HAECKEL'S TALE, de John McNaughton (série MASTERS OF HORROR, saison 1, épisode 12, USA-2006) : Honni Soit qui Libre Y Panse !

Publié le par Bill Yeleuze

(Photo : "Tu ferais mieux de revoir tes vieux amis" par Dr Devo et Proctoman)




Hello les Squaws ! Salut les Cow-boys !

Bon. Ce n'est pas le tout. On quitte le cabinet et on va au choral choisir la meilleure monture afin de rattraper le retard et le temps perdu.

Ce sera vidéo aujourd'hui. Mon docteur m'autorise une petite incursion sur son domaine de chasse, et me voilà, chic, à regarder HAECKEL'S TALE, épisode 12 et dernier de la série MASTERS OF HORRORS, enfin, dernier épisode si on ne compte pas le film de Takashi Miike, plus ou moins censuré.

Le film raconte l'histoire de Haeckel, jeune docteur du début XVIIIème, enfin, étudiant en médecine, qui a récupéré les notes d'un certain Docteur F., ce qui devrait permettre de l'aider à percer le secret des Mystères de la Vie. Haeckel n'a qu'une obsession : délivrer l'homme de la Mort, et prouver qu'on peut ramener un cadavre de trépas à vie. Libre penseur, impétueux, passionné, fort peu aimable et d'une assurance qui peut le faire passer pour un jeune con, Haeckel s'attire les foudres de ses professeurs à l'Université de Médecine, et sa passion dévorante lui vaut le mépris de ses camarades d'étude. Là où tous voient le mystère de Dieu, Haeckel voit juste un problème scientifique à comprendre et à surmonter. Ses recherches n'avancent pas, chaque tentative de résurrection est un échec cuisant. Il finit par essayer d'approcher un nécromancien (Jon Polito), mettant ainsi en jeu sa foi dans la science, mais le bonhomme ne le convainc pas.
Notre héros bizarre reçoit une lettre fort triste. Son père est en train de mourir. Haeckel se met donc en chemin. Au bout de quelques jours de voyage, il doit s'arrêter dans un petit hameau et dormir à la belle étoile. Il est recueilli par un autochtone qui l'invite chez lui afin que le jeune homme soit en sécurité, le village n'étant pas sûr la nuit, et surtout cette nuit en particulier. Haeckel accepte l'hospitalité de son hôte inquiet. Une fois dans la maison du villageois, le jeune docteur découvre la belle mais mutique femme du vieux paysan : c'est une sublime jeune femme, d'une beauté et d'une tristesse à couper le souffle. Le couple, mal assorti (lui a 50 ans et elle un petit 25/30), est visiblement plus qu'inquiet et guette sans cesse ce qui se passe dans les rues désertes du village... Il y a Ang Lee sous France Roche, visiblement. Dans la nuit, Haeckel surprend son hôte en train de parler avec Jon Polito le nécromancien.... Voilà qui est bien étrange...

C'est apparemment George Romero qui devait réaliser ce film, mais il en fut empêché par la promotion titanesque de LAND OF THE DEAD (ici l'article du Dr Devo, ici l'article du Marquis). John McNaughton, réalisateur talentueux de HENRY, PORTRAIT OF A SERIAL KILLER (et dont on ne peut pas dire qu'il ait fait grand chose depuis, à part le sympathique SEXCRIMES ; je n'ai pas vu THE BORROWER...[Docteur, vous oubliez MAD DOG AND GLORY ! NdC]) reprend le flambeau pour adapter ce scénario de Mick Garris. Ach ! Voilà qui est fâcheux... Garris, on en a déjà parlé : c'est l'instigateur de la série, d'une part, et c'est le réalisateur d'un des épisodes (CHOCOLATE) dont on avait parlé et qui est un des plus médiocres, assez nettement, de toute la saison. [Le DANCE OF THE DEAD de Hooper est complètement raté et vaut  également son pesant de cigarillos cubains, mais loin du classicisme terne de l'épisode de Garris. Le Tobe n'a pas fait dans la dentelle et a préféré le baroque. Si son film n'est pas tellement meilleur que celui de Garris, il est dix fois plus drôle et donc, beaucoup moins ennuyeux. C’est l'avantage de faire à peu près n'importe quoi !] Garris a donc signé le scénario de ce film qui est en fait l’adaptation d'une nouvelle de l'écrivain cinéaste Clive Barker, dont, au passage, on ne peut que conseiller le fabuleux HELLRAISER, classique de l'époque, un peu oublié désormais (tout est relatif). En tout cas, voir Garris le petit classique adapter avec son maigre talent du Barker, dont les textes sont excessivement bizarres, voilà qui est inattendu.

