LEVIATHAN de George Pan Cosmatos (USA-1989): Les abysses, ça glisse !

Publié le par Norman Bates







[Photo: "Au Pays des Merveilles" par Mek-Ouyes.]







 

On a encore jamais parlé de George Pan Cosmatos sur Matière Focale, il est notamment l’auteur du très splendouillet RAMBO II et d’une tripotée de films d’action dans les années 80 dont je ne me souviens plus tellement. En revanche LEVIATHAN m’avait laissé un souvenir intense, l’ayant vu assez jeune j’avais été à l’époque assez terrifié par ces monstres Lovecraftiens tout en tentacules. C’est donc avec un désir mâtiné de nostalgie (n’importe quoi) que je replonge aux coté de Tom Weller et Richard Crenna (quand même) dans les abysses.


Sous l’eau, Peter Weller et son équipe forent des mines d’argent pour le compte d’une grosse compagnie du Dow Jones. C’est bientôt la quille, et tant mieux, tout le monde en a un petit peu marre. En se promenant un peu dans les bas fonds, un membre de l’équipage tombe sur l’épave d’un vaisseau russe : le leviathan. Apres exploration il s’avère que le navire est rempli de cadavres, et les potes de Peter Weller ramènent dans leur sous marin de la vodka en quantité pour fêter la fin du calvaire.  La vodka aura d’étranges effets sur l’équipage…


Rien a voir, l’autre jour je voyais Mathieu Kassovitz et Jan Kounen s’extasier sans retenue sur les 20 minutes d’AVATAR présentées a quelques privilégiés en avant-première dans une grande salle parisienne : ils étaient absolument ébahis par ces 20 minutes tout en images de synthèses et en 3D, ne tarissant pas d’éloges sur la faculté de James Cameron à faire de grand films profondément humanistes (alors que c’est quand même le réalisateur d’ALIENS et de TERMINATOR). Qu’on puisse s’extasier pour 20 minutes d’un film qui fera sans doute 3h est déjà en soi une belle performance (ou alors ils se sont rendus comptes qu’en vingt minutes Cameron avait fait plus de cinéma que dans leurs deux filmographies réunies) mais plus dramatique encore, ils ont déclarés que la technique était le principal moteur d’évolution du cinéma (!), que les réalisateurs qui tournent encore en noir et blanc le font par pur fantaisie et que par conséquent le futur du cinéma serait entièrement numériques, en trois dés et en images de synthèse, parce qu’elle sont vachement réalistes.  Quelle vision d’horreur ! J’imagine pourtant aisément la chose, de la 3D et du THX surround partout pour combler les lacunes des réalisateurs incapables de faire rentrer le spectateur dans un film autrement que par des effets techniques. Tout ca pour dire que nous, et sans doute les autres rédacteurs Focaliens, défendons un cinéma plus subtil, pour quoi la technique est un moyen et non un bas de laine (ou une fin en soie), que 24 images par secondes ne sont pas un frein, mais au contraire une matrice pour un autre cinéma, une projection mentale né d’une effraction causée par des images et des sons, un tremplin pour l’imagination, bref, qu’il faut laisser une partie du film au spectateur, sinon il s’ennuie. Et puis accessoirement la bande annonce d’AVATAR est laidissime, mais ca n’engage que moi.


Bon je digresse, et je tombe sur Pan Cosmatos qui lui dans les années 80 fait un film d’horreur et de SF comme Cameron, c'est-à-dire avec des bonnes vielles poupées en caoutchouc, des grands acteurs, et une direction très stricte et même si le résultat n’est pas grandiose, le film est plutôt efficace. Certaines scènes sont toujours aussi effrayantes que dans mon souvenir, le stress d’une équipe de scientifiques coincés dans les bas fonds, traqués par des hommes poissons (si si) est très contagieux. Passé après les deux premiers ALIEN et sorti la même année qu’ABYSS, c’est vrai que LEVIATHAN a pu avoir du mal à s’imposer à l’époque. Pourtant le film de Cosmatos propose quelque chose de beaucoup plus démonstratif dans sa deuxième partie, avec de nombreux effets gores et de sublimes créatures complètement effrayantes nées de corps humains décomposés, déstructurés, un peu comparable à un SOCIETY (dans les effets spéciaux uniquement). Sur un postulat de série B potentiellement assez ridicule (Tom Weller en géologue réputé, des hommes poissons contaminés par de la vodka frelatée, des espèces de tubes en plastique en guise d’algues) Cosmatos fait vraiment bien les choses et balance même sur les grandes compagnies, certes pas très finement, mais avec une décontraction et une franchise chère aux années 80 (Peter Weller qui met une beigne à sa patronne à la fin comme conclusion, c’est assez truculent). Bon, ok je suis surement très nostalgique, et en plus j’ai une peur naturelle des poissons. Mais je suis sur que le film vaut le coup d’œil, ne serait ce que pour ses dialogues qui tombent complètements à plat, et cette scène incroyable où un plongeur tombe en panne d’oxygène et menace de mourir… devant la porte du sous marin ! Bien sur la porte s’ouvre et le mec peut respirer au bout d’un suspense invraisemblable qui a bien duré 10 minutes. Et puis surtout il y a Crenna en médecin surdoué, des russes très méchants qui jouent avec la nature et une histoire d’amour splendouillette. Même si la photo et le cadrage datent un peu, c’est avec plaisir que j’ai plongé. D’autant plus que la lumière et les décors sont vraiment réussis, et ce mélange de technologie humaine remplie de tuyaux bientôt peuplés de tentacule hostiles donne au film une teinte organique qui est accentuée par les gigantesques algues tubulaires. Tout est mouvant, cylindrique et inquiétant, à tout moment le danger peut survenir. C’est une série B d’excellente facture, bien plus intéressante que la majorité des films de monstres marins que j’ai pu voir.


Maintenant si vous voulez de la troidé partout, des images de synthèses infâmes et du porno sur smartphone, ca ne regarde que vous, mais la plupart du temps les plaisirs les plus immédiats sont les plus vite oubliés. A bon entendeur salut !

Norman Bates.







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Publié dans Corpus Analogia

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Michael Kenyon 28/10/2009 22:27


Je garde tout comme vous, cher Norman, le souvenir d'un frisson devant ce film découvert sur Canal + à un âge ou Télérama me l'avait déconseillé...