LENA DEFEND SON CLINT ! Un autre regard sur MILLION DOLLAR BABY

Publié le par Lena

(photo: "Psycho" par Dr Devo, d'après une idée de Dr Devo et du Marquis)

Préambule
Il y a quelques temps déjà, je signais sur ce site un article sur MILLION DOLLAR BABY de Clint Eastwood, et la réaction des lecteurs, pour ou contre, s'est rapidement fait sentir dans une longue série de commentaires. Le débat était très vif, voire virulent par moments, et le moins que l'on puisse dire, c'est que mon article a "touché" beaucoup de gens. Et c'est très largement l'article le plus commenté de ce blog. Parmi ces commentaires, il y avait ceux de Léna. Sa vision du film était complètement opposée à la mienne, et elle s'est effectivement expliquée dans deux très longs posts, avec une passion certaine pour son sujet. Léna est étudiante en cinéma. Je ne la connais pas, et elle ne me connaît pas. Elle a découvert ce site en cherchant justement des documents sur le film de Clint Eastwood, en vue de l'écriture d'un article pour son prof d'analyse filmique. Uso Dorsavi, fidèle lecteur, a proposé malicieusement de publier un jour ce travail d’étude sur le site. J'ai donc demandé à Léna si elle voulait bien que l'on publie son travail. Je trouve en effet que le procédé est assez intéressant. Mon propre article avait beaucoup divisé le lectorat, et il me paraissait intéressant et honnête d'avoir l'autre son de cloche, surtout de la part de quelqu'un d'aussi gentil et passionné que Léna. Vous aviez eu mon avis sur le film, et donc voici un autre avis complètement différent. Avec l'article de Léna, nous ouvrons par la même occasion une autre catégorie : "Le Courrier des Lecteurs". Léna tient à préciser de bien garder à l'esprit que son texte est celui d'un devoir demandé à un cours, un exercice d'analyse, et en aucun cas un article de blog. Merci de garder cela à l'esprit pendant la lecture de son texte. Et un grand merci à Léna pour son courage, et pour avoir bien voulu nous faire part de ses idées.
Dr Devo.
 
