LA SCIENCE DES RÊVES, de Michel Gondry (France-2006) : Toi, tu es formidable... Moi, je suis épatant... Je serais la Papa, tu seras la Maman (le Syndrome de la Couture Apparente)

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Boucherie" par Dr Devo et Proctoman)

Chers Focaliens,

Semaine chargée pour le brave docteur, qui est de garde et doit courir par monts et par vaux pour aller voir les films... et rencontrer les réalisateurs ! On en parlera bientôt, bien sûr. Ainsi, sans entrer dans le détail et rien que pour vous mettre l'eau à la bouche, le conseil du jour sera de se préparer à aller jeter un œil étonné sur le dernier Brisseau, LES ANGES EXTERMINATEURS, très beau film, puis sur FLANDRES de Bruno Dumont que je croise demain en personne. Je vous raconterai tout ça prochainement. [Sinon, mais je pense que soit Bill soit moi reviendrons dessus, on peut s'abstenir d'aller mettre huit euros dans JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS, à moins qu'on aime passionnément le téléfilm.] [Ce paragraphe est uniquement technique. Le critique montre que c'est un travailleur acharné, et que ce n'est pas parce qu'il n'a pas écrit depuis quelques jours qu'il n'a pas bossé comme un dur, idée qui nourrit de plus le phantasme auprès du lectorat que Matière Focale et ses articles ne sont que la partie immergée d'un immense iceberg. Plus encore, en mentionnant des rencontres avec des réalisateurs, le critique impose par là-même une supériorité sociale certaine. Il a la confidence des professionnels de la Profession, et plus encore, il va aux projections de gala dans son smoking blanc. Si, de cette manière, il provoque quelques jalousies toujours bienvenues, le critique montre aussi qu'il voit les films avant tout le monde, qu'il est courtisé, et rappelle ainsi son ascendant social par rapport à ses lecteurs. Ceux-ci, envieux certes, croient enfin être au sommet de la branchitude, au plus près du processus, et se parfument aux petites gouttes de gloire qui rejaillissent de la sorte sur eux. Leur odeur est désormais celle de l'air branché du temps !]
Évidemment, la réalité est moins glamour, et je pense que d'ici quelques mois, je vous ferai un petit topo sur la façon dont les critiques travaillent et surtout se comportent lors des projections de presse et des rencontres avec les faiseurs de films. Vous verrez, ce n’est pas triste... Et définitivement pas glamour.

On essaie quand même de se traîner parallèlement dans les salles, mais côté public cette fois. Malgré l'abondante programmation (les cinémas du coin proposant moult avant-premières et des cycles de reprises contenant des choses tout à fait regardables, voir inloupables), il a fallu trancher.

LA SCIENCE DES RÊVES, donc. [Là aussi le paragraphe/phrase nominale est technique, et met un peu d'ordre dans un paragraphe précédent quelque peu complexe. Il est la promesse d'une plus grande clarté à venir. Le soulagement envahi le lecteur, qui se dit derechef que les lignes suivantes vont être facile, donc d'un délice goûteux.]

