DISTRICT 9 de Neil Blomkamp (Afrique du Sud-USA, 2009): C'était un Pizza Hut, et maintenant c'est un champs de maïs !

Publié le par LJ Ghost







(Photo: "Tous Derrière Giscard (projet campagne 2012)" par Dr Devo.)









 

 

Les extra-terrestres ont débarqué ! Horreur ! Enfer et damnation ! Que s'est-il passé, ont-ils envahi Chicago, New York, Los Angeles, la Maison Blanche ? Que nenni, que nenni ! Ils se sont posés, ou plutôt se sont arrêtés juste au-dessus de Johannesbourg, en Afrique du Sud. Mais pourquoi ? On ne sait pas. Toujours est-il qu'au lieu de détruire des buildings avec des rayons laser, ils ont été retrouvés vingt ans plus tôt coincés dans leur vaisseau, faibles, affamés, morts de peur. Qu'ont alors fait les autorités ? Et bien ils les ont parqués dans des bidonville à la périphérie de Johannesbourg. Là, et bien humains ou aliens, aucune différence : gangs, pauvreté, violence, insalubrité... Les habitants humains se plaignent, et organisent un apartheid, avec d'un côté les hommes et de l'autre les "crevettes" (le charmant surnom donné aux créatures venues de l'espace). Les violence entre espèces s'intensifient, et les humains réclament un déplacement des bestioles dans un autre camp en dehors de la ville. C'est là qu'intervient notre héros, Sharlto Copley, employé d'une puissante multinationale vendeuses d'armes et gendre du directeur, qui va coordonner les opérations de transition entre les camps. Mais tout ne se passe comme prévu et dans un des taudis où il croit trouver un marché noir d'armes extra-terrestres, il trouve un espèce de tube métallique, duquel sort un liquide noir et visqueux, qui va changer sa vie et compliquer les choses...

 

 

De la science-fiction ouvertement politique, et qui en plus ne se déroule pas aux USA, qui comme chacun le sait est le centre du monde, je dis oui, pourquoi pas, faut voir ! Il faut tout de même avouer que même (et surtout...) si on n'a pas vu la moindre image, le bousin s'avère alléchant en cela qu'il semble trancher avec l'univers extra-codifié des extra-terrestriaux en les mettant dans la peau d'immigrés, pas forcément belliqueux au départ mais qui sont surtout dans l'impossibilité de repartir chez eux, qu'on parque dans des banlieues insalubres et dans lesquelles on laisse des économies parallèles et la pègre proliférer. C'était une très longue phrase. Bref, même Helen Keller (cette écrivaine sourde, muette et aveugle) comprendra la métaphore, qui ne fonctionne plutôt pas trop mal au début, parce qu'elle est renforcée par le parti-pris documentaire de la mise en scène. En effet, il y a des interviews de responsables de la multinationale dont je parlais dans le résumé, des témoignages de vraies gens de la rue, et en particulier de la famille du héros, qui laisse sous-entendre que quelque chose d'horrible s'est déroulé pour lui. Si, sur le papier (et on verra que c'est ici que se jouent les principaux enjeux), l'idée n'est pas mal du tout, dès que la bobine entre dans le projecteur les choses se gâtent. Il me semble que le Dr Devo en parlait dans son article sur BORAT, mais le faux documentaire est, en général, un horreur au cinéma, pour la bonne et simple raison qu'ils sont extrêmement mal exécutés. Un documentaire peut, que dis-je peut, doit être mis en scène, et dans les exemples que j'ai en tête (de BORAT justement à BLAIR WITCH, en passant par le récent REC) ce n'est jamais le cas, et les réalisateurs estiment que les prises de vues doivent être prises sur le vif, en plan rapproché et en caméra portée alors que bon sang, un peu de jeu avec l'échelle de plans et le cadrage n'a jamais tué personne. Bref, concernant DISTRICT 9, c'est moche et sans aucun intérêt, malgré le fait que ce qu'il se passe à l'écran est, encore une fois sur le papier, plutôt intéressant. Disons que les bases sont posées assez vite et de manière efficace, bien aidées par Sharlto Copley, qui donne un côté un peu absurde, même un peu David Brent de la fabulissimeuse série britannique THE OFFICE (oui, c'était anglais avant d'être américain) sans le côté gros lourd. Disons qu'il fait des blagues, hésite, bafouille et semble gêné par la présence de la caméra avec un naturel intéressant, et il rend la vision de la chose agréable. Bon point dans l'écriture du personnage, mauvais point pour la mise en scène, et maintenant mauvais point pour l'écriture générale de cette première moitié de métrage. Sautons une ligne.

