STAR WARS, EPISODE III : LA REVANCHE DES SITH, de George Lucas (USA, 2005) : on se fait pas scier !

Publié le par Docteur Devo

(photo: "Once in a Lifetime" par Dr Devo)

 

Chers Camarades,
 
Une bonne nuit de sommeil et le soleil se lève tranquillement sur le village des schtroumphfs. Et pas pour longtemps en quelque sorte. Une fois ma décision prise de voir STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH le jour de sa sortie, j'ai troqué ma casquette de spectateur quelques instants pour ma casquette d'anthropologue statisticien. Tout d'abord, je passe largement en avance au cinéma, prends tranquillement ma place en moins de trois minutes. Je m'en vais, et achète le journal. Je m'installe devant un café, je lis les comptes-rendus de Cannes... [Cette année à cannes, tout le monde est gentil. Cronenberg formidable, Jarmush formidable, les frères Dardenne formidables, SIN CITY étonnant, STAR WARS III réussite esthétique assez inégalable (dans Libé).... Tout va bien, madame La Marquise. "Est-ce que Von Trier ou Gary Sinise ont mis le feu à la remise ?" Ben Sinise, je sais pas mais Von Trier, rien. Aussi bien DOGVILLE avait déclenché les fureurs et les débats, Patrice Chéreau, cette chochotte, déclarant que le film était cynique et qu'on ne donnerait des prix qu'aux films "humains" et positive attitude, etc. [J'en profite pour donner un conseil aux gens qui n'aiment pas trop (ou n'aime plus) Von Trier : essayez quand même DOGVILLE, qui d'une étrange manière est plus décontracté, moins mélodramatiquement chargé, et qui est très, très drôle ; essayez et venez m’en parler !] Cette année, en présentant MANDERLAY, suite de DOGVILLE, rien ! Je m'attendais à ce qu'on parle du petit singe... (C'est pour ça que j'avais mis, la veille de la présentation du film, une photo de Kusturica avec le slogan "Shock The Monkey !") Rien de rien. Il faut dire que le Von Trier était présenté le même jour que le Cronenberg, et que c'est plutôt ce dernier qui a attiré l'attention. La seule chose remarquable de ce festival, c'est sans doute la bande-annonce de l'émission de Daniela Lumbroso, où toute la crème du cinéma français était présente (Jamel, Chabat, Magimel... Je sais plus trop, mais c'était des stars françaises), et aussi Gary Oldman, Cronenberg, etc.  Déjà, la perspective de voir Lumbroso en face de Cronenberg, ça me... m'intriguait, on va dire. C'est comme si le dalaï-lama rencontrait le cinéaste allemand à la réputation gore-craspec Jorg Buttgereit qui, soit dit en passant, est un des très grands réalisateurs vivants ! Il devrait être à Cannes à chacun de ses films. Passons. Cronenberg l'abstrait contre Daniela, qui est toujours d'accord quand il s'agit de faire des efforts, et pas qu'un peu : elle a récemment déclaré qu'elle avait vu presque TOUS les films sortis en salles depuis dix ans ! [Et comme disait Christophe Lemaire, de Starfix et Brazil, elle s'est donc tapé Jean Rollin en salles, elle a vu le SANG DES INNOCENTS en salles, elle a vu tous les derniers Werner Schroeter, etc. Eclectique et studieuse la Danièle... Je rappelle qu'il sort à peu près 500 ou 600 films par an en salles !] Bref, voilà une rencontre incongrue, et la voix-off de la bande-annonce termine sur ses mots :"Ce soir avec Daniela Lumbroso, c'est la soirée du rire dans Comme Au Cinéma", la seule émission au monde qui porte le titre d'une chanson d'Alain Delon !!!  Ça, tu m'étonnes John, elle va rire, elle va pouffer comme une lycéenne surexcitée, la Daniela, on va se marrer à mort, on va mouiller nos culottes comme dans les années 60 au premier rang des concerts des Beatles (tu te souviens, Daniela ?), bref, ça va être l'éclate totale avec Cronenberg, et son one-man show permanent, son sens de la punchline, le nec plus ultra du stand-up ! Je n'ai malheureusement pas pu vérifier quoi que ce soit, mais j'essaie d'imaginer combien de fois a ri Daniela, quelles blagues a sorti Cronenberg, etc.
En tout cas, le voilà, l'événement de Cannes 2005 : Daniela reçoit Cronenberg ! On a un peu discuté sur l'usage de la pipe pendant les projection (50 ans après Marushka Detmers et son pompier, ou au moins 15 ans, et après BROWN BUNNY, à qui le tour ?), on a un peu grondé Atom Egoyan, qui peut mieux faire parait-il (c'est sûrement splendide une fois de plus), mais c'est tout. Et heureusement qu'il y avait STAR WARS III pour relever la sauce, sans quoi ce serait déjà Roland Garros dans nos têtes. Une tête ronde comme un crâne d'œuf, comme le crâne de Natalie Portman, superbement sineadisée. Ça m'a rappelé les années 80, c'est cool.
 
