonné le cinéma alors que les producteurs le poussaient à réaliser un énième BASKET CASE. Il aura fallu seize années et la confiance d’un de ses potes rappeur pour qu’il reprenne sa caméra et nous fasse à nouveau profiter de son talent. Et ca fait vraiment plaisir de voir qu’a 60 ans il n’a rien perdu de la rage punk de ses débuts. Véritable leçon pour les jeunes réalisateurs, il tourne ce BAD BIOLOGY pour 1000$ de budget (!), quasiment en cachette, et uniquement avec des acteurs novices. Chapeau l’artiste !



BAD BIOLOGY est un torrent qui nous emporte à la suite de Jennifer. Sa passion torride pour le sexe jamais insatisfaite bouscule tout son univers à chaque seconde. Il n’y a pas un homme de son entourage qui ne soit jugé, évalué, et séduit le cas échéant. Dans la vie, elle est photographe, ce qui l’aide bien à rencontrer de futures victimes, car c’est de cela dont il s’agit, son appétit farouche développant en elle une folie quasi animale qui la pousse à tuer chacune de ses conquêtes après les avoir photographiés durant l’orgasme. Son tableau de chasse est une véritable collection de photographies sublimes d’hommes en pleine jouissance, comme si la puissance d’un orgasme pouvait être figée pour l’éternité. Chacune de ses relations la féconde et fait naître deux heures plus tard un rejeton déformé qu’elle abandonne aussitôt. Elle accomplit donc un cycle complet de pénétration et d’expulsion, des hommes entrant et sortant de son corps quasiment chaque jour. Ce rapport quasi permanent au sexe dévoile petit à petit une souffrance causée par son premier mec, dégouté par sa malformation. Elle souffre de ne pouvoir garder ce qu’elle convoite, de ne pas pouvoir fixer ces orgasmes, de n’être jamais que la catharsis de la fin de l’homme, à tout points de vue. Cette souffrance rejaillit plus ou moins consciemment sur son œuvre, de plus en plus organique, voire pornographique. Bientôt des femmes à tête de vagins vont peupler ses photos, créatures symbiotiques symbole de l’attirance physique du corps.



Bratz souffre autant sinon plus de ce sexe qu’il ne maitrise pas, qui n’en fait qu’a sa tête. Gavé toute la journée de drogues plus ou moins forte pour calmer son gigantesque zizi  il s’enferme dans le porno et conçois des machines sexuelles capable d’accueillir son puissant organe. Mais quand il dort il rêve d’amour. Complètement par hasard il va faire la connaissance de Jennifer, tout de suite attirée et fascinée. Elle le surprend avec une prostituée avec qui il va pour la première fois avoir un rapport. L’histoire ne dit pas si la professionnelle du sexe s’en remettra, mais ce rapport va lui procurer un orgasme ininterrompu pendant des heures, voire même des jours.  Au moment fatidique de la rencontre, le sexe de Batz va prendre la fuite, échaudé par ce rapport enfin consommé…



Henenlotter est un auteur. Un vrai. Son film est un film d’auteur incontestablement, mais au bon sens du terme. C'est-à-dire que c’est une construction fascinante n’ayant pas d’autres limites que celle de l’esprit d’un homme, un accomplissement total d’une vision en utilisant tout les moyens à sa disposition. Le film est bourré de gourmandises sublimes, d’aberrations magnifiques, de colère ou d’humour, de ressenti et d’audace. Quel pied phénoménal de voir qu’a chaque seconde il se passe quelque chose dans son lecteur DVD ! Que rien que pour ouvrir une porte de salle de bain il faille un procédé unique qui découle d’un besoin vital de s’exprimer. Qu’un mouvement de caméra ait autant de conséquences dans le plan que dans la narration. Qu’une déclaration d’amour passe par une chanson quand un acteur est incapable de la prononcer ! Animé d’une volonté punk intacte, le film est une immense éjaculation à la face d’un cinéma formaté et normé. Les acteurs, même inexpérimentés sont tellement portés par l’élan insufflé dans la mise en scène qu’ils n’ont pas à rougir de leur prestation, parfois même sublime. Le réalisateur se fait plaisir, et cela se sent. Lorsqu’il suit sagement son héroïne, qui se retourne et commence à dire au spectateur qu’il ne faut pas aller dans la salle de bain, il prend simplement sa caméra, se retourne et va filmer dans la salle de bain. Lorsque la bite va se balader dans le quartier il n’hésite pas une seconde à enchaîner les scènes de cul style porno soft pendant dix minutes, avec une malice qui fait plaisir à voir. Juste comme ca, l’air de rien, en nous amusant un peu et en nous brossant dans le sens du poil, il nous montre qu’un homme n’est pas défini par sa bite puisqu’elle appartient déjà à un carcan physique, qu’elle à une nécessité naturelle qui ne se réfléchit pas. Le sexe baise, c’est tout ! Il enchaine la baise, il est éternel insatisfait, il n’a pas de limites autre que la nature. Il va de maison en maison et fait ce qu’il doit faire. L’homme lui s’extrait du cycle, casse la nature. C’est notre problème de lutter contre la nature, ca n’appartient qu’à nous pauvres esprits métaphysiques. Si on ne veut pas lutter on peut juste forniquer, on revient à notre fonction. Or le sens n’est pas une fonction, c’est une parole. C’est la parole de Dieu, de Jennifer, de Bratz, d’un rappeur et même d’une actrice porno ! C’est l’ADN, c’est l’évangile de l’univers, ce sont nos chairs, c’est du foutre, c’est le futur. L’orgasme ultime, l’entrée dans l’infini, les portes de la perception, l’univers, tout ca ne donne naissance qu’a un homme-bite. Nous sommes esclaves de notre fonction, la souffrance émane de cette difficile soumission à la nature. Peut être même que Jennifer est morte à la fin ! Je n’ose imaginer un évangile ou une déesse crève après avoir donné naissance à un homme-sexe, et à ses répercussions sur la société et l’univers. Nous ne sommes humains que grâce à cette souffrance, nous jouissons car nous souffrons, c’est le moteur de la création, de notre création. Dieu n’est pas mort, Nietzsche avait tort ! Il était tout simplement sorti pour draguer.

