NON MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER de Christophe Honoré (France-2009): Y'a du Nouveau, Rayon Jardin !

Publié le par LJ Ghost








[Photo: "Intestine Lady" par Mek-Ouyes.]








C'est la Fête du Cinéma dans notre beau pays, pourquoi ne pas en profiter pour aller voir quelque chose que je n'aurais jamais approché d'une autre manière ? Christophe Honoré est un peu, selon la presse française en tout cas, le dernier enfant terrible du cinéma cocorico, le nouveau François Truffaut, le digne héritier de la Nouvelle Vague, et ses films sont encensés un peu partout où nos yeux osent se poser. Il convient donc d'aller voir à quoi ressemble la marchandise, même si Mr Mort nous avait déjà parlé, dans sa grande mansuétude, de LA BELLE PERSONNE, opus précédent du sieur Honoré. La salle qui projette le film est perdue au fin fond de mon multiplexe quasi désert, et je manque de me perdre dans les longs couloirs façon SHINING. Mais la lumière m'attire et je suis assis, les yeux rivés sur la bande-annonce du dernier Soderbergh, au doublage français cataclysmique mais au visuel très particulier, très orangé, scintillant et surexposé, avec un Matt Damon moustachu, mais on vous en reparlera certainement le temps venu. Ca a l'air faisandé comme tout en tout cas, donc très intéressant. Mais revenons aux psychodrames parisiano-bretons...

 

 

Chiara Mastroianni est une jeune mère en procédure de divorce. En fait, elle s'est enfuie de chez son mari du jour au lendemain avec ses deux enfants. Elle prend le train pour aller passer quelques jours chez ses parents en Bretagne, avec le reste de sa famille. Elle ne semble pas très bien s'entendre avec eux, ils lui reprochent sans cesse son comportement avec ses enfants : surprotectrice, têtue, passionnée, elle ne vit que pour sa progéniture et semble s'oublier un peu dans tout ça. C'est donc dans un climat de tension qu'elle arrive dans la grande maison familiale dans la campagne bretonne. Tout se passe à peu près correctement jusqu'à ce qu'elle découvre que sa mère a invité son ex-mari, Jean-Marc Barr, en même temps qu'elle ! Les retrouvailles sont difficiles et entre la Bretagne et Paris, Chiara va devoir gérer tous ses problèmes...

 

 

NON MA FILLE... commence avec un départ, mais la mort couve et pourrait pointer le bout de son bec de pie blessée dans une gare... La chose qui frappe particulièrement à la vision du film est sa propension à ne faire vivre que le dialogue, à mettre le dialogue sur un piédestal, et à l'ériger en moteur de la création cinématographique. Tout le mécanisme du film tourne autour du dialogue, omniprésent et unique porteur d'émotion. Honoré nous raconte l'histoire de Chiara Mastroianni, qui n'en peut plus, qui est dépassée par les évènements et ne sait plus comment gérer ses enfants, sa vie, elle qui toute sa vie n'a fait que fuir, d'où l'idée de commencer le film dans une gare, ce qui ancre le personnage d'entrée de jeu, mais reste quand même un peu trop facile. En fait, plus que le dialogue comme je le disais un peu plus haut, c'est le scénario qui régit le processus du film, et la narration ne se fait que sur un mouvement. La preuve avec l'histoire de la pie blessée dans la gare, et qui exprime assez lourdement l'idée que Chiara ferait tout pour protéger ses enfants : ses enfants découvrent l'oiseau et demandent à leur mère de l'emmener avec eux pour le soigner, ce qu'elle fait mais l'animal meurt dans son sac, elle va alors l'enterrer dans le dos de ses enfants une fois arrivés en Bretagne, pour ne pas leur causer de peine. Il me semble que c'est un poil démonstratif (on ne reparlera plus jamais de cette pie), et même si ce n'était pas le cas, ce n'est qu'une idée de scénario et jamais mis en valeur par l'image. C'est comme ça pendant à peu près tout le film. C'est le scénario, c'est le dialogue qui décident des déplacements de la caméra et de l'évolution narrative du film. La mise en scène est ici totalement reléguée à l'état d'accessoire de mise en image. Et c'est un problème, quand même, parce que ce n'est même pas extraordinairement bien écrit, comme je le décrivais un peu plus haut, mais également dans tout le reste du métrage, où tout ce que l'on voit c'est Chiara piquer des crises, pleurer (ça chiale beaucoup), se dépêtrer avec ses démons, hésiter, revenir sur ses décisions... Au final, Chiara semble ne jamais savoir quoi faire, toujours revenir en arrière, et comme le film ne fait que la suivre, il n'avance pas vraiment. Le métrage fait du sur-place en fait, et le temps paraît long, long, long...