Deux ans seulement après le dramatique MYSTIC RIVER, Clint Eastwood signe à nouveau un grand film et obtient la consécration en remportant l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, ainsi que de la meilleure actrice et du meilleur second rôle masculin avec MILLION DOLLAR BABY. Comme le dit Scrap, interprété par Morgan Freeman : « Sa dernière pensée ; je crois que j’ai assez bien réussi » et en effet, Eastwood signe une fois de plus une réussite et une belle leçon de cinéma classique.
Frankie Dunn, brillant soigneur et entraîneur de boxe vieillissant décide malgré ses réticences d’entraîner Maggie Fitzgerald, jeune femme solitaire et déterminée. En seulement un peu plus d’un an de collaboration, Frankie amènera Maggie au sommet, jusqu'à son dernier match de boxe, contre une redoutable adversaire, prête à tout pour conserver son titre de championne du monde des poids mi-moyens, quitte à devoir porter des coups meurtriers. Maggie, touchait son rêve, mais il fût tout autre, un coup hors du temps réglementaire la projète violemment au sol, contre un tabouret. Le verdict est tout aussi violent ; paralysie totale sans aucun espoir de rémission. Commence alors un ultime match pour Maggie, celui de vivre en sachant qu’elle ne pourra plus jamais approcher son rêve, ni être autonome.
Le sujet principal du film n’est pas la boxe, mais la relation entre Maggie (Hilary Swank) et Frankie (Clint Eastwood) et le long chemin de croix de celui-ci. C'est avec une voix off que nous entrons dans le film, la voix de Scrap (Morgan Freeman), à la fois gardien de la salle d'entraînement de boxe et fidèle ami du patron Frankie. Comme souvent dans les relations fortes, celle de Frankie et de Maggie commence par un refus. Frankie ne veut pas s’intéresser à la jeune sportive par simple principe, car peu enclin à former la gente féminine. Frankie se laissera cependant toucher par le désarroi de Maggie face à l’image amère que lui renvoie son existence. Il acceptera finalement de l’aider à atteindre son but, mais sans s’apercevoir qu’elle aussi le prépare à quelque chose. Ces deux personnages, malmenés par la vie ont au démarrage pour seul point commun visible l’amour de la boxe. Cependant, leur profondeur d’âme se découvre peu à peu ; il est économe en paroles, elle est généreuse en coups. Il la rend forte, elle le subjugue et lui accorde un rôle de père. Il croit en Dieu, elle veut croire en elle. Leur relation se remplit de conseils et d’affection, mais avant tout d’une profonde humanité. Cet homme qui porte au cœur la douleur de ne pas pouvoir rétablir la communication avec sa fille, va craquer devant la ténacité, la volonté de Maggie qui, de son côté, pleure un père disparu et une famille absente.
La lumière tout en nuance de Tom Stern plonge les corps et les visages dans une photo qui frôle le noir et blanc, traduisant ainsi les contradictions et les ambivalences des personnages. Irlandais et catholique, pieux jusqu’à aller à la messe quotidiennement, Frankie entretient une culpabilité multiple, dû à son manque de contact avec sa fille, mais également à la perte d’un œil de son ami Scrap lors d’un combat où Frankie était son soigneur. Cette culpabilité le rend méfiant et hésitant pour ce qui est de prendre des risques, ce qui explique sa seule est unique devise ; « la règle principale est de se protéger ». Pourtant, il va lui-même la mettre de côté, plus le film avance et moins Frankie se protège de ce qu’il a tant souhaité et redouté : une vraie relation humaine, autre que celle qu’il s’autorise à travers les sarcasmes et chamailleries qu’il décroche au détour de son bureau à Scrap, la seule personne au monde à lui être restée fidèle et à connaître la cause de ses souffrances. Maggie au contraire a la rage de vaincre car à 31 ans elle n’a pas de temps à perdre pour réaliser son rêve. Etant issue d’une famille de « parasites » avachis dans leur caravane du Mississippi, elle voit dans sa passion pour la boxe une planche de salut, un moyen de toucher du doigt les sentiments de fierté et de réussite qui lui ont fait défaut dans sa jeunesse. Quand ces deux vies se croisent sur un ring une communion opère. Dès lors, la relation prendra forme en s’appuyant sur des séquences clés du film. Conseil sur les économies, achat d’un peignoir de satin vert sur lequel est brodé en lettres d’or l’expression "Mo Cuishle", visite dévastatrice dans la famille de Maggie, évocation des souvenirs qu’elle avait avec son père, déclaration d’amour sincère. Une figure paternelle qui prendra toute sa dimension à partir de « l’accident ». Cette seconde partie, plus intime, va plus profondément dans les relations interpersonnelles, resserre les liens et, doucement, laisse aller toute la puissance accumulée depuis le début du film. Frankie prend en charge les soins de Maggie, lui cherche une nouvelle université avant de succomber à sa demande insupportable. Le spectateur assiste à ce spectacle d’émotion pure le souffle coupé. L'inéluctable s'inscrit pourtant dès les premières images du film, dans les mots, les attitudes, les poses ; tout semble déjà écrit, presque déjà fini avant même d'avoir commencé. Cette seconde partie ne fera que conforter cette impression, jusqu'à