EBOLA SYNDROME de Herman Yau (Hong-Kong, 1996): Du chat pour les Mous !

Publié le par Dr Devo










[Photo: "Réveillez (le Syndrome du) Cochon qui sommeille en vous !" par Dr Devo.]






Eh bien, je ne connais pas ce Herman Yau, mais il force le respect, le bougre, tant il a d’énergie à tourner : cinquante films en vingt-deux ans de carrière, il réalise entre deux et quatre films par an, et depuis la réalisation de EBOLA SYNDROME, il y a treize ans, il a eu le temps de réaliser trente-trois films ! Le gars n’est donc pas du genre à se plaindre, et plus on le charge, plus il est content ! Un bon exemple pour la jeunesse désoeuvrée qui ne pense qu’à boire de l’alcool et à fumer des pétosses (et jouer aux djembés).

 

 

Anthony Wang Chau-Sang est un acteur qui a un nom épouvantable et profitez bien de le voir écrit car je ne m’abîmerai pas deux fois à écrire un tel patronyme. Il est ici un homme qui, il y a une dizaine d’années, s’est fait surprendre par son patron alors qu’il besognait sérieusement la femme de ce dernier. Evidemment, ça se passe mal, AWCS se fait copieusement tabasser, manque de se faire châtrer sur place à coups de ciseaux et n'en réchappe de justesse qu'au prix d’un triple meurtre quand même, car c’est lui qui tuera sauvagement son boss, le bras droit de celui-ci et la femme dudit boss (donc la maîtresse de Anthony Wang Chau-Sang, sa propre maîtresse donc, suivez un peu !).

On retrouve AWCS des années plus tard en Afrique du Sud où il travaille comme cuisinier et serveur dans un petit resto chinois, où il est payé pas très cher et surtout assez exploité par le directeur de l’établissement. C’est une vie assommante et pauvre : peu de loisirs, pas de femmes (même les prostituées locales se refusent à lui), et des heures de travail à n’en plus finir. Son patron, qui a le chic pour trouver des viandes à moitié avariées mais peu chères - comme on dit à Marseille- lui demande de l’accompagner dans un village zoulou perdu dans la cambrousse. Là, ils achètent un cochon mort et bien puant. Malheureusement AWCS en profite aussi pour semi-violer une femme africaine qui passait par là et qui était justement en train de mourir au bord d'un lac ! A cette occasion, il contracte le virus ébola qui, comme vous le savez, se transmet par les fluides corporels dont le sperme et la morve ! Bon appétit bien sûr !

 

 

Il y a des hasards bienheureux, et voir EBOLA SYNDROME en pleine propagande anxiogène sur la grippe du cochon Hache Cinq Et Nain en fait partie, car c’est exactement le bon moment, et vous n’imaginez pas à quel point, pour voir ce film ! Alors qu’on nous rebat les oreilles et qu’on oblige la population à se sensibiliser à des messages stupides (mouchez-vous dans votre manche, mettez des masques, lavez-vous les mains au whiskey, ne morvez pas sur vos amis…), la tranquille débilité de EBOLA SYNDROME tombe à pic puisqu’il s’agira de contamination, vous l’aurez compris. En plus, le film quoique typiquement hong-kongais est tourné en Afrique du Sud, et fleure donc bon l’exotisme !

 

 

Herman Yau est un type sympa, contrairement à AWCS, car son nom est simple à retenir, d’une part, et qu’il signe là un film complétement zinzin et très malpoli. Alors, évidemment, question mise en scène on fait pas dans le dentelle. Avec une telle cadence de tournage, il s’agit d’être rapide, d'autant plus que le budget est relativement modeste. EBOLA SYNDROME tranche dans le lard, se passe dans des décors simples. Montage et cadrage sont rentre-dedans, c’est-à-dire non pas frénétiques, Dieu merci, mais directs, sans fioritures ou gros efforts d’esthétisation. Dans le rythme et la narration, on est dans un style assez typique des films de série hong-kongais, mais ici, on ne retrouve pas le même effort de stylisation. Voilà qui ne donne pas un grand chef-d’œuvre du cinéma mondial et galactique, mais qui rend relativement service à l’ambiance et au sujet du film, c’est-à-dire une espèce de fantastique à tendance quotidienne (à défaut de dire réaliste, bien sûr !). L’hong-konganéité se déploie de manière très hong-kongusive grâce à AWCS et son jeu un peu outré et surtout patatant dans les nuances fortes, n’essayant jamais de rendre son personnage sympathique. Quelques seconds rôles plus grotesques, tels qu’on sait les trousser là-bas, viennent épauler le garçon à l’instar de l'ignoble couple de restaurateurs, plutôt marrants et totalement "typicosse" comme on dit au Mexique. De l’autre côté de la barrière, on trouve des seconds rôles plus softs, avec un jeu presque normal, et là aussi c’est une habitude locale.