Gael Garcia Bernal (qu'on aurait pu appeler Gael pour des raisons de commodités, et qu'on préférera appeler Bernal, car le prénom Gael, même au masculin, rappelle des souvenirs douloureux aux spectateurs, voir photo), est un jeune homme mexicain qui rentre à Paris, auprès de sa mère (française), suite au décès de son père (mexicain). Sa maman (Miou-Miou dites donc ! Décidément très en forme) lui a trouvé un travail créatif dans une petite entreprise de fabrication de calendriers promotionnels où il travaille en binôme avec Alain Chabat. Bernal est vite déçu par son travail. Lui qui est très créatif (dessins, inventions diverses et variées, etc.) se retrouve en fait maquettiste, et pas du tout illustrateur des dits calendriers !
Parallèlement, il fait accidentellement, et c'est le cas de le dire, connaissance avec une nouvelle voisine de palier, Charlotte Gainsbourg. Bernal et sa loufoquerie naturelle (et son hasardeuse compréhension du français) font que Charlotte et sa copine Emma De Caunes (Oh no !) trouvent absolument charmante la visite impromptue (ça, c'est trop long à expliquer) du jeune homme. Bernal croit alors être sous le charme d’Emma. Il reste donc en contact avec Charlotte, qui n'a pas du tout compris qu'il était son voisin de palier ! Très vite, les choses se compliquent.
Et oui ! Car je ne vous ai pas dit l'essentiel : Bernal a un gros problème avec la réalité et le rêve, dont les limites ne sont jamais assez fixes, ou au contraire trop étanches...
[Ici, on notera la volonté de retrouver le traditionnel petit résumé de la brioche du film (sur la notion de brioche : voir ici). On peut remarquer dans ce cas précis comment l'auteur arrive à rendre ce passage obligé tout à fait agréable et surprenant. Tout d'abord, il fait un résumé trop long. Puis il raconte l'histoire absolument à l'envers. (Ici, il aurait dû commencer par dire que le personnage de Gael Garcia Bernal a un problème de perception de la réalité). Malgré tout, il impose un rythme certain à son texte, un portrait fidèle mais subjectif de la façon dont est construit le film, et un résumé plutôt surprenant et quelque peu différent de celui qu'auront fait les amis du lecteur qui ont déjà vu le film. Par ce décalage assez savoureux, quoiqu'un peu désinvolte, le lecteur se sent attiré par le film, croit percevoir son originalité (ce qui n'est pas forcément le cas), et surtout, piqué par sa curiosité, veut en savoir plus. Moralité : la partie la moins intéressante d'un article peut être l'élément fondateur de la séduction...]

C'est toujours avec un plaisir certain qu'on retrouve Michel Gondry. [Là aussi, cette phrase est purement technique ; elle ne présente en elle-même aucun intérêt. Au pire, elle serait même incroyablement orgueilleuse, dans le sens où le critique suggérerait par là la prépondérance de son jugement ! En fait, elle sert aussi d'invitation, de repère banal aux lecteurs peu habitués du style de l'auteur et qui découvriraient l'article par hasard.] Comme d'habitude, le sujet du film est complètement original par rapport à la masse de la production, ce qui représente déjà un petit courant d'air frais dans le contexte. [Même remarque que précédemment. Fin de l'introduction.]
En choisissant un sujet qui lui permet de mêler réalité et passages oniriques, Gondry trouve là un terrain privilégié à ses délires créatifs et aux modus imperandi [expression destinée à écraser le spectateur et à se démarquer de la masse grouillante des autres critiques. L'auteur a fait du latin, lui. Ou alors il a vu énormément de films de sewiaeul-killeuh.] Plus étonnant, le film, malgré son casting international (avec vedette "américaine"), est pour la première fois tourné en France, loin des conditions américaines de tournage et de préparation. [Blah blah blah...]

Côté montage [Enfin !], même si on retrouve un style assez vif et heurté, c'est, il faut bien le dire, un peu le bordel, surtout dans la première bobine, un poil sur-découpée malgré de jolis choses comme la très bonne introduction (premier passage de Stéphane TV) tout à fait réjouissante et qui joue notamment, avec désinvolture, sur le son, chose toujours rare et appréciable. Le découpage se calmera quelque peu par la suite pour atteindre un rythme plus construit peut-être, et surtout plus équilibré. On notera que le cadrage, un peu brinquebalant, un peu pourri quelquefois aux encornures, rappelle davantage le beau HUMAN NATURE, mais en moins construit, dans un style volontairement à l'arrachée, ou qui veut donner cette impression. (On peut noter par exemple la volonté de Gondry de faire des plans et des coupes impossibles, comme par exemple la scène du piano qui tombe, dont la spatialisation elle-même est complètement casse-gueule, ce qui ne le dérange pas; au contraire, il semble s'amuser !) En même temps, il semble que l'on retrouve quand même des rythmes de coupes pas si éloignés du quasiment magnifique mais juste en dessous ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND (film intéressant car handicapé par un petit point de scénario aussi bizarre que maladroit). Le retour français n'est pas du tout handicapant [Oh la la, que c'est maladroit, et même maladroit], et prouve que le Gondry sait s'adapter sans rien lâcher. Tant mieux. Côté son, ça bosse, bien entendu, chose toujours assez rare au cinéma pour être signalée : micro qui ne se rapproche pas des personnages qui s'éloignent (lorsque que Bernal arrive dans la cage d'escalier pour la première fois), sous-mixage d'ambiance, mélanges de sons hétérogènes, dialogues passant à l'envers, brusques plages de calme, coupes intempestives, etc. Du bel ouvrage, brut de décoffrage et franc. Voilà donc une mise en scène qui travaille bien plus que la moyenne, mais toujours avec un petit côté pourri et de guingois tout à fait à l'avenant. Et malgré les nombreux passages en animation (c'est pas mon truc en général) [ici, on note le respect de la
Charte Devo de la Critique et ses 69 Points Merveilleux, par ce "je" ostentatoire], il faut se rendre à l'évidence : Gondry n'est sans doute pas le frimeur de service, ou le petit malin du moment, comme il en circule énormément de nos jours. Si certains pourront lui reprocher d'imposer un style visuel trop prégnant (ce qui serait encore une fois un jugement bien gonflé dans le contexte d'absence de personnalité complète de 98,57% des films qui sortent en salles), il est évident, avant de faire l'erreur d'éloigner ce film d'un mouvement de main dédaigneux, que le gars Gondry, certes, pousse à ses limites la direction artistique, quitte à gaver (ce qui ne serait pas illogique, vu la logique douloureuse du film), mais travaille toujours ses points fondamentaux, à savoir le montage son et image, de manière très franche, du collier en plus. On ne va quand même pas faire la fine bouche. Vas-y Gondry, c'est bon ! [Très vulgaire, ça !]