une rupture qui paraît marquée du sceau de l'inévitable. La tragédie, avec son lot d'événements funestes, est toute proche. « Dans ce monde où un dieu hypothétique brille par son absence, l'homme est seul face à ses espoirs, ses émotions, ses choix », et il sera bien question ici d’un choix difficile à prendre sans aide extérieur possible. Nous pouvons tous nous identifier à la souffrance de Maggie : la gloire était presque sienne et cet horrible retournement de situation ne lui laissent aucun espoir. Sa demande à Frankie semble pour le spectateur intolérable car cruellement « vraie », le débat n’a pas sa place dans cette scène, ce qui pourrait être reproché à Eastwood. Cependant, il semble que ce point soit totalement hors de propos à mon sens car il s’agit bien ici d’une décision personnelle du personnage de Maggie et en aucun cas d’un plaidoyer aux accents totalitaires.
Vous l’aurez compris, ces deux personnages apparaissent comme incroyablement humanisés ce qui participe bien sûr à faire de ce film un film important. Mais là où certains autres films « oublieraient » les autres personnages, Eastwood en profite pour en dresser une galerie tout en finesse, chaque personnage, le plus modeste soit-il, est bien dessiné et imprime profondément sa marque chez le spectateur. A commencer par Scrap bien sûr, ami fidèle de Frankie et sorte de bonne fée des causes perdues. Son personnage tout en nuance possède une vraie psychologie et affirme une profonde humanité envers les autres personnages, que ce soit envers Frankie ou Maggie mais également avec Danger, personnage attachant qui bénéficie de toute son attention. C’est d’ailleurs à travers ce personnage de Danger que va s’exprimer les premières esquisses d’émotions de Frankie ainsi que toute l’humanité de Scrap. Ainsi, Danger fait office de révélateur vis à vis de ces comparses. A l’instar de ce personnage, les personnages secondaires tiennent tous une place importante dans ce film, et c’est là une de ces nombreuses forces. Frankie est lui même révélé au spectateur par son « poulain » qui préférera choisir un autre entraîneur pour continuer sa carrière. Si Danger lutte pour « s’amuser » ou même « s’occuper », l'entraîneur Frankie Dunn et la jeune Maggie Fitzgerald luttent contre l'effacement qui menace à chaque instant de les emporter. Frankie se faisant trop vieux pour entraîner, et Maggie trop vieille pour entamer une carrière de boxeuse. Seul Eddie Scrap, l'ami de toujours, boxeur fini avant d'avoir pu faire son 110e combat, accepte cette progressive disparition qu’il anticipe même en ne semblant pas sortir du gymnase. La boxe est toute sa vie, et il va jusqu’à vivre dans le gymnase, ainsi il semble savoir ce qu’il veut et ne rien regretter avec une étonnante sagesse. Ce personnage central remplit plusieurs fonctions ; celle de guide pour les personnages eux-mêmes, que ce soit Frankie, Maggie ou même Danger, mais également de guide pour les spectateurs à travers le récit de l’histoire de Frankie à sa fille. Ce film arrive à un point où il est rare que le spectateur soit entraîné ; au bout des choses et à l’accomplissement des personnages, et tout ceci semble renforcer l’idée que ce film est à part dans le cinéma d’aujourd’hui même s’il reste un film classique. Comme le déclare Clint Eastwood, "Ce qui m’a intéressé dans Million Dollar Baby, c’est le fait que ce ne soit pas vraiment une histoire sur la boxe. C’est une histoire d’amour entre une personne qui est perturbée par la relation non existante avec sa fille et qui trouve une sorte de fille de remplacement dans cette jeune femme" ceci est renforcé par une certaine économie, tout comme la musique (de Clint Eastwood) qui repose sur quelques notes interprétées à la guitare solo ou au piano, le film s’appuie sur une économie de décor et d’actions misant sur le dépouillement et une mise en scène épurée. Le scénario est également bien construit, sans faute, sans passage à réviser. Cela semble évident qu’un effort particulier a été entrepris tant sur les dialogues que sur une trame complexe, captivante et surprenante. La relation père-fille qui s'ébauche entre les deux « héros », en demi-teinte, toute en pudeur et en sensibilité ainsi que l’utilisation de la lumière en clair obscur ne peuvent que renforcer cette impression de justesse. Cette impression étant renforcée par la justesse du travail des acteurs (rappelons notamment que Hilary Swank n'eut que trois mois de préparation auprès d’Hector Roca, classé parmi les meilleurs entraîneurs mondiaux, pour le rôle de Maggie). Une pluie d'Oscars a récompensé ce film qui me en lumière la ténacité dans l'épreuve, le courage mais également l'affection et la tendresse. Je ne considérerais pas pour autant ce film comme un chef d’œuvre contrairement à beaucoup de critiques, mais comme un excellent film, excellent par sa justesse, par son émotion et la catharsis qu’il procure au spectateur, notamment au moment culminant du film qui apparaît être la scène où Frankie se décide enfin à traduire « Mo Cuishle » pour Maggie avant de mettre fin à ses souffrances; « Ma chérie, mon sang ». Lorsqu’une relation est aussi forte que celle-ci, que faire à part rester sans voix et admiratif ?

