THE BLACK TORMENT de Robert Hartford-Davis (UK-1964): Il reste du mou, je vous le mets ?

Publié le par Dr Devo








[Photo: "Le Dimanche à Saint-Malo, C'est Jour de Cinémage" par Mek-Ouyes et Dr Devo.]







Chère Lectrice,

 

Si tu n’es pas née dans une famille nantie, passe directement à un autre article, car aujourd’hui nous allons parler du douloureux problème des remariages grâce à ce THE BLACK TORMENT de Robert Hartford-Davis, délicieusement sous-titrée L’ESPRIT MAUVAIS ou L’ESPRIT DU MAL, ou je ne sais plus trop quel autre titre splendouillet par notre malicieux dividi, édité par la revue Mad Movies, tiens, qu’on se le dise car ils font des efforts, comme la publication récente de BAD BIOLOGY dont nous avions parlé récemment. Récent et Récemment dans la même phrase, voilà d’ailleurs une erreur que n’aurait pas commise la Baronne ou un garçon bien né. Mais, passons…

 

 

[Ce garçon bien né n’aurait pas non plus répété la deuxième acception de la répétition en mettant comme un petit gougnafier une majuscule à ce mot. Amenez-moi le scrapulet !]

 

 

Nous sommes en Angleterre et à la bonne époque, si vous vous me permettez l’expression, car les têtes de famille à sang bleu n’ont pas été encore coupées, même si je vois déjà parmi vous des esprits chargins qui me diront que, de toute façon, des têtes coupées, il n’y en a pas eu des masses en Angleterre, et on ferait mieux de balayer devant sa porte, et passe-moi le djembé. Laissons-les de côté, ces malotrus, et poursuivons.

John Turner est un noble, anglais donc, je sais, je l’ai déjà dit, qui revient dans ses terres et vers l’immense manoir familial, et on appelle ça un zeugma, après six mois passés à Londres. Turner ne revient pas seul, car il a épousé là-bas la délicieuse Heather Sears qui malgré son double patronyme n’a pas pour unique vocation dans la vie que de faire du shopping. (Toujours flatter le public anglo-saxon dans une critique de film… Très important.)

Malgré tout, le retour n’est pas si jovial que ça. Si Turner kiffe à donf de montrer sa nouvelle femme à sa famille et à ses domestiques, et autres manants dont il a la charge, l’accueil est assez froidasse. Le forgeron fait la gueule, les paysans crachent par terre, bref, tout le monde manque d’enthousiasme face à ce retour prévu joyeux. Au château, Cindy reprend deux fois du coca zéro dans le confessionnal et plus important encore, Turner a le fin mot de l’histoire, grâce à son ami et intendant, Bidule Truc dont j’ai copieusement oublié le nom. Ce dernier explique à son ami et maître qu’une jeune fille du village a été poursuivie il y a peu par un homme étrange qui l’a copieusement molestée, abusée puis tuée ! Enfin presque, car, quand les villageois l’ont retrouvée agonisante sur un lit de mousse, elle n’avait qu’un mot à la bouche : Turner ! De là à conclure que notre Baron est le coupable aux yeux de la populace, il n’y a qu’un pas et sacrément vite franchi en plus.

Bah, laissons Lucie faire, dit Turner. Il présente alors sa très enjouée épouse à sa famille, à savoir : l’intendant que je citais plus haut, son père (gravement handicapé, en chaise roulante et ne parlant qu’en langage des signes) et la sœur de sa première femme qui s’occupe du paternel car elle connaît, elle, la langue des signes. Mais très vite, des évènements étranges et sanglants vont se passer, et voilà qui ne va pas arranger la réputation de Turner qui, en plus, croit perdre la boule et la raison (redondance !) en apercevant une nuit le spectre de sa première femme… A raison de trois gouttes par heures, et d’une fuite de 6 ml tous les quarts d’heure, à quelle heure la première baignoire croisera-t-elle le samovar ?

 

 

Bon, y a pas de mystèèère, comme disait la poète, et ça coule de source (un jeu de mot est caché dans cette proposition, sauras-tu le retrouver ?), THE BLACK TORNMENT lorgne clairement vers la tradition du film gothique anglo-saxon et ce n’est pas moi qui cracherais dans cette bonne soupe qui a donné tant de bons films. Jolis costumes, du moins je le suppose, des manoirs, des chevaux, reconstitution de village, et tutti frutti… Et bien sûr, une intrigue qui mêle le fantastique avec de bons aristocrates, bien nobles dans tous les sens du terme.

