NUMERO 9 de Shane Acker (USA-2009): La Vie Mode d'Emploi

Publié le par Invisible








[Photo: "Soudain , un inconnu vous offre un numéro de Télé 7 Jeux intégralement rempli" par Invisible et Jerine, d'après une photo de Jerine.]







C'est l'été. Le cagnard adoucit les morts. Un morceau de Doudou N'Diaye Rose se répand dans la rue Alexandre Dumas, paris vingtième, il vient d'une fenêtre brisée. L'asphalte colle aux semelles Schmoll. La bulle d'un machouillon éclate au visage de Diane Diaphane, à quelques centaines de kilomètres de là, sur une plage du côté de Sormiou. Le plus petit homme du monde, également très pauvre car il n'arrive pas à trouver de job à sa hauteur, a décidé lui aussi de partir en vacances, s'aménageant une plage privée avec un sachet de Fritelles, et une flaque de Volvic pour tout océan.



L'été, tout est plus simple. L'intellectuel lit L'EQUIPE d'une main, le rebelle comate au clair de lune entre pantacourt et bermulong, la future mère s'habille d'un moins-que-rien. Moi-même qui travaille depuis quinze ans à la rédaction de la biographie monumentale d'une personne que je ne connais pas, j'avais renoncé à mon labeur, j'attendrai septembre pour devenir à nouveau spirituel, avais-je annoncé dès juin à Michel, mon coiffeur-visagiste conseil.



Hélàs, l'infortune d'une semaine en 4K devait mettre un terme à ma liquéfaction heureuse, et ordre me fût donné de traîner mon corps en salle à la mi-août, de voir le film tiré au sort pour moi, et le destin avait désigné le NUMERO 9. [9 en v.o]



"9", ça commence pas mal. On a passé un cap dans l'animation 3D, me disais-je dans les premières minutes, mais d'abord quelques mots de l'histoire.

9, un petit personnage en toile de jute s'anime (au sens où une âme s'éveille) dans un décor d'apocalypse, un appartement dévasté au milieu d'une ville à feu et à sang. "9" rencontre "2", un autre petit personnage, puis d'autres chiffres. Ensemble, nos petits bouts de chiffon vont chercher à percer le mystère du pourquoi de leur existence, tout en combattant un monstre de métal qui semble tout ce qui reste de vivant au monde, et qui n'a qu'une idée : leur faire la peau.




Décors crépusculaires et amples, changements constant d'échelle de plan (sauf vers la fin, les combats sont très bien spatialisés), cadres corrects et parfois très beaux mais alors rognés par le montage hypernerveux, NUMERO 9 se laisse regarder avec plaisir pendant sa première demi-heure.
Et soudain c'est le drame. Le top à Luc Ferry. Le personnage du Numéro 9 commet une action complètement absurde, en totale opposition avec les quinze minutes précédentes.



Dès lors, on assiste au triomphe de l'esprit binaire, on passera du film d'action à la Vin Diesel au jeu de pistes à la Da Vinci Code, mais sans la synthèse. La métaphysique pour les mules.
Disserter autour de la Torah est un jeu fort agréable, mais il convient pour l'amusement des petits et des grands de posséder un jeu de plus de trois cartes. Or, les personnages sont différenciés à la truelle : pour que le spectateur les reconnaisse visuellement, il y a le tube-témoin (le héros), le tube-témoin borgne, le tube-témoin à lunettes, le tube-témoin en camisole, etc. et emballé c'est pesé, les personnages sont ce à quoi ils ressemblent, à part ceux de la femme du groupe et de notre héros, tous souffrent de rikiki-caractérisation.
On sent qu'on est dans un système totalement indépendant du spectateur, on nous allèche avec des histoires de source, de puits de la connaissance et de génèse, mais au bout du compte, le bonheur c'est simple comme un coup de fil.



Allô, t'es où là ?
Au cinoche, tranquille, ouais... Je mate NUMERO 9 à l'UGC-Beruchard... Ecoute, on se reparle de tout ça à la rentrée... C'est pas mal, tranquille, là les sacs à patate foutent leur branlée à des créaures genre LA GUERRE DES MONDES... Ouais... Attends, là ils causent du sens de la vie, j'te rappelle... Ok, à peluche.




NUMERO 9 comporte néanmoins une séquence assez prodigieuse, celle de la chanson, là passe une liberté très communicative et pour le coup résolument cinématographique. Les personnages, libérés de la peur, se laissent aller, et leur joie se diffuse par capillarité à la mise en scène, en appui total sur un standard musical. Je n'en dis pas plus, mais ce passage m'a vraiment beaucoup plu, et ici on éprouve une joie de réaliser, qui en dit davantage, à mon avis, sur le sens de la vie que des digressions en jeu de Mikado sur les desseins du créateur servies entre deux tranches d'action et leur sauce Samouraï.



En résumé, un film qui mérite deux étoiles de mer sur l'échelle du hamac, mais qui a pour qualité de réveler un petit maître en la personne de son réalisateur Shane Acker, disposant d'une Vista à l'évidence non craquée, à qui on souhaite un destin à la Soderbergh, et d'enchaîner films fauchés ou calibrés, des films qui nous parlent un peu au lieu de parler à lui.



Comme le disait Tim Burton à Shane Acker à la sortie de la salle de montage :
Tu as bien fait de prendre tes vacances en septembre.
Si je n'avais pas d'enfant, moi je ferais pareil.

Invisible.





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Publié dans Corpus Filmi

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