[Photo: "Ascenseur pour les fachos" par Norman Bates.]







Vietnam, Tim Robbins est un jeune soldat dont le bataillon semble touché par un mal étrange : ses camarades ont de violents maux de têtes qui les clouent littéralement au sol. Ils se font surprendre par l'ennemi et Robbins est gravement touché, et se retrouve seul.

New York, Tim Robbins est un jeune employé de la Poste, il sort avec Jezabel qu'il a rencontré après son divorce et la mort d'un de ses enfants. Il est sujet à d'étranges visions, notamment de formes humaines démoniaques qui le poursuivent sans relâche. Dans le même temps il se met à chauffer inexorablement et rêve de

New York, Tim Robbins est le mari de Sarah et le père de Macaulay Kulkin (la classe !). Il vit une existence paisible de professeur d'université, amoureux de sa femme et soucieux de ses enfants.

Juste avant que l'univers ne se fissure, des anges sont descendus sur la terre sous la forme de chiropracteurs free-lance. Leurs ennemis de toujours, les démons, se sont eux matérialisés sous la forme de petits bureaucrates métro-boulot-dodo aux étranges appendices tentaculaires. Qu'est ce qui a provoqué cette lésion dans l'univers ? Le Vietnam, la mort de l'enfant, le divorce ou les os douloureux ? Les quatre sans doute, mais peut être aucune de ces choses si l'on en croit l'armée américaine….

 


Porté par un réalisateur en état de grâce (le réalisateur de FLASHDANCE !!) L'ECHELLE DE JACOB se construit autour d'une narration en tiroir dont le seul fil rouge semble être une opération dramatique au Vietnam. C'est en tout cas le seul terreau solide du film, les seuls instants qui ne soient pas dénaturés par l'esprit de Jacob. Tout le reste est un puzzle cauchemardesque peuplé d'enfants morts, de démons monstrueux, de souffrances improbables. Jusqu'au bout Lyne ne lâche rien (ou presque) et déchaine des visions tantôt nostalgiques tantôt horrible qu'aucune chronologie ne permet d'éclairer. Le seul fil rouge c'est la blessure, le sauvetage d'un Tim Robbins qui serait mort au Vietnam ? Pas vraiment certain tant les visions de Robbins semblent se produire des années après. Peut être même que le Vietnam est une hallucination d'un postier rangé….


De toute façon le plus intéressant n'est pas là, pas plus que dans cette fausse dénonciation de l'utilisation de drogues nocives par l'armée américaine. Non le cœur du sujet c'est de suivre au plus pré un fil ténu emmêlé de souffrance et d'instant heureux qui permet d'aller de l'enfer au paradis, du métro à l'espace. C'est aussi une échelle, c'est aussi dans la bible, mais c'est surtout en l'homme et au cœur de sa vision du monde. Ce sont des émotions et des craintes, des amours et des peines qui se succèdent sans aucune justification ni logique. C'est aussi un film sur le deuil et sa nécessité mais c'est avant tout un film fantastique, et parfaitement maitrisé qui plus est. On pense parfois au très lovecraftien L’ANTRE DE LA FOLIE de Carpenter ou au FESTIN NU de Cronenberg, voire même au SILENT HILL de Gans (pas mal du tout) mais avec une véritable originalité dans la mise en scène, une vraie émotion qui passe par une utilisation très belle du son et de la lumière. La scène de fête éclairée au stroboscope est absolument hallucinante, jamais on ne verrait ca en salle aujourd’hui ! De par la narration très bien faite par ce montage poreux qui ne fait pas tellement de séparation entre les différents états/flashbacks et l’utilisation assez discrète d’effets spéciaux, on entre directement dans cette réalité kafkaïenne et dans la tête de Robbins. La musique de Maurice Jarre à fleur de peau aux relents nostalgiques passe très bien dans cette ambiance de déliquescence permanente, d’autant qu’elle est utilisée de manière très discrète et renforcée par les sonorités industrielle et crasseuse d’un New York cauchemardesque.   Par petite touche on aperçoit des tentacules sinistres ici ou là, et on bascule peu à peu dans l’horreur la plus totale, avec pour point culminant la scène de l’hôpital/asile de fou, littéralement glaciale grâce aux magnifiques effets spéciaux et a un travelling épouvantable. Lorsque le rythme s’arrête enfin, pour la délivrance finale, on ressent un peu la même sensation que lorsqu’un grand huit s’arrête : un calme absolu, un moment d’éternité quasi immobile après la tempête. Le symbolisme du film est très beau, Lyne joue sur les codes bibliques qui sont devenus par la force des choses des repères dans nos sociétés modernes, et les utilise un peu à la manière de Lars Von Trier dans ANTICHRIST : pour les détourner et mettre au jour des émotions profondes, loin justement des aspirations théologiques d’un Eden comme récompense.


Tim Robbins y est excellent, sorte de rêveur égaré tourmenté par la mort et le passé atroce, mais allant toujours de l’avant, tombant de Charybide en Scylla, baladé par des pensées qu’il ne maitrise plus. On retrouve également un Dany Aiello (LA ROSE POURPRE DU CAIRE) en pleine forme  dans un rôle mémorable de chiropracteur angélique. Le reste du casting suit allégrement, et la galerie de personnage sert beaucoup à l’horreur latente du film. Ces voyantes mystérieuses, ces personnages silencieux qui fixent Robbins, sont autant de désincarnation de l’homme, et sont magnifiquement intégrés à ce décor quasi apocalyptique.


Petits bémols tout de même à cause d’une ou deux longueurs vers la fin, lorsqu’on sent par exemple que le réalisateur essaye de plaquer un message "politique" sur la guerre du vietnam, pas vraiment à propos ici, et qui serait bien mieux passé en loucedé plutôt qu’en gros caractères blancs à la fin. Mais bon, ce n’est pas grand-chose, le film n’a pas pris une ride et reste à l’heure actuelle un grand film, à voir absolument. 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

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Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /Août /2009 21:13

Publié dans : Corpus Analogia
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Commentaires

un de mes fils cultes, personnellement...Lyne a réalisé l'impensable, retranscrire à l'écran les aventures d'une âme au Purgatoire...
Commentaire n°1 posté par sigismund le 01/09/2009 à 13h03

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.5- THÉORÈME JACOB. - Les degrés de la Conscience.

Commentaire n°2 posté par clovis simard le 15/10/2012 à 03h02

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