GENERATION REBELLE de Richard Linklater (1993-USA): Good Evening La Glande !

Publié le par LJ Ghost







[Photo: "Au loin, un cordon se coupe..." par Mek-Ouyes.]




C'est le dernier jour de cours avant l'été pour les élèves du lycée et du collège de cette petite ville du Texas, USA. Nous sommes en 1976. Entre deux séquences de bizutage cruelles et humiliantes, collégiens et lycéens vont essayer de passer une bonne dernière soirée, pour fêter la fin de l'année scolaire. La fête à laquelle ils devaient se rendre est malheureusement annulée, alors tous vont se retrouver à traîner, que ce soit à pied ou en voiture, pour essayer de trouver quelque chose à faire.

 

 

Considéré comme un des plus beaux films sur l'adolescence, GENERATION REBELLE se traîne donc une bien belle réputation, à laquelle Matière Focale, n'écoutant que son courage et sa témérité, décide aujourd'hui de se frotter, pour vous lectrice, pour vous lecteur. Débutons donc, je vous prie. Après vous.

 

 

GENERATION REBELLE (titre stupide, mais j'y reviens plus tard) se déploie sur un mode assez étrange, et qui surprend un peu à la vision de la chose : il ne se passe pas grand-chose. Le temps est un élément très important du film, et Linklater s'en sert de plutôt belle manière. Le film est une errance, une marche finalement, on se retrouve à déambuler avec tous ces personnages sans aucun but, sans véritablement de mouvement dramatique, et nous sommes plutôt dans l'observation d'une bande de jeunes qui essaie de passer une soirée sympa. C'est une certaine banalité qui défile devant nos yeux, une impression de déjà-vu, que ce soit au cinéma ou dans la vie, dans l'expérience personnelle du spectateur. Le film mise beaucoup là-dessus, sur cette implication nostalgique du spectateur qui se reconnaîtra, plus ou moins, dans la description somme toute détaillée de la vie d'un lycéen au Texas dans les années 70. Nous sommes quasiment dans le même geste que dans le film de Riad Sattouf, LES BEAUX GOSSES : miser à fond sur la carte de l'identification, de la nostalgie, de cette sensation de dire "J'y étais, c'était moi". Le mécanisme du film va dans ce sens, en ne suivant pratiquement aucun personnage, ou plutôt si, mais il n'y en a pas un qui ressort vraiment. On les croise, on les suit un peu, on les quitte sans avoir demandé notre reste, et pour certains longuement croisés dès le début, nous ne les reverrons plus du tout. Il y a bien un personnage qui passe pour "principal" dans tout cela (joué par le jeune Wiley Wiggins), collégien qui vient de se faire bizuter et invité par un de ses bourreaux à ladite soirée, finalement annulée, et qui va être, plus ou moins, notre fil rouge. Sauf qu'on le perd lui aussi régulièrement de vue, pour laisser la place à d'autres personnages, d'autres caractères. Nous nous retrouvons donc devant un film choral, avec une bonne quinzaine de personnages identifiables et différents, afin que n'importe qui, mais vraiment n'importe qui puisse s'identifier, justement. Il en ressort une volonté d'embrasser toutes les possibilités, toutes les affres de l'adolescence, et y parvient, à peu près (et en même temps avec tout ce choix, ce serait incroyable de ne pas y arriver). La bonne idée est d'avoir refusé le deus ex machina, le "pot de fleur" (selon l'expression focalienne consacrée), l'évènement dramatique que n'importe quel zigoto aurait fait poindre dans l'avant-dernière bobine. Richard Linklater (dont on a pu voir FAST FOOD NATION, BEFORE SUNRISE ou A SCANNER DARKLY avec cette endive de Keanu Reeves) se tient à son principe de départ : mettre vingt jeunes dans la rue, avec drogue, alcool et voiture, et voir ce qui se passe. Ce qui n'est finalement pas mal vu.

 

 

Malheureusement, les choses ont changé, et GENERATION REBELLE a depuis été doublé par des séries télévisées comme la très belle SKINS (n'écoutez pas ce que l'on vous dit, la troisième saison est formidable et fait oublier la malhonnêteté de la seconde) et la cosmique FREAKS AND GEEKS (qui elle n'a pas eu droit à une seconde saison, elle n'a même pas une droit à une première complète). Alors ce que l'on voit dans le film pourrait faire un peu pitié, ou en tout cas ne pas avoir le même effet aujourd'hui qu'à la date de sa sortie. En fait, lors de la vision, on se demande régulièrement ce que l'on fait là, parce que d'une ce n'est pas aussi bien écrit que THE BREAKFAST CLUB, et de deux on a déjà vu mieux ailleurs, plus racé et plus violent, ils ont l'air d'enfants de choeur avec leurs trois joints et leurs cinq cannettes de bières en face des toxicomanes de SKINS. Sauf que finalement, dans l'huître se trouve la perle. Ces jeunes, qui consomment plus ou moins allègrement ces drogues et ces alcools dont je parlais dans la phrase précédente, et qui essaient, dans leurs multiples aller-retours, de trouver quelqu'un pour échanger des papouilles mouillées sur la banquette arrière de leur voiture, qui essaient de se libérer, finalement, sont en fait prisonniers. Ils sont prisonniers de leur génération. C'est dit très clairement par Marissa Ribisi lors de la fête improvisée dans les bois : "Les années 50 étaient ennuyeuses, les années 60 étaient géniales et les années 70 pourries... Peut-être que les années 80 seront radicales". Ils cherchent, dans leur cohue, dans leur errance, dans leur comportement, à vivre ce qu'ont vécu les jeunes de leur âge dans les années 60. Mais c'est fini, Nixon est passé par là, et la société du plaisir et de la liberté sans fard désirée par les hippies est belle et bien morte, et ne ressuscitera jamais. Ils essaient, mais ne savent pas comment faire, ils ne le savent plus, et cette volonté d'être libre et heureux ensemble est inaccessible pour eux. Alors ils passent, repassent, viennent puis s'en vont, reviennent et restent, insaisissables parce qu'à la recherche d'un idéal qui n'existe plus. C'est vraiment très beau, et c'est pour cela que je disais que le titre français du film était stupide. Outre que ce soit évident, la raison principale est que le métrage s'appelle en réalité DAZED AND CONFUSED, titre emprunté à une chanson de Led Zeppelin de 1969, qui colle donc parfaitement au propos du film. Les distributeurs français prouvent, une fois de plus, leur absolu génie créatif.

 

 

Malheureusement, du côté de la mise en scène, ça ne suit pas trop le mouvemennt, et peut même se réclamer d'une certaine médiocrité. C'est un enchaînement de plans rapprochés, de champ / contre-champ, de lumière naturelle ou de bon vieil éclairage en trois points pour les séquences nocturnes. Le montage est purement scénaristique, le son est inutilisé sauf en prise directe. C'est vraiment feignant de ce côté-là. En revanche, au casting vous allez tomber sur des têtes connues et familières, puisque se succèdent à l'écran Ben Affleck, Joey Lauren Adams, Matthew McConaughey, Milla Jovovich, Parker Posey, entre autres, ce qui est plutôt amusant, mais un peu anecdotique.

 

 

Au final, GENERATION REBELLE est un film plaisant et finalement assez violent, même si pas très beau. A regarder uniquement si vous avez épuisé tous vos John Hughes.

LJ Ghost.







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Publié dans Corpus Analogia

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