PETIT TRAITE DE GRANDE CUISINE FOCALIENNE N°1 : Sous les tabliers, la plage !

Publié le par The Cookie Master









[Photo: "Du bon maniement du fouet" par The Cookie Master.]





Vous êtes coincés au bureau ? Le soleil se réverbe à l’infini sur les vitres aseptisées de grandes tours de bétons, les seules perspectives que vous apercevez de votre bureau climatisé sont verticales, votre siège en cuir vous fait transpirer dans cette chemise trop serrée,  vous rentrez chez vous en traversant des rues désertes matins et soir et vous êtes dépités en pensant avec nostalgie à vos escapades passées ou prévue ? Heureusement il y a Matière Focale ! Au quotidien nous essayons par tous les moyens de vous remonter le moral, notamment grâce à notre grande thématique de l’été des films de plage qui vous permet chaque jour de voyager dans le monde entier, de manière totalement focalienne qui plus est ! Mais ce n’est pas tout ! Afin de nourrir spirituellement mais aussi physiquement le focalien au corps sublime et bien entretenu que vous êtes, nous avons sorti notre cuisinier particulier qui va à n’en point douter vous aider à cultiver votre remarquable silhouette. Mettons nous en situation sans plus tarder, enfilez votre tablier et mettez des mocassins, vous êtes déjà sans même le savoir en train de préparer une soirée à la hauteur de votre mesure.

 


Aujourd’hui, en bon gentleman, vous invitez votre collègue de bureau à venir manger à la maison pour une soirée DVD dans votre loft superbement décoré. Elle est comme vous un peu déprimée par cet été qui s’étire lentement au soleil et qui n’en finit plus de briller derrière la fenêtre de votre bureau, vous souhaitez donc lui offrir une soirée d’évasion gustative et cinématographique dont vous aurez concocté jusqu’au moindre détail. Enfilez votre toque, et suivez-moi en cuisine…

 


Pour commencer, les règles habituelles de l’art veulent qu’un invité soit reçu par un apéritif en bonne et due forme, avec un alcool léger et fruité accompagné de gâteaux secs souvent insipides. Que diable ! Vous êtes un focalien, donc un grand créatif dont ont dit volontiers qu’il est « original ». C’est dire la pression sur vos épaules au moment de faire assoir dans le petit salon votre invitée ! Pas d’affolements, nous avons un plan ! Reprenons depuis le début : vous avez prévu une soirée aux consonances hispanisantes voire même un peu plus au sud, étendons à l’Afrique du nord disons. Vous avez choisi un film avec le gout et l’audace que vous caractérise, soit un Julio Médem grand cru par exemple, si votre invitée n’est pas trop coincée. Un LUCIA Y EL SEXO serait tout indiqué, voire un ECUREUIL ROUGE si elle aime le camping. Enfin je vous fais confiance, vous avez surement un éventail complet de DVD allant de films d’horreur bisseux style MASSACRE AU CAMP D’ETE au plus romantique des films de plages style SLUMDOG MILLIONNAIRE, qui ne se passe d’ailleurs pas du tout en Espagne, ni en Afrique du nord non plus. Eventuellement, et pour rester en Espagne, sachez que Pedro Almodovar n’a fait qu’un seul film : MATADOR. Il est fortement recommandable avec de la sangria maison. SLUMDOG MILLIONNAIRE est particulièrement indiqué pour les plats épicés, à base de curry ou de harissa. Servez par-dessus un rocailleux bordeaux rouge ou un petit rosé du Caire, suivant les émotions que vous souhaitez susciter. En cas de film horreur particulièrement peu digeste, il est conseillé de préparer un plat assez light type salade de tomates assaisonnées aux fines herbes saupoudrée de vinaigre balsamique, voire de levure de bière. Finissez d’attendrir son palais avec un petit rosé provençal qui donnera au repas un fond sonore de pinède, cigales à l’appui. En cas de film à fort sensualité, type Médem, il est conseillé de cuisiner un filet de viande rouge assez assaisonné, par exemple un carpaccio de bœuf que vous relèverez de basilic, citron et échalote. En dessert un peu de tiramisu devrait faire tomber toute barrière émotionnelle et préparer le palais à une décharge suave de plaisirs poétiques. Très important soyez ludique dans l’approche de la soirée ! Médem devrait pouvoir se débrouiller seul pour la suite de la soirée, mais en entrée vous allez devoir sortir le grand jeu : il est tout indiqué de placer la conversation sur les rails des amours de jeunesses, sur l’évocation de la découverte du désir. Vous pouvez pour aider partir sur du melon jaune arrosé d’une petite liqueur affolante : évitez la pastèque et le jambon de Bayonne, grave écueils qui vous placeront dans une situation surement insurmontable tout ou tard ! La pastèque est souvent propice aux pépins inopinés, alors que le jambon de Bayonne est bien trop salé pour un LUCIA Y EL SEXO ! Attention toutefois avec ce film : sa fin étant plutôt noire, il faudra conclure la soirée par une note pétillante et enjouée. Pour cela vous pouvez vous lancer dans un blanc sucré genre Muscat ou Riesling, en servant accompagné d’une dissertation sur l’aspect lumineux et optimiste que la mise en scène de Médem insuffle à l’érotisme. Placez les mots soleil, joie, onirisme, plongée, énergie, plans larges et ellipses suggestives.

