DIKKENEK, d'Olivier Van Hoofstadt (Belgique-2006) : The Fist of Love (over your head)

Publié le par Bill Yeleuze


(Photo: "L'Amour que nous ne ferons jamais ensemble..." par Dr Devo d'après une photo de Proctoman)


Hello à tous, petites renardes et grands loups !

Le Docteur a bien travaillé cette semaine. Enlevez ce stéthoscope et donnez-moi plutôt mon stetson, car l'heure de la critique sauvage a sonné une nouvelle fois.

Aujourd'hui, c'est rattrapage. Et on en a laissé passer quelques uns, malgré notre vigilance accrue (drôle, très drôle pour un cow-boy !).
Malgré son grand renfort de pub, je ne sais pas si le belge DIKKENEK aura récupéré ses billes. C'est peu probable, surtout si l’on en juge par l'embarras des médias pour en parler ! [Chez Ruquier, fait exceptionnel, ils n'ont jamais osé dire que c'est bien ! Jamais ! C'est une première dans l'histoire ! Tout le monde va chez Ruquier pour se faire installer tranquillement, et les gars de DIKKENEK, ben on les a présentés avec d'affreux gants plastiques Mobalpa. Ils devaient être contents, j'imagine, nos amis belges.] Le Docteur le dit souvent : dès que ça sort de l'ordinaire, ils savent plus faire, les départements marketing ! Ceci dit, à force de l'avoir joué bête et méchant et belge, la chose s'est peut-être retournée, et a finalement effrayé le pékin, d'autant plus que, sur une vente similaire, ENFERMÉS DEHORS venait juste d'occuper le créneau. Bah, ça c'est la cuisine, laissons-les faire !
Malgré la légende lue ici et là sur quelques blogs voisins notamment, et malgré l'aspect extrêmement décousu de la chose, DIKKENEK est loin d'être incompréhensible (surtout si on a déjà vu un Straub, me souffle-t-on...).
[Tiens, vous avez vu ? Les Straub sont sélectionnés à Venise et en compétition ! Ce n’est pas à Cannes que ça arriverait, ça.]
Le film raconte les trépidantes aventures de deux copains. Le premier est un "dikkenek" donc, c'est-à-dire une grande gueule qui sait tout et qui a tout vu (non, non, il ne travaille pas pour ce site, pourquoi ?). Malgré son look de ringard, il emballe les filles facilement (lui, il travaille sur ce site !). Le deuxième, horreur, c'est Dominique Pinon, qui justement n'emballe pas. Le premier dit au deuxième que d'ici une semaine, il aura trouvé une copine de choix. La déambulation et le film commencent, un peu perturbés (et en même temps provoqués) par l'arrivée bizarre d'une voiture volée appartenant à un autre "dikkenek", qui doit lui droguer les filles pour les amener chez lui ! Pendant ce temps, une jeune prof, Marion Cotillard, envoie ses élèves au Musée des Accidents de la Route.

Bon, comme dirait le patron, ce n'est pas du Ronsard, ce n'est même pas de l'amerloque, et les crétins diront "hahahaha, c'est du belge", à peine conscients des horreurs locales que vous, français, produisez à longueur d'années (un volontaire pour défendre IZNOGOUD ?). Bon, c'est rempli de petits plans, de musique qui tape dans le cerveau et de situations hara-kiri, c'est-à-dire bêtes et méchantes, mais ceci dit, presque jamais scato. L'histoire est très téléphonée. C'est pas de la grande mise en scène, et quelques séquences laissent craindre le pire, comme celle du tournage dans l'abattoir, avec le T-shirt pro-Godard, provocation à deux francs six sous. Le montage n'a rien de brillant, la réalisation non plus. Il y a un petit penchant pour faire djeunz et moderne. Voilà ce qu'on dit. Et puis, petit à petit, on finit par rentrer un peu dans le jeu. Même si, quelquefois, certains plans manquent à peine de nous irriter les yeux, il y a un certain dépassement de la dynamique initiale. Les sketches ne prennent pas cohérence, mais commencent à s'inscrire dans un mouvement absurde qui, bizarrement, ralentit le film dans une espèce de spleen bizarre, un peu gai. L'hystérie passe au profit d'autre chose, sans doute la comédie romantique qui combat dans la partie immergée, se dit-on. Peut-être. Mais l'humour fait aussi de temps en temps des apparitions de surface assez belles ou surprenantes, comme ces splendides ré-interprétations de films pornos 70's, qui en fait ne jouent pas du tout sur l'hypocrite "j’te montre, j'te montre pas" de ce que font les mainstream en général. Là, changement de tactique et de morale (godardienne, justement), ce sera soft. Et absurde, et beau. C’est sans doute l’un des meilleurs passages du film, bizarrement rejoint par son double : la scène de la panne de voiture, chose hallucinante où, sans prévenir, on s'aperçoit que la voiture est tombée en panne, ça tombe bien. On vérifie de fort belle manière le moteur (très jolie, l'idée du deux-temps) pour finalement s'apercevoir que la voiture (qu'on a vue rouler bien sûr), n'a pas de moteur ! Commentaire de l'intéressée : « ça m'étonne pas qu'elle marche pas !". Très beau moment, et vrai courant non-sensique, chose étonnante dans un film qui ne soit pas dans la sphère anglo-saxonne. Chose excessivement bizarre, lors de la scène de fête qui doit constituer la dernière séquence, et cruciale en plus, on s'aperçoit que le film, en fait est déjà à l'arrêt et que le réalisateur est descendu de la patinette avant de la ranger. Un bizarre sentiment s'installe alors, car la scène des résolutions n'aura pas lieu. Le sentimentalisme qui suivra est vraiment en dessous de tout et du reste (moi, je n'aurais pas fini le film, et surtout j'aurais évité la scène d'école finale), mais cette non-fin, au final, est structurellement quelque chose de sympathique. Elle confirme la volonté destructrice et misanthrope de ne pas donner le film aux gens. Très belle attitude, d'autant plus que le film, par les deux scènes sus-citées (le porno, la panne) offre au moins ces passages généreux.