 

 

Là où les choses sont un peu plus marquées, c’est dans le déroulé narratif qui suit à la fois les aventures de l’antihéros AWCS, mais pas seulement, puisque les péripéties de l’enquête et surtout le récit de la propagation du virus le dépassent, et viennent former une deuxième couche dont on se surprend à dire qu’elle est non-négligeable et d’autant plus qu’elle prend une importance croissante  au fur et à mesure, si je veux (jusqu’à ce que les deux trames se touchent, ohouiohouiohoui !), d’une part, et qu’il n’était pas utile d’autre part qu’on la développât autant (effet de gratuité, de liberté). Ca, c’est rigolo et ça fonctionne. Ça donne un rythme assez joyeux à l’ensemble, et ça permet de bien approfondir le sujet.

 

Car, grosso modo, et même si le film est totalement hong-kongais, on a la bizarre et pas si commune impression de voir dans EBOLA SYNDROME une espèce d’hommage curieux, pas seulement thématique d’ailleurs, à la série B ou bis américaine : plus direct, plus limité que les envolées folles du cinéma de genre chinois, plus terre-à-terre, etc. Voilà qui se trouve même dans la musique, aux synthés, qui rappelle les musiques des films fantastiques US des années 80. Enfin, un peu… Et le sujet, bougrement exotique, puisqu’une partie de l’action se passe en Afrique, renforce cette impression. Herman Yau fait un film assez social, très noir qui, même s’il n’a pas la prétention d’aller piétiner les plates-bandes du magnifique SOCIETY de Yuzna ou le chef-d’œuvre galactique qu’est STREET TRASH, dresse un tableau horriblement nihiliste de la société hong-kongaise, certes, mais aussi mondiale, puisque l’intérêt de la chose est aussi de voir un belle brochette d’abrutis de tous les pays qui se donnent la main pour ruiner la planète. C’est là que le film remporte le plus de points : aucun personnage pour rattraper l’autre, une société qui pourrait fonctionner (cf. la progression assez positive des enquêtes) mais qui se ruine elle-même la vie par des comportement uniquement basés sur l’oppression du plus faible d’un point de vue social, un rejet et un mépris total des autres cultures, et enfin une exploitation du corps, ici transformé en une simple marchandise, en un simple bloc de viande. Et le tout sur un mode stupide et brutal. Voilà qui nous donne des scènes particulièrement croustillantes à base de pipi, de castration, viol, sperme, etc. Yau mixe tout ça, et même plus, il mélange tous ces thèmes à celui de la viande, et rend son film bien dégoûtant mais aussi, souvent, très drôle. (Une scène du film rappellera à ceux qui ont vu la chose le film canadien LEOLO… Rires !) Dans ce contexte, le personnage de AWCS paraîtrait presque plus bête que méchant, c’est dire, car c’est quand même une crapule assez lâche. Ceci dit, il tire souvent son épingle du jeu en exploitant la bêtise globale du monde qui fait passer inaperçues la stupidité et la violence de ses propres actes. Breeeef… EBOLA SYNDROME n’est peut-être pas le signe d’un renouveau du cinéma de genre, mais il n’empêche qu’il dégage un petit goût de pourri et de pour rire (ahahaha, je suis si irrésistible...) fort agréable, et d’une. Et de deuzio, même si le style du réalisateur n’est pas à se rouler par terre, le sujet, ses développements, son incroyable malpolitesse et son amour pour la débilité signifiante, sont assez notables. Quand le film fonctionne un peu en sur-régime ça marche même bien, comme dans la scène des prostituées, d’une absolue vulgarité, mais plus signifiante que du Ken Loach. Je ne sais pas si Yau arrive à tenir la pression en tournant autant, mais en tout cas, on se rebaignerait dans cet océan de vulgarité et de joyeux mauvais esprit avec grand plaisir. Herman Yau est en tout cas un pervers pépère, à l’esprit peut-être pas complètement libertaire, mais assez nihiliste pour être sympathique.

 

Et dans le contexte de grippe du Cochon Nain, je vous assure, le film prend une actualité qui dépasse la simple affaire de virus. EBOLA SYNDROME, on est pile-poil en plein dedans !

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Publié dans Corpus Analogia

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Ludo Z-Man 04/10/2009 21:12


Je suis aussi trés fan de ce film.
Le précédent film du duo Yau/Wong, THE UNTOLD STORY (réalisé trois ans plus tôt) est aussi sidérant : même ton imprévisible, même mauvais goût constant, même noirceur implacable renforcé par un
humour d'un sadisme constant.


Epikt 04/10/2009 12:03


Yep, j'ai vu ce film il y a quelques années quand l'envie m'est venue d'explorer (un grand mot !) le cat III, c'est un classique du genre.
J'en ai plus un souvenir bien précis, au dela des scènes chocs.


Dr Devo 04/10/2009 04:01


Salut Epikt!

Tu as vu EBOLA SYNDROM?

Dr Devo.


Epikt 03/10/2009 13:43


Herman Yau n'est pas forcément plus sympa qu'Anthony Wong, puisque son nom complet est Herman Yau Lai-To.
La plupart des hong-kongais ont un prénom anglais en plus de leur prénom chinois (le premier se plaçant avant le nom, le second après, faut suivre), il est plus simple de n'utiliser que l'anglais
(sauf risque de confusion, il y a par exemple deux acteurs, tous deux très connus, à s'appeler Tony Leung) => Anthony Wong tout court !

(quand à Ebola Syndrome, en voilà un film de très bon goût, j'aime)