Léna.
 
 Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés: cliquez ici!
 

Publié dans Courrier des Lecteurs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Dr Devo 03/02/2006 18:26

Je suis comme ça moi! La poésier me devore tout le temps! Un peu scato quand même non?dr Devo

Le rapassant 03/02/2006 17:53

Ahrg, Dr Devo, vous avez écrit, début d'intervention : crotez-moi du fond du coeur . Qu'est ce que c'est mignon comme coquille!

Casaploum 03/02/2006 17:44

Effectivement, le débat peut être passionnant, même si je ne pense pas que vous me ferez dévier un iota de tout le bien que je pense du réalisateur Eastwood. Vous dites que vous le classez dans la catégorie des artisans. Je crois que c'est un assez beau compliment. C'est un autre grand nom du cinéma mondial qui se définissait de la sorte : Jacques Tourneur.Amitiés cinéphiles et à bientôt sur vos pages !Encore une fois : bravo pour le travail remarquable réalisé et publié sur ce site.

Dr Devo 03/02/2006 13:55

Merci beaucoup pour ses compliments sur ces deux articles dualistes!Bon, certes, je déteste les films de maladie (à part LORENZO de George Miller qui est une splendeur galactique). Je ne peux pas croire un seul instant, à mes yeux bien sûr et cette perspective n'engage evidement que moi, qu'on puisse manier un théme aussi fort que l'euthanasie comme un détail. De plus, je trouve que le propos (en dehors du débat sur l'euthanasie qui ne m'intéeresse pas dans ces pages, quand on parle de cinéma on ne fait pas, justement, des "dossiers de l'écran") dans le simple cadre de la relation swank-eastwood est (et crotez-moi du fond du coeur je ne dis pas ça pour te provoquer ou pour te mettre en boite, cher Casaploum, cette remarque n'a rien de personel, et de plus ce n'est pas parce que je n'aime pas ça que j'ai envioe d'en degouter les autres; ça n'a jamais été la démarche, comme tu le sais de ce site), je trouve cette histoire d'nejeu autour de la mort libératrice, très bébéte, à la limite d'un fleur-bleu harlequin. Et ça, oui ça me géne, et plus encore ça me laisse sur ma faim.ce que je repoche au film (que je "traitais" de reactionnaire un peu pour choquer le bourgeois, même si je crois que c'est le cas; reactionnaire non pas sur le plan politique, comme je le disais en préambulle de l'article, mais reactionnaire sur le plan CINEMATOGRAPHIQUE), c'est que... dans la première partie, alors même que je n'aime pas Eastwood, je trouvais qu'il y avait une vraie sobriété, que tu as bien mis en evidence, une espéce de sécheresse, dans un cadre très balisé et presque roublard. En salle, j'en fus tout étonné! ca fonctionnait drôlement bien avec une rigueur surprenante de la part de notre ami Clint.  Et puis, bomm patatras, on se retrouve encore sous le coup du pathos le plus écculé, et sous le syndrome ex-machina du pot de fleur (quoique ca à la limite pourquoi pas). Et là tout semble se déglinguer pour retomber dans le convenu, dans l'attendu dans le déjà-vu, rompant ainsi justement l'équilibre de la première partie entre sobriété/sécheresse et base roublarde du contexte. On retombe dans l'émotion à tout prix, bien loin  par exemple d'une sobriété preque camoufflée (et tres subtile dans ses developpements contrairement à ici, où l'enjeu n'est que scénaristique et mécanique, à mes yeux) d'un Scott Mcgehee et david Siegel quand il font BLEU PROFOND (DEEP END) qui a aussi une base melodramatique hénaurme. eastwood à mes yeux tombe quand même dans le film de maladie, avec ses ressorts habituels (et c'est loin d'être le pire, je te l'accorde), même si MILION DOLLAR BABY n'est pas que un film de maladie.je trouve quand même, au delà de ses considérations que le film est beaucoup moins "tenu" et rigoureux dans sa mise en scène dans cette deuxiéme partie que dans la première. Peut-être que les plans à criotiquer dans le film, et les plus "raccoleurs" sont ceux du matche de boxe fatal, où Eastwood change les régles du jeu de sa mise en scène (jusqu'à là elliptique et séche) pour retomber dans le Rockisme balboa le plus énervant. Quand on voit débouler els plans clichés dans ce match, on sait déjà que l'accident va arriver. Artistiquement, c'est pêché!Mais, cher Casaploum, encore une fois, je me réjouis, à mon tour de lire un commentaire comme le tien, qui révèle que, après la polémique heanaurme autour de ce film, on peut discuter de manière fort constructive à la manière de Gentlemen anglais, lors d'une réception chez Oscar Wilde, bien loin de ces commentaires dans le style "comment tu peux dire ca? quelle mauvaise foi, c'est toi le facho!" que tu as lu avec délice et goulument en tintéressant à ces deux articles.rien que ça, ça fait du bien, et donc: MERCI!Tiens j'ai oublié une de tes questions: là aussi n'y voit aucune provovation, mais... je pense que Eastwood est un réalisateur que je rangerais dans la catégorie "artisan"! héhé! C'est comme Jean-Pierre Jeunet, un peu (je préferre Jeunet) qui a fait des choses tres ambitieuses, risquées même. Leurs tyles à eux deux me parait assez peu personnel, toujours assez anonyme, peut-etre pour des questions de narrations, et aussi parcve qu'ils n'utilisent, à mon humble avis de mouche mircoscopique, que peu de leviers e mise en scène, oua lors ils les utilisent de maniètre trop conventionnels pour que ça "sorte" du cadre étriqué du cinéma pour arriver à un niveau d'expression plus personnel. vaste débat dont j'aimerais bien parler un jour dans un article, mais que je n'ai aps osé aborder la non plus. on discutte souvent de ça avec Le Marquis et Bernard RAPP. RAPP pense que cette difficile question rejoint une autre, dans l'oeil du spectateur: aimez-vous le cinéma? je pense également que quelque chose se joue autour de cette question et sous-tend les conclusions qu'on peut tirer d'une reflexion sur l'expressivité et l'univers des artistes dans ce domaine. Ca reviendrait à faire un article presque abstrait (quoique... Non c'est faux ça!). En tout cas, ça demande maturation.J'ai toujours été impressioner par cette phrase choquante de Peter Greenaway: "si vous voulez raconter des histoires, faîtes des livres!"Encore un truc auquel je viens de penser: je pense que ce film de Eastwood est hemingwiste à mes yeux. et je n'aime pas trop ce penchant du cinéma américain. d'ailleurs le film concernant le prochain article, FAUX AMIS de Harold RAmis est lui 100% hemingwiste. Note: penser à définir l'hemingwisme dans un article futur.un grand merci à toi casaploum. tout cela est passionnant.Amicalement, dr devo.