Visuellement, le manque de moyen ne se ressens presque pas. La photo est assez réussie, très soignée et colorée elle exprime vraiment beaucoup plus qu'une série Z lambda, met en valeur une certaine décrépitude du milieu. Le film se déroule essentiellement dans des endroits glauques : une vieille casse (clin d'oeil à CRASH ?), une maison abandonnée, une rue miteuse ou un appartement de dealer particulièrement crade. La photo justement sublime ces lieux, et au final l'endroit le plus glauque est sans doute l'agence de pub pour laquelle Jennifer bosse !  De même que l'univers dans lequel évolue les personnages, essentiellement des junkies/clodos/dealers, est une sorte de berceau industriel, matrice grouillante où n'importe qui peut baiser puis disparaitre sans que personne ne s'affole. Ce décor est vraiment important dans le film, c'est en quelque sorte le vrai sujet : la narration s'attarde assez longuement sur des scènes cocasses entre junkies par exemple, mais toujours en gardant le sexe à l'esprit, tout tourne plus au moins autour d'une érotisation constante. C'est donc ce décor qui va servir de terrain de jeu sexuel pour Jennifer, qui au fond est d'un autre milieu, c'est une artiste qui a réussie, mais qui va se plonger dans ce décor qui lui permet d'accomplir sa quête. Je le disait, la photo arrive à bien masquer ce grain assez laid de la vidéo, mais néanmoins quelques effets font un peu cheap, il s'agit surtout d'un ou deux filtres ici ou là, rien de grave. Non vraiment le film n'obéit qu'a ses propres règles, surprend sans cesse le spectateur, et le rythme est soutenu malgré une narration assez lente (ce n'est pas un paradoxe, l'essentiel n'étant pas dans la narration). Tout cela est au final très réjouissant, et vraiment drôle qui plus est !

Vous pouvez trouver le DVD dans le MAD MOVIE sorti il ya quelques jours....


Norman Bates.



PS du Dr Devo: Je me permets d'empiéter sur l'article de Norman pour vous préciser une chose technique. Le dernier nuémro de Mad Movie est donc sorti. Vous pouvez l'acheter avec ou sans dvd. si vous vous voulez vous procurez BAD BIOLOGY (SEX ADDICT étant le titre v.f), faîtes attention. Ce numéro d'été du magazine est livré soit avec le dvd BAD BIOLOGY, soit avec un film de loup-garou de Terence Fischer avec Oliver Reed (miam miam, je le goûterais bien aussi ce vieux classique!). Donc, demandez à votre marchand de journeaux le film que vous souhaitez ou choisissez attentivement votre exemplaire!  







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Publié dans Corpus Analogia

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minary 03/08/2009 22:20

Il y a de nombreuses années j'avais lu un bouquin de "Romain Gary" dans lequel sa bite se faisait la malle et partait skier ...çà m'avait fait rire ..ce film ,kif kif ...un bon moment de "jouÏssance" visuelle.Le réalisateur n'étant pas encore redescendu d'un trip d'acid qu'il a dû prendre à l'époque d'Elmer ....mais en y regardant de plus près ,que ne ferions nous pas pour satisfaire l'appétit insatiable de notre sexe....au minimum défoncer des murs.Salutations!

Dr Devo 31/07/2009 19:09

Cher(e) Minary,Quel beau commentaire! Surtout, dis nous ce que tu as pensé du film quand tu l'auras vu! Moi-même je lai acheté et jai très hâte de voir la chose! Je commenterais également quand ca sera fait!Salutation!Dr Devo.

minary 31/07/2009 19:05

Hier ,j'ai z'ieuté un œil sur votre article louant "sex addict" et ce matin ,en me baladant dans "carrefour"(là ou la vie est foutrement poubelle,plus belle veux-je dire) nez à nez je tombe sur mad movie et son dividi inclus .Pour la modique somme de 15 z'euros je m'offre cette petite joie pour essayer d'enjoliver ma vie terne et morne et en apprendre un peu plus sur la Sexualité et peut-être la sangsue allitée et maintenant j'attend qu'il fasse un moins chaud pour visionner ce béat méat vaginé.  Bye!

Dr Devo 31/07/2009 15:57

Comme nous le disions bakctage mon cher Bertrand, quel que soit le niveau de mad Movies, il ont ici remarqueblement fait leur travail et sortant rapidement un film d'un réalisateur important que nous n'aurions pas vu sinon. c'est un très belle intiative, je trouve.Dr Devo.

Bertrand 30/07/2009 20:24

Au moins encore une bonne raison d'acheter ce torchon : le dévédé.