3615 WALHALLAH : Eloge du Labour

Publié le par Dr Devo

 

 

 

 

 

dennis hopper devo

(Photo: "Mal Hisse" par Dr Devo.)

 

 

 

 


Chers Focaliens,

 

Avant de baguenauder sur les sentiers, posons-nous et mangeons un bout de fromage en buvant un bon petit verre de jaja, puis réfléchissons à notre condition de mortel.

 

On a déjà abordé le sujet dans ces pages, et moultes fois qui plus est, mais il n’empêche qu’il y a toujours stupeur et émerveillement lorsqu’on aborde la question du Temps et de l’Histoire. Il y a deux règles fondamentales, je pense, en matière focale de cinéma. La première est simple et ne s’est jamais démentie : le succès ou l’insuccès d’un film se fait toujours pour de mauvaises raisons. Ça marche pour le meilleur comme pour le pire. Primo Levi.

 

Deuxio, et là, accrochez-vous à la coque du bateau et/ou au pinceau, même si l’Histoire générale nous apprend quelque chose (je laisse ça aux historiens qui l’ont inventé, comme dirait Peter Greenaway), l’Histoire du Cinéma (H2C), elle, ne nous apprend rien, mais alors que Béatrice dalle. Et ça, sans être scandaleux, ou même en l’étant, c’est un phénomène qui ne cessera de me troubler. L’Histoire du Cinéma dresse peut-être des frises à grands coups de rouleau, certes, ouais ouais, nous permettant de voir, par exemple, quel coup de pied dans la niche fut la Nouvelle Vague, par exemple, mais c’est à peu près tout, et malgré la passion des fans de H2C, force est de constater qu’on ne peut tirer aucune règle de l’observation des faits cinématographiques - ou non - qui font que des films ou des cinéastes, grand public ou underground, restent dans le panthéon du Kinobizness. Une immensité de films, ayant rencontré du succès ou pas, et tout à fait magnifique,  ne marquera personne. Bon nombre de cinéastes fabuleux ne laisseront aucune trace. Parmi eux, même parmi ceux qui jouissent d’une aura de respect, beaucoup, là encore,     disparaîtront  de la mémoire cinéphile et dans le silence absolu du Cosmos (zeugma!). Comme on dit à Marseille, je donne peu cher par exemple d’un Nicolas Roeg dans 25 ans. De l’autre côté de la pièce, il y a nombre de réalisateurs, quelques vraiment tâcherons et beaucoup de réalisateurs complètement anecdotiques, qui sont déjà au Walhalla du Cinéma.

 

(Cet article ayant pour but l'arrêt global des violences sur l'ensemble du globe et la paix perpétuelle en Mondovision, je vous laisse remplir vous-même les noms absents de cet article.)

 

Grosso modo, l’H2C nous dit l’importance des gens qui comptent et des films indispensables. Elle se développe sûrement sur une double idée. L’encyclopédisme  d’abord, et la volonté de tracer des lignes ; et cet encyclopédisme a un corollaire qui se fonde sur l’idée que,  pour pouvoir porter un regard sur le cinéma, il faut tout voir. (NB : vous avez déjà rencontré des rats de cinémathèque ? Non ? Et bien, il y en a même de forts sympathiques ! Ces gens voient tout ! En fait, ils archivent plus qu’ils ne choisissent, même en dépit de leur goût. Ne jamais refuser de leur parler : on apprend toujours à leur contact surréaliste.(Demandez-leur pourquoi ils ont un chronomètre autour du cou, ça vous fera rire !) Je deuxiotte tout de suite sur un fait étrange : s'il arrive souvent que les passionnés d’H2C ou simplement les critiques vous reprochent volontiers - par exemple - votre vision du cinéma français forcément tronquée parce que vous n’avez vu toute l’œuvre de Julien Duvivier ou de Jacques Becker (et ça, on le lit à baldaquins, ne serait-ce que sur ce site, au moins une fois par trimestre fiscal), on ne fait jamais remarquer aux Avertis (critiques pros ou du dimanche), ni à ces mêmes cinéphiles pointus de n'avoir jamais vu une minute d’un film de Christoph Schliengensief ou de Peter Sempel ! La chose ne marche que dans un sens, et l’H2C sert aussi à ça : définir les chapelles en exigeant des passionnés de définir leurs frontières personnelles. Selon le tracé, l’interlocuteur sera considéré comme crédible ou pas. C'est le célèbre "Tu ne peux pas dire ça". Là encore se cache un beau syndrome que j'appelerai modestement Syndrome de Moïse, et qui consiste à faire des listes sacrées dans des tablettes de chocolat. Un "Etre-Dieu" (je cause de plus  plus professe moi, c'est fou) auquel je préfère celui plus marrant et absurde de notre sublime ami Salvador Dali.)

 

(Chocolat. Dali. Vous êtes gâtés. Ca structure sa maman, sur Matière Focale.)

