HIGH SCHOOL MUSICAL 2 de Kenny Ortega (USA-2007): No Future !

Publié le par LJ Ghost









[Photo: "Dr Devo va au supermarché" par LJ Ghost.]







Non, vous ne rêvez pas. Matière Focale parle bien de HIGH SCHOOL MUSICAL (en omettant habilement le « phénomène », extra-cinéma donc qui ne nous intéresse pas). Mais avant que vous ne me jetiez des cailloux au visage, que vous ne pratiquiez un rituel vaudou sur une poupée à mon effigie, que vous n'enflammiez les torches et sortiez les haches, laissez-moi vous expliquer le pourquoi du comment. C'est très simple.

 

 

C'est sur les conseils sadiques d'une personne chère à mon cœur, qui m'en avait fait un portrait amusé et malicieux, que je voyais ce film pour la première fois à la période de la sortie en salles du troisième opus de la saga. Je n'en dirai pas plus maintenant, c'est pour plus bas, mais rien ne m'avait vraiment frappé à la vision de la chose (au contraire, même). J'allais donc me coucher d'un pas alerte et nonchalant, ayant déjà presque tout oublié du film. Cette nuit-là, mon rêve fut fabuleux. J'étais au festival de Berlin pour présenter mon film, CHOUCROUTE PARTY : STRASBOURG OU MERGEZ ?, qui fit un scandale à l'issue de la projection : en effet, jamais dans le film n'est fait mention de la saucisse de Francfort et de son vibrant et humaniste engagement politique pour résoudre la famine dans le monde à l'aide de flammekueches gratuites. Le public se déchirait et des émeutes éclataient entre les pros et les antis, on se croyait à un concert du groupe Suicide. Pourtant, et malgré le tohubohu, dans la salle les messages de félicitations pleuvaient. David Lynch s'agenouillait devait moi et me demandait l'absolution, Guy Maddin se signait jusqu'à saigner des doigts, Louis Bunuel et Ingmar Bergman se flagellaient avec des ronces, Pedro Almodovar se pendait, Carl Theodore Dreyer m'offrait la sublime caméra défectueuse avec laquelle il a tourné VAMPYR (donc il faudra vous parler un jour, d'ailleurs), Andreï Tarkovski posait sa main sur mon épaule et me disait « C'est bien, fiston ». Puis un messager chauve et volant vint m'apporter une nouvelle : Kate Winslet, Sarah Polley et Jennifer Connelly m'attendaient, offertes, dans ma chambre d'hôtel. C'est à ce moment que je me suis réveillé, en sursaut et en sueur et que je me suis écrié : « Sapristi ! J'ai vu quelque chose dans HIGH SCHOOL MUSICAL 2 ! » (ce paragraphe est inspiré de faits réels, bien sûr.)

 

 

C'est la dernière heure de cours avant l'été ! Chouettos ! Zac Efron est un lycéen comme les autres, à ceci près qu'il a la fâcheuse habitude de se mettre à chanter et à danser pour un oui ou pour un non, entraînant avec lui ses camarades dans des chorégraphies endiablées. Les vacances arrivent donc, et on peut dire que la classe d'Efron n'attend que ça, et n'hésite pas à chanter une petite chanson dès que la sonnerie retentit. Lui et sa copine, Vanessa Hudgens, décident de passer un été mythique, un été qui restera dans leur mémoire jusqu'à la fin de leur vie. Mais il faut aussi travailler pour pouvoir se payer l'université dans deux ans ! C'est une aubaine pour Ashley Tisdale, la pimbêche über-riche de service, qui fait proposer un job à Efron dans le country club que tiennent ses parents, tout cela dans le but de mettre la main sur le bellâtre. Seulement, Efron, incrédule de ce petit manège, fait engager tous ses camarades de classe, y compris Hudgens ! Ce qui embête profondément Tisdale, qui va essayer par tous les moyens d'attirer son attention en lui faisant miroiter une bourse pour entrer à l'université. Efron va donc passer plus de temps avec la gourgandine qu'avec sa copine (Hudgens, donc), son best friend for life (un mec qu'on connaît pas) et tous ses amis normaux. Ils vont alors commencer à s'écarter de lui...