On pourra ajouter que, oui mais tout ça, c'est quand même pas mal de scénario et d'idées papier. Là aussi, je rétorque que, oui c'est vrai, mais on est bien loin du scénario-roi souvent et justement critiqué dans ces pages. De plus, en laissant une forme assez bordélique envahir la narration, Gondry semble montrer un visage assez humble ; il n'est pas ici occupé à faire du "ciné qui en jette", et c'est justement, à mon sens, cette désinvolture [répétition !] qui est remarquable et même touchante. Les réalisateurs, même un peu délirants, cherchent toujours à ne pas laisser paraître aux yeux du grand public la façon dont fonctionne l'arrière-cuisine. Ici, c'est le contraire, et les coutures sont complètement apparentes, chose qui bien souvent révèle une très bonne compréhension du Baroque, donc je prends.
Et puis, il y a quand même des choses très belles et qu'on utilise plus guère, notamment l'utilisation, toujours payante à mon sens, de la surimpression et du re-filmage de fonds hétérogènes. Que ce soit chez Russell ou chez Cronenberg (EXISTENZ), voilà quelque chose qui me réjouit toujours au plus haut point.
Si l'esthétique crépon et carton-pâte peut personnellement gaver, car elle est quasiment omnipotente et omniprésente [Mon Dieu], elle est non pas une facilité, mais d'une certaine logique maladive, propre au sujet, non ? Et si cet excès de carton n'était pas là pour faire joli, mais au contraire pour déranger ? T'y as pensé, à ça ? [Ne jamais faire ça dans un article ! Tutoyer le lecteur ! Et pour lui faire la morale en plus !] Personnellement, donc, et malgré mon manque d'affinités pour les surfaces papier et le stick UHU, l'esthétique globale ne m'a pas dérangé. Bien plus gênante était, une fois de plus, le tirage de la copie que j'ai vue, vraiment ternasse, et ne me permettant pas de profiter de la photographie. Et encore, j'ai vu le film dans une grande ville.

Comme d'habitude, Gondry ne fait pas dans la poésie douce-amère, comme le veut sa réputation. Bien au contraire, et on ne perd pas au change, LA SCIENCE DES RÊVES mélange des puissances de drôlerie tricatelienne remarquables et un courant plus profond et glauquasse, ce qui était déjà le cas avec ses deux films précédents. C’est là que le film est le plus émouvant et le plus extrémiste. Il ne fait pas l'impasse sur la solitude épouvantable des personnages, et sur la Mort qui rôde autour. (De ce point de vue, si j'ai du mal avec la dernière scène, et c'est une des rares, elle a au moins pour elle d'avoir pour objectif de soulever le voile, et de voir à quoi ressemble Bernal vu de l'autre côté de la lorgnette. C'est quand même très glauque). Tout se subit, rien n'est vraiment complètement magique, et la pourriture finit toujours par gagner. C'est vraiment beau. En ce sens, la Machine à Voyager dans le Temps Une Seconde est une idée sublime de contrôle inutile et d'impuissance extrême. [C'est une des plus belles idées du film ; la plus belle, encore plus forte, étant l'utilisation qu'en fait Charlotte Gainsbourg lorsque que Bernal joue au piano : là, l'idée, la mise en scène et les personnages se rencontrent de manière concomitante et vraiment délicieuse et joyeuse ! Et l'idée des samples est merveilleuse ! Ça ne dure que deux ou trois secondes, mais ce passage vaut largement huit euros !]