 

(Comme quoi, la cohérence, ça se joue sur rien, hihi !)

 

(Ohlalalalah ! Que me surpassè-je ! Transition ! Vous allez voir...)

 


La deuxième idée qui fonde cette passion pour l’H2C (et qui en fait un ensemble bizarrement cohérent) concerne la critique. On sait son importance dans le passé. Elle a joué, pour le meilleur ou pour le pire ("Bis", répète Rita !), un rôle actif, en poussant certains cinéastes, en se passionnant ou en se déchirant pour eux. On est particulièrement bien placé pour le savoir en France… Et j’entends ici par critique les critiques professionnels bien sûr, mais aussi la communauté des cinéphiles avertis qui font toujours un peu œuvre de critique, eux aussi. Je pense que cette communauté chérit bibi plus ou moins consciement une idée selon laquelle le Bien et le Beau sont mêlés, que la chose belle est forcément magnifique. En un mot, il me semble que bien souvent on considère qu’un critique ou qu’un appareil critique valable est celui qui ne se trompe pas et qui grave la Vérité dans le marbre. (Syndrome Moïse. Chocolat. Gérard Lanvin). Et ce phénomène totalement romantique (et peut-être appréciable, hihi, je vous laisse juge), on l’observe encore plus facilement depuis le nouveau millenioume, comme disait le poète de Suresnes. L’internet est très représentatif de cette idée de Surcritique (comme on peut dire "Surhomme", nid de chien, serais-je tenté d'ajouter par pure passion pour le calembour!). On lit une série de gens, on les boit dans leur moindre phrase, et bien souvent, à l’aune d’un film qu’on apprécie et eux pas, ou l’inverse, la machine se brise, le mariage est rompu, et zou, les deux se séparent fâchés. Le Surcritique ne pouvant pas commettre d’erreur, c’est à dire exprimer des choses impensables pour nous, on divorce, et on admet avec tristesse et parfois souffrance qu’il ne comprend rien à l’Amour ! Et on en trouve un autre. Ou plusieurs autres quand on est particulièrement triste, en colère ou vraiment très très cochon… Là aussi, bien souvent, c’est une triangulation classique qui se joue, et elle est définie par ces trois points, ça tombe bien : le Surcritique, son lecteur ou futur ex-lecteur, et l’Histoire du Cinéma. Comme on veut un mari ou une femme parfait(e), il y a des tracés triangulaires qui ne sont pas vraiment acceptables.

 

Alors, on se met à boire. On traite l'autre de salop(e), d'immature, de chose de peu. On se réunit entre copines. On cleane l'ex. Et bien sûr, on finit par s'inscrire sur Meetic, juste au moment où on recommence à se mettre au jogging...

 

 

Comme disait l’Ami des Indiens à plateaux, le poète Sting, et moi-même, l’Histoire ne nous apprend rien. Et vous non plus, je sais que je l'ai déjà dit !


Des cinéastes sublimes et de première importance resteront exclus du Panthéon, ou certains en seront déchus même du temps de leur vivant. Certains réalisateurs magnifiques y ont été justement admis (Lynch et Cronenberg par exemple qui étaient traités comme des Mongoliens il y a vingt ans à peine, et avec une violence ou un mépris remarquable…). A l’inverse, l’H2C retient une nuée de réalisateurs médiocrissimes. Oui mais, en même temps, l’H2C en a rejeté un bon paquet de malfaisants et a quelquefois su faire le ménage dans sa propre écurie, et à juste titre encore.

 

Pourquoi vous parler de tout ça ? Quelle conclusion magnifique en tirer ? Aucune. Sinon peut-être que, nous autres, cinéphiles devrions nous mettre en bermuda plus souvent et enlever nos chaussettes, même si ça pue un peu, quand vient l’heure de l’apéro, et nous asseoir dans cette clairière et nous manger tous ensemble un bon petit camembert/vin rouge. Bref, enlever les redingotes, les perruques et la poudre (sur ou dans le nez !), et même si on ne se parle pas, au moins se serrer la mainn à la fin de la partie de badmington, après le repas !

 

Comme l’amour, et pour emballer ma métaphore dans le filet, le camembert, c’est bon quand c’est bien fait. Et même si quelquefois, ça pue, ce n’est pas très grave. L’Histoire, elle, par contre, ne nous apprend rien et ne doit pas se laver les dents après.

 

 

Dr Devo.

 

 

PS : Aucun militant travailliste n’a été blessé pendant la conception de cet article.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Mon Général

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sigismund 08/06/2010 16:53



eh bie eh bien, je me permettrais d'ajouter cette pensée, qui nous vient de Boris Vian, sur la nécessité d'un cinéma 'amateur' qui doit 'rappeler à la profession ce qui lui fait défaut'....


c'est vrai quoi, c'est pas parce qu'on va tous mourir qu'il faut raconter que des conneries....