Comme dans quasiment tous les épisodes de la série, HAECKEL'S TALE est doté de jolis moyens et la facture globale est bougrement soignée. Sans atteindre des sommets divins, la photo est léchée, les repérages (surtout en décors naturels) sont très bons. C'est bien monté et correctement cadré. Le récit est introduit par un prologue où, en fait, c'est une nécromancienne qui raconte l'histoire de Haeckel à un jeune veuf qui lui supplie de ressusciter sa défunte femme. La structure enchâssée (à peine) est très classique et annonce une prévisible conclusion à laquelle, effectivement, on n'échappe pas. Cependant, on note une différence de ton entre le gros du film (l'histoire de Haeckel donc, assez sérieuse et emprunte de gravité) et ce prologue. La nécromancienne semble bien baroque tout de même, l'actrice n'y va pas avec le dos de la cuillère.

Fort logiquement, le film se concentre sur l'omniprésence de la mort, et la cruauté de la période. C'est ce qui marche le mieux, avec le portrait de notre héros docteur. Les scènes avec Jon Polito vantant ses résurrections comme un phénomène de foire intriguent comme il faut. Et Haeckel apparaît à la fois énervé, déterminé, mais aussi libre par rapport à son époque en quelque sorte. Ça fonctionne. Le fait que l'intrigue principale (aller rejoindre le papa mourant) n'arrive pas tout de suite a du charme. On note également une très belle distribution en ce qui concerne les seconds rôles, notamment le professeur de médecine et le récupérateur de cadavres, tous les deux très bien interprétés.

En s'arrêtant au village, on sent bien que le récit va finir par suivre une piste et devenir plus classique. C'est effectivement le cas.
Et c'est bien là le problème. HAECKEL'S TALE ne soulève pas grand chose, malgré un soin certain et une jolie entame. Le film se déroule, jamais infamant mais sans vraiment de rythme, et il arrive un moment où l’on commence à attendre les événements (qu'on pressent parfaitement, qui plus est). C’est vrai que si le rôle de la jeune villageoise n'avait pas été confié à Leela Savasta, ça serait sans doute mieux passé. Si la demoiselle est fort jolie, elle est aussi sans saveur aucune et son physique de poupée de Beverly Hills dessert bien le film. Quand on la voit débarquer, on se dit que si un soin aussi précis a été effectué dans le choix d'une femme à la plastique parfaite et dans l'air du temps (comprendre : une petite bimbo bien "canon"), c'est que le film s'arrête ici. Le sentiment assez joli selon lequel "tout peut arriver" fait alors place à une stabilisation sans vraiment de suspense. On attend, dès lors. Ce n'est pas qu'elle joue comme une patate, c'est qu'elle est sans saveur, surtout que son vieux mari, lui, est drôlement bien interprété, même s'il n'y va pas avec le dos de la cuillère.
Le film se déroule tranquillement, sans heurt et sans grosse faiblesse... Il se termine sans qu'on s'en aperçoive, pour ainsi dire. Au final, on finit par deviner ce que pouvait être la nouvelle de Clive Barker. On est assez étonné de voir que le film, en son milieu, devient si peu ambigu, ce qui est assez contraire à ce que fait l'auteur anglais. L'épisode ne retient au final qu'une chose, le tabou principal de l'intrigue (chut !) dont la supposée délectation est justement la "fameuse scène" qui l'incarne, ce tabou. C’est rigolo, mais à peine. Et surtout on a la désagréable sensation que la chose s'est effectivement arrêtée en route. Que la moitié du film avance en roue libre, dans le sens de la descente.

Pas de quoi en faire un drame, bien entendu. Encore une fois, la première partie du film marche bien, et le soin général est agréable. Mais on se retrouve fort marri, au final, quand on doit rédiger un article (pauvre de moi ! vicieux docteur !). Le film, dès son générique commencé, est quasiment oublié. Bizarrement, sans qu'on ait contre lui de griefs particuliers, HAECKEL'S TALE, joli mais sans prise de risque à l'image de son héroïne, est plutôt anonyme. Le fantastique du dimanche soir, en quelque sorte.

Bill Yeleuze.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

Publié dans Lucarnus Magica

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Norman bates 23/10/2006 20:54

Land of The Dead, une daube ? On parle bien de son dernier film, là ? J'aimerais que vous me disiez en quoi il est mauvais, juste par curiosité...

IDr Devo 23/10/2006 20:50

Bah, cher Gougz, on a quand même vu pire! Avez-vous vu LE LAC DES MORTS-VIVANTS, Z français hallucinant de médiocrité et grand moment de solitude...Dr devo

gougz 23/10/2006 20:39

Bonjour,
alors j'ai acheté ce film qui etait "sponsorisé"
par Romero dont j'adore les films, sauf Land of the Dead qui est une grosse daube a mon gout.
J'ai été plus que decu, le scenario est du niveau d'un film d'horreur de M6 et encore...
Je suis pourtant bon public de films de zombie mais là !!! J'ai perdu 15 euros et pourtant j'en ai maté des films de m***e.