Donc, j'étais tranquillement en train de lire mon journal. Je finis mon café et j’arrive au cinéma, billet en poche, 20 minutes avant le film, et il y avait une queue de 300 personnes ! Et ça se vide d'un coup. Et on se retrouve à 15 devant la porte de la salle pour cet EPISODE III ! 15 ! Tous les autres était montés en salle N°1 pour voir la VF. Pour la VO, on était 30 au total lorsque le film a commencé... Ah ! je ris...
 
Les choses ne vont pas bien, ceci dit, dans l'Espace. La guerre contre les Sith (Jedis noirs) est à son paroxysme, et leur Maître est toujours introuvable. Au nom de la sauvegarde la République, le sénateur Palpatine est sur le point de faire voter par le sénat galactique encore plus de pouvoirs, afin que la guerre soit plus efficace et plus rapide. Un peu partout dans la galaxie, la bataille fait rage. Côté Jedi, ce n'est pas non plus la grosse forme. Ils pressentent que quelque chose cloche, et voient d'un mauvais œil la politique en forme de surenchère de Palpatine (Ian McDiarmid), en qui ils ne font aucune confiance. Anakin Skywalker (Hayden Christensen), l'élu, l'espoir du conseil Jedi, est partagé entre son admiration pour le sénateur Palpatine, et ses collègues Jedi qui viennent de lui refuser le rang de Maître. Ebranlé par les événements tragiques qui ont eu lieu lors du sauvetage de Palpatine des griffes du comte sith Dooku (Christopher Lee), Anakin, de plus en plus convaincu de ses pouvoirs exceptionnels, vit très mal cet "ostracisme" supposé du conseil Jedi... Incapable de discerner le vrai du faux et déchiré par des sentiments contradictoires, Anakin apprend de la bouche de la princesse Padmé, qu'il aime en (demi) secret, que celle-ci attend leur enfant. Anakin, déjà bouleversé, commence à faire une série de rêves prémonitoires où la princesse Padmé meurt en enfantant... Sans qu'il s'en rende compte, la tragédie est déjà en marche...
 
Si les fans ont tant attendu cet épisode III de LA GUERRE DES ETOILES, c'est qu'il est la matrice des événements qui se déroulent dans la première trilogie réalisée dans les années 80 (enfin, 1977 pour le premier, c'est-à-dire l'épisode IV). Autant l'avouer tout de suite, je suis loin d'être un fan hardcore de la saga STAR WARS. Mon âge avancé fait que j'ai vu L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE (épisode V) étant petit. Je m'en souviens très bien, car malgré notre jeune âge, mon frère et moi étions allés voir le film dans une très belle salle unique, et tout seuls qui plus est. Quant au RETOUR DU JEDI, je ne le vis pas en salles, mais quelques années après en vidéo. Un peu de nostalgie rentre sans doute en jeu, et la première trilogie reste pour moi plutôt visible, comme une sorte de divertissement populaire malin, c'est déjà louable, à défaut d'être renversant. C'est un récit chevaleresque en forme de western, assez plaisant, avec une petite préférence pour L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, plus sombre et plus impressionnant esthétiquement. Ceci posé, outre les joies de l'enfance évoquées ci-dessus, pas de culte STAR WARS chez moi, juste un souvenir agréable.
Les choses se gâtent à la sortie de la deuxième trilogie. Le temps a passé, et les moyens de production ont changé, propulsant chacune de ces trilogies dans leur période respective : années 70-80 (on va dire années 80) vs. années 2000, en quelque sorte.
 