Bon. Sinon le film est soutenu par une interprétation solide. Bernal, que je redécouvrais ici (je me méfie des stars et des sex-symbols), est vraiment impeccable et rêche quand il faut. Charlotte Gainsbourg, une fois de plus, est parfaite, et si vous n'avez jamais vu CEMENT GARDEN, film vendu entre deux et cinq euros neuf en DVD, vous avez tort. Avec elle, c'est du précis, du franc du collier. C’est décidément l’une de nos deux ou trois grandes actrices. Les seconds rôles sont traités et choisis avec un soin maniaque, et je pense que le film doit beaucoup à Sacha Bourdo et à l'hallucinante Aurélia Petit, elle aussi maniant le scalpel, à l'instar de Charlotte (je peux, on a le même âge), de manière chirurgicale. Miou-Miou est très bonne, et Chabat, qui trouve enfin un rôle un peu étoffé (beau personnage) est bon.

Si les réalisateurs faisaient leur boulot, le cinéma populaire ressemblerait à ça. [Quelle erreur de finir l'article sur un coup de poing !] Gondry qui, à mon avis, je le disais déjà à propos de ETERNAL SUNSHINE..., en a largement sous le pied, il bosse. On a le droit, bien entendu, on est en démocratie, de ne pas aimer, mais au moins, lui, il bosse, et il ne se contente pas de recycler. Les jaloux et les autres n'ont qu'à faire pareil après tout. [Répétition de la dernière erreur, en insultant le lectorat, au moins virtuellement, et toute la Profession !]

Résolument Vôtre,

Dr Devo.

[9/20]

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Publié dans Corpus Filmi

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Guillaume Massart 03/09/2006 15:36

Je reviens ici suite au visionnage des deux films conseillés en ouverture d'article, Les Anges exterminateurs et Flandres. Et là je suis bien embêté car les deux m'ont absolument rebuté. Pour les Anges, je vous renvoie à ma critique sur FDC (http://www.filmdeculte.com/film/film.php?id=1589) et me permets de m'interroger sur le pourquoi du comment un téléfilm à ce point risible, formellement inepte et lourdaud dans le propos, a pu vous plaire... Je tombe des nues...
Idem pour Flandres, première, pour ma part, déception made in Dumont, moi qui avais, malgré tous ses défauts, été fasciné par 29 Plams... J'ai ressenti l'impression diffuse de trouver un auteur dans une impasse, s'auto-caricaturant, sinon s'auto-parodiant... Je veux bien reconnaître, là, contrairement au Brisseau, que visuellement, c'est formidable, spécialement tout ce qui se passe dans le Nord. Dumont sait toujours filmer, cadrer surtout... Son montage, en revanche, me convainc beaucoup moins. C'est sans doute lié également à un scénario terriblement mince, grossier, pas finaud, et pas aidé par des ellipses abruptes qui ne font qu'ajouter à la froideur glaciale du reste. Restent des dialogues, rares et lapidaires, mais saisissants, à l'inverse des scènes de violence appuyées (le gros plan sur le poing serré... ) et un rien mécaniques, artificielles... On a presque du mal à y croire (cf.l'émasculation). Tout comme on peut se sentir lassé par les personnalités excessives des personnages (Barbe, en particulier). Mais par-dessus, l'impression d'avoir été un peu pris pour un benêt (le propos est d'une platitude surprenante) est assez énervante... J'en suis sorti fâché contre Dumont... C'est un peu pêle-mêle tout ça, mais j'en sors seulement, donc c'est du "à chaud"...
Ma moue dubitative à vot'dame...

vierasouto 29/08/2006 21:11

"Et si cet excès de carton n'était pas là pour faire joli, mais au contraire pour déranger ?" Ca paraît la seule explication... Pour déranger, c'est gagné, ce parti pris d'images souvent hideuses, c'est totalement indigeste...