 


Il va de soit que la sensualité que l’été exacerbe n’est pas uniquement provoquée par des films du sud ni par de chauds éclairages naturels, pas plus que par des tonalités ocres et vives. Vous pouvez jouer sur les contrastes, et c’est même conseillé, en mariant par exemple BLUE VELVET à un gratin de courgette au fromage de chèvre frais. Encore plus drôle, vous pouvez décapsuler avec audace une bière pendant un Buñuel, en assumant pleinement votre attitude rebelle. Elle sera peut être choquée au début, mais dans ce total bouleversement de ses convictions elle verra bien vite une terre promise loin des tracas de la vie quotidienne. Si vous avez l’estomac bien accroché, et si vous pensez que votre collègue est suffisamment ouverte, pourquoi ne pas tenter un HELLRAISER ? Placez la soirée sous le signe de la limite : ou est-elle ? Jusqu’ou pouvez ou aller  avec ces poivrons à l’ail, ou ce sirupeux Gaspacho à la courgette ? Tentez de franchir des paliers dans la puissance des arômes, grâce notamment à un usage délicat mais ferme d’un vin rouge tannique, qui saura faire monter au fil de la fourchette des pétillements extatiques. Rappelez l’adolescence, Break the Wall, il n’y a rien de plus séduisant que de franchir les limites de la bienséance à deux.

 


Si la soirée se passe merveilleusement bien, si la cuisine est accordée à merveille avec les tonalités du métrage, si les lignes de bouches rejoignent celles subtiles d’un montage savoureux, il est fortement possible que votre estimée collègue s’affale dans vos bras, terrassée par tant d’émotions de sensations merveilleuse. Je vous rappelle néanmoins que les règles de la bienséance et de la bonne conduite d’un parfait gentleman ne laissent pas de place à la tentation : dans la nécessité de faire durer le plaisir il faut atteindre au quasi stoïcisme et viser la tête. Je ne saurais que trop vous conseiller de laisser agir plusieurs jours ces délicats instants de désirs inassouvis, cet état constant de légère frustration. Vous la rendrez plus folle encore si vous vous faite désirer, si vous cachez derrière vos sourires étincelant des promesses brulantes. Au cœur de la verticalité prônez l’horizontal, au milieu des buildings promettez une île…  

Allez, un dernier conseil : faites de l’humour, utilisez votre esprit fabuleux à son plein potentiel. Et habillez-vous en noir.


Le reste est entre vos mains.

 

 


The Cookie Master.

 

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Vous êtes coincés au bureau ? Le soleil se réverbe à l’infini sur les vitres aseptisées de grandes tours de bétons, les seules perspectives que vous apercevez de votre bureau climatisé sont verticales, votre siège en cuir vous fait transpirer dans cette chemise trop serrée,  vous rentrez chez vous en traversant des rues désertes matins et soir et vous êtes dépités en pensant avec nostalgie à vos escapades passées ou prévue ? Heureusement il y a Matière Focale ! Au quotidien nous essayons par tous les moyens de vous remonter le moral, notamment grâce à notre grande thématique de l’été des films de plage qui vous permet chaque jour de voyager dans le monde entier, de manière totalement focalienne qui plus est ! Mais ce n’est pas tout ! Afin de nourrir spirituellement mais aussi physiquement le focalien au corps sublime et bien entretenu que vous êtes, nous avons sorti notre cuisinier particulier qui va à n’en point douter vous aider à cultiver votre remarquable silhouette. Mettons nous en situation sans plus tarder, enfilez votre tablier et mettez des mocassins, vous êtes déjà sans même le savoir en train de préparer une soirée à la hauteur de votre mesure.

Aujourd’hui, en bon gentleman, vous invitez votre collègue de bureau à venir manger à la maison pour une soirée DVD dans votre loft superbement décoré. Elle est comme vous un peu déprimée par cet été qui s’étire lentement au soleil et qui n’en finit plus de briller derrière la fenêtre de votre bureau, vous souhaitez donc lui offrir une soirée d’évasion gustative et cinématographique dont vous aurez concocté jusqu’au moindre détail. Enfilez votre toque, et suivez-moi en cuisine…