Voyons ce que cette REVANCHE DES SITH a dans le ventre, ou pour employer un terme moins agressif, ce que le film nous propose en termes de cinéma, et donc d'art (et aussi de divertissement, car on aime le cinéma de genre ici, vous le savez). George Lucas n'est pas un réalisateur marquant à mes yeux. J’ai vu AMERICAN GRAFFITI il y a quelques années, et je serais bien incapable d'en extirper un quelconque souvenir. LA GUERRE DES ETOILES (épisode IV) est pour moi celui qui a le plus vieilli, et pas qu'un peu (contrairement aux deux suivants d'ailleurs), et la réalisation des épisodes V et VI, par Irvin Kershner et Richard Marquand, me paraît quand même bien plus ludique. Mais au fond, ce n'est pas à cette aune qu'il faut juger LA REVANCHE DES SITH.
En effet, il faut revenir à notre problématique de départ, à savoir : la trilogie formée par les trois derniers films tournés est fille des années 2000. Gardons cela à l'esprit, j'y reviendrai. On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps, L'ATTAQUE DES CLONES et LA MENACE FANTÔME sont, de mon point de vue, des films complètement ratés. Ici, c'est un peu mieux. Principalement, sans doute, à cause du fait que Lucas boucle sa saga, et que cette fois-ci, les secrets de l'histoire vont être "dévoilés" (pas de révélations surprenantes, en fin de compte), et le "mythe" inscrit dans le marbre. Par conséquent, on peut sans doute dire que cet épisode final est un peu plus sombre et moins plaisantin que les deux autres. La scène d'ouverture privilégie, il est vrai, un peu l'humour et le recyclage (scène de l'ascenseur, R2D2 qui a des problèmes avec son portable ! Véridique !). Mais on passe vite à autre chose, de plus sombre.
Et c'est bien, une fois de plus, avec la mise en scène que le bât blesse. Difficile d'y aller par quatre chemins. Le verdict est malheureusement sans appel. George Lucas a perdu son sens de l'orientation, déjà bien formaté en 1977, et il ne sait plus où donner de la tête. La mise en scène évite certains écueils des deux épisodes précédents, mais retombe vite dans des travers qui, en quelque sorte, ne soignent pas les inquiétants symptômes de LA MENACE FANTÔME et de L'ATTAQUE DES CLONES. Bien au contraire, elle les fait varier, mais sans en changer la nature profonde. Ouvrons le capot.
 