 

 

Nous sommes censés être dans un documentaire, et donc ne voir que ce que l'équipe de tournage a tourné, justement. Bref, être dans une sorte d'immersion totale, dans l'oeuvre documentaire si vous voulez. Le problème, c'est que le film vient se mêler au documentaire. Je m'explique. En marge de ce que la caméra de l'équipe qui suit Copley tourne, on voit également des séquences "en pellicule" si vous voulez, des séquences que l'équipe du doc n'aurait jamais pu tourner, tout simplement parce qu'ils ne pouvaient pas être sur les lieux à ce moment-là. Ca arrive de très nombreuses fois et fait complètement sortir de l'immersion du documentaire, parce que l'on se dit "ah oui mais ça ce n'est plus le doc, c'est le film, forcément, ils ne peuvent pas être au four et au moulin". Très mauvaise idée donc, qui permet certes de faciliter l'avancée du scénario et permet d'engager le point de non-retour, mais qui s'avère contraire à l'aventure initialement proposée. Ce que je veux dire un peu maladroitement c'est qu'il aurait été probablement profitable de laisser planer le mystère, et que ce que Copley ne vit pas (et le spectateur avec, puisque l'équipe ne suit normalement que Copley), ne voit forcément pas, le spectateur ne le voit pas non plus. La mauvaise idée est surtout ici en fait. Mais ce n'est pas très grave, parce que...

 

 

… finalement le film bifurque vers tout à fait autre chose. A la moitié du film il y a un changement profond dans le traitement du métrage, dans la proposition artistique et dans la mise en scène, bref, ça dichotome pas mal dans les chaumières. Au bout de quarante ou cinquante minutes donc, le film cesse complètement d'être un documentaire, les interviews disparaissent mais la caméra portée et tremblée reste, et le film se métamorphose sous nos yeux, à l'instar de Copley (Blomkamp nous fait un mauvais remake de LA MOUCHE, et Dieu Cronenberg doit bien se fendre la gueule) en un pur actioner américain, hollywoodien oserais-je, avec scènes d'action échevelées, explosions atomiques, montage épileptique où une image ne dure pas plus de trois secondes, gros robots, armes laser, enfant à protéger et femme à retrouver alors que le méchant ne semble jamais vouloir mourir et que le héros est à bout. Neill Blomkamp a très, trop bien retenu les leçons de papa Michael Bay (et de papa Peter Jackson, ici producteur, dont les derniers films ne sont pas odieux mais pas particulièrement intéressants non plus), et on se retrouve avec un film à l'amorce prometteuse mais qui s'avère au final un produit pop-corn, sans saveur, sans la moindre volonté de faire de la mise en scène, tout le film et en particulier cette section n'est qu'un amas de champ / contre-champ et de plans rapprochés, ce qui annihile à peu près toute volonté de jeu et d'aération, sans même mentionner de poésie, voire de lyrisme. En fait, ce qui est le plus gênant avec DISTRICT 9 ce n'est pas tant que ce soit un blockbuster comme on en voit vingt par an, c'est l'hypocrisie totale de l'entreprise. Sous prétexte de faire se dérouler l'action dans un pays du tiers-monde (je crois que l'on est censés ne plus dire ça, en tout cas pas en occident si vous voulez, et pas dans un pays über-riche), l'argument de vente du film est, plus ou moins « venez nous voir, ici c'est roots, c'est pas comme à Hollywood avec leurs gros moyens et leurs gros effets spéciaux, nous on est presque indés ! », alors que pas du tout, DISTRICT 9 c'est Hollywood dans sa plus grande acceptation. Certes, le numérique est plutôt soigné (le vaisseau principal n'est pas mal du tout et les créatures sont étonnamment plutôt réussies), mais on ne peut s'empêcher de penser que c'est l'arbre qui cache la forêt. La posture même du film rend le film antipathique, et la franche laideur jaunâtre et grisâtre de l'ensemble repoussera même le spectateur le plus indulgent. Et la fin ouverte va vous laisser un goût amer dans la bouche, parce que ce n'est même pas que ça hurle à la suite, c'est que ça nous dit complètement qu'il y aura une suite, un DISTRICT 9.2, peut-être situé dans les Hauts-de-Seine.

 

 

Beaucoup de promesses pour pas grand-chose.

LJ Ghost.








Publié dans Corpus Filmi

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La groute 01/10/2009 18:15


Je me penche sur le projet Dictrict 9.2., c'est une excellente idée. Promesse de Groutier


Bertrand 24/09/2009 19:09


Hi hi moi je pensais à District 10 en Palestine.
Sinon merci LJ tu me rassures, je me sens moins seul face à ce pitoyable buzz commerce équitable.