Casaploum 03/02/2006 13:17

J'arrive bien après la bataille.J'ai lu les deux analyses et j'aimerais réagir très rapidement. L'analyse du Dr Devo est brillante, on sent un vrai spécialiste du cinéma, capable d'en parler sous des angles multiples, des personnages, au montage, en passant par le travail sur la bande sonore, etc.Et pourtant, il passe complètement à côté du vrai sujet du film, sur la filiation et le rapport donc entre l'entraineur et son poulain, un père et sa fille, etc. Lena a bien noté le sujet principal du film et tout le classicisme auquel s'est attaché Eastwood. Je le dis sans ambage, pour que l'on sache où je me situe, c'est pour moi le meilleur film de l'année 2005. Sans enthousiasme fanatique mais avec sincérité. C'est l'un des seuls qui me reste encore en tête à l'heure actuelle.J'ai aussi trouvé que la seconde partie était bien plus faible que la première. Que certaines situations frôlent la caricature grossière - frôlent car le talent d'Eastwood dans un thème qu'il développait déjà dans le très bon Honkytonk Man est évident et lui permet de ne pas en faire autre chose qu'un élément du conte, comme ces vilaines sorcières de nos livres d'enfants.Et que le tout fonctionne admirablement, servi par des acteurs qui jouent très bien, dans une mise en scène très sèche, elliptique et pourtant très intense, l'émotion n'affleure pas artificiellement, elle sonne juste (malgré les outrances).Donc, malgré la grande virtuosité du dr Devo (avec qui je suis souvent en accord), je me rapproche plus du texte de Lena, qui appuie exactement là où se trouve le réel sujet.Comme quoi, la manipulation que vous avez cru voir et dénoncer, Dr Devo, j'ai l'impression que vous l'avez justement subie en vous concentrant sur une partie du tout en pensant qu'elle est le tout, sur le chemin de traverse vers lequel Eastwood semble intimer ses détracteurs de se perdre. Vous l'avez noté pourtant, et c'était justement ce qu'il fallait creuser : l'euthanasie tombe un peu comme un cheveu sur la soupe dans le film, comme si Eastwood faisait un réquisitoire en ce sens. Wrong way : la scène n'est qu'un motif, une illustration, une étape dans la relation entre Eastwood et Swank. Pourquoi, sinon, ne pas y voir une critique des classes pauvres, ainsi que certains l'ont fait, au travers de cette ignoble famille, abjecte dans tous les sens du terme ? Le classicisme emprunte ses éléments à ceux du conte, comme Eastwood dans ce film là. Mais il n'y a pas un de ces éléments qui forme le discours, c'est une erreur de jugement (titillé par le repoussoir du schéma film-de-maladie que vous avez cru voir mon cher Dr Devo)."Mo Cuishle", ma vie, mon sang : un film sur la filiation et sur l'amour. La démarche, qui consiste à donner la parole à un autre lecteur / intervenant sur un article un peu polémiste (franchement, vous ne pensez pas qu'Eastwood a développé une filmographie qui le range bien dans la catégorie de l'artiste ? pourquoi non ?)La lecture tardive de ces deux articles m'a réellement enchanté. Bravo pour ce formidable travail que vous réalisez ici !