La copie dans laquelle j'ai vu le film est relativement correcte pour un film tiré  à 980 exemplaires (ce qui, au passage est une vraie honte, un dumping mathématique absurde : dans ces conditions, le film ne peut pas être, et c'est mathématique, un échec. Il serait temps de créer une législation qui limite le nombre de copies. Jetez un oeil ici. Ceci dit, il faut également faire ce reproche à HARRY POTTER (plus de mille copies !), au SEIGNEUR DES ANNEAUX ou encore aux mastodontes français (LE BOULET, BRICE DE NICE) qui ont recours eux aussi aux mêmes pratiques qui de toute évidence faussent la loi de l'offre et de la demande, chose que l'industrie du cinéma en France paiera un jour ou l'autre, c'est certain). Copie correcte donc, avec des soucis d'étalonnage par-ci par-là, mais bon. Tout d'abord, je vais devoir faire un reproche que je fais souvent ici, pour les petits films (souvent) comme pour les gros films (quasi systématiquement) : le gros problème, c'est le montage et l'échelle de plans, les deux mamelles de la mise en scène, les deux mères nourricières du cinéma, sans qui rien n'existe. George Lucas a voulu stabiliser le jeu mais, comme je le disais plus haut, n'évite pas les défauts des deux films précédents. L’échelle de plans et le cadrage sont donc d'un systématisme assez remarquable. Plan d'ensemble pour une arrivée en vaisseau ou un combat spatial. Plan moyen pour descendre du vaisseau. Et tout le reste ou presque, c'est du plan rapproché ou du gros plan. Point final. Et pour le coup, Lucas s'est attaché à n'en pas démordre. Deux nuances et demie de cadrage n'ont jamais fait une mise en scène, et le résultat est à l'avenant : d'une rare "métronomie" si j'ose dire, une sorte de long fleuve tranquille que ni la musique orchestrale, ni la multitude d'effets spéciaux ne peuvent cacher. Selon l'action, donc, on peut quasiment annoncer à voix haute dans la salle "Prochain plan : plan moyen de 3/4" ou "Attention, gros plan en profil, suivi de gros plan de face en contrechamp", etc. Le verdict est sans appel : la mise en scène est désespérément anonyme et répétitive, rapprochant de ce point de vue l'échelle de plans du dispositif expérimental (qui pourrait être de donner une contrainte limitante absurde, pour provoquer des mouvements inédits des autres leviers de mise en scène, par exemple le montage ou les axes. Mais Lucas n'est pas un oulipiste du cinéma !) Le montage est, c'est logique, complètement asservi par ce dispositif. Et que ce soit pour THE AVIATOR, ALEXANDRE, BRICE DE NICE ou ici, la sanction est mécanique, fille du bon sens : le film est un grand ventre mou.
 
