PIRE EXPRESS N°9 : Amour, gloire et minorités

Publié le par LJ Ghost







[Photo: "A girl and the sea" par LJ Ghost.]






I LOVE YOU, MAN de John Hamburg (USA-2009)



Paul Rudd est un bon petit bo-bo américain des familles. Il a un grand appartement, un très bon job (il est agent immobilier, notamment du célèbre culturiste Lou Ferrigno) et il va se marier avec sa très jolie petite amie. Tout va pour le mieux donc, jusqu'à ce que sa future femme ne se rende compte que Rudd n'a aucun ami masculin, et donc personne à inviter au mariage ! Rudd, un peu gêné par cette situation, va demander à sa famille de l'aider à se trouver un meilleur ami. Après quelques échecs vient la rencontre avec Jason Segel, grand garçon qui n'a pas grandi et vit toujours comme un ado. Les deux s'entendent bien, mais des différences de mode de vie commencent à poindre et menacent cette amitié...



La "bromedy", la comédie de potes, est en vogue en ce moment de l'autre côté de l'Atlantique. Je crois que l'on peut décemment affirmer que le pape de ce genre cinématographique est actuellement Judd Apatow (40 ANS TOUJOURS PUCEAU, EN CLOQUE MODE D'EMPLOI, et la galactique série FREAKS & GEEKS). Ici, point d'Apatow, mais ça y ressemble quand même beaucoup, ne serait-ce que parce que les deux acteurs principaux sont des habités du réalisateur barbu. On est donc à la maison, mais pas non plus tant que cela. Le film se veut potache et fait sourire par moments, mais malgré quelques très bonnes idées, comme ce défilé de rendez-vous avec des hommes, très drôle et très dur, finalement, on reste quand même assez souvent dans le cadre de l'anecdote, du cliché, voire de l'anecdote clichetonneuse. Les caractères masculins décrits sont peut-être un peu trop caractérisés justement, et écrits sans beaucoup de jeu, ils sont le plus souvent coincés dans des carcans (le gay, ou le mari de la copine sont de bons exemples). Les situations lorgnent même parfois du côté du magazine féminin, comme cette idée (traitée sur le mode comique) qu'une femme puisse parler de la vie sexuelle de son couple à ses douzaines d'amies mais que c'est un drame lorsque l'homme en fait autant, à une seule personne. Ca ne vole donc pas très haut et il n'y a pas grand-chose à retenir du film, en tout cas rien qui ne maintienne l'attention, si ce n'est le généreux abattage de Jason Segel, excellent acteur déjà dans la série télé FREAKS & GEEKS et qui tient la dragée haute à Neil Patrick Harris dans cette merveille qu'est la série télé HOW I MET YOUR MOTHER, qui parvient à faire rire et à émouvoir en même temps, malgré un personnage pas très bien écrit. La mise en scène est tout à fait quelconque, les cadres sont anonymes, la lumière est inexistante, le montage n'apporte rien. Un film plutôt médiocre donc, une resucée d'Apatow sans le talent d'écriture (et même s'il n'est pas forcément meilleur réalisateur que John Hambur).






BATAILLE DANS LE CIEL de Carlos Reygadas (Mexique, Belgique, France, Allemagne-2005)

Nous sommes au Mexique, et Marcos est le chauffeur d'un général. Sa femme et lui ont quelques problèmes d'argent, et pour y remédier ont recours à une méthode extrême : kidnapper un enfant et demander une rançon. Malheureusement, l'enfant meurt au bout de trois jours, et Marcos en est très affecté. Il décide de se confier à la jolie Ana, fille du général, pour laquelle il a des sentiments ambigus. Horrifiée mais calme, elle lui demande de se livrer à la police. Mais tout ne va pas être aussi simple.



Film-scandale lors du festival de Cannes 2005 à cause de deux scènes de fellation non-simulées, d'où il était reparti bredouille, BATAILLE DANS LE CIEL s'avère être bien loin du choc dont tout le monde parlait, ou presque. J'y reviens un peu plus bas, mais le film a tout de même des qualités, en tout cas des embryons d'idées intéressantes. Dès le départ, Reygadas fait deux choses plutôt belles. Son acteur principal, ainsi que tous les autres membres du casting sont d'une part non-professionnels, ce qui nous fait une belle jambe, mais sont en plus, et je n'ai pas d'autres mots pour le dire, "laids". Reygadas insert les freaks dans son cinéma, même si ça n'a pas grand chose à voir avec les frères Farrelly, ça change et c'est plutôt une bonne chose. Sa première séquence donc détaille entièrement l'anatomie de Marcos grâce à un travelling vertical, ce qui a pour effet de non seulement nous confronter au corps inhabituel de Marcos, mais dans le même temps de mettre ces impressions derrière nous pour le reste du métrage. En fait, il balance tout d'un coup pour que l'on ne s'en préoccupe plus dans le reste de son film, et ça fonctionne (même si la séquence n'est pas très bien foutue je trouve, il y a un côté angélique trop prononcé, avec cette lumière aveuglante et cette musique pompière). Reygadas fait passer une autre idée intéressante, cette fois grâce au son : dès lors que Marcos n'est pas en contact avec Ana, le son est mixé très fort, de manière extrêmement désagréable (donc intéressante) pour montrer à quel point Marcos est pressé de partout, il n'a pas un instant de répit, peut-être est-ce même de la culpabilité que tous ces bruits (amusant moment lorsqu'il rentre chez lui en voiture, tout est silencieux jusqu'à ce qu'il arrive et qu'il fasse involontairement un bruit d'enfer). L'idée était intéressante, l'ennui c'est qu'elle dure une heure trente, et qu'au bout d'un moment les tympans commencent à fondre.

