UGLY de Scott Reynolds (Nouvelle-Zelande, 1997): Psy Chaude Vs Sémantique Killer !

Publié le par Dr Devo







(Photo: "1.Maman a tort, 2.J'ai Mal" par Dr Devo)



Allez, on ne faiblit pas et on s’accroche. Avant d’aller faire un petit tour en salle ces jours prochains, on continue, avec entrain, à essayer d’explorer (facile !) et vider (pas facile) la pile de dividis qui commence à devenir franchement obèse (voir photo ?).

 

 

 

Comme le Marquis nous l’a souvent dit, jadis, et c’est un avis que je partage, il n'y a peut-être pas d'école dans le cinéma australien et néo-zélandais, mais bien une patte très spéciale, alliant très souvent une certaine audace narrative et des qualités plastiques étonnantes. Alors, en salle, on a eu les Argentins, les Coréens, et beaucoup de cinéma asiatique ces dernières années. En ce moment, ça serait plutôt le cinéma du Moyen-Orient, déjà bien plus faible, et je ne comprends pas encore que l’on ne sorte pas de manière significative le cinéma australo-zélandais de l’anonymat. Pas assez social, répondront les mauvaises langues et je dirai, pour ma part, que ce n’est pas entièrement faux, mais qu’en même temps, plus que de ne pas être social (ce qui, souvent, n’est pas exact d’ailleurs), le cinéma australo-consort ne fait pas dans la thèse et le sujet de société, et préfère de loin le bizarre et le bigarré. Je vous parlais il y a quelques jours de l’hallucinant CHOPPER, et on a déjà parlé ici de Rolf De Heer et de son fabuleux ALEXANDRA’S PLACE. Essayez de voir ces deux-là, vous m’en direz des nouvelles. Et puis il y a toujours l’immense George Miller, le Weir période australienne (LA DERNIERE VAGUE par exemple), et autres chefs-d’œuvre oubliés tel LONG WEEK END, récemment remaké aux USA (et je n’ose imaginer le résultat !). Des heures de plaisir en perspective. De rien !

 

 

Pour UGLY, nous revoilà plongés dans l’univers des séminoles-killeuhs, puisqu’il va être question de Paolo Rotondo qui, effectivement, est un tueur avec un palmarès hallucinant, et dont la particularité est qu’il n’a aucun profil dans sa logique meurtrière. En général, chez ces gens-là, on assassine certes à tout va, mais des personnes ayant la même personnalité sociale ou psychologique, ou au moins en suivant les mêmes modousses opérandailles. Rien de tout ceci avec le jeune Paolo. Une psychologue dont les travaux ont été récemment mis sous la lumière par les médias, va trouver le jeune homme dans l’hôpital psychiatrique où il réside, dans le but de lui tirer les vers du nez et de savoir ce qui se cache derrière cette farandole, non pas de desserts, mais de crimes abominables. Notre héroïne est assez forte, enfin intellectuellement, car sinon c’est une fort belle jeune femme sans l’once d’une trace de surpoids (Cf. la photo), et comme l’étrange personnel de l’hôpital voue un mépris total à Paolo (un mépris teinté de violence d’ailleurs), notre jeune psychopathe va aisément discuter avec cette femme qui très vite débusquera des choses anodines et intéressantes dans les récits du jeune tueur. Pendant ce temps-là, le directeur de l’hôpital psychiatrique - qui suit les conversations avec attention - ronge son frein et ne cesse de prévenir la psychologue douée de se méfier de Paolo, grand manipulateur et qui reste dangereux, même enfermé et attaché…

 

Et bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que Reynolds se fond assez bien dans la tradition cinématographique de ses collègues autochtones du même pays. J’ai vu THE UGLY l’exact lendemain de CHOPPER, et, même si les deux films ont des styles complètement différents, il y a comme une cousinerie (de Suresnes, serais-je tenté d’ajouter !). Certes, on retrouve dans les deux films une thématique de l’enfermement, et peut-être une volonté de comprendre plus ou moins des êtres vraiment injustifiables, de vrais petits trous noirs de l’humanité.