Pour commencer, les règles habituelles de l’art veulent qu’un invité soit reçu par un apéritif en bonne et due forme, avec un alcool léger et fruité accompagné de gâteaux secs souvent insipides. Que diable ! Vous êtes un focalien, donc un grand créatif dont ont dit volontiers qu’il est « original ». C’est dire la pression sur vos épaules au moment de faire assoir dans le petit salon votre invitée ! Pas d’affolements, nous avons un plan ! Reprenons depuis le début : vous avez prévu une soirée aux consonances hispanisantes voire même un peu plus au sud, étendons à l’Afrique du nord disons. Vous avez choisi un film avec le gout et l’audace que vous caractérise, soit un Julio Médem grand cru par exemple, si votre invitée n’est pas trop coincée. Un LUCIA Y EL SEXO serait tout indiqué, voire un ECUREUIL ROUGE si elle aime le camping. Enfin je vous fais confiance, vous avez surement un éventail complet de DVD allant de films d’horreur bisseux style MASSACRE AU CAMP D’ETE au plus romantique des films de plages style SLUMDOG MILLIONNAIRE, qui ne se passe d’ailleurs pas du tout en Espagne, ni en Afrique du nord non plus. Eventuellement, et pour rester en Espagne, sachez que Pedro Almodovar n’a fait qu’un seul film : MATADOR. Il est fortement recommandable avec de la sangria maison. SLUMDOG MILLIONNAIRE est particulièrement indiqué pour les plats épicés, à base de curry ou de harissa. Servez par-dessus un rocailleux bordeaux rouge ou un petit rosé du Caire, suivant les émotions que vous souhaitez susciter. En cas de film horreur particulièrement peu digeste, il est conseillé de préparer un plat assez light type salade de tomates assaisonnées aux fines herbes saupoudrée de vinaigre balsamique, voire de levure de bière. Finissez d’attendrir son palais avec un petit rosé provençal qui donnera au repas un fond sonore de pinède, cigales à l’appui. En cas de film à fort sensualité, type Médem, il est conseillé de cuisiner un filet de viande rouge assez assaisonné, par exemple un carpaccio de bœuf que vous relèverez de basilic, citron et échalote. En dessert un peu de tiramisu devrait faire tomber toute barrière émotionnelle et préparer le palais à une décharge suave de plaisirs poétiques. Très important soyez ludique dans l’approche de la soirée ! Médem devrait pouvoir se débrouiller seul pour la suite de la soirée, mais en entrée vous allez devoir sortir le grand jeu : il est tout indiqué de placer la conversation sur les rails des amours de jeunesses, sur l’évocation de la découverte du désir. Vous pouvez pour aider partir sur du melon jaune arrosé d’une petite liqueur affolante : évitez la pastèque et le jambon de Bayonne, grave écueils qui vous placeront dans une situation surement insurmontable tout ou tard ! La pastèque est souvent propice aux pépins inopinés, alors que le jambon de Bayonne est bien trop salé pour un LUCIA Y EL SEXO ! Attention toutefois avec ce film : sa fin étant plutôt noire, il faudra conclure la soirée par une note pétillante et enjouée. Pour cela vous pouvez vous lancer dans un blanc sucré genre Muscat ou Riesling, en servant accompagné d’une dissertation sur l’aspect lumineux et optimiste que la mise en scène de Médem insuffle à l’érotisme. Placez les mots soleil, joie, onirisme, plongée, énergie, plans larges et ellipses suggestives.

Il va de soit que la sensualité que l’été exacerbe n’est pas uniquement provoquée par des films du sud ni par de chauds éclairages naturels, pas plus que par des tonalités ocres et vives. Vous pouvez jouer sur les contrastes, et c’est même conseillé, en mariant par exemple BLUE VELVET à un gratin de courgette au fromage de chèvre frais. Encore plus drôle, vous pouvez décapsuler avec audace une bière pendant un Buñuel, en assumant pleinement votre attitude rebelle. Elle sera peut être choquée au début, mais dans ce total bouleversement de ses convictions elle verra bien vite une terre promise loin des tracas de la vie quotidienne. Si vous avez l’estomac bien accroché, et si vous pensez que votre collègue est suffisamment ouverte, pourquoi ne pas tenter un HELLRAISER ? Placez la soirée sous le signe de la limite : ou est-elle ? Jusqu’ou pouvez ou aller  avec ces poivrons à l’ail, ou ce sirupeux Gaspacho à la courgette ? Tentez de franchir des paliers dans la puissance des arômes, grâce notamment à un usage délicat mais ferme d’un vin rouge tannique, qui saura faire monter au fil de la fourchette des pétillements extatiques. Rappelez l’adolescence, Break the Wall, il n’y a rien de plus séduisant que de franchir les limites de la bienséance à deux.

Si la soirée se passe merveilleusement bien, si la cuisine est accordée à merveille avec les tonalités du métrage, si les lignes de bouches rejoignent celles subtiles d’un montage savoureux, il est fortement possible que votre estimée collègue s’affale dans vos bras, terrassée par tant d’émotions de sensations merveilleuse. Je vous rappelle néanmoins que les règles de la bienséance et de la bonne conduite d’un parfait gentleman ne laissent pas de place à la tentation : dans la nécessité de faire durer le plaisir il faut atteindre au quasi stoïcisme et viser la tête. Je ne saurais que trop vous conseiller de laisser agir plusieurs jours ces délicats instants de désirs inassouvis, cet état constant de légère frustration. Vous la rendrez plus folle encore si vous vous faite désirer, si vous cachez derrière vos sourires étincelant des promesses brulantes. Au cœur de la verticalité prônez l’horizontal, au milieu des buildings promettez une île…  

Allez, un dernier conseil : faites de l’humour, utilisez votre esprit fabuleux à son plein potentiel. Et habillez-vous en noir.

Le reste est entre vos mains.

The Cookie Master.

Publié dans Ethicus Universalis

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