 

 

Ces gens ne sont pas comme nous. Ils sont différents. Toute xénophobie mise à part, ce n'est pas le genre de la maison, ces gens font très peur. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gamins qui chantent et dansent à la moindre occasion ? Vous faisiez ça au lycée ? Non, bien sûr. Mais Zac Efron et ses potes, eux, oui. Le film démarre par une idée de mise en scène, qui vaut ce qu'elle vaut mais c'est déjà ça (l'horloge qui grandit de manière surréaliste derrière la prof). La suite est plus étrange, et je vais d'ores et déjà émettre une théorie : tous ces lycéens sont en fait des robots. L'idée n'est pas si farfelue que cela, elle se tient même drôlement bien, et je vais le prouver. Chacun de ces gamins fait des gestes rapides et étranges, de manière mécanique et totalement synchronisée. De plus, et c'est là le plus bizarre, leur lycée semble être une vision fantasmagorique de l'esprit (un peu comme dans THE CELL dont je parlais il y a peu) : il est tout blanc, d'une propreté immaculée, rien ne dépasse, tout est net, uniforme, les autres couleurs sont quasiment absentes. Ce qui suit complètement la logique de la théorie des robots : le lycée est en fait un laboratoire. Et tous ces jeunes qui apprennent le jeu de la vie et de l'amour, à l'âge des premiers émois et des chatouilles dans le ventre (ils sont peut-être un peu en retard mais bon, c'est Disney, soyons contents qu'ils en soient là) : rien de plus que des robots avec une faille dans la matrice, ils essaient de s'humaniser, c'est un peu I.A. de Spielberg, c'est quasiment du Kubrick ! Bon, trêve de plaisanterie, jusque là je m'amusais un peu mais c'est maintenant que le gros morceau arrive. Respirez bien. Voilà. Comme ça. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il semblerait que HIGH SCHOOL MUSICAL 2 soit un film social d'une rare violence. Oui oui. Le temps de dire pouf pouf, et vous serez pris dans l'engrenage.

 

 

Pouf pouf.

 

 

Je vais dévoiler des moments-clés de l'intrigue, et j'en suis désolé, je n'ai pas le choix et coder n'est pas une option, vous devez donc prendre toutes vos précautions et faire un choix cornélien à partir du prochain paragraphe. Si vous ne voulez pas que vous soient dévoilés les enjeux et les révélations du film, je vous conseille de passer au paragraphe d'après. Maintenant, pour être tout à fait honnête avec vous, ce que je vais révéler n'est pas franchement surprenant, le film est dans son ensemble très prévisible et finalement vous ne gâcherez pas grand-chose (d'ailleurs la prévisibilité du film est ce qui le maudit, mais ça c'est pour juste en dessous !). Je vous ai prévenu, c'est à vous de faire votre choix. N'hésitez pas à éventuellement voir le film et revenir lire le paragraphe après, je vous assure que ce qu'il se passe dans HIGH SCHOOL MUSICAL 2, si ce que j'énonce plus bas n'est pas un pur fruit de mon imagination (mais j'en doute), est très violent et surprenant. Attention, c'est parti.

 

 

