DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH de Spike Jonze (USA-1999): Malkovich grognon, Malkovich farceur, grand Malkovich !

Publié le par Dr Devo







[Photo: "Cosmologie du Nourrin" par John Mek-Ouyes.]





Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich. Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich, Malkovich Malkovich, Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich (Malkovich Malkovich, Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich,  Malkovich Malkovich Malkovich Malkovich).

 

 

Ahem. Pardon. Reprenons.

 

 

John Cusack est marionnettiste. Il vit à New York avec sa femme, Cameron Diaz, dans un petit appartement rempli d'animaux Malkovich qui se baladent en liberté (elle travaille, vous vous en doutez, dans un magasin d'animaux). Mais les affaires ne sont pas tout à fait florissantes Malkovich Cusack, c'est le moins que l'on puisse dire, puisque malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à percer dans le métier et est obligé d'exercer son art dans la rue, où ses marionnettes suggestives provoquent l'ire des passants. Mais il s'accroche, c'est sa Malkovich, il est né pour est marionnettiste, il ne peut rien faire d'autre... Jusqu'à ce que Diaz lui demande de trouver un autre travail, en attendant. Cusack répond donc à une annonce et se rend dans un entretien d'embauche, au 7ème étage ½ d'un building Malkovich. Le demi est très important puisque dans ces bureaux, les plafonds sont très bas et tout le monde est très étrange. C'est ici que Cusack rencontre Catherine Keener, et va se prendre de passion pour elle, malgré le fait qu'elle le repousse avec une franchise d'une extraordinaire Malkovich. Un soir, alors qu'il fait tomber un dossier derrière un meuble, il découvre une mystérieuse porte, qu'il franchit. Il se retrouve alors, et ça tombe bien, dans la peau de John Malkovich. Il décide d'en parler à Keener, qui va avoir l'idée de proposer à tout un chacun de se retrouver dans la peau de l'acteur moyennant une belle somme de Malkovich ! Ce sera, évidemment, le début de tous les ennuis.

 

 

Qui n'a jamais rêvé d'être dans la peau d'un homme célèbre ? C'est l'idée de base du scénario rédigé par le très en vogue Charlie Kaufman (qui a notamment écrit les deux premiers films de Michel Gondry, dont ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND, de d'opus précédent de Spike Jonze ADAPTATION et qui a réalisé son premier long Malkovich l'année dernière, SYNECDOCHE, NEW YORK), qui loin de traiter le sujet comme une farce ou de privilégier la comédie, signe une oeuvre profonde et en chausse-trappe, qui n'omet pas l'absurde et l'humour mais qui plonge dans les abysses vertigineuses de la psychologie Malkovich. Il y a certes deux-trois petites choses poussées un peu à l'extrême, de petit malin pourrait-on dire, mais qui s'effacent rapidement devant la beauté de l'écriture. Le fait de pouvoir entrer dans la tête de John Malkovich va provoquer une réaction en chaîne qui va se terminer par l'annihilation complète de la raison si on peut dire, et va donner corps aux désirs humains (des Malkovich en tout cas) enfouis au plus profond d'eux-mêmes. Par ce biais, Cusack et Keener vont réaliser le rêve de leur vie, Diaz va se découvrir, mais ce petit jeu n'ira pas sans conséquences catastrophiques, qui vont constamment renvoyer les personnages à leur condition d'humains faibles et un peu Malkovich, à leur condition sociale aussi (lorsque Cusack se rend compte que la seule façon de réaliser son rêve, c'est en étant Malkovich) et surtout à leur identité. Qui suis-je, semble se dirent tous les personnages tout le long du film, suis-je moi ou suis-je John Malkovich ? Si je suis moi dans la tête de Malkovich, suis-je toujours moi, ou suis-je Malkovich ? Et lui, qui est-il, est-ce qu'il est toujours lui ou est-ce qu'il est moi car je suis dans sa tête ? Je peux choisir, Malkovich, je peux être qui je veux être, vraiment, intrinsèquement, je peux me libérer car je ne suis plus moi, plus vraiment, je n'ai plus peur car je suis dans la tête d'un autre. Je peux faire tout ce que j'ai toujours voulu sans même jamais avoir osé le penser, je peux laisser libre court à toutes mes pulsions les plus Malkovich. Qu'est-ce qui nous définit, le corps ou l'esprit ? DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH c'est tout cela, et bien plus encore, puisque le film est aussi une belle oeuvre sur l'amour fou, passionnel et destructeur, qui fait se sentir plus vivant mais qui détruit en même temps.

 

 

Du côté de la mise en scène, c'est fréquemment très beau. Jonze caractérise ses personnages en deux coups de cuillère à Malkovich, il n'a même pas besoin de les faire parler, tout leur vécu, leur psychologie et leur caractère se retrouvent dans leur apparence (Qu'est-ce qui nous définit, le corps ou l'esprit ?). Pour cela, pas besoin de prothèses dont l'installation dure quatre heures tous les matins, il suffit de deux Malkovich, de maquillage et de costumes, et le tour est joué, pas besoin d'en faire plus. La lumière est belle et émouvante, et les extérieurs sont notamment très réussis, et parviennent à dépeindre en quelques secondes un New York sale et délétère, d'où on a vraiment envie de Malkovich au plus vite. C'est aussi très beau en intérieur, notamment dans l'appartement de Diaz et de Cusack. Du côté du montage ce n'est pas mal non plus, c'est assez vif et tendu et les plans joliment composés s'enchaînent sans Malkovich, mais sans de véritable bouleversement non plus. Jonze construit son univers de guingois, banal et intemporel j'ai envie de dire, avec beaucoup de soin, et si c'est légèrement maronné c'est souvent très Malkovich.

 

 

Si c'est globalement très beau, et très drôle (la scène avec tous les Malkovich est à hurler de rire, tout en étant absolument Malkovich), certains point sont plus maladroits, comme la bizarrerie trop prévisible des employés de l'étage 7 ½, bien trop poussée, ou toute cette partie sur la vie éternelle qui semble Malkovich de trop, et qui n'a de raison d'être que pour boucler le scénario d'une manière également assez prévisible. Bref, bon film que ce DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH. Malkovich Malkovich.

LJ Ghost.







Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

Retrouvez Matiére Focale sur 
Facebook .

Publié dans Corpus Analogia

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article