AGE DIFFICILE OBSCUR de Mike Mills (USA-2005): Un film avec des acteurs dedans...

Publié le par LJ Ghost






[Photo: "Robert Redford m'a Tuer." de LJ Ghost.]







Lou Pucci est un adolescent dans toute sa splendeur : il a des problèmes psychologiques. Le plus visible d'entre eux est le fait qu'à 17 ans, il suce toujours son pouce. Ce qui ennuie quand même pas mal son père, Vincent d'Onofrio, espèce de gros boeuf un peu beauf, ancien champion de football américain dont la carrière universitaire s'est rapidement arrêtée à la suite d'une blessure au genou. D'Onofrio, donc, veut à tout prix que son fils arrête cette manie régressive, et sous la pression Justin va à peu près tout essayer pour arrêter. Mais cette expression infantile cache peut-être des problèmes plus profonds.

 

 

Vous l'aurez deviné, nous sommes en plein dans le teen-movie, mais versant sérieux, un peu arty, et complètement Sundance (Lou Pucci a gagné le prix du meilleur acteur). Et même sans le savoir, on aurait pu le deviner, au vu des thèmes abordés et de la mise en scène de l'ensemble du métrage. Ca commence de manière étrange par quelques séquences fantasmagoriques et montrées comme telles, emphasées par les filtres roses qui parsèment ces scènes. On trouve alors tout de suite la volonté de montrer ce monde "idéal" selon Pucci, assez artificielle et finalement plutôt inutile tant l'ensemble est téléphoné. Rien de très beau ni de très loufoque ne s'y passe, et cette volonté de faire respirer le métrage avec des images remplies d'espoir (mais un espoir assez flippant et oppressant, on aurait peur de vivre dans ce monde de bisounours), des espoirs de Pucci plus particulièrement, s'avère être un coup d'épée dans l'eau, tant ce qui s'y passe, au final, manque d'intérêt. Alors oui, on voit ça, et on se dit que si c'est clairement un rêve, la réalité doit être toute autre. Elle l'est. Mais je trouve cette volonté un peu trop appuyée pour être honnête.

 

 

Le film se déroule ensuite de manière plutôt pépère, sans vraiment d'achoppement, sans surprise non plus, disons que le film est plutôt froid et modère un peu l'empathie, marque une distanciation entre le spectateur et les personnages (dont le principal). Pourquoi pas, mais ici l'effet escompté est plutôt de l'ordre du placebo, tant cette tranche de vie adolescente particulière n'est pas vraiment mise en valeur. Certes, il y a bien quelques piques à la société de-ci de là, mais elles me semblent vraiment trop prévisibles pour y trouver un quelconque intérêt. Oui, l'école (américaine) sur-médicamentalise les enfants, croyant trouver toutes les réponses dans la prise de cachets. Oui, la philosophie orientale, c'est bien mignon, mais on en revient, tant la société est cynique et n'accepte pas cette forme de pensée. Le libéralisme avant tout, et son animal sauvage intérieur, on n'y pense plus quand on grandit. Non, la drogue n'est pas une réponse et détruit tout sur son passage, même les souvenirs. On en est là. Je veux bien, mais les choses me semblent un poil trop surlignées. Lou Pucci vivra son voyage initiatique intérieur, pour finir par une morale un poil neuneu (tout le monde il est beau tout le monde il gentil, en gros) mais bizarrement distillée, un peu en loucedé (enfin non, elle est dite clairement par Keanu Reeves), qui vient se coller de manière plutôt absurde au récit. En fait, tout ça pour ça. Le parcours est vain parce que les réponses étaient là depuis le début. Quelques choses plutôt intéressantes surnagent en revanche : le personnage de la mère, jouée (magnifiée) par Tilda Swinton, qui veut simplement s'amuser dans sa vie très engoncée. Je n'en dis pas trop, pour vous laisser découvrir la chose, mais même si encore une fois c'est relativement du déjà-vu, Tilda y apporte un doute, une aspérité, une fébrilité qui rend son personnage juste et passionnant. En fait, on se passionne plus facilement pour elle que pour Lou Pucci, qui est beaucoup plus quelconque. Le personnage joué par Kelli Garner aussi, que je ne connaissais pas (ou en tout cas qui ne m'avait pas bouleversée auparavant) et qui se révèle une actrice tout à fait bonne. Elle représente en fait tout le film, toutes les idées thématiques que Mike Mills développe dans son film. Tout passe par elle, elle est comme le point d'encrage autour duquel évolue Pucci, donc tous les personnages, finalement. C'est par elle que tout commence, c'est par elle que tout finit, non sans avoir réussi à être émouvante à plusieurs reprises (dans les ruines, notamment).

 

 

Du côté de la mise en scène c'est joli mais inconséquent. Le montage n'offre aucun air, aucune porte de sortie, Mills monte clairement son film comme on lit un scénario. Le cadrage est par endroit plutôt joli, plutôt bien composé (j'ai en tête ce plan taille de Keanu Reeves vers la fin, qui pour une fois utilise le scope de belle manière) mais par moments, carrément plus quelconques, et surtout, surtout, le film est un tunnel sans fin de champ / contre-champ, ce qui annihile bien sûr toute velléité de jeu sur l'échelle de plans et surtout toute respiration, ou toute émotion. La photographie est grisâtre, soignée mais moyenne (et elle n'est pas mieux lors des séquences fantasmées, où tout est rose, c'est peut-être même pire que tout, ça ressemble au générique des FEUX DE L'AMOUR). Le son n'est pas franchement utilisé, et la bande originale remplies de choeurs (The Polyphonic Spree) ne sert qu'à encore alourdir un film qui l'était déjà pas mal sans ça (mais mention spéciale tout de même à l'utilisation de la reprise de "Thirteen" du groupe Big Star par Elliott Smith, qui est très jolie mais fait s'abattre un trente-trois tonnes sur le métrage, la subtilité n'était apparemment pas le fort de Mike Mills). Les acteurs sont précis sans être transcendants (j'ai déjà parlé de Garner et de Swinton, qui sont très bien) : Pucci traîne son visage fermé pendant une heure trente, ce qui peut être très long quand on ne sait pas sourire, peut-être a-t-il pris exemple sur Keanu Reeves, qui semble ici plus à l'aise que dans MATRIX mais qui semble tout de même avoir du mal à rigoler un coup. Il faudrait lui expliquer où sont les zygomatiques. Vince Vaughn cachetonne avec plaisir, dans un rôle plutôt étouffant mais qu'il arrive malgré tout à faire vivre.

 

 

Au final, le film se trouve être un parfait petit résumé du cinéma indé américain, sans être feel-good à la LITTLE MISS SUNSHINE mais pas loin, plutôt vers l'autre versant, un peu sombre, mais pas trop. Au final toute la famille ira danser sur la scène (ou presque), laissant le spectateur sur le bas-côté.

LJ Ghost.





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Publié dans Corpus Analogia

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