Mais allons plus loin. L'autre gros problème du film est un problème esthétique, dû au mal du siècle, d'un point de vue cinématographique bien sûr : les images numériques de synthèse. Il m'est toujours difficile de comprendre pourquoi les producteurs et les réalisateurs n'ont toujours pas compris que ces images, aussi sophistiquées soient-elles, sont assez laides et ne vaudront jamais, par exemple, entre autres, un bon vieux matte-painting ou une bonne vieille maquette ! [Une parenthèse ici pour dire que SIN CITY, bientôt sur nos écrans et dont on peut déjà voir la bande-annonce, semble avoir compris la chose en usant de la synthèse comme d’un outil de superposition, et de manière expressionniste. Voilà qui est iconoclaste et alléchant. On en reparlera, bien sûr.] Ici, évidemment, et encore une fois, comme dans les deux films précédents, tout le film est tourné sur écran vert, en essayant de rationaliser son utilisation (d'où, sans doute, les problèmes d'échelles de plans et de montage évoqués précédemment), et jamais vous ne verrez un plan en décor naturel (à part une montagne, je crois, perdue dans un plan de coupe sur la planète Wookie – il était où, hein, le Wookie ?), ni même un plan dans un décor "en dur". [Concernant le pitoyable jeu de mot sur le Wookie, je tiens à préciser que j'ai été mis au défi par le Marquis de le placer. Spéciale dédicace donc au Marquis.] Le résultat est sans appel : non seulement la crédibilité de l'univers de science-fiction est complètement altérée, mais le tout est d'une laideur épouvantable et véritablement cosmique. Ce qui m'amène à quelques remarques. D'abord, le système engendre des aberrations techniques, notamment, l'absence quasi-totale de profondeur de champs (ce qui enlève quand même beaucoup de lyrisme dans ce genre d'entreprise), des contrastes complètement splendouillets, quasiment jusqu'à l'absurde, et même dans certains cas, une kitscherie totale de certains décors ou personnages, comme par exemple la salle du sénat ou la planète Wookie, séquence véritablement désastreuse du point de vue technique, et très en dessous du reste du film, pourtant assez laid. [Le décor est vraiment abominable dans cette séquence, et l'apparition de l'armée wookie uniquement en synthèse est ignoble ! Aucun producteur n'aurait laissé passer ça !] Autre conséquence, les effets de flou à l'image et de "mauvaises obturations" dans les mouvements de caméras, qui rendent très confus le suivi de l'action (déjà bien mal découpée comme on l'a dit plus haut). Dès que la "caméra" panote, on sent le mouvement, mais l'image est illisible et perd complètement de son ampleur. L'importance est donc donnée au mouvement et non pas à l'action dans le cadre, ce qui est quand même un comble. On est surpris de ces aberrations techniques qui ne rendent pas justice  aux moyens techniques mis en œuvre, si l’on peut dire, ou plutôt qui ne rendent pas compte des sommes dépensées. Car à la vision, en tant que simple spectateur, force est de constater qu'on a aucune impression de luxe, et encore moins de crédibilité. Ça fait pitié.
Conséquences directes de ce parti pris technique, allié à une mise en scène mécanique et rationalisée comme une chaîne de Taylor, George Lucas a aussi un gros problème de direction artistique. Dans l'esprit, la première trilogie STAR WARS s'inscrit complètement dans le genre space opera. Son esthétique est, souvent pour le meilleur, quelque fois pour le pire (cf. les ewoks [Oooh, si, les ewoks !!! NdC]),  assez sèche et assez crédible, une esthétique années 80, plutôt viable. Lucas ici enfonce le clou, et confirme une régression bien plus grave et surtout bien plus laide : l'esthétique de ce film et de la nouvelle trilogie en général (mais bien plus ici) est désespérément années 70, et rappelle quasiment, dans les couleurs, les costumes et les accessoires, les couvertures des livres de poche SF des années 70-80, avec leur héros musculeux, leur jupette, et leur brushing ! On est en pleine opérette ! Et que c'est laid visuellement ! Ça en devient un véritable carcan pour les personnages. Sans conteste, L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE ou LE RETOUR DU JEDI avaient une direction artistique bien plus moderne, plus réaliste, et beaucoup plus incarnée, qui faisait contraste avec la "fantasy" et le lyrisme bon enfant de l'histoire.
Tout cela est somme toute assez logique, et le projet, bien qu'il soit d'une laideur colossale, est malheureusement très cohérent, et même d'une planification et d'une rentabilité diaboliques. Et je ne pense pas que les fans de la saga me contrediront en disant qu'il serait bon de revoir LE RETOUR DU JEDI ou L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE pour comparer les effets de l'époque avec ceux de maintenant. C’était bien mieux, et de très loin, à l'époque. Les effets spéciaux "en dur" ayant beaucoup plus de charme, et étant paradoxalement sans doute plus faciles à manier pour développer une vraie mise en scène. Un autre choix de direction artistique et de technologie (ou une utilisation mixte des deux technologies) aurait en plus évité à George Lucas la surenchère de personnages dans les scènes d'action avec, par exemple, trois mille vaisseaux spatiaux à la place de cent. Toutes ces scènes étaient carrément plus prenantes, et encore une fois, plus crédibles dans la première trilogie. La régression est sans appel, et Lucas a en quelque sorte tué son propre savoir-faire, acquis dans ces projets déjà très lourds à l'époque. Et il est très triste de le voir gérer par exemple un plan avec dix soldats clones, sans acteurs et uniquement en synthèse, là où dix prises avec un acteur auraient donné un bien meilleur résultat (et sans doute plus rapidement et pour un prix inférieur, surtout que ces plans sont très courts). Et quelquefois, on atteint même un résultat risible, comme ce plan où l’on voit s'avancer Christopher Lee, qui devient dans le mouvement un personnage de synthèse pour sauter par dessus une rambarde, avant de redevenir le Christopher Lee de chair et de sang et de continuer son dialogue. [Un mot aussi pour évoquer le beau travail de Frank Oz, co-papa du Muppet Show, et vrai artiste qui savait donner de la personnalité à ses marionnettes, bien plus que le responsable de l'animation synthétique de l'actuel Yoda, qui soit dit au passage combat d'une manière ridicule, plus proche en cela d'un personnage de Super Mario, le jeu vidéo, que d'un personnage d’une saga de science-fiction.] Comme quoi, évolution ne rime pas forcément avec sagesse et progrès !
 