En tout cas, Reygadas a de très bonnes références, et à l'époque, j'avais lu qu'on le comparaît à Tarkovski. Certes, le film se termine dans une atmosphère d'expiation mystique, mais ça ne suffit pas les cocos. La différence est de taille, et ce n'est pas parce que le mexicain filme la brume ou un mini plan séquence avec une bougie que BATAILLE DANS LE CIEL est son NOSTALGHIA (qui est un film merveilleux dont je vous parlerai forcément un jour). Chez le russe, il y avait de la brume, mais il y avait aussi de la profondeur de champ et de la composition. Plutôt que Tarkovski, je vois dans ce film la volonté de se rapprocher du cinéma de Bruno Dumont, mais sans y arriver vraiment. Le film n'est pas très beau, le travail à la mise au point est quasiment amateur, ça ne cadre jamais et le montage est d'une mollesse anesthésiante. BATAILLE DANS LE CIEL se laisse suivre, sans plus, et ce n'est pas le sexe non-simulé qui va nous réveiller. Préférez revoir l'immense EMPIRE DES SENS de ce fou de Nagisa Oshima.





REVIENS-MOI de Joe Wright (UK-2008)



Nous sommes en 1935, en Angleterre (oui, ça fait peur, mais restez !). Saoirse Ronan est une jeune fille de 13 ans, qui vient de finir d'écrire sa première pièce de théâtre. Elle veut donc la monter avec ses cousins afin de la présenter à sa famille, en particulier à sa soeur (Keira Knightley) et au fils de la gouvernante (James McAvoy). Mais quelque chose d'étrange se passe entre ces deux-là, c'est l'été, les hormones sont en feu et ils couchent ensemble dans la bibliothèque de l'immense demeure de famille. Mais Saoirse les a vu, et fuit ! Plus tard, les petits cousins fuguent, et tout le monde part à leur recherche, mais ce que Saoirse voit encore (elle est partout cette petite), c'est que sa cousine s'est fait violer par un inconnu qui s'échappe dès qu'il voit la jeune fille. Mais elle ne peut pas identifier l'agresseur, et décide d'accuser McAvoy, qui sera jeté en prison, sous les yeux plein de larmes de Keira. Mais la guerre approche...



Déjà responsable du pas beau ORGUEIL & PREJUGES, Joe Wright s'affuble encore de l'affable Keira Knightley pour cette histoire d'amour, encore en costumes (mais pas trop). Si ça peut faire très peur, dit comme ça, il se passe des choses dans ce film, des choses plutôt surprenantes et intéressantes. Tout d'abord, il faut préciser que si c'est un film en costumes, ils n'ont pas forcément une grande importance, disons qu'ils ne vampirisent pas le film, mais ne sont là que pour témoigner du temps qui passe, que comme des repères temporels si vous voulez. Parce que la clé du film, c'est le temps. Wright jongle avec, et n'hésite pas à faire un bond de quatre ans pour revenir quelques minutes plus tard six mois auparavant, puis de rebasculer en 1935, ce qui a pour conséquence de rendre le film très vivant, de lui donner de l'air. Alors ce n'est pas constant et il ne fait pas cela à tire-l'arigot, si vous me passez l'expression, mais les rares fois où il le fait sont vraiment belles et surprenantes. La structure du film, loin d'être linéaire (en particulier pendant la première moitié, ça se calme un peu après) est plutôt porteuse de saillies, et si cela ne provoquait pas des révélations finales très importantes je vous dirais à quoi elle ressemble. En fait, le final, loin d'être un twist, révèle et met en valeur la structure du scénario et du montage, lui donne un corps et une explication, et en plus fait ressortir une certaine gratuité, une incursion du fantastique dans ce récit ma foi très balisé et plutôt classique. Le montage est donc plutôt réussi, avec deux-trois très jolies choses, en particulier ces aller-retour temporels dans la maison dans la première partie du film. Ca cadre de fort belle manière et les plans sont en général richement composés et intéressants, la photo est elle aussi d'une belle richesse et n'a pas vraiment à rougir. A noter un très beau plan-séquence sur une plage dunkerquoise me semble-t-il, après un débarquement. Les acteurs font ce qu'ils peuvent mais ne sont pas tous très bons, à part la douée et jolie Romola Garai qui amène un peu de nuance en plus de son visage très particulier.



Une belle petite surprise que ce REVIENS-MOI en tout cas, qui ne vous fera sûrement pas hurler de bonheur mais vous passerez deux heures en plutôt bonne compagnie.

 

LJ Ghost.

 

 

 

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Publié dans Corpus Filmi

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