 

Surtout qu'il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent. Les cadres sont indigents, ce n'est que du plan rapproché, du champ / contre-champ, parfois, parfois on a droit à un plan moyen mais dans ces cas-là, il faut aller mettre un cierge à l'église la plus proche. La photographie est naturaliste et vraiment pas belle, notamment dans les séquences nocturnes, et je ne parle même pas des extérieurs. Le montage est purement narratif et scénaristique, sans aucun jeu, sans aucune fantaisie ni aucune gratuité. Il y a certes quelques plans de coupes mais ils sont complètement anodins et ne font qu'appuyer là où le scénario a le doigt. Malgré tout, Honoré fait une chose plutôt honnête et bien vue, qui surprend un peu : dès le départ, le passé de la famille est expliqué par le père de Chiara (non, pas Marcello), à haute voix alors qu'il est seul allongé contre un arbre. Le son passe alors en son on, son off, son out, puis après quelques images d'archives on revient à un plan du père qui continue l'histoire, mais cette fois en voix-off. Cette incartade, cette digression un peu surréaliste dans ce récit naturaliste est plutôt agréable, et comme je le disais honnête, parce qu'il nous dit clairement "voilà, ça c'est pour vous, nous on n'en a pas besoin mais vous devez savoir deux-trois choses", ce faisant il évite un écueil que je trouve insupportable : un personnage explique quelque chose à un autre personnage qui devrait déjà savoir de quoi il s'agit, juste pour informer le spectateur. A part ça, il fait quelque chose de vraiment très laid, une incursion fantastique dans un conte traditionnel breton, avec costumes, binious, bigoudens, danse et pas du tout de mise en scène, mais juste pour appuyer, appuyer, appuyer son scénario grâce à cette citation qui ne fait que surligner ce que le film dit depuis le départ. On est finalement pris par la main, et on ne nous la lâche jamais, c'est un sentier ultra balisé où le hors piste est prohibé. Honoré veut nous emmener à un endroit précis, et fera tout pour que l'on ne s'en écarte jamais, ce qui donne au final ce film trop didactique. Du côté des acteurs ce n'est pas très bon non plus, ce n'est que de la déclamation sans nuances, et tous font bien attention à ne faire passer qu'une émotion à la fois, ce qui appauvrit considérablement le film.

 

 

En définitive, j'ai bien l'impression que Christophe Honoré est le nouveau Truffaut. Pas sûr que ce soit un compliment, cela dit...

LJ Ghost.








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Publié dans Corpus Filmi

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Sam Antafox 19/09/2009 11:49

Ben quasi pas de paroles, cadrages ethnographiques, parfois sans aucun motif narratif inscrit dedans. Ces Bretons ne sont plus des guignols déguisés ils sont ce qu'ils sont, comme les jeunes Romains modernes grimés en anciens Romains dans l'Evangile selon St-Mathieu par exemple. Surtout le discours qui oblitérait l'image jusqu'alors, disparait. Les pétasses bavassantes et si inutilement pertinentes dégagent au profit d'un possible monde primordial poétique qui semblait introuvable.  Un monde non perturbé par la rupture discursive du cuistre Honoré. A contrario un autre bavard, Rohmer, n'est jamais plus malin que son film, ses dialogues sont partie d'un écosystème physiaue et mental unitaire. Honoré refait du cinéma que lors de ce moment du Pardon. Gros diseur petit faiseur.

LJ Ghost 16/09/2009 14:40

Pasolini ? Vraiment ? J'aurais plutôt dit Journal de 13h ! Pourquoi avez-vous pensé à Pasolini ?

Jim Nastic 16/09/2009 11:19

Ahah d'accord avec toi fantôme. J'ai trouvé ce film confortable comme une visite chez Habitat qui se conclurait par une lecture de Gavalda dans un fauteuil en solde. Pas désagréable, bien rangé, invivable, sans nécessité. MAIS je ne te suis pas dans ta crypte sur le sujet breton-tradition. Diou sait que je déteste la Bretogne et ses bretonnants et que je fantasmai à ce moment un plastiquage de tous ces fucking baggads mais là il y a du, retiens-toi de rire, du Pasolini. C'est une copine qui me l'a dit et  je suis d'accord avec elle.