[Il y a deux scènes de cinéma : porno puis mainstream, je crois. Restons dans la création hybride du premier, a-t-on envie de dire. Présenter un film à l'écran, c'est déjà un mouvement de perversion. le film porno semble bien plus personnel, et on aimerait qu'il arrête carrément le métrage DIKKENEK, c'est assez beau.]

Restent  les acteurs. J'ai du mal avec Mélanie Laurent, même si elle passe. Marion Cotillard, très en forme depuis un an et demi ou deux ans (elle s'améliore, la bougresse) s'en donne sans compter, et réussit deux ou trois choses diffuses de manière remarquable (la scène de la cuite avec Mélanie Laurent). Par contre, elle est desservie soit par le choix des prises (le Musée par exemple : ça ne marche pas autant que ça devrait, se dit-on) ou par le scénario (la dernière scène de classe). Par contre dans la conclusion de la scène de la panne et juste avant (ma scène de la panne, en fait !), elle est très bonne. Dominique Pinon, que je ne supporte pas, là, ne fait que modérément souffrir, mais sans me passionner. Il me pardonnera. Le courant ne passe pas. Catherine Jacob y va à fond dans son rôle de bourgeoise "mal travaillée", un classique attendu, mais qui fonctionne largement.
Les deux dikkeneks sont vraiment très bons par contre : Jean-Luc Couchard, et plus encore François Damiens, dont j'ai retrouvé la trace hier en pensant à cet article. C'est lui qui jouait le belge mondain dans la scène du fumoir de OSS 117, seule moment vraiment drôle de A à Z, et pas seulement à moitié, du film (malgré un dialogue un peu attendu et trop grossier), et la seule scène bien coupée, là où les autres plans étaient toujours un peu trop longs (pendant une heure et demie, quand même !). Bref, Damiens est vraiment très bon. Les deux croisent une poignée de seconds rôles excellents également, notamment la grosse dame du café, personnage habité de manière surprenante et belle. En France, pour ce rôle, on aurait mis Yolande Moreau et cela aurait été une erreur (ce qui fut fait dans ENFERMÉS DEHORS). Ici, on travaille encore le casting à la main semble-t-il. Quant à Jeremy Régnier, je crois qu'il atteint là un degré de Méthode que DeNiro ou Pacino vont lui envier. Ah oui, j'allais oublier, Florence Foresti en flic lesbienne et sa copine (malheureusement, j'ai oublié son nom) sont très bonnes.

Au final, on est embêté : voilà un film assez médiocre dans la forme, mais dont on pressent un parfum absurde qui, s'il était développé convenablement, pourrait être délicieux, à l'image des quelques percées que DIKKENEK contient déjà. Il y a là quelque chose qu'on aimerait voir mûrir un peu et peut-être devenir plus abstrait. Bref, impossible de ne pas apprécier avec cœur les deux-trois scènes vraiment étonnantes, mais impossible de trouver le reste beau. On va attendre que ça prenne forme, tout ça, et on va surveiller. Ça pourrait prendre. On est encore loin de John Waters, mais bon... La scène de la panne, c'était quand même beau...

Hypothèse : le T-shirt "I LOVE GODARD" n'est pas ironique !

Je vous laisse réfléchir là-dessus...

[Ma chronique est exceptionnellement courte, et pour l’instant je m’arrête là, la mort dans l’âme, car j’allais parler de TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS de Winterbottom, autre film avec du non-sens (c’est bon, mangez-en) dedans. La comparaison aurait été malhonnête mais intéressante, mais ce sera pour la prochaine fois. Mieux vaut reporter que bâcler !]

Bill Yeleuze.
 
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Publié dans Corpus Filmi

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Dr Devo 13/08/2006 09:30

Mes doigts ont fourché! Il s'agissait bien sûr du mot Bouilloire-à-bec.Non sans rire:bouillabaisse (mais je suis pas sur pour le double "s" final!Je crois que c'est un de mes plus jolis lapsus!Dr devo

Emma Darcy 12/08/2006 22:37

De la boulabaise ?!?? Miam, docteur, vous me donnez très faim !!!

Dr Devo 12/08/2006 18:01

Oui, Norman tu as complétement raison: le son de DIKKENEK c'est un peu de la boulabaise.Dr devo

Norman bates 12/08/2006 16:51

Pour ma part j'ai bien rigolé. Je trouve que c'est vraiment du comique de mise en scéne pour une fois : le montage et le hors champ sont utilisé avec brio, malgré bien sur des défaults de cadrages ou de son (le son est vraiment trés mauvais dans ce film).

Bernard RAPP 07/08/2006 14:04

Dans la famille cinéma belge, je demande Vase de Noces de Thierry Zeno...