Nous voilà enfin seuls, vous et moi. Instaurons une intimité érotique. Vous habitez chez vos parents ? Regardons donc un Straub & Huillet ensemble, pour commencer la soirée, ou un petit Julio Medem, comme conseillé par le Cookie Master, mais ça me semble trop évident. Vous aimez surprendre, vous, je le sais. Pardon, je m'emporte. Le film, donc. Tôt dans le film, un peu après leur arrivée au country club, Efron et Hudgens pique-niquent en amoureux sur le terrain de golf du complexe. Le jeune homme, dès le début de la séquence, émet de sérieuses inquiétudes sur son avenir, qui le terrifie au plus haut point. Hudgens tente de le rassurer, mais on sent Efron perturbé et anxieux tout de même. Au même moment, Tisdale épie le couple du haut d'une tour (ne me demandez pas ce qu'elle fout là, cette tour) à l'aide de jumelles, et ce qu'elle voit lui déplaît. Elle ordonne alors à des techniciens, j'imagine, d'actionner l'arrosage automatique du terrain. Efron et Hudgens sont donc complètement trempés, et au début plutôt en colère (ensuite ils chantent et dansent, bien sûr, mais peu importe). A la toute fin du film, toute la bande, dont une Tisdale réconciliée avec tout le monde, se retrouve encore sur le terrain de golf, de nuit, en ligne. Ils avancent chacun un peu, ne se trouvant pas au même endroit géographique, si vous voulez. Là, l'arrosage automatique s'actionne encore, arbitrairement. Arrivé là, il faut que j'explique quelque chose : cet arrosage n'a aucun sens, que ce soit narratif, de mise en scène ou esthétique dans le processus même du film. Qu'il soit là ou pas, c'est pareil, il n'est pas beau, et cache complètement les personnages. On voit qu'un nuage blanc sans intérêt. Sauf que je crois qu'il se cache autre chose sous cette eau, quelque chose de très violent et qui sera amplifié par mon argument suivant. L'eau vient à deux moments cruciaux : quand Zac parle de son avenir, et quand son avenir est en face de lui (à la fin du film, donc). Là, l'eau le cache complètement, et sa réaction immédiate est plutôt mitigée, il semble agacé, dérouté, complètement perdu. Je crois que ce que Kenny Ortega, le réalisateur, essaie de nous dire par là, c'est que ce garçon n'a aucun avenir. Il est complètement bloqué, et n'arrivera jamais à s'en sortir. Basé sur ce seul élément mon argumentaire tient difficilement la route, mais accrochez-vous pour ce qui vient. Pendant tout le film, Zac fait face à un choix, à deux possibilités : continuer de traîner avec ses amis lycéens ou penser à son futur, le solidifier, le sécuriser (au country club, il fréquente la haute société qui lui ouvre grand les portes de l'université, il joue au basket avec l'équipe de cette université où il est très bien accepté, et tout le monde est ébloui par son talent). En fréquentant la bourgeoisie, avec la bénédiction de son père (qui, en gros, lui dit que le monde c'est chacun pour sa gueule et que ses petits copains du lycée, dans quelques années il devra leur marcher dessus s'il veut réussir – et je déforme à peine !), il s'embourgeoise aussi un peu, mais pas trop en fait. Il reste lui-même (contrairement à ce que lui disent ses amis, ce qui est normal mais j'y viens), le même qu'au début du film, sauf qu'il fait un choix qui peut s'avérer responsable, il ne se vend pas et ne se trahit pas, il est lui de bout en bout et le monde adulte l'accepte tel quel. Mais pas ses amis ! Dans un geste jaloux et égoïste, ils veulent le récupérer rien qu'à eux (alors que vu comment il était parti jusque là, il aurait très bien pu continuer à les fréquenter, rien n'aurait vraiment changé de son côté, ou en tout cas de manière infime), et lui mettent la pression, la pression des pairs, du groupe, pour qu'il renonce à son avenir et reste danser et chanter avec eux. Bien que, encore une fois, je ne suis pas sûr qu'il ait changé en entrant à l'université, il fait le choix de rester avec ses copains, et de renoncer totalement à son futur (illustré par les jets d'eau aux deux endroits stratégiques). Cela renforcé par le regard caméra final un peu truqué, mais personne n'est dupe, et Efron a vraiment l'air malheureux, c'est très étrange. Ce personnage est maudit, en fait. Evidemment, ce n'est jamais montré clairement par le film, on est chez Disney donc Zac est heureux de rester gambader dans les prés, mais on sent cette volonté dans la mise en scène, comme je viens de l'expliquer. Le Groupe aliène, oppresse, tue, finalement. HIGH SCHOOL MUSICAL 2 serait un virulent film social ? Très franchement, je me demande si je n'invente pas tout ça, mais ça m'avait tellement marqué la première fois que j'ai vu le film que je me dis que ce n'est pas innocent et qu'il doit y avoir une pointe de vérité là-dedans. Je ne sais pas. Peut-être que je raconte n'importe quoi, auquel cas j'en suis sincèrement désolé et je viens de griller le peu de crédibilité que j'avais, mais il fallait que je partage mes impressions sur ce film étonnant.

