THE INFORMERS de Gregor Jordan (USA-Allemagne, 2009): La Révolution des Oeillères

Publié le par Norman Bates






[Photo: "At the Moment of Conception" par John Mek-Ouyes.]






C'est lors d'un petit week end à Londres que j'eus l'occasion de voir cette nouvelle adaptation de Breat Easton Ellis au cinéma. Bizarrement le film n'est pas annoncé en France alors qu'il a un casting absolument bouleversant et qu'il est sorti dans tous les autres pays du monde. Bref, mon week-end c'est plutôt bien passé, merci de demander. Madame Tussaud va bien, sa majesté bien défendu par ses fidèles cotons tiges aussi, ainsi que la tamise. De toute façon on va parler d'un film américain, donc la charmante campagne anglaise ne vous eric sera d'aucun secours ici.



Non ici c'est la Californie, années 80. DEVO passe en boucle sur toutes les MTV du monde, la cocaïne se transporte en tractopelle entre les grands buildings de diamants qui abritent de riches familles quasi-aristocrates. Ils travaillent dans le cinéma, dans la TV, dans la mode ou dans la chanson. Ils sont beaux, veulent être jeune éternellement et passe leurs journées à partouzer entre deux rails de coke. Comme c'est Breat Easton Ellis au scénario (et à la production exécutive aussi, ce qui est important), toute cette belle compagnie sombre dans la décadence la plus totale, et la drogue et l'argent n'empêcheront pas la mort, loin de là ! Plus précisément le film est adapté d'un recueil de nouvelle qui ont toutes été mélangée dans le but de produire un film chorale avec moult personnages qui vont être amenés à se croiser de temps en temps. Parmi ces personnages totalement différents, on retrouve par exemple Billy Bob Thornton avec des rayban wayfarer, Kim Basinger avec des raybans wayfarer, Wynona Rider avec des raybans wayfarer, Mickey Rourke avec des wayban rayfarer, Chris Isaak (Chris Isaak ! je le redis encore, Chris Isaak !) avec des rayban wayfarer, Brad Renfro avec des rayban wayfarer, Amber Heard avec des raybans wayfarer ou Rhys Ifans avec des rayban wayfarer ! Il y a aussi Jessica Stroup avec des raybans wayfarer et une jumelle Olsen (je sais plus laquelle) avec des rayman faraway.



Non ce n'est pas une pub avant le film, c'est bien le film lui même. Et c'est d'ailleurs quelque chose de pas trop mal réussi : en s'intéressant à ces riches américains aristocrates, ce que veut faire Breat Easton Ellis c'est montrer leur ennui profond, leur manque d'incarnation et le monde futile dans lequel ils vivent. Ici les personnages ont presque tous les mêmes corps sculpté dans des salles de sports, chez les femmes de faux seins et un peu de chirurgie esthétique pour les plus vieilles, vers 25 ans. Ils vont tous dans les mêmes fêtes, couchent tous les uns avec les autres, bref leurs vies et leurs "amours" sont quasiment interchangeables ! Et les décors sont de gros clichés (la scène sous les étoiles en voiture, les grands lofts, les villas avec piscine, etc...) qui montrent à tel point leurs univers est froid et sans âme. Dès lors on se rapproche bien des Zombies du bouquin d'Ellis. Cet aspect volontairement faisandé du film est assez beau : le personnage du chanteur tout en contradiction est plutôt bien trouvé (sa musique et ses clips très splendouillets alors qu'en réalité c'est un espèce de pédophile), et l'ambiance années 80 parait finalement assez bricolée et très ostentatoire, alors que la photo est très soignée et n'est pas du tout "d'époque". Partout la déchéance des personnages est causée par un aveuglement total face à la Vérité avec en grand V, qu'elle soit historique ou sentimentale : tout le temps des problèmes sentimentaux insondables (le chanteur avec sa famille, comme le fils de Chris Isaak par exemple) et une fuite totale et perpétuelle de la réalité (la présentatrice des infos ou "le cancer" qui a la fin rattrape un personnage). Il y a une scène assez belle ou le personnage de Graham descends de son appartement et regarde à travers la vitre avec le portier. On ne sait pas ce qui se passe, et on ne le saura jamais, il remonte comme si de rien n'était, en refusant de discuter avec un homme "d'en bas" (au propre comme au figuré, puisqu'au rez de chaussé). D'une manière générale cette société censé produire des artistes (ils sont réalisateurs, chanteurs ou acteurs) est en fait en coulisse d'un conformisme absolu, et c'est peut être cela qui les précipitent dans leur fin. Car fin il y a puisque tous les personnages courent à leur perte.