Dr Devo 29/08/2006 18:09

Là aussi, même effet de d'annonce (c'est c'est dun teasing coco!): on va parler de tout ça avec bruno Dumont!Dr devo

Guillaume Massart 29/08/2006 10:01

Je suis bien embêté car j'ai une grosse envie d'aimer le film, pour toute l'imagination que déploie sa réa... Mais je me suis constamment senti en dehors, détaché, jamais concerné, jamais impliqué... Je ne sais pas trop qui blâmer car tout le monde ou presque est excellent (à part la concierge qui joue vraiment super-mal, miscast absolu, et le couple Miou-Miou et le magicien gourou, dont on n'a finalement pas grand chose à faire)... En fait si, j'ai ma petite idée: c'est au scénariste que j'en veux, d'avoir autant d'imagination pour faire rêver et balancer du visuel en veux-tu-en-voilà-et-ça-tiens-t'aurais-jamais-osé-aha, mais qui ne me fait pas sentir l'enjeu amoureux, l'enjeu humain, et qui, à force d'artifices, vide le film de sa substance émotionnelle... Et ça m'énerve vraiment car c'est justement, il me semble, l'écueil qu'évitait joliment Eternal Sunshine... Alors est-ce dû au trop-plein, au côté vignette, aux personnages secondaires superflus (Zoé...), aux dialogues français qui sonnent plus faux que les dialogues anglais, au côté trop décousu...? Quelque part, L'Iceberg m'a p-ê plus touché, dans le genre... Je sais pas, il m'a manqué un truc, un truc qui aurait fait que Bernal et Gainsbourg ne soient pas seulement Bernal et Gainsbourg mais vraiment leurs personnages, qu'ils existent vraiment à l'écran et ne soient pas eux aussi des marionnettes d'un petit théâtre charmant et inventif, mais un peu vain, un peu creux...
Mes petites astuces à vot'dame.

Tchoulkatourine 28/08/2006 02:08

Cher Docteur,Oui pour les mouvements de caméra/changement d'axe dans la discussion entre Stéphane (avec le personnage de Stéphanie, c'est fait pour créer une connivence avec les trentenaires, le choix de ce prénom ?) et  Alain Chabat/Guy sur les bords du canal de l'Ourcq, je me disais  "Olé !", la caméra tournant d'un geste cassé et impossible  comme une muleta. C'est très beau. Dans la même lignée, sur les moyens d'expression,  la création de l'univers des appartements mitoyens des protagonistes est très intéressante aussi. Il doit y avoir une heure de film de dedans et l'espace reste toujours fragmenté clos et interdit, un peu comme le bunker  dans  LE SOLEIL,  à l'image de l'isolement extrême  de Stéphane (elle est magnifique cette réplique, reprise très approximativement  ici : " tu n'existes pas pour moi, tu es une réaction chimique dans mon cerveau"). En tant que lecteur et pour mes amis, je compte ne rien leur dire "sur" le film mais je leur donnerai un conseil : prennez un casque et une armure, soyez forts. Le film est miné et si l'on ne fait pas attention, on en prend plein la figure, et ce qui est splendide et héroïque , le réalisateur aussi et surtout .Ceci étant dit,  d'accord, c'est très malpoli, mais bon, dans le film, on reste quand même entre gens bien comme il faut, dans la plus beautiful and gorgeous ville du monde , off course,  avec plein de sight-sight pompidolo-tricatéliens vintage. Même si souvent, les personnages  apparaissent comme carrément antipathiques, même si cet univers explose et brûle, que tout est pris à rebours avec par exemple une belle critique de la perception sociale de la créativité (loirsirs créatifs, creative writting, etc ...) qui tend à devenir, du reste, une "valeur" entrepreneu-neu-riale et est depuis longtemps un dogme publicitaire, on n'en sort pas , c'est  un des films les plus claustrophobe que je connaisse, à la fois passionnant et exaspérant .  (et donc pour revenir au début de votre article merci à Bruno Dumont et son comité de fêtes pour le changement d'air hors Versailles-Chantier, Paris I love you,  et assimilés)Olé !