 

UGLY essaie de nous raconter ça sous un jour assez original. Dès le départ, tout semble totalement irréaliste ou plutôt baigne dans une atmosphère fantastique. Les infirmiers ressemblent à des prisonniers dangereux, le directeur du HP a l’air complètement toc-toc, et on se demande très vite si les fous n’ont pas pris le pouvoir. Dans ce contexte, notre pauvre héros psychopathe passe pour un gars assez normal, et ce d’autant plus qu’il ne fait "que" parler, alors que les gestes de violence "réelle" ou ostentatoire à l’époque présente sont nettement du fait du personnel encadrant le dangereux prisonnier. Pour que cette affaire et cette ambiance ne tombent pas dans le n’importe quoi, Scott Reynolds soigne la copie : une lumière soignée à base de néons, un gros travail de couleurs dans le plan (à base d’objets ou de costumes bleus et rouges) qui confèrent au tout une aura antibalzacienne bienvenue. Lorsqu’il commence à parler avec la psychiatre, notre psychopathe de la mort déclenche des flash-backs, très subjectifs, et volontiers interrompus par la présence de la psychiatre elle-même qui se ballade dans cette enfance narrée, en répétant quasiment toujours la même chose, et puis, dans la deuxième partie du film, elle finit par disparaître de ces séquences. Toujours dans cette deuxième partie, c’est alors le tueur qui semble envahir la réalité en lui faisant subir des détours fantasmés dont certains fonctionnent d’ailleurs très bien (cf. les menottes).

 

Tout cela marche très bien, et évoque le sous-estimé THE CELL, sans la machinerie et avec énormément moins de gourmandises. Il n’empêche que tout cela pue le soin : belle photo, je le disais, souvent organisée par le cadre et le jeu sur les profondeurs de plans (ou leur absence), postes qui eux-mêmes fonctionnent de manière énergique en réaction à un montage assez simple, mais souvent bondissant. Ici et là, quelques morceaux de bravoure surnagent dont la scène "sourde", idée toute simple mais bien employée et très efficace, d’autant plus que la scène est assez longue, pragmatique et sensuelle, avant de se retourner comme une crêpe et devenir fantastique ou subjective. A moins que ça ne soit le contraire, bien sûr. Si les apartés fantasmagoriques sont clairement identifiables, elles sont souvent très intéressantes, et brisent bien le récit trop balisé des films de séminoles killeuhs. Je regretterai personnellement, et ce à la deuxième vision, que la dernière partie soit plus balisée, ou plutôt plus calme, et se contente un peu de résoudre les accords semés au fil du film. Ceci dit, il y a de belles idées, même si on retrouve des choses déjà vues ailleurs (les "voix" à la mode Tokyo), et surtout, les éléments fantastiques deviennent plus grossiers mais aussi plus abstraits ou plutôt plus injustifiables, ce qui a du charme. Les deux acteurs principaux jouent franco de porc et passent très bien. Et même malgré les quelques Willem défauts du dernier tiers, plus attendu, dégageant un sentiment plus de flottement que de nécessité, et qui présente aussi une gestion plus caricaturale des personnages secondaires (assez grotesques mais qui fonctionnent bien dans le reste du film), UGLY, malgré ces maladresses de fin de parcours est un film vraiment généreux sur un thème pourtant rebattu. Voilà qui donne envie de voir le film suivant de Reynolds, HEAVEN et ce d’autant plus parce qu’on retrouve dans le casting, si ma mémoire est bonne un certain Martin Donovan que je vois très bien aux mains de ce réalisateur...

 

Je note enfin que mes réserves sont peut-être à minorer car, la veille, et ça n’est pas rien, j’avais vu CHOPPER, ce qui a pu désavantager cette deuxième vision du film de Reynolds…



Dr Devo.







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Publié dans Corpus Analogia

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