 

 

Ah, vous êtes revenus. Vous m'aviez manqué. Tenez, un rocher Suchard, pour me faire pardonner. Bien, parlons maintenant technique. C'est une catastrophe, mais ça c'était prévisible : cadres indigents, lumière inexistante (il est très amusant de remarquer que quand Tisdale arrive au camp de vacances, il est sensé faire beau et chaud alors que sur l'image il y a du vent, on sent les nuages et on se dit qu'ils doivent se cailler les miches habillés si légèrement ! Ah, les projecteurs HMI, quelle belle invention...), montage fantomatique, son ridicule. Mais parlons plutôt des chansons, qui sont bien sûr des tubes variété-pop du plus bel effet, absolument addictives (le film s'oublie mais les chansons restent, elles) et très très efficaces, au bout du premier refrain on est déjà capables de chanter en cœur avec eux. C'est insupportable mais ça passe quand même en fait, tellement ces chansons sont hypnotiques. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a l'impression que toutes les chansons sont rattrapées par une forte dose d'auto-tune (ce programme qui permet, entre autres, de rendre juste un chanteur faux), mais parfois trop, et les voix se retrouvent criardes voire stridentes, ce qui confère finalement une espèce de sympathie (ou de pitié) au truc (encore plus amusant : on dirait parfois qu'ils ont aussi utilisé l'auto-tune sur les dialogues ! C'est réjouissant !). Du côté des acteurs c'est, là aussi, complètement hypnotique. Il faut voir ce film rien que pour Zac Efron. Je ne sais pas où ils l'ont trouvé, mais il est extraordinaire. Pour vous le décrire, c'est une mante-religieuse gay et grimaçante qui a autant de charisme qu'une chaise de jardin. C'est vraiment impressionnant. Il faut le voir absolument, vers la fin du film, chanter une chanson énervée (enfin, énervée Disney), habillé de noir alors qu'il est habituellement toujours en couleur (la même idée que dans SPIDER-MAN 3 ! C'est vous dire le niveau du film de Raimi...), copiant les pas de danse de Michael Jackson (mais asthmatique le Jackson). Il faut la voir, la propension qu'il a à ne pas occuper l'espace, à ne pas enrichir et vivre dans le cadre, en fait c'est un falot exemplaire. C'est un spaghetti. Il n'en devient alors que plus sympathique, vraiment, on ne peut que l'apprécier ce type, qui fait ce qu'il peut mais non, ça ne marche jamais. Il a l'air de constamment s'excuser d'être là. On ne t'en veut pas bonhomme, t'es sympa comme tout, je t'aime bien moi. Vanessa Hudgens est une potiche. Ashley Tisdale ressemble à Sarah Michelle Gellar, l'immense talent en moins, et le frère de celle-ci dans le film, Lucas Grabeel, ressemble quant à lui à un Macaulay Culkin qui n'aurait pas grandi et n'aurait pas pris de drogue, aucun intérêt, donc.

 

 

Le visionnage terminé, j'arpente les couloirs du bâtiment de Matière Focale en chantant et en dansant à propos de tout ce que je fais, mais mon succès tarde à arriver : Invisible s'est percé les tympans et les yeux et vit désormais dans un caisson à oxygène, Norman Bates est rentré chez sa très chère maman, l'Ultime Saut Quantique est retourné dans les tréfonds du cosmos et le Dr Devo a instantanément dévolutionné jusqu'à être redevenu une bactérie. En définitive, faut-il voir HIGH SCHOOL MUSICAL 2 ? Ma réponse est oui, bien sûr, parce que d'un côté vous avez un plaisir complètement pervers et coupable (le film passe vite, étrangement) et de l'autre vous avez, selon moi, un film social violent et féroce. Tentez l'expérience.

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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LJ Ghost 19/08/2009 02:14

Mais vos excuses sont acceptées cher Docteur, je suis flatté que vous m'ayiez confondu avec Norman !Un HMI est un projecteur qui reproduit la température de couleur du soleil. En gros, en studio quand on veut reproduire la lumière du soleil qui passe par les fenêtres, on utilise le HMI. Content que ça vous ai plu, en tout cas !

Dr Devo 18/08/2009 19:40

Quelle Honte!! je me flagelle et remets le scrapulet sur le champs! mes excuses à l'intéressé!dr Devo.

Norman Bates 18/08/2009 19:18

Heu Docteur reprenez vos pillules il s'agit de LJ Ghost !

Dr Devo 18/08/2009 19:17

Oulalalalah, qu'est-ce qu'il est en forme le Norman! Bravo!!!Sinon je tenais à preciser deux choses: c'est quoi un projtecteur HMI? (les epeces de ballons insuppportables?)Deuxio, la famille Caulkin a mon entière sympathie et je conseille à tous le beau IGBY, avec un des 50 frangins de Malcauley!Pour la photo, je suis tellement jaloux que je preferre ne pas m'exprimer.Dr Devo.