La mise en scène est donc bêtement mécanique et sans lyrisme aucun, ce qui, une nouvelle fois, est quand même un comble. Et le découpage spatial (au sens strict et sans jeu de mot) de l’action est quasiment inexistant ; là aussi, pêché très grave. Une seule fois, George Lucas s’essaie à la mise en scène, dans une scène un peu abstraite, même si elle est très naïve. Un jeu de regard entre Anakin et Padmé. Ils sont dans deux immeubles différents et trop éloignés pour se voir l’un l’autre, mais c’est la caméra qui prolonge en champ/contrechamp ce regard, et relie les amoureux. C’est le seul moment abstrait de la nouvelle trilogie, et quasiment le seul espace de silence, sans dialogues ni autre son. Tout d’un coup, le film s’arrête et fait une pause. Dans l’incroyable bouillabaisse du film, c’est le seul instant de vraie mise en scène, le seul moment où transparaît quelque chose de personnel, comme une décision consciente et franche et, on pourrait dire, le seul moment où le film sort d’une nomenclature technicienne. Le seul moment personnel, d’autant plus étonnant qu’il est complètement inattendu forcément, voire incongru.
 
Evidemment, dans ces conditions, les acteurs ne sont pas dans une grande position de confort, les pauvres ! Seul Samuel Jackson fait froidement son boulot, sans pouvoir faire grand-chose, son rôle étant diablement carré et mécanique. Pareil d’ailleurs pour Natalie Portman, défigurée par l’horrible kitsch de son « character design » (ça fait chic !) complètement désastreux. On aurait pu l’habiller en wookie, (hein ? En wookie !) que ça n’aurait pas davantage perdu en crédibilité, c’est dire. Ewan McGregor n’est plus que l’ombre de lui-même, définitivement transformé en Kenneth Branagh d’opérette, comme l’a bien dit l’ami Pierrot sur son site (ici), accent britannique en sus, option complètement désastreuse. Christopher Lee est froid et perdu. Là où la catastrophe "actoriale" (si vous me permettez) devient cataclysmique, c’est avec Hayden Christensen et Ian McDiarmid. Alors là, pour faire dans le glamour toujours plus chic qui sied à ce site, « miscasting » complet comme dit Alain Delon. Christensen est un accident industriel incroyable, qui nous pousse à nous frotter les yeux durant tout le film, en position « c’est pas possible, je suis en train de rêver ». Il joue absolument – et ce n’est pas de la méchanceté mal placée, c’est de la constatation rationnelle – comme un acteur de soap. Regardez un épisode des Feux de l’Amour, et comparez. C’est sans appel : c’est exactement ça. C’est catastrophique. Ian McDiarmid est également improbable, poussant toujours la caricature plus loin, mais plus subtilement. Il est difficile de décrire par des mots l’épouvante de ces deux acteurs, toujours surprenants à force d’être improbables, et qui détruiront sans doute la volonté des fans les plus fidèles de la série. Ce qui m’a valu, mis bout à bout, une bonne dizaine de fous rires francs et honnêtes que les Monty Python eux-mêmes auraient du mal à m’arracher. A savoir, au moins trois séquences qui, plus que de la parodie, évoquent un univers inclassable aux limites (galactiques) de l’Impromptu, à la limite de la réalité humaine. La première séquence est celle de l’affrontement entre Jackson et McDiarmid, et le chantage à la mort qui s’ensuit. Et ça dure une éternité en plus. Ensuite viennent toutes les scènes en amont, avec Palpatine. Et enfin, la pourtant pas si catastrophique séquence qui voit Dark Vador  naître, avec une image un peu violente du corps brûlé d’Anakin. Une fois le costume enfilé, Dark Vador fait sa CARRIE en détruisant le mobilier et en criant un "Noooooonnnnnnnnn !!!!!" vu mille fois, mal joué (pourtant, mal jouer une fois le costume vadoresque enfilé, c’est un exploit !), les bras placés comme un personnage de dessin animé, avec travelling arrière en plongée, sans fin, comme dans les parodies ! Si vous ne riez pas là, je vous paye un carambar sur le champ. Ajoutons à cela le fait que McDiarmid est le sosie de Montgomery Burns, le personnage « méchant » de la série des SIMPSON, le directeur de la centrale nucléaire. Regardez la photo en tête d’article. De profil, l’acteur et le personnage de dessin animé se ressemblent comme deux jumeaux ! C’est phénoménalement drôle, et abyssalement triste quand on s’aperçoit que McDiarmid imite sans cesse son rival télévisuel, et que les deux personnages, troisième couche, jouent chacun le même rôle dans chacune des séries. Maintenant on le sait : c’est Mr Burns qui se cache sous la capuche de l’Empereur. Est-ce que monde est sérieux ? Comment se fait-il qu’aucun « executive » impliqué dans la production n’ait fait le rapport, qui pourtant saute aux yeux ? Bref, comment ont-ils pu laisser passer cela ?
 