Intéressons-nous maintenant à la salle des machines, si vous le voulez bien. Tenez, mettez un casque, et suivez-moi. La photo, je l'ai abordée brièvement, est assez belle et un peu froide. Il y a des moyens derrière, de belles images de nuit et l'impression d'être dans une pub est très bien rendue. Ce qui fâche un peu c'est la grande monotonie de l'ensemble : le rythme est vraiment longuet et rien ne ressort de cette langueur monotone, comme dirait Radio Londres. Bon c'est un peu voulu aussi, mais de temps en temps certaines scènes auraient demandées un peu plus de dynamisme : comme dans la plupart des films choral c'est ici le montage alterné qui daniel prévôt, et sur 1H30 c'est long ! Ce qui est dommage car le découpage et l'échelle de plan laissaient çà et là apparaître de belles choses : la scène finale notamment  en contraste total avec l'environnement (ici totalement vide alors que tout le film complètement surchargé). Les grands panotages dans des appartements témoins style loft branché où des gens baisent style porno soft comme si ils jouaient aux cartes contribuent à cette ambiance glacée un peu morbide. Le réalisateur joue à fond la carte de la non-sentimentalité et de la non-sensualité absolues de toute cette mascarade, et il s'en sort plutôt bien. La scène de l'enterrement est très symptomatique de cette volonté, et assez amusante, dommage que ce soit surtout une idée de scénario à la base. Pour finir sur le casting, tout le monde s'en donne à cœur joie pour prendre la pose et jouer des espèces de mannequins superficiels. Certains comme l'acteur qui joue Graham en font des tonnes, certains sont même complètement à coté de la plaque (sa meuf), et les autres ils se foulent pas tellement. Moi j'aime bien Chris Isaak et Thornton mais par contre Rourke ou Basinger  me paraissent faire leur salade habituelle.



Reposez votre casque, remettez vos raybans, nous sommes à l'air libre. Pour conclure la visite je dirais que ce qui ressort de la vision c'est avant tout une impression de grande molesse et d'impersonnalité dans la réalisation. Oui mais voila, pour une fois, ça me parait être une option valable pour un tel sujet, et ca a l'air tellement fait exprès que ca en est réjouissant. Le tout est quand même un peu ennuyeux tout de même, un peu de piment ici ou là aurait nettement rehaussé le plat.

Norman Bates.





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Publié dans Corpus Filmi

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sigismund 23/08/2009 12:22

je n'ai pas lu celui-là non plus, mais j'ai toujours vu le vampirisme comme une métaphore de la lutte des classes,et je pense que bcp dans l'écriture d'Ellis tend vers cette dimension : bcp de ses personnages n'ont aucune prise sur le temps, le temps n'en a donc pas sur eux, ils ont tous l'éternité devant eux ( ou avaient ) bref il y a souvent chez lui une approche réaliste du mythe du vampire, sans que cela soit explicitement son sujet. Sans pour autant basculer dans le fantastique, je pense que Ellis aurait tort de se censurer au niveau de ce degré supplémentaire.

Norman Bates 22/08/2009 19:00

oui effectivement j'ai lu ca aussi. Mais je ne pense pas que l'histoire des vampires aurait ajouté quoique ce soit au film, l'absence de tout coté fantastique donne au film une résonnance bien plus "réaliste" et par conséquent marque plus de points dans la satire de cette société ultra bourgeoise quasi deshumanisée.Mais je n'ai pas lu le bouquin donc je ne sais pas vraiment ce que le coté fantastique aurait pu donner.

sigismund 22/08/2009 13:37

Moi qui m'étonnait effectivement de ne pas avoir de nouvelles de ce film en tout bon fan de Brett Easton Ellis. Par contre un truc que je savais déjà grâce à la page en anglais de Wikipédia, c'est que le film serait edulcoré du glauque des nouvelles dont il est tiré, à savoir un sous-texte vampirique. Alors après je me demande ce qu'il peut bien rester, même si ça doit sûrement être qqchose de voir tt le monde en rayban refaire le monde.