 

Il y a deux choses à dire sur ce film. La première, c’est que ce n’est pas laid, ou plutôt c’est soigné, impression renforcée par le décalage du temps qui, pour une fois n’est pas assassin mais plutôt flatteur. S’il y a encore pas mal de plans rapprochés dans les parties dialoguées, et encore, ce n’est pas une règle, le réalisateur dont le nom est beaucoup trop long pour un roturier comme moi, n’hésite jamais à aérer le bouzin, et à bien écarter l’échelle et les cadres. A la lumière, on note aussi un effort, avec une ambiance classique mais là aussi relativement léchée à quelques endroits, et puis aussi, plus anonyme à d’autres, il faut bien le dire. La copie est ce qu’elle est, un peu sombrasse, et le 1.66 originel promis par la jaquette me semble plus près d’un bon vieux 1.37, mais ce soir-là, le double décimètre n’était pas à côté du lecteur dividi et donc, je n’ai pas vérifié et vous dis cela à la louche, comme disent les jeunes. La scène d’introduction, le meurtre de la paysanne, fort joliement poitraillée d’ailleurs, est très classique, trèèèèèèès, et la scène suivante (l’arrivée chez le forgeron) l’est encore plus. On aura moults détails sur le protocole de changeage de chevaux lors des longs chemins en carrosse, et une description sommaire mais présente des rapports de hiérarchie gueux/aristos (comme disait Charlotte de Turckheim). Plus encore, le dernier kilomètre menant au manoir sera bien long, bien classique avec ces petits plans de campagne anglaise. Ce serait donc la lumière qui serait encore la plus remarquable (mais, ce n’est pas du Bava non plus, notons !). Le montage se fait tranquilou Gilou. Comme le jeu est assez old school, loin de la composition étrange de la Hammer, ou encore du niveau anglais des acteurs de l’époque (cf. CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR), cette impression un peu statique va en se confirmant assez nettement. Surtout par mon deuxième point que je ne développerais pas sans avoir précisé au préalable qu’il y a au final peu de gourmandises exquises dans la mise en scène de ce film, hormis peut-être un cadrage basculé légèrement et vraiment joli, et filé dans plusieurs plans lors d’une première séquence onirique. Comme disait Napoléon en rentrant d’Italie après sa nuit de noces, ça, c’est fait. Et maintenant, quelque chose de complètement différent…

 

 

 

Le gros problème de THE BLACK TORMENT, c’est son scénarimage, comme on disait dans les années 70. Bon, ok, des spectres, des villageois toujours au bord de la crise de lynchage, etc., ça ne mange pas de pain, bien au contraire. La mise en scène étant plutôt, pour le mieux et le moins bien, oui je le veux, très tranquille, les éléments signifiants de l’histoire du coup se trouvent fort mis en avant. Et chose assez ennuyeuse : ces éléments sont peu nombreux. Quatre pauv’ personnages, un décor quasi-unique, des sentiments assez figés et pas très nombreux font que dès que quelque chose paraît, nous sommes fortement aiguillés dans notre lecture du film, à moins, bien sûr, d'envisager L’ARRIVEE EN GARE DE LA CIOTAT comme un film trépidant de fiction. Dur dans ces conditions de ne pas trouver que c’est le Colonel Moutarde qui a fait le coup, en utilisant le moule à gaufre, dans la buanderie. On voit très bien, et surtout très vite, à quelle sauce on va être mangé. Pendant ce temps-là, alors que Monsieur se lève du canapé où vous visionnez le film, pour aller se resservir une lichette de ce délicieux cognac, vous, chère lectrice serez assez désapointée. Les situations se répètent, les paradoxes, toujours, mais alors toujours les mêmes, se dupliquent sans fin. Comme la mise en scène est gentille, vous avez le temps de faire la liste des courses mentalement, ce qui est une remarque assez méchante, mais pas totalement fausse. Vous serez par contre récompensée. Car la fin est tout à fait splendouillette. Bah, c’est qu’à un moment, il faut penser à résoudre. Et là, c’est un festival en quelque sorte. On a fort bien compris depuis trois ans au moins, ce qui se cache là-dessous, mais voir les scénaristes trimer pour expliquer la chose, et ça va être sévèrement détaillé (avec mêmes quelques erreurs étranges !), je vous assure, est un spectacle assez rigolo pour peu qu’on soit sadique. Effectivement, c’est Moutarde, mais vous ne saviez pas que ce moule à gaufre lui avait été offert par son père parti aux Indes pour échapper aux soupçons de cabrelophilie qui pesait sur lui. Et patati, et patata, un peu d’action pour emballer le paquet dans les derniers mètres, et tout le monde au lit. J’ai assez rigolé à voir l’énergie dépensée pour faire entrer toutes les pièces du puzzle dans le trou de l’aiguille. Ça et le patatage bien classique des acteurs, c’est plutôt marrant, d’autant plus que ces savantes architectures (hum hum…) vous donnent la clé de ce qu’on savait déjà ou presque, avec de grandes remontées de lyrisme soapien. Voilà qui vous promet un bon quart d’heure de démêlage de pinceau dans la salle de bain, après le film.

 

THE BLACK TORNMENT n’est donc qu’un petit machin, un peu soigné, mais  qui ne sera pas sans charme pour les plus masos d’entre vous qui se délecteront de voir ses créateurs pédaler joyeusement dans la choucroute. Et plus ils en rajoutent, plus ça patine. Ca peut avoir son charme !

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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Carxla Brunegeld 09/09/2009 21:22

Le scrapulet ? Bien sûr (huum). Cela m'aurait peut-être tenue éveillée. Nous, on veut du nanar ou du chef-d'oeuvre, Dr Devo, pas de l'entre-deux ! Un bon point pour l'éclairage tout naze à l'intérieur de la calèche. A part ça : bonne nuit !

sigismund 09/09/2009 18:42

...o et puis après tout pourquoi pas .( j'ai jamais goûté )