Ainsi, à défaut de pleurer, même si votre cœur est étreint devant la disproportion entre les sommes engagées, le battage médiatique et le résultat final, même si vous avez envie de pleurer devant une entreprise aussi pathétique, vous aurez aussi, paradoxalement et pour le même prix, matière (focale) à rire jusqu’aux larmes justement, avec ce STAR WARS EPISODE III : LA REVANCHE DES SITH, film qui démontre que la question de la série Z et de la problématique du nanar est une chausse-trappe et que les critères d’admission dans telle ou telle catégorie (A ou Z) ne sont pas qu’une question d’économie. Et les plus sentimentaux d’entre nous pleureront sans doute en voyant comment un savoir-faire peut se perdre à 20 ans d’intervalle, aussi bien à l’échelle de la saga qu’à l’échelle du cinéma de divertissement populaire.
 
Logiquement Vôtre,
 
Dr Devo
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés: cliquez ici!

Publié dans Corpus Filmi

Commenter cet article

Guile21 13/11/2007 22:54

J'arrive un peu tard mais :

"j'ai adoré plus particulièrement quand la série part totalement en roue libre, de la fin de l'épisode 2 (l'usine, l'arene, la bataille au sol géante avec des machines toujours plus farfelues) et l'épisode trois qui pète comme un bouquet final: c'est vraiment n'importe quoi, on voit des millions de trucs qui bougent partout, on comprend plus rien, ça s'entrebute sur une douzaine de planètes en même temps, et ça cher Devo, faire une scène de 12 actions simultanées au 4 coins d'une galaxie, si c'est pas de l'innovation dans l'enchainement des plans alors je sais pas ce qu'il te faut, j'en ai pleuré tellement c'était beau."

Sans vouloir faire de mauvais esprit, il y a bien d'autres raisons de pleurer face au final de cet episode. Innovation ? Le mot est peut être mal choisi quand on voit un montage parallèle aussi plat ! Pas un seul raccord intelligent entre ces scènes !!! Pas de "raccord mouvement hors-raccord objet" un tant soit peu malin, ou de mise en correlation audacieuse telle cette scène (ratée malheureusement) de l'acouchement !!! Moi aussi je te prends 5 scènes d'action et je te les melange au mixer (4 coins de la galaxie ou pas, on s'en fout : je te filme la côte d'azur, le lendemain Paris, je monte ça en parallèle, c'est pas du genie quand même). Et si tu veux une sequence avec 12 actions simultanées qui tient vraiment la route et qui est construite intelligement, va déjà analyser la scène du freeway dans le second Matrix, et on en reparlera (et si je ne cite que du film de divertissement, tu notera). Moi je suis desolé, mais dans le genre "scène où on ne comprend plus rien" (lol), je préfère l'innovation de Tsui Hark. Allez, un petit coup de "Time and tide" ou "Zu" histoire de voir ce que c'est une vraie scène d'action en roue libre.

De l'innovation dans l'enchainement des plans......... c'est revoltant. Relis à ce sujet mon commentaire plus haut sur le coté "peine à jouir" des scènes d'action de ce film. C'est pas une question de mise en scène, mais aussi de plaisir. Moi quand je fais l'amour, j'aime pas qu'on m'interrompe toute les 5 secondes pour changer de position quand ça commence à être bien, performance ou pas !

Madame Offrande 03/08/2007 22:06

A l'ouest rien de nouveauRéprimons les fiançaillesLe vaisseaux qui jaillitOffrons aux peuples !AAAAAAAH !L'international des admirateurs de zoophilieDéplore ce robotismePlait-ilLa récolte de pièces détachéesLe mysticisme mytholgiqueEmpoisonne

Dr Devo 03/08/2007 09:48

Ha, Wesst, je réponds à votre commentaire que vous rajoutiez quand je redigeais ma reponse.
Balladez vous sur le site, et vous verrez que non, justement, contrairement à bcp d'autres critiques pros ou amateurs, ce n'est justement pas l'histoire qui nous interesse sur Matière Focale, mais la mise en scène. C'est hhurlé à peu prés partout sur le site!
Dr devo

Dr Devo 03/08/2007 09:44

Bah non, justement Dr West!
Je ne trouve pas du tout le cadrage baclé sur LE RETOUR DU JEDI et je le trouve même plutôt beau sur L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, bien plus soigné notamment au niveau de la photo.
Ici, le cinéma est pris pour un art et donc pas pour une construction intellectuelle que ce soit pour Godard ou George Lucas. Si je vais voir Star Wars, je me doute que le plaisir de l'action doit être mis en avant.
Or là, c'est de la bouillabaisse à mon avs. Rien en fonctionne. le montage est poussif et detruit tout effort de rythme. l'action est brouillone, mal spatialisée et souvent illissible. Bref, il n'ya à mes yeux pas grand chose à sauver.
Je ne sais pas si j'ai les yeux bouchés, comme vous dîtes, mais en tout cas, l'argument du travail ne tient pas. Tout d'abord cet épisode de la saga a été fait avec 4000 personnes au lieu de 200! Donc c'est pas vraiment un exploit que ça sautille d tous les côtés, c'est juste logique, c'est une question d'effectif! D'ailleurs c'est très étonnant que le resultat soit aussi brouillon au final.
de toute façon qu'il soit 200 ou 25000 ne change rien. On veut, nous spectateur, un film pourquoi pas distrayant et surtout beau! Oui un BEAU film. Et là le compte n'y est pas. Qu'il est tourné le film en 3 ans ou en 2 semaines, c'est de la cusine. De plus, il ya souvent un énorme travail toujours, au cinéma. Les infrstructures sont lourdes, l'organisation est démente, et ca coute très cher. Tous ces facteurs font qu'il y a autant de travail derrière un film de frères farrely, ou derrière un bergman ou derrière ce film, ou derriere STEAk le dernier Eric et Ramzy!
Rappelez vous l'anecdote de Picasso dessinant sur la table du retaurant. Et comme disait Duras, le travail (la sueur!)et l'imagination, dans une oeuvre da'rt, c'est rien. Un graind e poussière.
Dr Devo

Dr West 03/08/2007 09:34

En fait je crois que le problème de devo c'est qu'il attend d'un film que ça raconte forcément une histoire.or un film c'est pas obligatoirement obligé de raconter quelque chose.starwars ça ne raconte rien du tout. j'ai beau les revoir tous je n'y comprends toujours rien, c'est du gros délire barré style comix où tout est possible et imaginable... sauf que starwars n'est pas inspiré d'un comix mais d'une (géniale) bd des 70 d'alexandro jodorowsky et jean giraud: l'incalje dirais même que ce troisième épisode est le meilleur, c'est le plus proche de l'ambiance de cette bd - avec la pseudo mystique babcool en moins (tant mieux, c'était le défaut principal de starwars)Lucas a enfin réussi à retrouver ce climat de gros bordel apocalyptique survolté où tout le monde règle ses comptes alors que tout s'effondre et crâme autour d'eux, avec un pauvre antihéros manipulé, sexuellement brimé, qui s'en prend plein la poire jusqu'à sa triste fin: celle d'avoir le rôle du sale con.Moi je lui dis bravo et dommage pour ceux qui ne savent pas apprécier ce genre de cinéma.